Le bonjour du kospei…

La Grande Plage

Les kospei, c’est comme les crabes à la marée,
impossible de s’en débarrasser…

Le mot est peu utilisé par les Basques eux-mêmes, mais il claque comme un coup de cravache au milieu du visage. Pour peu que vous commenciez à critiquer le maire en place de Biarritz ou cette si magnifique et rentable Cité de l’Océan, seul endroit de la Côte basque où vous êtes sûr de trouver de la place en plein mois d’août tellement l’affluence est rare, le couperet tombe :  » Tu n’as rien à dire, tu es un kospei !  »  Et au ton tranchant, vous comprenez très vite qu’il vaut mieux changer de sujet…

Après quelques plongées dans les dictionnaires franco-basque et quelques apéritifs prolongés avec des amis du cru, la lumière surgit enfin : le kospei (prononcer cochepeille) est un mot-valise fabriqué après le traumatisme qu’a fait subir Léon Blum aux Basques, le 7 juin 1936, en accordant aux salariés quinze jours de vacances. Les kospei, ce sont  les congés payés,  venus envahir l’oasis de tranquillité qu’était le Pays basque.

Beaucoup désormais utilisent ce mot, à connotation péjorative, sans en connaître l’origine. Fréquentant assidument le Pays basque depuis 1968 et résidant à Biarritz depuis 2003, ces petits mouvements d’humeur me font plutôt sourire. À l’image de ces grandes familles nobles, si fières de leur particule, mais au final totalement dégénérées à force de consanguinité, je ne vois aucune raison, pour l’infime partie des Basques qui n’a jamais bougé, de tirer fierté de cet état de fait.

En fait, tout cela ne prête pas à conséquence et je suis ravi de me retrouver en quelque sorte invité permanent d’un pays aussi beau et aussi riche humainement. Dans ce blog, je me permettrai parfois des petites railleries sur Biarritz, mais pas plus qu’un convive anonyme, heureux de participer à une grande fête locale. D’ailleurs, quand un énervé me traite de  » kospei ! « , j’y vois comme une sorte d’atavisme familial : en 1932, mon grand-père Auguste Viollier a vendu la minuscule ferme qui lui appartenait à côté de La-Roche-sur-Yon, en Vendée, pour aller louer ses bras comme métayer en Charente-Maritime, à la Chapelle-des-Pots. Pour les gens du cru, il était un de ces  » Ventrachoux  » (par allusion à la nourriture des Vendéens pauvres) venus piquer le pain blanc des Charentais. Heureusement, par son dynamisme, par son intelligence, il réussit à émerger dans son village au point d’en devenir maire en 1965. Ce qui ne l’empêchait pas de raconter que certains de ses vieux copains du village lui avaient dit, au moment des élections municipales, trente-trois ans après son arrivée en Charente : «  Tu sais, Auguste, on ne peut pas voter pour toi, tu es un migrant ! « 

Finalement, on est toujours l’arabe de quelqu’un… Ce qui est sans doute le plus sûr moyen d’apprendre la tolérance et de comprendre que nos différences sont notre richesse.

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