L’équipe de France de la simplicité

Chpt de pêche 01

Sylvain, totalement concentré comme tous ses coéquipiers de l’équipe de France…

Inquiétude, vendredi 30 août au petit jour, sur les pontons du port du Brise-lames à Anglet, en voyant arriver à bord du Lorycaa, l’un des bateaux du Yacht Club de l’Adour, des caisses hautes comme des coffres-forts de banque suisse, poussées par trois membres de l’équipe de France de pêche en mer. Les trois participants de cette sortie d’entraînement, organisée la veille du championnat de France, veulent « analyser » le terrain de jeu que leur propose notre club et il va être fascinant, pour des amateurs de sorties en mer comme nous, de voir comment pêchent de vrais compétiteurs.

Organisation impressionnante : tout est étudié dans les moindres détails pour gagner du temps. Amine, Sylvain et Romain arrivent chacun avec des housses contenant six cannes, utilisables à tout moment en fonction de l’évolution des conditions de mer. Leurs boîtes contiennent plusieurs dizaines de montage tous dûment étiquetés. Les appâts sont minutieusement ficelés sur l’hameçon et le calamar légèrement attendri avec un petit marteau. Pas de doute, les poissons vont déjeuner aujourd’hui chez Bocuse, ce qui va agréablement les changer du fast-food qu’on leur sert habituellement !

Agréable surprise, les trois compétiteurs sont des méridionaux à la faconde bien établie qui n’hésitent pas à balancer quelques vannes gentilles aux locaux, qui, dans ce domaine au moins, ne craignent pas grand monde, le skipper du Lorycaa, Alain Duclos, ayant remporté plusieurs années de suite le championnat d’Aquitaine du gouailleur le plus sympathique. Étonnantes différences de style entre Sylvain qui pêche avec une canne tendue très haut et Romain qui maintient le scion à ras de l’eau pendant qu’Amine sort de l’eau tout ce qui a des nageoires dans sa zone.

CHpt de pêche 03

Des boîtes de pêche qui sont de véritables boîtes à bijoux.

Au cours de la sortie, les trois rois du moulinet commencent à multiplier les doublés de belles daurades roses. Avec une pêche comme celle-là, j’en connais dans le club qui seraient  restés trois jours sans manger ni boire (sans boire, il ne faut peut-être pas exagérer!) en attendant que les poissons se manifestent à nouveau, mais Amine, calmement, nous demande d’aller un peu plus loin estimant qu’il a parfaitement analysé ce petit coin de l’océan.

Non seulement, nous avons eu la chance de croiser de très grands pêcheurs qui vont disputer dans quinze jours les championnats du monde au Portugal, mais nous avons surtout rencontré des humains simples et modestes qui s’excuseraient presque de tout leur savoir.

Il est ainsi des petits détails qui en disent long. Au retour, alors que le matériel utilisé est soigneusement rangé, nos trois internationaux, le plus discrètement du monde, ont pris des chiffons trempés dans l’eau de mer pour que notre bateau soit impeccable après leur passage. Vous imaginez les internationaux de l’équipe de France de football en train de cirer eux-mêmes leurs chaussures ?

Non au rugby colin-maillard !

???????????????????????????????

Pendant que l’arbitre vidéo fait interminablement joujou avec le réalisateur, joueurs et spectateurs s’ennuient gravement…

Les journalistes qui n’ont pas la présence d’esprit de quitter de temps en temps le confort douillet de leur tribune de presse pour aller vivre un match en tribune populaire, ne mesurent sans doute pas le mérite sans cesse croissant depuis dix ans des cochons de payants de spectateurs qui dépensent de 30 à 60 euros, à chaque rencontre du top 14, pour ne quasiment rien voir du match.

Si le rugby était encore une fête au XXe siècle, est-ce toujours le cas ? Entre les cameramen qui passent et repassent devant vous tout le match, les stadistes qui vous regardent dans les yeux comme si vous aviez une tête à aller balancer un marron à Pascal Papé pendant la rencontre et les notables friqués qui jettent un œil distrait au spectacle, du haut de leurs loges, la paupière lourde et la coupe de champagne à la main, il fallait déjà avoir la passion ovale chevillée au corps pour continuer à se rendre au stade comme une vieille dévote à confesse.

Mais cette année, avec les nouvelles règles sur l’arbitrage vidéo, autorisant les arbitres à remonter jusqu’à deux temps de jeu en arrière, les spectateurs ont vraiment le sentiment de venir voir les matches de top 14 avec des lunettes noires et une canne blanche.

Passons sur ces nouveautés merveilleuses comme seuls les têtes d’œuf du rugby savent en inventer. L’arbitre ne siffle plus les en-avant si le joueur avait l’intention de  passer la balle en arrière. Comprenne qui pourra et quotient intellectuel de moins de 150 s’abstenir!

Et, comme si ça ne suffisait pas, les malheureux spectateurs qui n’entendent pas les commentaires de l’arbitre, en cas d’actions litigieuses, doivent se contenter sur le grand écran de la mention « Arbitrage vidéo » pendant d’interminables minutes, la Ligue se refusant à ce que les images soient diffusées, de peur que l’arbitre ne soit sifflé.

Une attitude de rosière qui n’est pas sans me rappeler, dans les années soixante, ces grands-mères qui se précipitaient devant l’écran de la télévision pour que les chères têtes blondes ne soient pas traumatisées par le spectacle d’un baiser langoureux.

Avec ces nouvelles règles, toutes destinées à promouvoir le spectacle télévisuel, on arrive à ce constat que le spectateur du match, comme le cocu de la fable, est le dernier informé de ses multiples infortunes et en sait bien moins sur le match que n’importe quel amateur de bière vautré devant Canal+ sur son canapé.

Si la Ligue veut que les stades deviennent des arènes vides uniquement dévolues aux médias, c’est exactement ainsi qu’il faut s’y prendre.

En attendant, allez voir des matches de fédérale, tellement plus sympathiques et authentiques! Et quand volera un bourre-pif, afin de réapprendre la politesse à l’équipe adverse, il n’y aura pas de caméra pour le débusquer et vous aurez le délicieux sentiment de retrouver le rugby que vous aimez.

 » T’aurais pas une petite place? « 

???????????????????????????????

En août, le moindre bout de jardin fait l’affaire…

Il faut habiter très au nord de la Loire et fort loin de la façade atlantique, pour s’imaginer que les Biarrots se voient beaucoup pendant les mois d’été et passent leurs soirées entre copains, à prendre l’apéritif chez l’un ou l’autre. Ils n’ont pas le temps, sont débordés par l’intendance et peuvent tout juste s’adresser, au marché, des petits signes de tête amicaux et des mimiques désolées : « Patience! Ils partent bientôt. Et ce magnifique pays qui est le nôtre va à nouveau nous appartenir. »

Les manœuvres d’approche commencent généralement en juin. Des membres de votre famille, qui ne se sont absolument pas souciés de votre hospitalisation en décembre dernier et connaissent à peine votre prénom, se souviennent soudain que vous habitez une région particulièrement agréable  et se proposent fort gentiment de venir illuminer, pendant une bonne quinzaine de jours, votre solitude supposée du mois d’août. « Et puis, tu nous connais, on n’est jamais là! ». Effectivement, à l’heure des courses, toute la troupe de débarquement ressent une envie pressante de plage et vous fait soudain une confiance absolue, avant de jouer groupé au moment de passer à table.

Il y a aussi les copains biarrots. Difficile de résister à l’or en tongs qui se déverse sur la ville en juillet-août ! Le citadin affamé de vacances est prêt à louer 500 euros la semaine la moindre studette pas trop éloignée de l’océan. La tentation est donc grande de livrer aux hordes déferlantes son appartement pour deux mois et d’atterrir chez un copain.  » Compte-tenu de ma situation financière cette année, je ne peux pas rater la saison. Même un matelas dans ton garage, ou une tente dans ton jardin, ça me va ! « .

Et c’est ainsi que, pendant les deux mois d’été, se redistribuent les richesses entre Biarrots fortunés et Biarrots impécunieux, tandis que se créent, en fonction de la discrétion ou de la goujaterie des locataires improvisés, de durables amitiés ou de féroces inimitiés qui se prolongeront pendant des années…

Vidéo gag à Aguilera

???????????????????????????????

Un essai de raccroc pour l’emporter 19-12 face à Montpellier, il n’y a pas de quoi pavoiser…

Si l’utilisation éventuelle de caméras de surveillance face aux incivilités sur la grande plage, anime les débats entre Biarrots, pas un supporter du Biarritz Olympique ne regrettera la maniaquerie  de Monsieur Garcès, l’arbitre du match, qui, à quatre reprises, a refusé des essais aux Montpelliérains après consultation vidéo pour des peccadilles à laisser perplexe n’importe quel harceleur patenté de drosophiles (en français courant : enc… de mouches). À Aguilera, les caméras avaient choisi le camp euskara, ce que  » Sud Ouest  » traduira par ce délicieux euphémisme :  » Ce n’est pas forcément le meilleur qui a gagné « 

Traumatisés par leur défaite (18-22) face à Clermont, les Biarrots, volontaires mais empruntés, se sont contentés d’un essai de rapine de Gimenez pour voler la feuille de match à l’équipe de Fabien Galthié. Un Galthié tellement dépité qu’il a fait tournoyer son tee-shirt au bout du doigt, à la manière d’un stripteaseur, pour répondre aux moqueries du public et montrer à quel point il avait le sentiment de s’être fait dépouiller.

Il y a quelques jours, Christian, un acharné du Biarritz Olympique, m’avait expliqué pourquoi, pour la première fois depuis des lustres, il ne renouvelait pas son abonnement cette saison : « Je vais les regarder à la télévision. Je n’ai plus envie d’aller au stade pour voir mon équipe favorite batailler pour la dixième place ».

Avec plus de diplomatie, Imanol Harinordoquy, passant sous silence les ennuis financiers du B.O, parle dans  » Sud Ouest  » d’une  » saison de transition « . Il devrait savoir qu’avec les caprices du ballon ovale, une saison de transition peut très vite se transformer en saison de perdition.

Grande braderie d’été sur la canonisation…

Jean-Paul IIOn ne prête décidément qu’aux riches! En bon agnostique, je me figurais que le miracle c’était du lourd, du genre Lazare, sors de ton tombeau! Et non un paralytique qui, après un passage par Lourdes, se contente de deux pneus neufs pour son fauteuil roulant. On se souvient de la foule, le 8 avril 2005, le jour des obsèques de Jean-Paul II, criant « Santo subito », « Saint, tout de suite! ».

Malheureusement, les règles de l’église catholique romaine sont drastiques et si, avec un miracle accompli, c’est la béatification assurée, la canonisation en nécessite deux. Pour tresser une auréole à Jean-Paul, on avait bien trouvé une religieuse française, sœur Marie Simon-Pierre…

Grande braderie d’été sur la canonisation…

Jean-Paul II

Deux miracles en tout et pour tout, dont un post-mortem… Il ne s’est pas foulé notre Jean-Paul!

On ne prête décidément qu’aux riches! En bon agnostique, je me figurais que le miracle c’était du lourd, du genre Lazare, sors de ton tombeau! Et non un paralytique qui, après un passage par Lourdes, se contente de deux pneus neufs pour son fauteuil roulant. On se souvient de la foule, le 8 avril 2005, le jour des obsèques de Jean-Paul II, criant « Santo subito », « Saint, tout de suite! ».

Malheureusement, les règles de l’église catholique romaine sont drastiques et si, avec un miracle accompli, c’est la béatification assurée, la canonisation en nécessite deux. Pour tresser une auréole à Jean-Paul, on avait bien trouvé une religieuse française, sœur Marie Simon-Pierre, guérie de la maladie de Parkinson après l’avoir rencontré. Mais depuis, plus rien.

Et le miracle… de la communication fut!

Le nouveau pape François, bien plus énergique que notre François à nous qui dirige mollement notre pays, vient de mettre bon ordre à tout cela en cédant à la pression affectueuse de sa clientèle. Ne voilà-t-il pas qu’une Costaricaine, Valentina Alazraki Floribeth, mère de quatre enfants et grand-mère depuis peu, affirme s’être remise d’un anévrisme cérébral que les médecins jugeaient impossible à opérer. Jean-Paul II était mort et enterré depuis quelques jours au moment des faits, nous avons tous autour de nous des proches qui se remettent doucement d’accidents cérébraux, mais notre Costaricaine n’en démord pas : c’est parce qu’elle a invoqué Jean-Paul II qu’elle est guérie. Curieusement, c’est cinq ans après, au moment où il est temps de canoniser notre vaillant Polonais, que l’église se souvient soudain de cette histoire…

… Je n’en suis pas très fier, mais, le jour où j’ai rencontré la femme de ma vie, j’avais longuement pensé le matin à Christine Boutin. Faut-il béatifier d’urgence cette dernière et la proclamer déesse de l’amour?

Le bonjour du kospei…

La Grande Plage

Les kospei, c’est comme les crabes à la marée,
impossible de s’en débarrasser…

Le mot est peu utilisé par les Basques eux-mêmes, mais il claque comme un coup de cravache au milieu du visage. Pour peu que vous commenciez à critiquer le maire en place de Biarritz ou cette si magnifique et rentable Cité de l’Océan, seul endroit de la Côte basque où vous êtes sûr de trouver de la place en plein mois d’août tellement l’affluence est rare, le couperet tombe :  » Tu n’as rien à dire, tu es un kospei !  »  Et au ton tranchant, vous comprenez très vite qu’il vaut mieux changer de sujet…

Après quelques plongées dans les dictionnaires franco-basque et quelques apéritifs prolongés avec des amis du cru, la lumière surgit enfin : le kospei (prononcer cochepeille) est un mot-valise fabriqué après le traumatisme qu’a fait subir Léon Blum aux Basques, le 7 juin 1936, en accordant aux salariés quinze jours de vacances. Les kospei, ce sont  les congés payés,  venus envahir l’oasis de tranquillité qu’était le Pays basque.

Beaucoup désormais utilisent ce mot, à connotation péjorative, sans en connaître l’origine. Fréquentant assidument le Pays basque depuis 1968 et résidant à Biarritz depuis 2003, ces petits mouvements d’humeur me font plutôt sourire. À l’image de ces grandes familles nobles, si fières de leur particule, mais au final totalement dégénérées à force de consanguinité, je ne vois aucune raison, pour l’infime partie des Basques qui n’a jamais bougé, de tirer fierté de cet état de fait.

En fait, tout cela ne prête pas à conséquence et je suis ravi de me retrouver en quelque sorte invité permanent d’un pays aussi beau et aussi riche humainement. Dans ce blog, je me permettrai parfois des petites railleries sur Biarritz, mais pas plus qu’un convive anonyme, heureux de participer à une grande fête locale. D’ailleurs, quand un énervé me traite de  » kospei ! « , j’y vois comme une sorte d’atavisme familial : en 1932, mon grand-père Auguste Viollier a vendu la minuscule ferme qui lui appartenait à côté de La-Roche-sur-Yon, en Vendée, pour aller louer ses bras comme métayer en Charente-Maritime, à la Chapelle-des-Pots. Pour les gens du cru, il était un de ces  » Ventrachoux  » (par allusion à la nourriture des Vendéens pauvres) venus piquer le pain blanc des Charentais. Heureusement, par son dynamisme, par son intelligence, il réussit à émerger dans son village au point d’en devenir maire en 1965. Ce qui ne l’empêchait pas de raconter que certains de ses vieux copains du village lui avaient dit, au moment des élections municipales, trente-trois ans après son arrivée en Charente : «  Tu sais, Auguste, on ne peut pas voter pour toi, tu es un migrant ! « 

Finalement, on est toujours l’arabe de quelqu’un… Ce qui est sans doute le plus sûr moyen d’apprendre la tolérance et de comprendre que nos différences sont notre richesse.