Le bon et le mauvais côté du bistouri

bistouri

Comme c’est curieux! Celui qui tranche et celui qui va être tranché
ne vont pas du tout avoir le même point de vue sur le bistouri…

La désinvolture avec laquelle, à propos de la Syrie et de l’utilisation d’armes chimiques, la presse française utilise le terme « frappes chirurgicales« , banalisant l’expression et la transformant en lieu commun comme « dernière extrémité » pour un mourant ou « longue maladie » pour un cancéreux, est proprement sidérante. Chaque journal fait assaut de langage fleuri pour rassurer le bon peuple, précisant qu’il n’y aura pas de combattants au sol, évoquant « une frappe chirurgicale et proportionnée » (« Libération », 26/8), ou comme notre bon président, le 15 septembre face à la diaphane Claire Chazal, «  des frappes pertinentes et graduées« …

Circonlocutions ou pas, des actions militaires impliquent des morts et, visiblement, pour la majorité de nos éditorialistes, un innocent syrien qui va se prendre une bombe sur le coin de la tête ne vaut pas le même prix qu’un brave militaire français tué en mission.

Depuis le 31 août que François Hollande montre ses petits muscles en suppliant Obama de lui prêter main forte, Bachar el-Assad et les dignitaires syriens ont largement eu le temps de mettre leurs proches à l’abri, ainsi que tout le matériel militaire d’importance. Resteront, pour se prendre un tapis de bombes, les familles démunies qui ont déjà goûté aux armes chimiques et qui vont avoir une nouvelle occasion de pleurer grâce aux occidentaux. Soyons clair, la guerre propre est une foutaise inventée par les militaires pour amuser les journalistes. Et, si vous avez le moindre doute sur le sujet, découvrez le témoignage de cet ancien pilote de drone, Brandon Bryant, qui tuait à distance pendant ses heures de bureau et qui, après avoir pulvérisé par erreur une petite fille, a décidé de changer de métier.

 http://www.courrierinternational.com/article/2013/01/03/un-ancien-pilote-americain-raconte

 En fait, en matière de guerre comme de chirurgie, la précision n’est pas toujours au rendez-vous et tout dépend de quel côté du bistouri vous vous situez. Pour avoir perdu définitivement une oreille après une opération garantie « banale et sans le moindre risque », pour avoir eu droit à plus de dix voyages au bloc opératoire, je sais d’expérience qu’il est infiniment plus facile d’être détendu et de se livrer à quelque plaisanterie quand on est du côté de celui qui va trancher que du côté de celui qui va être tranché.

Les souvenirs de la dernière guerre mondiale où les bombardiers américains, contrairement aux pilotes anglais, balançaient leurs engins de mort à cinq mille mètres d’altitude pour être sûrs de ne pas être touchés par les batteries anti-aériennes, et faisaient un travail de cochon, ratant parfois leurs objectifs de plusieurs kilomètres en semant la désolation dans la population française, devraient sérieusement refroidir les ardeurs de ceux qui se bercent d’illusions en évoquant une guerre propre.

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