Endimanchons le travail !

travail-dimancheLe coup de force de Leroy Merlin et Castorama, deux magasins de bricolage, ayant ouvert le dimanche, malgré une astreinte de 120 000 euros par jour d’infraction, montre bien à quel point notre gouvernement, qui s’est empressé de confier une mission de réflexion jusqu’à fin novembre à Jean-Paul Bailly, garde une capacité formidable à bricoler de nouveaux décrets, les jours de semaine comme le week-end.

Petit rappel pour ceux qui auraient raté un épisode ou deux :

– Même si elles soulèvent un problème intéressant, les deux enseignes qui ont fomenté le coup de force doivent payer l’amende prévue, car sinon à quoi sert une décision de justice.

– La loi interdisant le travail le dimanche date de 1906 et a subi depuis sa création 180 dérogations, toutes plus incohérentes les unes que les autres. Ainsi, un salarié qui travaille le dimanche dans une « zone touristique » sera payé comme un jour ordinaire. En revanche, un salarié de grande surface travaillant à la périphérie d’une agglomération verra son salaire du dimanche doublé et bénéficiera d’un repos compensateur.

– Bernard Caseneuve, le ministre délégué au Budget, se dit « ouvert au dialogue » et n’exclut pas sur BFM (29/9) d’élargir le périmètre autorisé. Autrement dit, au lieu de s’attaquer au problème, on va se contenter de rajouter quelques étages à l’usine à gaz existante. Et une fois de plus, comme les zones franches inventées en 1995 par Juppé pour aider les banlieues défavorisées, la loi ne sera pas la même pour tous dans tout le pays.

– Dernier constat, malgré les cris d’orfraie des syndicats, 29% des salariés exerçant dans le commerce ou les métiers de service travaillent déjà le dimanche. Qui a demandé à ces salariés s’ils vivent moins bien?

Avec mon épouse, nous avons exercé pendant quinze ans au journal L’Équipe et, bien évidemment, le dimanche était la journée la plus riche en actualité et celle qui nécessitait la présence de tous. Nous n’avions pas de famille à proximité, mais trouver des gardes pour les enfants, en particulier des étudiantes ravies de l’aubaine, était plutôt moins compliqué qu’un autre jour de la semaine. Et quel bonheur quand on dispose d’un mardi ou d’un jeudi de pouvoir faire ses courses hors bousculade, voire même de participer à une activité scolaire de son enfant, un luxe totalement interdit à un salarié normal.

Le gouvernement Ayrault tient là une occasion unique de montrer qu’il est à la fois capable de modernisme tout en se souvenant qu’il lui arrive d’être de gauche. Pourquoi ne pas rayer de la carte cette usine à gaz inutile en établissant, en concertation avec le patronat et les syndicats de nouvelles règles claires : d’un côté, l’ouverture d’un commerce ne serait plus soumise à autorisation le dimanche, de l’autre, seuls des salariés volontaires, payés le double d’un jour ordinaire et bénéficiant d’un repos compensateur pourraient exercer.

Le gouvernement actuel ayant déjà tondu les œufs avec sa fiscalité écrasante et, le porte-monnaie des Français n’étant pas extensible à l’infini, il est peu probable que cette mesure ferait faire un grand bond en avant à la consommation, ce qui serait acheté le dimanche, ne l’étant pas le reste de la semaine. Mais elle aurait le mérite de créer du dynamisme et des emplois à temps partiel, si précieux pour de nombreuses catégories de population, jeunes, étudiants, retraités en difficulté, qui seraient ravis de l’aubaine.

Hollande et ses boys n’ayant guère montré de conviction en matière de moralisation de la vie politique et de cumul des mandats, parions que l’on va droit sur une mini réformette, annoncée avec force tambours, trompettes et caméras. Si ce gouvernement avait du courage et était à gauche, nous nous en serions sans doute aperçus depuis mai 2012!

Le rugbycon est franchi

Toulon Orangina

Wilkinson, marque Orangina sur les fesses,
joue à « Secouez-moi, secouez-moi » face à Urdapiletta.

Les joueurs de rugby ont toujours eu de gros culs, mais faut-il le souligner ? Après le Racing-Métro où le maillot est tellement encombré par les sponsors que Jacky Lorenzetti n’a rien trouvé de mieux que de coller le nom des joueurs à l’arrière de leurs shorts, on attend avec impatience le jour où les deux entraîneurs parisiens franchiront le pas et se retrouveront avec un  » Labit   » de  »  Travers  » apposé sur leurs fesses…

On a souffert à l’époque pour les Gimbert, Moscato, Simon, obligés d’endurer au Stade français, pour cause de fantaisies présidentielles, du Dalida dans les vestiaires, et, de la même façon, on a eu de la peine samedi pour ces immenses joueurs toulonnais que sont Wilkinson, Botha ou les frères Armitage en les voyant entrer avec les fesses tatouées d’un disgracieux Orangina. Et, comme le rugby peut être un sport moral, on s’est réjoui de voir cette équipe d’Oyonnax, âpre, vaillante, solidaire, jouer à  » Secouez-moi, secouez-moi !   » avec les Toulonnais et triompher 25-22.

L’argent, même s’il est nécessaire, ne doit pas avoir tous les droits et le public doit être respecté, ce qui est loin d’être le cas. Pour le derby Bayonne-Biarritz, où Blanco, défait, a joué le grand air du complot présidentiel pour tenter de réveiller son équipe au fond du seau, les tribunes étaient pleines et les budgets modestes ont pu accéder sans difficulté aux « places de pesage », debout devant la tribune centrale, mais ça n’a pas été le cas, il y a quinze jours, lors de la venue du Racing. L’oeil bleu, un inconditionnel de l’Aviron bayonnais raconte : « Nous sommes venus comme d’habitude chercher nos billets pour la venue du Racing, mais visiblement, sans que personne ne daigne prévenir les supporters, les règles avaient changé : on nous a annoncé que les billets de pesage de la tribune d’honneur ne seraient mis en vente que si toutes les places de tribunes étaient vendues: sinon obligation de prendre une place en tribune… » Alain Afflelou, que l’on a connu moins mesquin, devrait chausser ses lunettes à double foyer pour se rendre compte qu’il a sous la main le meilleur public de France et comprendre, même si sa fortune personnelle lui ôte tout sens des réalités, qu’un billet d’entrée à 10 euros et un billet à 30 euros font une sacrée différence pour un budget familial serré.

Même mépris du public de la part du diffuseur Canal +, qui s’est essayé ce week-end à un  » horaire expérimental « , selon les termes d’Éric Bayle, en imposant le match Clermont-Bègles à 12h30 le dimanche. Où est le respect des spectateurs et des joueurs chez cette chaîne qui prétend aimer le rugby? Des déjeuners à 9 heures du matin pour les joueurs et l’impossibilité pour les cochons de payant de vivre la venue au stade comme une fête ou d’aller voir un simple match de fédérale. Souhaitons que cette imbécile nouveauté soit boycottée !

La chaîne cryptée fait décidément la pluie et le beau temps sur le rugby français! Puisque Canal+, tuant la poule aux œufs d’or ovale, initialement appâtée avec un peu de blé, veut à tout prix se livrer à des expériences, histoire de damner le pion à ses concurrents, on ne saurait trop lui conseiller des matches à deux heures du matin, après le film porno du samedi soir, ou d’autres à 6 heures du matin, ce qui laisserait le temps aux spectateurs de faire un footing en sortant, avant d’aller à la messe.

Paul Goze, lorsqu’il jouait deuxième ligne pour l’USAP, n’était pas franchement un tendre. On se demande ce qu’attend l’actuel président de la Ligue pour apprendre à pousser droit à Canal+ et lui inculquer, par quelques marrons bien sentis, le respect du public qui n’en peut plus de voir son sport favori massacré et accommodé à toutes les sauces par les marchands de temps de cerveau disponibles.

Les nouveaux Borotracas de Biarritz

Chantier interdit_page_001

Undernier petit appel d’offres pour la route…
Et, au hasard, c’est Vinci qui remporte ce chantier !

Si les pères de famille géraient leur patrimoine comme les maires de certaines communes leur budget, nul doute que les banquiers figureraient au hit-parade des crises cardiaques. Imaginez la scène :

Monsieur le banquier, je viens de trouver la maison de mes rêves, une petite broutille à plusieurs millions d’euros!

– J’en suis heureux pour vous. Vous avez un apport personnel?

– Pas le moindre, mais vous allez me prêter l’intégralité de la somme et c’est mes enfants qui vous rembourseront pendant trente ans.

Très mal élu pour la première fois de sa carrière en 2008, Didier Borotra, malgré l’hostilité de la population, a imposé en pleine crise économique une Cité de l’Océan dont personne ne voulait. Et pour ne pas avoir à dépenser l’argent qu’il n’avait pas, il a signé avec la très présente société Vinci un PPP (Partenariat Public Privé), la ville se trouvant amenée à payer pendant des décennies un loyer au bétonneur… que la Cité de l’Océan marche ou ne marche pas.

Et la catastrophe annoncée fut! Des attractions « ludo-scientifiques », niveau game boy première année, des documentaires comme ceux que l’on utilise dans les maisons de retraite pour faire dormir les pensionnaires et une fréquentation totalement désastreuse que le maire reconnait du bout du dentier.

Après un tel coup de maître, qui va obérer les finances de la Ville pendant des années et laisser fort peu de marges de manœuvre à ceux qui vont lui succéder, on pouvait penser que l’élu en chef allait raser les murs et chercher à se faire oublier jusqu’à la fin de son dernier mandat (Les mauvaises langues disent même qu’il a repeint les murs de sa mairie en gris pour être moins visible quand il doit s’y rendre!), mais c’est mal connaître cet insatiable passionné de béton… tant qu’il ne s’agit pas de logement social.

Comme les joueurs de poker invétérés qui sortent en slip du casino en brandissant leur carte de crédit et en prétendant qu’ils vont se refaire, le maire annonce qu’un double parking va voir le jour près des Halles et Côte des Basques. Et un dernier petit appel d’offres pour la route, qui -vous l’aviez deviné!- va échoir encore et toujours au mieux-disant Vinci.

Borotra et V1nci

Sur facebook, les opposants au parking s’en donnent à cœur joie avec Borotra imperator.

Admirable manœuvre en deux temps d’un homme politique dont on ne peut contester l’habileté. Au printemps, on annonce aux riverains du quartier d’Espagne, inquiets, que le stationnement de surface restera gratuit. Et puis, à six jours du prochain conseil municipal où doit être avalisée cette décision, les Biarrots découvrent que le bétonneur impécunieux Vinci, qui va sûrement élever une statue de Didier Borotra dorée à l’or fin dans la cour de son siège social, va bénéficier d’une subvention de 850 000 euros pendant 11 ans, soit un petit coup de pouce de 9 millions 350 000 euros et une dette de plus, encore une, pour la Ville.

Franck Borotra, l’ancien ministre de l’Industrie, et frère jumeau du maire, avait stupéfié Chirac, en lui annonçant en 2002 qu’il renonçait de son plein gré à tous ses mandats politiques. Didier Borotra, maire de Biarritz depuis 1991, après d’incontestables réussites comme la médiathèque de la ville, aurait été bien inspiré de prendre la même décision que son jumeau.

Ces aveugles qui veulent nous gouverner

Les 4 adjoints_page_001

Brisson, Veunac, Lafite, Poueyts : tous autant qu’ils sont, ont à un moment ou à un autre râlé, bougonné, maugréé, fulminé, grommelé, pesté, ronchonné contre les décisions du « Vieux », avant de voter comme un seul homme, en bons petits toutous obéissants, ce que le maire a décidé.

Tous, quand vous les rencontrez, prennent l’air grave pour vous affirmer que la politique est un métier de chien, pas de week-end, pas de vie de famille, des sollicitations incessantes. Un bobard qui fait plutôt marrer les Biarrots. Quand le premier adjoint, le deuxième, le troisième et le quatrième frétillent tous d’impatience à l’idée de se lancer  dans la bataille des municipales, c’est que la soupe ne doit pas être si mauvaise que cela.  Soyons sérieux, ce n’est pas la seule passion de la ville qui agite tout ce beau monde. Alors que chaque candidat y va de son café-débat, de son communiqué de presse ou de sa rencontre avec les habitants, difficile pour le moment de s’y retrouver entre la liste d’ouverture façon UMP, celle si Biarrote et  propre sur elle du Modem, celle de la gauche cachemire et celle qui nous la joue « Embrassons-nous Folleville!« , les deux abertzale Michel Poueyrts et Peio Claverie manifestant une volonté commune de s’emparer du manche après s’être cordialement détestés.

Seule constante entre ces quatre listes, où deux larrons en chef, voire trois, ont encore le temps d’unir leurs forces pour en croquer un autre :  » On va rendre la ville aux Biarrots « . C’est donc bien qu’on nous l’avait volée ? C’est donc bien que le maire n’en faisait qu’à sa tête sans se soucier de l’opinion publique? C’est donc bien que tout a été sacrifié au tourisme et au bling-bling au détriment du logement social et de la vie quotidienne des plus défavorisés? Et que faisaient pendant ce temps tous ces adjoints qui ont, pour la plupart, exercé pendant plusieurs mandats et qui se demandent maintenant comment ils vont pouvoir rester crédibles sans rendre de comptes à la population? Ils avaient enfilé leurs lunettes noires pour ne surtout pas voir ce qui se passait. « Tais-toi et profite! » comme on dit au Pays basque.

Biarritz est une toute petite ville où l’on sait toujours tout. Nous avons vu la grande majorité des adjoints traîner des pieds au moment du vote de La Cité de l’Océan et confier à l’opposition en aparté « Le vieux est devenu mégalo ». Nous en avons vu d’autres envisager de faire sécession en 2009 en refusant de voter le budget. A propos du parking de la Côte des Basques, un adjoint a même, il y a peu, exhibé ses petits muscles de surfeur maigrelet en disant que « Cette fois, c’en est trop! »  avant de se faire admonester par Didier et de rentrer dans le rang. Car tous autant qu’ils sont, après avoir râlé, bougonné, maugréé, fulminé, grommelé, pesté, ronchonné, pleurniché, ont voté comme un seul homme, en bons petits toutous obéissants, toutes les décisions du maire pendant la mandature.

Alors, messieurs les futurs candidats, lundi 30 septembre, lors du prochain conseil municipal, vous avez enfin une occasion unique – pardonnez-moi la trivialité!- de montrer que vous avez quelque chose dans le pantalon. Refusez de voter ce projet qui endette la Ville pour 11 ans, qui doit être piloté par celui d’entre vous qui sera amené à diriger Biarritz en 2014 et montrez que vous êtes capable, au moins symboliquement, de tuer le père quand ses décisions deviennent erratiques.

Les Biarrots discutent beaucoup à votre sujet tous les matins aux Halles. Ils s’étonnent de voir que c’est toujours la même entreprise qui remporte tous les marchés. et se posent de légitimes questions. Avant de voter, lors des prochaines municipales, ils sauront se souvenir de ceux qui ont été lâches et de ceux qui, une fois au moins, auront osé manifester un peu de courage politique…

… Cette denrée si rare qui fait la différence entre les leaders et les suiveurs !

30 000 façons d’être journaliste…

LA ROMANCE

En France, nous sommes trente mille titulaires de la carte de presse, mais bien évidemment entre un correspondant de guerre, un présentateur de journal télévisé, un reporter ou un correcteur, il n’y a guère de similitudes. Seul trait commun du métier, une passion féroce, sauvage, irrationnelle pour le titre qui nous emploie, très comparable à la passion amoureuse. C’est pour cette raison que le roman « Un délicieux canard laquais » qui sera en vente dans toutes les mauvaises librairies à partir du 16 octobre, est scindé en trois parties,  » La romance « ,  » Les doutes « ,  » La rupture « .

LES DOUTES

La Rupture

LA RUPTURE

Le journalisme est un métier passionnant mais difficile, que j’ai sérieusement envisagé de quitter à certains moments. Mais, s’il est une corporation, fréquentée quarante ans, que j’ai toujours révérée, c’est bien celle des dessinateurs de presse, avec cette capacité extraordinaire qu’ont les artistes du crayon de susciter le rire en une seconde. C’est pour cette raison que j’ai voulu à tout prix dans ce livre des dessins qui résument ma traversée de la presse, avec ses moments merveilleux… et d’autres, beaucoup moins merveilleux. Et quand en plus, la dessinatrice signe Aïtana Design, en référence à sa famille argentine, mais s’appelle en réalité Caroline Viollier – vous avez compris qu’il s’agit de ma fille ! -, ce livre à paraître devient une délicieuse affaire de famille. Pourvu que le père soit à la hauteur de la dessinatrice !

La saison de cocagne

???????????????????????????????

(Photo Aïtana design)
Biarritz se libère de ses visiteurs en tongs tandis que ses habitants s’apprêtent à déguster la plus belle saison de l’année…

Pour un Biarrot, tout ce qui se situe au nord de l’Adour constitue une sorte de terre étrangère. Et bien souvent, en écoutant à la télévision Jean-Pierre Pernaut, avec son air de chien battu picard ne se souvenant même plus de son dernier soleil, en contemplant les mines chafouines et parisiennes de ceux qui ont exhumé dès septembre le manteau du placard, en se gaussant de l’air funèbre et désolé du préposé à la météo qui a l’air de croire que la France entière, à l’image de Paris, n’est plus qu’un gigantesque pot de chambre, l’envie vient à notre Biarrot de sortir son passeport pour vérifier s’il appartient bien au même pays que les gens qu’on lui montre dans l’étrange lucarne.

Car, ne le répétez surtout pas, mais l’automne est la saison favorite des Basques, tant la nature sait se montrer généreuse avec eux. Il fait toujours aussi bon vivre sur les terrasses ensoleillées à l’heure de l’apéritif, maintenant que les touristes ont retrouvé leurs nordiques latitudes. L’eau est encore à 21 degrés et le bain, jusqu’à mi-octobre, ne relève pas du moindre héroïsme.

En mer, les bancs d’anchois circulent le long de la côte poursuivis par les bonites, deux merveilles gustatives, tandis que les chipirons, ces petits calamars qui accompagnent si bien un verre de txakoli, se laissent aisément capturer. Dans le ciel, tout le monde guette le passage des palombes, et les palombières, si propices aux agapes entre copains, sont astiquées comme jamais. Sur terre, les premières pluies après le soleil, vont provoquer la ruée sur les cèpes dans les forêts d’Ustarritz ou sur les pentes des Aldudes.

«  Plus ce serait trop! « , comme le répète un de mes copains, à propos de l’automne basque.

La seule difficulté avec toutes ces sollicitations consiste à trouver encore un peu de temps disponible pour travailler. Et les médecins du cru de vous avouer, mi amusés mi réticents, qu’ils signent beaucoup d’arrêts de travail en octobre, périodes où des maladies locales et redoutables comme la grippe du chipiron, le rhume du cèpe ou l’angine de la palombe sévissent beaucoup. Comme quoi, l’air de la Côte basque n’est pas toujours aussi sain qu’il n’y paraît.

Les orientalistes du périphérique parisien

Journaliste, auteur de plusieurs enquêtes et études sur les discriminations. Nasser Negrouche  a notamment travaillé pour Le Monde Diplomatique, Les Dossiers du Canard Enchaîné, Témoignage Chrétien, Libération. Diplômé de philosophie et du CELSA, il a aussi été membre de l’équipe de France de boxe. Lecteur assidu de Bisque, bisque, basque !, il nous donne son point de vue sur la charte de la laïcité.

photo-nn-boxe

Nasser Negrouche

Une charte de la laïcité à l’école ? Mais de quelle laïcité parle-t-on d’abord ? Tolérante et inclusive comme la définit l’historien Jean Baubérot, titulaire de la chaire d’« Histoire et sociologie de la laïcité » à l’École pratique des hautes études ? Ou dogmatique et exclusive, comme la revendiquent les partisans d’une nouvelle religion civile  On peut espérer que cette charte contribue, dans quelques cas, à l’apaisement des tensions qui résisteraient au dialogue et à la médiation (ce qui est rarissime, de l’avis même de la majorité des acteurs de terrain : enseignants, chefs d’établissements, personnel éducatif…). À la condition, toutefois, que l’initiative  ne souffre d’aucune ambiguïté dans ses intentions mêmes et qu’elle ne soit pas guidée par une volonté dissimulée de stigmatiser une partie de la communauté nationale. C’est un secret de polichinelle : la référence à l’islam (même subliminale…) est constante et systématique dans le débat sur la laïcité. Mais personne n’ose le dire clairement.

Assignés à résidence confessionnelle

Bouc-émissaires providentiels d’une société détraquée et incapable de se réformer, de combattre le chômage et les inégalités, les « Musulmans » (ou plutôt la représentation fantasmatique de cette « communauté » loin d’être homogène) sont souvent désignés comme les responsables de tous les maux qui gangrènent le pays. On nous dira bientôt que Cahuzac fréquentait une mosquée en douce ou que le directeur de Pôle Emploi est un mahométan. Ceci expliquerait alors cela. Sans les nommer, les « jeunes musulmans de banlieue » – écoliers, collégiens, lycéens ou universitaires – sont désignés comme les ennemis naturels de la laïcité tricolore.  L’étendard vert contre le drapeau bleu blanc rouge. Pratiquants ou pas, ils sont assignés à résidence confessionnelle. Réduits à une appartenance religieuse réelle ou supposée. Sommés de se définir toujours par rapport à l’islam, ignorés dans leur singularité affective, psychologique, culturelle, citoyenne… Ces affreux rejetons de Saladin avanceraient masqués.  Ils exigeraient massivement des menus hallal, préféreraient l’obscurantisme aux Lumières et ne respecteraient pas les femmes. Machos, ignares, dingos, ils constitueraient une menace imminente contre nos chères têtes blondes (forcément bien faites et bien pleines, elles) et l’égalité de sexes.

Les ravages du sexisme en col blanc

Voilà la vision délirante  de la plupart des nouveaux orientalistes du périphérique parisien qui trustent les plateaux TV (faut bien optimiser le « temps de cerveau disponible »…), partagée avec enthousiasme par certains politocards qui haïssent le croissant (surtout au beur), mais adorent les pains au chocolat.Toujours prompts à dénoncer, la larme à l’oeil et la voix pleine de trémolos, le triste sort qui serait fait aux « jeunes femmes de banlieue » (comprendre « arabes et musulmanes ») par les mâles sauvages qui les entourent, ils ressuscitent un imaginaire colonial qui avait justifié, hier, les sanglantes entreprises de civilisation dont le prétendu « père de la laïcité », Jules Ferry, était un ardent promoteur (« Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je dis qu’il y a pour elles un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ». Discours sur la colonisation, 28 juillet 1885). Par contraste, leur silence sur les discriminations – bien concrètes celles-ci ! – dont souffrent les femmes en France est assourdissant. Alors que s’ouvre, ce lundi16 septembre, au Sénat, le débat sur le projet de loi « Egalité hommes-femmes », on ne les a pas entendus dénoncer les injustices subies par ces dernières dans la vie professionnelle et sociale, la politique, le couple… Déjà, le 12 septembre dernier, quasiment pas un mot sur les antennes, pas une image diffusée sur  les Etats Généraux de l’égalité entre les hommes et les femmes qui se sont tenus au Palais d’Iéna. Le constat présenté par les services du ministère du Droit des femmes est pourtant accablant :

–        Les femmes gagnent 28% de moins que les hommes dans le secteur privé,

–        Leurs pensions de retraite sont inférieures de 42% à celles des hommes,

–        Seul 1 député sur 4 est une femme et 22% seulement au Sénat,

–        80% des salariés à temps partiel sont des femmes

–        41% des français pensent que les « tâches techniques » du foyer (entretien de la voiture, informatique…) doivent revenir aux hommes

Et la liste des chiffres noirs du sexisme institutionnel français, violence conjugale et harcèlement sexuel compris, est encore longue… Mais cela n’émeut pas les mêmes qui s’indignent avec ostentation devant les caméras de télévision lorsqu’il est question de la misogynie ancestrale des « jeunes musulmans de banlieue » qui menacerait l’égalité des sexes dans les écoles. Le sexisme version MEDEF ou à la sauce parlementaire est, à l’évidence, plus respectable à leurs yeux. En col blanc, la maltraitance des femmes est une anecdote. Un scandale bourgeois qui se règle en famille, dans l’omerta absolue.

Un processus de déshumanisation

Où sont-ils, les indignés du 20h, bouffeurs professionnels de « jeunes beurs de banlieue », défenseurs lyriques des « pauvres jeunes filles du 9-3 » ? Pourquoi ne se dressent-ils pas contre les injustices criantes, vérifiées et bien réelles, subies par les femmes dans leurs entreprises, dans leurs circonscriptions, et même dans leurs partis politiques ? Les Français ne sont pas dupes de ce double langage. Selon une étude récente de Médiaprism pour le Laboratoire de l’Egalité, présidé par Cécile Daumas, journaliste à Libération : « Près de 3 français sur 4 pensent que les classes dirigeantes sont celles qui accusent le plus grand retard dans la diffusion de l’égalité femmes-hommes ». En clair, les donneurs de leçon ne se foulent pas beaucoup pour faire progresser concrètement les droits des femmes… Ils utilisent  le stéréotype médiatique de la « pauvre-fille-de-banlieue-de-confession musulmane » pour faire le sempiternel procès de la violence de l’homme maghrébin, musulman supposé ou réel. Un vieux cliché colonial, toujours vivace. Une sordide vision essentialiste enrobée de laïcisme bon teint. Toujours « ces races inférieures » qu’il faut bien éduquer…

Cette incapacité à penser l’homme de confession musulmane (ou simplement de culture maghrébine) comme un être humain sensible, capable de tendresse, de fragilité, de douceur, de compréhension, de poésie, d’amitié, d’humour et d’amour vis-à-vis des femmes présente tous les symptômes cliniques d’une psychose : le sujet se déconnecte de la réalité et se réfugie dans une construction délirante qui peut conduire à des épisodes violents. Elle témoigne, en outre, d’une intériorisation profonde des représentations collectives négatives véhiculées par les médias de masse et de la banalisation des propos islamophobes dans le discours public. Les conséquences psychologiques et sociales d’une telle entreprise de déshumanisation de l’homme musulman (ou simplement d’origine maghrébine) sont nécessairement dévastatrices sur l’opinion et le « vivre-ensemble ». La parole « décomplexée » de l’autorité valide le délire psychotique et en répand le poison. Une sorte de rumeur d’Orléans à l’échelle nationale. Les hommes de confession musulmane feraient subir de cruels sévices à leurs épouses, à leurs filles ou même à leurs mères dans l’anonymat des HLM de « nos banlieues-où-même-la-police-ne-peut-plus-rentrer ». Des « territoires perdus », des « zones à reconquérir » (on notera la sémantique martiale digne de la guerre d’Algérie) sur lequel s’échafaudent tous les fantasmes. La responsabilité des scénaristes de ce thriller politico-urbain est immense.

En faisant croire à la population qu’une horde de barbares sanguinaires peuplent nos quartiers, on alimente une bombe à retardement. Dans quel but ? Provoquer à tout prix, pour satisfaire une sinistre prophétie auto-réalisatrice, le choc des civilisations ? Les partisans de la fracture ethnico-religieuse de la France, quel que soit leur « camp », attendent ce moment avec gourmandise.

Le double jeu des nouveaux orientalistes

A quelques heures d’avion de la France, les nouveaux convertis à la  laïcité prosélyte qui hantent les plateaux TV chantent une toute autre chanson. Aux accents étrangement orientaux…  Le foulard, la burka, le sexisme parfois, l’esclavage moderne de la main-d’oeuvre immigrée et même l’application stricte de la charia ne les dérangent pas lorsqu’ils se rendent dans ces émirats  richissimes aux frais de la princesse (voilée par Hermés).

Grands patrons, anciens ministres ou hauts fonctionnaires, intellectuels tarifés, vedettes du sport ou du spectacle, ils oublient comme par enchantement «l’horreur islamique » (qu’ils dénoncent à Paris) lorsqu’ils se retrouvent dans les suites luxueuses des palaces où ils ont table (et chambre…) ouverte(s). Ils mangent hallal, s’accommodent parfaitement de l’absence de mixité et goûtent avec plaisir les charmes infinis de la vie locale. Même sur le territoire national, lorsqu’il s’agit de négocier un contrat juteux, de régler discrètement une affaire diplomatique ou d’obtenir un ralliement politique à l’ONU, ils font preuve de la même indulgence avec ces « Musulmans » dont ils apprécient le commerce.. L’imparable raison d’Etat, héroïquement brandie pour expliquer avec (une fausse) pudeur ce grand écart, est un alibi confortable. Elle cache, le plus souvent, des histoires abracadabrantesques de mirobolantes commissions et rétro-commissions, de réseaux « d’amitié », de financements occultes ou tout simplement de vulgaires magouilles de droit commun. Il a bon dos l’Etat français ! Et d’ailleurs, comment expliquer des situations plus ordinaires, sans lien avec la sécurité nationale ? Une femme avec un foulard sur la tête ne rentre pas dans l’annexe d’une mairie ou est chassée de la salle d’attente d’un service administratif, mais une autre, avec le même accoutrement, est accueillie avec tous les égards place Vendôme ou dans un prestigieux musée public. Laïcité à géométrie variable. On nous ressasse pourtant qu’elle repose sur des principes universels et intangibles. Le secteur privé échapperait-il à cette belle philosophie ? Où est la cohérence de la parole politique ? Qu’en pensent les gourous de la responsabilité sociale des entreprises et autres comités d’éthique (en toc ?) dont se dotent fièrement les géants du CAC 40 ?  La loi de l’argent, à chaque fois triomphe.  Lorsque le foulard dissimule une cliente potentielle ou une future généreuse donatrice, on lui fait une révérence. Lorsque le même foulard entoure le visage d’une maman au RSA ou d’une étudiante fauchée, alors on la vire sans ménagement en invoquant la laïcité pour se donner le beau rôle et épargner quelques tracas à sa conscience. Double jeu.

Dans les faits,  il y a les bons musulmans (riches) et les mauvais (pauvres). On ne stigmatise que les seconds. Le courroux républicain, comme par magie, épargne les premiers. Les citoyens français ont fini par se lasser de ces contorsions acrobatiques  et compris que ceux qui bradent les valeurs de la République, sponsorisent des dictateurs ou des apprentis tyrans, ne méritent pas leur confiance et se contrefichent de l’intérêt de la France. Il était temps… L’immense mérite des émirs milliardaires aura été de révéler à quel point il est facile de corrompre une partie de l’élite nationale. On ne les en remerciera jamais assez ! Sous le puissant robinet de pétrodollars, les masques  tombent. Et le vrai visage de leurs courtisans apparaît au grand jour : des mercenaires en costume chic et aux ongles bien propres qui se vendent au plus offrant. Avec un label qui fait rêver le monde sur le front : « made in France ».

Nasser Negrouche