Le tonton Cristobal du surf…

???????????????????Miki Dora a quarante ans et commence à avoir l’habitude de bourlinguer entre l’Afrique, l’Amérique et le Pays basque, lorsqu’il déclare à ses copains, avec ce ton inimitable qui le caractérise : « Tu vois, il faudrait qu’un jour j’aille travailler, juste pour voir ce que ça fait. » C’est le même qui aime répéter qu’il faut « Arnaquer les arnaqueurs » ou qui, à la fin d’un excellent dîner, bien évidemment offert par un admirateur, paie son écot d’une remarque sentencieuse et parfois un peu blessante pour le pigeon du jour : « Le monde est plein d’idiots, c’est pourquoi je n’y vis pas ».

Arrogant, hautain, arnaqueur, (incroyable statistiquement, le nombre de passeports qui se sont envolés lorsque Miki Dora séjournait chez des amis!), l’Américain est un surdoué du sport et un des premiers surfeurs à faire passer l’exigence du style avant tout :  » Dora, le surfeur habité, consumé par sa passion, n’était pas qu’un surfeur, il était le surf, avec toute la ferveur, l’égoïsme, l’exaltation qu’une telle addiction inspire. « 

Parlez en à Robert Rabagny ou à Guy Forget, qui l’ont bien connu et qui lui pardonnent beaucoup malgré toutes les entourloupes qu’il a pu commettre. (Guy Forget attend toujours les quatre raquettes prototype qu’il avait imprudemment prêtées à l’Américain pour qu’il les teste!). Car Miki Dora est un athlète complet aussi capable de suivre en hors piste un skieur confirmé que de donner de la balle à retordre à un champion de tennis.

Après, il vit d’expédients, a l’habitude de dévisser les combinés des cabines téléphoniques pour ses appels lointains, de trafiquer les faux-papiers et de piquer tout ce qui traîne. Ce qui lui vaudra un séjour à la  » villa chagrin « , la prison de Bayonne et un autre aux États-Unis.

C’est là une des nombreuses ambiguïtés du personnage, rebelle et hors-la-loi, affectant de mépriser les compétitions de surf, trop mercantiles à son goût, mais n’oubliant jamais de vendre férocement ses droits images, si un imprudent utilise sa photo sans son consentement.

Et avec ce sens de la théâtralité qui le caractérise, l’homme qui est mort en 2002 et qui a désormais un banc à son nom à Guéthary, là où il admirait la vague Parlementia, se décrit admirablement dans le film Surfers the movie de Bill Delaney : «  Toute ma vie est une évasion, toute ma vie est cette vague. je m’engage, regarde comment elle déroule, j’attaque mon virage en bas, puis je m’élance à fond, sans regret : rien à perdre! et derrière moi toute la merde me passe au dessus »

Des pesos, des lingots, le tonton Cristobal du surf n’en avait pas « le cul cousu » comme aurait dit Pierre Perret, mais on trouvera tout de même à sa mort un confortable compte en Suisse soigneusement planqué. Encore un paradoxe du paradoxal rebelle !

Une vie que le journaliste Joël Tudor a subtilement résumé dans Da Cat :  » Miki était le meilleur dans ce qu’il faisait, qu’il soit en train de tricher, mentir, glisser ou planer « 

Apprentis rebelles, qu’est-ce que vous attendez pour aller voler le livre en librairie ou l’acheter si vous êtes des dégonflés?

 « Miki Dora », Alain Gardinier, éditions Atlantica, – 334 pages, 21 euros.

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