Kockott n’a pas eu la tremblote

rory-kockott

Malgré tous les câlins du deuxième ligne toulonnais Botha, Rory Kockott, petit Poucet pas intimidé par l’ogre, a démontré un caractère de leader de jeu exceptionnel.

Alors que les caméras indiscrètes assurent aux joueurs du Top 14 à peu-près autant d’intimité qu’un candidat de la téléréalité enfermé dans un loft, le téléspectateur du match Castres-Toulon, samedi sur Canal +, a pu, grâce à la qualité des gros plans du réalisateur de service, vivre une scène de rugby tout à fait extraordinaire.

Premier ruck en faveur des Castrais : Rory Kockott s’apprête à transmettre à Rémi Talès, quand « Bakkies » Botha, le monstre des abîmes revêtu d’un maillot toulonnais, traverse la défense castraise et plaque méchamment, juste en dessous de la rotule le maître à jouer castrais. Le jeu imposait de plaquer le numéro neuf à hauteur de poitrine pour empêcher la libération du ballon et l’on ne fera pas insulte à ce seigneur du jeu qu’est Botha, aussi capable de réussir une passe sautée qu’un cadrage débordement, de croire une seconde qu’il a raté son geste défensif sur Kockott. La volonté était d’éliminer.

Sous le choc, la jambe du 9 castrais, qui hurle de douleur, se tord méchamment. Mais le sud-africain au physique de garçon de ferme est gaillard et sans une plainte, sans un regard pour son tortionnaire, il reprend le jeu. Deux fois encore, dans les minutes qui suivent, Kockott aura droit à un plaquage particulièrement appuyé de Botha. Quelques frissons agiteront le stade, quelques plumes volèteront dans l’air mais à chaque fois Lazare-Kockott reviendra aux commandes. Avant de profiter d’un arrêt de jeu pour ôter son protège-dents blanc et bleu et chambrer le deuxième ligne toulonnais dans le genre « Tu me gâtes aujourd’hui! » . Et la terreur du Top 14, l’homme qui, d’un seul regard, fait transpirer des oreilles et des genoux la plupart des joueurs, d’esquisser une petite moue d’excuse, l’air de dire « Ce n’est pas personnel! j’applique juste les consignes!« 

À ce moment-là, le match est gagné pour le Castres Olympique et je retrouve ce délicieux souvenir de matches de championnats régionaux quand notre entraîneur, cessant soudain de hurler, prenait le ton murmurant d’une vierge se décidant à avouer ses sentiments à son prétendant pour nous glisser : « Il joue bien, le 9« . Et miracle des basses œuvres inhérentes au ballon ovale, le numéro 9 adverse goûtait peu après aux joies de la civière à une époque où l’on n’avait pas le mauvais goût de sortir du banc de touche un joueur tout neuf pour le remplacer et le match basculait à notre avantage.

Pour avoir parié sur l’élimination du stratège de Castres, Toulon a perdu 22-15 et Rory Kockott, 17 points à son actif, a démontré une fois de plus quel joueur d’exception il est. Car il faut sacrément en avoir dans le pantalon pour toucher du bois lors d’une pénalité de plus de cinquante mètres, se retrouver avec le ballon dans les bras suite au dégagement adverse et, sans avoir le pied qui tremble, réussir un drop du milieu du terrain. Jacques Delmas, l’entraîneur des avants toulonnais, qui n’était sans doute pas tout à fait étranger à ce plan prévoyant des frappes chirurgicales sur le demi de mêlée castrais, a d’ailleurs tenu à lui rendre hommage : « Rory Kockott, encore une fois a fait un très grand match. C’est un match-winner« .

Jusqu’à la saison passée, Castres était l’équipe qui m’endormait devant la télévision aussi sûrement qu’un cachet de somnifères des laboratoires Fabre. Mais avec Kockott, déjà cité, Talès qui s’impose à l’évidence comme le 10 dont les Bleus ont besoin et Dulin, attaquant-né aux allures de lutin face au camionneur Bastareaud, c’est une bien séduisante équipe qui s’est montrée samedi, justifiant totalement son titre de champion de France.

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