L’inégalité n’est pas une fatalité…

couv_2857Si vous êtes dans les bonnes résolutions de rentrée et le grand ménage d’automne, voilà le livre qu’il vous faut pour vous dépoussiérer les neurones! Enseignant à l’université Paris-Diderot, Christophe Darmangeat s’efforce de nous convaincre, dans ce livre qui traque l’origine des inégalités sociales, que les différences de richesses entre individus ne sont pas inéluctables.

Membre du très intéressant CVUH (Comité de Vigilance face aux Usages de l’Histoire), qui s’est créé en 2005 pour protester contre l’obligation faite aux profs d’histoire de souligner «  les effets positifs de la colonisation », Christophe Darmangeat a la bonne idée de traiter le sujet de la naissance des inégalités sous forme d’une conversation entre un érudit et un profane. D’où un rythme enlevé, un livre facile à lire et des références parfois inattendues, comme le film « Les dieux sont tombés sur la tête« .

Saviez-vous par exemple qu’il y a deux cents ans à peine, existaient à travers le globe de nombreuses tribus vivant sur un mode parfaitement égalitaire, même si ces peuples, souvent composés de chasseurs-cueilleurs avaient tendance à être repoussés dans des régions inhospitalières : aborigènes australiens, Inuits du Groenland, Bushmen d’Afrique du Sud. Pygmées d’Afrique centrale, « Negritos » du Sri Lanka, des Philippines ou de Malaisie… Et que dans ces sociétés, contrairement aux nôtres, dites civilisées, le chef, qui cumule les obligations tout en étant le moins bien servi de tous, est l’homme d’expérience qui va apaiser les tensions de la tribu : Chez les Inuits, pour éviter que les conflits individuels n’aillent jusqu’au meurtre, sont ainsi organisés des concours de chansons où les deux antagonistes inventent librement des paroles pour exprimer leurs récriminations et mettre les rieurs de leur côté. Vous imaginez Copé et Fillon s’insultant en chansons au moment de la conquête de l’UMP, face à Nadine Morano ou François Baroin ?

L’absence de monnaie dans la plupart de ces tribus a aussi beaucoup perturbé les occidentaux, persuadés d’amener avec eux le progrès : Les visiteurs « avaient bien du mal à s’expliquer comment ces peuples avaient pu, durant des millénaires, assurer leur subsistance quotidienne sans avoir recours à l’échange généralisé, au salariat et à la monnaie. Mais, comme l’observait l’un d’eux, non sans malice : « L’absence de monnaie et de prix trouble davantage les économistes que les indigènes ».

Pour sa part, l’auteur est persuadé que ce n’est pas le passage de la chasse à l’agriculture, avec la sédentarisation que cela implique, qui a accéléré le processus d’inégalité, puisqu’il recense de nombreuses sociétés sédentarisées, demeurées égalitaires. Christophe Darmangeat est convaincu que c’est le développement du stockage des denrées – et donc la possibilité de compenser un meurtre ou d’acheter une épouse moyennant un don conséquent ! – qui ont fait basculer des groupes humains, où les plus nantis ont commencé à exploiter outrageusement les plus démunis, à l’image de nos sociétés occidentales.

Car, et c’est le seul bémol à opposer à ce livre passionnant, les sociétés égalitaires évoquées par Darmangeat ne vont pas jusqu’à fonctionner sur un mode de parité absolue entre hommes et femmes. Si le matriarcat semble avoir été en vigueur chez les Iroquois, majoritairement la femme reste l’acquisition fort onéreuse qui apportera par sa force de travail et ses enfants, la prospérité à l’homme qui aura pu l’acquérir.

Et l’on peut alors vérifier avec un peu de dépit que le machisme n’est vraiment pas une invention récente de l’humanité.

◊ « Conversation sur la naissance des inégalités », Christophe Darmangeat, éditions Agone, – 202 pages, 12 euros.

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