Les aventures de Patxaran et Manzana

Les aventures de P. & M.C’est la consternation au Pays basque! Géronimo et Pottoka, les mascottes du Biarritz Olympique et de l’Aviron Bayonnais ont été enlevées le même soir. Une rencontre du top 14 sans eux, et c’est le ballon ovale qui ne tourne plus rond…

Patxaran, le rugueux inspecteur de police bayonnais et Manzana, le Biarrot réservé , se retrouvent contraints à faire enquête commune… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne leur fait pas vraiment plaisir!

Bande dessinée de Pierre George, scénario de Jean-Yves Viollier. À paraître aux éditions Atlantica, en décembre 2013.

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Predator Fillon, le rebelle pour rire

Montre Rebellion Predator2Comment ne pas penser à ces bobos qui se baladent avec des tee-shirts à l’effigie de Che Guevara, qui ont des idées définitives sur tout, mais qui n’ont jamais levé le petit doigt pour les mettre en pratique? À droite où l’on préfère les cachemires aux textiles made in Taiwan, il est de bon ton d’afficher ses convictions à travers sa montre. C’est ainsi qu’en 2008, Nicolas Sarkozy abandonna sa Rolex tape à l’oeil offerte par Cécilia (… 13 000 euros, tout de même!) pour une Patex de Carla, tellement plus chic… et plus chère (55 000 euros).

Une fois de plus, en 2013, François Fillon qui ne se privait pas de critiquer les goûts de luxe de son patron de l’Élysée, nous démontre qu’il est fait pour jouer dans la cour des petits. Depuis son passage dans les paddocks des 24 Heures du Mans et en particulier dans celui de l’écurie Rébellion qui s’est empressée de lui offrir le modèle Predator Rebellion (… 16 000 euros seulement, sympa tout de même le métier d’ex-Premier ministre!), le notable de la Sarthe bassine tous ses copains de l’UMP en leur rappelant le nom de sa montre et en leur annonçant qu’ils vont voir ce qu’ils vont voir. D’où ce discours de Saint-Cloud où François lui-même s’est extasié de son audace après avoir osé quelques allusions voilées  » Chacun a le droit de vouloir servir son pays et chacun aura le droit d’être candidat aux primaires, mais personne ne peut dire : Circulez ! Il n’y a rien à voir, le recours c’est moi ! « .

Le révolté de 2013 a décidément des progrès à faire et, au vu de la façon dont il s’est fait piquer sans vergogne l’UMP par le peu scrupuleux Jean-François Copé, on ne saurait donc trop conseiller à l’ex-Premier ministre de s’acheter une autre Predator Rebellion pour son poignet vide, tellement il a intérêt à doubler les doses.

Car, pour le moment, comme rebelle, François Fillon n’a strictement rien … montré!

Un délicieux canard laquais

Un délicieux canard laquais _ Dessin de couverture par Aïtana Design

Roman satirique. À paraître le 16 octobre 2013, aux éditions Le Toucan.

Il existe parfois un sacré décalage entre l’idée que les lecteurs se font de leur titre favori et la réalité. Il en va ainsi de L’Exemplaire, le prestigieux hebdomadaire de la rue Saint-Simagrée, devenu au fil du temps le donneur de leçons de la presse française : du talent, de l’impertinence, des titres de gloire, mais aussi des tricheries, des lâchetés, des bassesses. Et quand une information est susceptible, en étant publiée, de mettre à mal les finances du journal, Félix, l’indécis directeur de L’Exemplaire, n’hésite pas une seconde. Il manœuvre et édulcore!

Dans cette « friction » romanesque corrosive, l’auteur regroupe à travers L’Exemplaire tout ce qu’il a pu vivre en quarante ans de journalisme. Bien évidemment, toute ressemblance entre L’Exemplaire et les journaux qu’a traversés l’auteur ne serait qu’une totale, absolue et désolante coïncidence.

Un vilain petit Qatar déchaîné

Le vilain petit Qatar

C’est «  une presqu’île si petite qu’une pointe de crayon posée sur une carte suffit à la masquer.«  Avec 150 000 habitants, le Qatar, qui était il y a moins d’un siècle un repaire de pêcheur de perles, aurait dû rester un émirat discret. Mais le gaz est passé par là et ce territoire grand comme la Corse est désormais en mesure, avec ses milliards de dollars, de racheter le PSG, de financer des plans de sauvetage pour les banlieues ou d’entrer au capital de nos entreprises avec la bénédiction de la classe politique.

Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget dans «  Le vilain petit Qatar, cet ami qui nous veut du mal «  ont le mérite d’éclairer d’un jour singulier cet émirat mal connu et de faire la chasse aux idées reçues. Lessiveuse à argent sale, cet État qui s’est montré très actif à l’occasion du printemps arabe n’est pas un adepte d’un Islam tolérant. Le Qatar fascine pourtant la classe politique française, de gauche comme de droite. C’est le député UDI de Seine Saint-Denis, Jean-Christophe Lagarde, qui affirme péremptoire «  Critiquer le Qatar, c’est faire du racisme anti-musulman « . C’est Dominique de Villepin qui reçoit les dirigeants qataris à tout propos lorsqu’il occupe Matignon avant de devenir, après 2007, conseiller du roi en matière de «  restructuration constitutionnelle « .  Un conseiller particulièrement efficace puisque «  la Constitution du Qatar, pays sans droit, attend toujours d’être totalement appliquée. La faute à un trop long temps de réflexion pris par Dominique ? «   C’est enfin Nicolas Sarkozy, qui hurle au téléphone, après cette nomination de Dominique de Villepin «  Pourquoi vous financez mes ennemis ? « , obligeant le cheik Hamad bin Khalifa Al-Thani à venir faire un voyage en catastrophe à Paris.

A gauche, même fascination pour cet état si riche! Le Qatar est classé au 138e rang des démocraties, juste derrière la Biélorussie, mais sur le site du ministère des Affaires étrangères, dirigé par Laurent Fabius, on trouve cette mention élogieuse «  Ce pays fait désormais prévaloir la liberté d’expression, d’association et de culte « .  Qu’en pense le poète Mohamed Al-Ajani condamné à quinze ans de prison pour avoir brocardé l’émir ?

Quand en 2006, le Qatar commence à lorgner sur le PSG, Bertrand Delanoë s’interroge à voix haute sur la provenance de ces «  fonds exotiques « , avant de devenir tout miel en 2009 : «  Le Qatar a réussi le pari de la modernité sans sacrifier ses riches traditions issues d’une longue histoire « .  Avec l’aide de Nicolas Sarkozy, organisant une réunion dans son bureau de l’Élysée avec le président de l’UEFA Michel Platini, le Qatar va même se voir attribuer l’organisation de la Coupe du monde de football 2022. Et le fils de notre plus célèbre footballeur trouver un travail de conseiller juridique auprès des Qataris !

Il n’y a aucune tradition de football au Qatar, il fait 50° l’été et le record pour un match de championnat est de 7236 spectateurs, mais il faut croire que les dirigeants ont su trouver les arguments sonnants et trébuchants pour convaincre la FIFA. Et qu’importe la santé des joueurs qui auront sans doute du mal à s’accoutumer à une telle fournaise. En toute simplicité le Qatar propose de bâtir des stades fermés … et climatisés et de bouleverser le calendrier des grandes nations du football pour que la compétition se déroule en hiver quand il fait (un peu) plus frais.

Pour les deux auteurs, pas le moindre doute, le Qatar, par le biais du football, s’achète actuellement une visibilité dans les grandes démocraties occidentales pour mieux pouvoir ensuite soutenir les Islamistes radicaux de ces pays. On n’en finira donc jamais avec les guerres de religion !

« Le vilain petit Qatar », Nicolas Beau, Jacques-Marie Bourget, éditions Fayard- 300 pages,

19 euros.

Journaliste musclé et journaliste muselé

Medias la grande illusionVous vous souvenez certainement, depuis le jour où vous avez passé l’épreuve de philosophie du baccalauréat, de Platon et de son allégorie de la caverne : des hommes vivent attachés face à un mur dans une grotte largement ouverte sur le monde. Derrière eux, un feu leur projette les ombres déformées de la réalité et tous les prisonniers, qui n’ont jamais connu autre chose, sont persuadés d’être confrontés à la réalité. Si Platon vivait de nos jours, nul doute qu’il choisirait les médias comme saisissante illustration du monde vu au travers d’une lucarne déformante.

 » Médias : la grande illusion  »  de l’ancien reporter de France 3, Jean-Jacques Cros, a le mérite de nous remettre les idées en place sur l’information que nous consommons tous les jours, qu’elle soit écrite ou télévisuelle. Entre les pressions exercées par l’État, ajoutées à celles d’arrivistes qui se sont achetés un journal comme on s’offre une danseuse, et à celles d’annonceurs qui exigent un  » accompagnement journalistique «  à leur campagne de publicité, c’est un véritable miracle quand un lecteur peut détecter deux lignes d’impertinence dans l’article ou l’émission du journaliste qui lui tient momentanément compagnie.

L’État, par exemple, verse plus d’un milliard d’euros annuellement d’aide à la presse écrite, soit 20% du chiffre d’affaires du secteur. Sans cette aide que Bruxelles tolère au titre de «  l’exception culturelle « , le secteur serait aussi sinistré que la sidérurgie lorraine.

Les patrons de presse, de leur côté, sont désormais des hommes d’affaires qui s’offrent à bon compte une visibilité et négocient, en périodes électorales, leur soutien à tel ou tel candidat contre des contrats d’État. Amusez-vous quand vous êtes journaliste, à dire du mal des avions Dassault dans « Le Figaro » ou à critiquer le bâtiment sur TF1 !

Quant aux annonceurs, conscients de la faiblesse des journaux qui les accueillent, ils font désormais la pluie et le beau temps dans les rédactions. Croyez-vous un instant que le groupe Amaury, propriétaire de la poule aux œufs d’or que représente le Tour de France, va s’amuser à faire de la peine à ses annonceurs en parlant du dopage dans le cyclisme?

Désormais voué à mettre des virgules, des adjectifs ou des effets de manche sur une idée préétablie, le journaliste connaît un statut de plus en plus précaire. Il enchaînera les piges et les contrats provisoires, ce qui permettra de s’assurer de sa docilité avant de lui octroyer enfin un contrat à durée déterminée. On croise même de nos jours des patrons de presse sans vergogne qui ne paient plus leurs correspondants, persuadés qu’ils sont que le simple fait d’avoir leur nom imprimé sur du papier journal suffit à leur bonheur. Ou d’autres qui n’hésitent pas à obliger leur rédaction à confectionner des suppléments publicitaires, pour pas un rond bien évidemment, alors que cette pratique est contraire à la convention collective des journalistes. Sans compter les  » articles papier  » mis en ligne sur Internet, sans demander l’avis des intéressés.

Vous l’avez compris, le journaliste indépendant, véritablement libre de ses écrits, devient une espèce aussi rare et menacée que le percnoptère d’Égypte, le gecko à queue feuillue ou le dauphin de l’Irrawady.

Alors, pour amuser la galerie, affoler l’audimat et faire croire à son indépendance, le journaliste va être tenté de pratiquer la «  piromanie « , la politique du pire et de réaliser des «  shockumentaires « , ces documentaires aux images violentes qui «  vont attirer l’audience qui sera bien sûr transformée en recettes publicitaires. ».

Et l’on ne peut que rejoindre complètement Jean-Jacques Cros lorsqu’il écrit : «  Ce mode de fonctionnement des médias illustre le proverbe chinois qui dit qu’  » un arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse « . les médias ne rendent pas compte de la réalité. Ils ne sont que l’écho d’une réalité partielle pour ne pas dire partiale, qui est souvent mise en musique pour eux alors que les médias devraient avoir pour but de rendre intéressant ce qui est important. »

« Médias : la grande illusion », Jean-Jacques Cros, éditions Jean-Claude Gawsewitch- 250 pages, 19,90 euros.

Côté sexe, je m’y perds un peu…

A moi seul bien des personnagesAttention, cet homme est un magicien de la plume, capable de vous tenir en haleine pendant deux cents pages avec les états d’âme d’une coccinelle s’apprêtant à emprunter un passage clouté. Treize romans en quarante-cinq ans de carrière, on ne peut vraiment pas qualifier John Irving de dangereux graphomane. Et, avec des chefs d’œuvre comme « L’hôtel New Hampshire », « Le monde selon Garp », ou « Dernière nuit à Twisted River » (courez vite les acheter en édition de poche si vous aimez lire!), on imagine que l’auteur va fatalement trébucher, avoir un petit coup de moins bien, comme on le dit d’un coureur du Tour de France pendant l’ascension du Tourmalet. Une défaillance même pas imaginable pour ce grand champion de la plume! Le coureur de classiques Irving, nous entraîne avec  » A moi seul bien des personnages  » dans son univers habituel peuplé de sexe et de névroses, d’ours bruns et de lutteurs en maillots moulants et nous fait vivre un rare bonheur de lecture en nous dépaysant totalement.
Bill est un jeune adolescent timide et complexé qui a tendance à tomber amoureux de tous ceux qui le regardent : le jeune beau-père de sa mère, la sculpturale bibliothécaire, Miss Frost, qui l’initiera -tout d’abord !- à la littérature, mais aussi le redoutable Jack Kittredge, le capitaine de l’équipe de lutte de la Favorite river Academy.
Nous sommes dans les années soixante, années où le confesseur et le médecin se font fort de rendre l’homosexualité collégienne guérissable, « une théorie répressive et d’une connerie sans fond », comme le constatera Bill avec un peu de recul.
Mais que faire pour celui qui est attiré par les hommes ET par les femmes?  » Mes amis homos ne voyaient pas d’un bon œil mon existence de bisexuel ; soit ils refusaient de croire que j’aimais vraiment les femmes, soit ils pensaient que je manquais d’honnêteté, ou que je ne prenais pas de risques. Pour les hétéros, y compris les meilleurs d’entre eux, comme Arthur, un bisexuel n’était qu’un homo. »
De rejet en moqueries, de fuites en désillusions, Bill, va se construire, apprendre à surmonter ses difficultés et développer un humour redoutable. Avec la convocation à l’armée du jeune bisexuel, John Irving nous offre un de ces moments jubilatoires dont il a le secret :
 » Vous n’aimez pas les filles? me demanda le lieutenant.
– Oh si, j’aime les filles.
-Mais alors qu’est-ce que ça veut dire  » tendances homosexuelles  » ?
– J’aime aussi les mecs.
– Ah oui ? Vous les préférez aux filles ? poursuivit-il à haute et intelligible voix.
– C’est tellement difficile de choisir, lui répondis-je d’un ton extatique, non, sincèrement, vraiment, j’aime les deux. »
John Irving, en tournée de promotion pour son livre au moment des manifestations contre le mariage pour tous, a été très surpris par ce qu’il pouvait contempler à Paris (« L’Express », 30/4) :  » Si en 35 ans, l’intolérance sexuelle a régressé, elle n’a pas pour autant disparu, loin de là… » Parlant des manifestations qu’il a croisées : « D’un côté, je suis convaincu que cette violence physique et verbale est le signe du désarroi de factions religieuses traditionalistes, qui se savent désormais en minorité. Mais je suis quand même préoccupé. Vous savez, cela fait près de cinquante ans que je viens régulièrement en Europe, dans l’idée que ce continent est celui du progrès et de la libération, notamment sexuelle. Et, pour la première fois, l’Europe m’inquiète, car je n’ai plus le sentiment qu’elle soit en avance sur l’Amérique sur ces sujets.  »
Enfin pour que son travail de romancier et d’éclaireur du genre humain ne soit pas mis en doute, l’auteur américain n’avance pas masqué :  » Si vous voulez savoir si j’ai eu des expériences gays, ou si j’ai été initié au sexe par une bibliothécaire, la réponse est non ! J’utilise certains éléments de ma propre vie justement parce que la question autobiographique ne m’intéresse pas. Rien de ce qui m’est arrivé n’est sacré, je peux donc tout altérer. »
A propos de « A moi seul bien des personnages », le célèbre romancier américain Edmund White a écrit : « Un roman qui vous rend fier d’être humain ». On ne peut que souscrire à une telle affirmation.

« A moi seul bien des personnages », John Irving, éditions Le Seuil, – 472 pages, 21,80 euros.