Alan Turing, le génie vaincu par la bêtise

Alan Turing 01Il porte une ficelle en guise de ceinture à son pantalon, est différent des autres et en est parfaitement conscient, comme en témoignent ses cahiers d’adolescent :  » Je ne sais pas convaincre. Il est bien dommage qu’il n’existe nulle part de cours pour apprendre l’à-propos ».  Né en 1912, le jeune lycéen anglais est un élève médiocre, à l’exception des mathématiques. Vivant dans le monde de l’abstraction, il est conscient de son talent :  » Après tout, la première fois qu’un auditoire a entendu Chopin, il a dû se boucher les oreilles ».

Cet homme révéré par l’ancien patron d’Apple, Steve Jobs, qui le considérait comme le pionnier de l’informatique moderne, a sauvé des milliers de vie  et devrait être un héros mondial, de l’envergure d’un Louis Pasteur ou d’un Albert Einstein. Il est pratiquement inconnu de tous.

Dès 1936 pourtant, l’iconoclaste mathématicien invente une machine à calculer qui fonctionne sur le principe des ordinateurs.  Quand la guerre éclate, alors qu’il est fait pour l’uniforme militaire comme Hollande pour être président, Turing ne se pose pas de questions et rejoint les services secrets. A l’aide d’une machine redoutable, Enigma, qui change ses codes tous les jours, les Allemands peuvent adresser aux chefs des armées des messages secrets que personne ne parvient à décrypter. Pas dupe, le génie mathématicien note dans ses carnets : « Je ne me laisserai jamais impressionner par les uniformes, ce sont des déguisements ». Bien entendu, son originalité profonde et son accoutrement suscitent le scepticisme de tous. Mais Turing triomphe. Il invente Colossus, la machine qui lit comme en rêve tous les messages de l’armée allemande. À l’armistice, cet homme, qui a contribué à limiter les pertes en vies humaines, devrait devenir un héros national, mais il est tenu au secret et a une interdiction absolue de parler de la machine qu’il a conçue. Car la guerre froide se profile et l’Angleterre veut garder une longueur d’avance.

Alors, il reçoit des félicitations privées de Winston Churchill et de son gouvernement qui ne l’abusent pas.  » Quand ils me serrent la main, je ne sais plus s’ils me prennent le pouls ou s’ils me remercient «  s’amuse-t-il.

L’homme reprend ses recherches au  National Physical laboratory sur l’intelligence artificielle. Mais, dans cette Angleterre d’après-guerre, toujours très victorienne, il est tenu à l’écart de ses collègues et jugé pas fiable. Alan Turing ne fait pas mystère de son attirance pour les garçons, mais subit humiliation sur humiliation, comme si son orientation sexuelle pouvait abolir son exceptionnelle capacité à l’abstraction.

En 1952, un de ses anciens amants cambriole sa maison de Manchester et, naïvement, Turing va se plaindre à la police. Le cambrioleur est arrêté et se retrouve inculpé, tout comme sa victime  » d’indécence manifeste et de perversion sexuelle « .

Le procès attire les journalistes. Turing, qui ne peut se prévaloir de sa conduite pendant la guerre, est obligé de choisir la castration chimique pour échapper à la prison. Démoralisé, il se suicidera au cyanure, en 1954, lassé de la bêtise humaine.

Maire d’Allevard, en Isère, et membre de l’UMP, ce qui est à saluer, Philippe Langenieux-Villard a remarquablement réussi son récit. Alors, si autour de vous, vous avez quelques anciens combattants du mariage pour tous, prenez un malin plaisir à leur offrir ce livre pour Noël. Il faut toujours parier sur le recul possible de la bêtise.

 « La pomme d’Alan Turing », Philippe Langenieux-Villard, éditions Héloïse d’Ormesson, – 224 pages, 17 euros.

Lafite n’a guère la frite

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Aucun doute n’est possible : comme l’indique le panneau, la voie va être étroite pour le candidat socialiste. (Capture d’écran réalisée le 24/11/2013)

Prétendre incarner l’avenir de Biarritz et poser avec sa future équipe municipale devant un panneau indiquant un rétrécissement de la chaussée et l’autre une impasse, il faut au minimum être énarque et avoir le moral bien en berne comme le candidat Guy Lafite pour le faire. Même si, en matière de communication visuelle, les candidats à cette élection municipale se surpassent. Récemment, on a pu contempler Richard Tardits en vélo électrique, ce qui, pour un ancien sportif de haut niveau, fait un peu mou du genou et l’on se souvient tous de Max Brisson, au club house du Biarritz Olympique, dissertant devant des boîtes de caviar. Une erreur que le candidat UMP ne semble plus capable de commettre, puisque ses dernières photos le montrent transformé, ressemblant presque, dans sa jeunesse et son enthousiasme, au petit-fils de Didier Borotra. (Message privé à Max Brisson : pourriez-vous me transmettre l’adresse de votre nouveau photographe ? Je suis bâti comme un petit tonneau d’Armagnac et je rêve de devenir svelte et élancé comme vous sur les photos…)

La politique a ceci de formidable qu’elle nous permet, en de rares périodes préélectorales, de nous sentir citoyens, vivant véritablement dans une démocratie ; les débats sont nombreux et les candidats prêts à discuter ; on les croise un peu partout dans la ville et, à les en croire, de beaux lendemains qui chantent attendent Biarritz. Profitez-en bien, car dès la fin du mois de mars, les vaincus remâcheront leur amertume, tandis que le vainqueur sera trop occupé à partager le gâteau municipal avec tous ceux qui affirmeront l’avoir soutenu, pour avoir encore du temps à consacrer aux citoyens de base.

Vous n’en avez peut-être pas pris conscience, mais nous sommes, pour quelques semaines encore, dans la peau d’un directeur des ressources humaines, chargé de désigner la recrue idéale pour l’entreprise Biarritz. Avec un avantage de taille : les candidats laissent désormais des traces sur les réseaux sociaux et nous pouvons donc regarder de près ce qu’ils proposent au lieu de nous contenter des envolées oratoires lors des réunions électorales.

Revenons donc au candidat Guy Lafite, qui affiche en page d’ouverture de son site (http://www.espritbiarritz.fr/les-actualit%C3%A9s/municipales-biarritz-2014-avec-guy-lafite) cette photo inénarrable, qui a tout de l’acte manqué. Même s’il exhibe, aux halles de Biarritz, ses petits pulls cachemire et ses costumes de bonne facture, propres à rassurer la grande bourgeoisie biarrote, l’adjoint chargé des Finances sait qu’il ne va pas être facile de porter les couleurs de la gauche en mars 2014, alors que le mécontentement contre François Hollande prend des proportions vertigineuses. Et à 64 ans révolus, Guy Lafite ne peut envisager de passer son tour. Un score plus faible que celui de Galery Gouret-Houssein en 2008 (14%) rendrait moins séduisante l’alliance qu’il mijote avec Michel Veunac, au second tour et le condamnerait au rôle de l’éternel second, voire de l’éternel comparse.

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(Capture d’écran réalisée le 24/11/2013)

En attendant, le candidat s’est armé sur les réseaux sociaux de la panoplie de tout candidat moderne et les occasions d’hilarité ne manquent pas. Peu présent sur facebook (http://www.facebook.com/guy.lafite) puisque son dernier post remonte au 15 septembre, Guy Lafite se montre beaucoup plus loquace sur twitter (https://twitter.com/GuyLafite). Si l’on a la curiosité de regarder dans ses abonnements, on découvre que notre candidat, toujours à la pointe de l’actualité, fait encore partie du comité de soutien à DSK et du mouvement « Les jeunes avec DSK« . Notre futur maire a peut-être prévu d’utiliser l’ancien patron du FMI comme animateur pour les soirées à L’hôtel du Palais, autrement plus tristes que celles du Carlton de Lille?

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(Capture d’écran réalisée le 24/11/2013)

D’autres grands moments nous attendent sur le site du candidat :  Lafite jouant au bateau à voiles, Lafite faisant du surf, Lafite moustachu, Lafite à Londres, nous avons droit à tout. Avec une certitude : ce n’est pas grâce à l’orthographe que le candidat a été admis à l’ENA. En 1995, il se décrit à  » Toulouse, au pied des Pyrénnées « … L’émotion, sans doute de revoir ces chères montagnes de son enfance.

Tout cela ne va pas très loin et est probablement à mettre en rapport avec le nom de sa liste « Esprit Biarritz« , qui sera, n’en doutons pas… pleine d’esprit.

Poursuivons notre métier de directeur des ressources humaines, en traquant les silences, les omissions dans le beau curriculum vitae qui nous est présenté. Guy Lafite a été incontestablement un brillant étudiant, admis à l’ENA en 1985, et suivant le parcours d’un énarque : conseiller à la chambre régionale des Comptes d’Aquitaine en 1987, secrétaire général adjoint à la mairie de Marseille en 1992, on en passe et des plus administratives, avant de devenir en 2001 secrétaire général adjoint de la mairie de Paris avec Bertrand Delanoë.

Et c’est là que tout se complique : car, d’un seul coup le candidat, avec une pudeur de rosière finalement assez logique pour un apparenté socialiste, devient très allusif : «  durant ces trois années auprès de Bertrand Delanoë, en tant que secrétaire général adjoint, j’engage les grands projets de sa mandature tout en maîtrisant le budget «  Soit un départ, pour le moins curieux en 2004, au beau milieu du mandat. Et d’enchaîner, comme si de rien n’était, sur 2008 : « Adjoint aux Finances à la mairie de Biarritz ».  Quatre ans à faire du surf, nous n’aurons qu’un mot : bravo!

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(Capture d’écran réalisée le 24/11/2013)

Comme maître Vergès, disparu quelques années sans explication, Guy Lafite a un « trou » dans sa carrière qui mérite, lui, quelques explications. En 2004, le brillant numéro trois de la mairie de Paris a 55 ans et n’a donc aucune raison de s’arrêter de travailler, avant de se décider à respirer le bon air de Biarritz. D’autant plus que Bertrand Delanoë n’est pas Rachida Dati, qui changeait de collaborateurs comme d’escarpins vernis.

Exerçant à l’époque au « Canard enchaîné« , j’ai eu une version très détaillée du départ  de Guy Lafite. L’homme étant considéré comme du menu fretin politique, nous n’avons pas jugé bon de la publier. Mais il serait à l’honneur du candidat qui prétend diriger Biarritz de faire toute la lumière sur les circonstances de son départ et sur le « trou d’air » de quatre ans qui s’ensuivit.

Guy, j’ai du respect pour la façon dont vous vous êtes opposé au maire sur les conditions de financement des parkings Vinci et, si vous le souhaitez, ce blog vous est largement ouvert pour que nous sachions enfin pour qui nous allons voter et pourquoi vous avez quitté Paris.

 AIDEZ-MOI ! La période électorale est trop favorable pour se priver du plaisir de passer tous les écrits des candidats à la mairie de Biarritz aux détecteurs de promesses. Si vous relevez quelques pépites, n’hésitez surtout pas à me les envoyer.- JYV

En course pour le « Prix du livre incorrect »

Librairie DarrigadeBonne surprise pour le  » délicieux canard laquais « . Sans avoir rien demandé à personne, et malgré une timidité plus que certaine de la presse parisienne, l’ouvrage vient d’être retenu dans la sélection pour le  » Prix du livre incorrect « , qui sera décerné le 23 janvier 2014.

Le Prix du Livre incorrect a été créé en 2006. Il est décerné au début de chaque année pour récompenser un ouvrage (essai, histoire ou roman) qui s’inscrit à contre-courant de la pensée unique, et bouscule les clivages convenus.

Alors que la déférence devient une des vertus cardinales du journalisme, comment ne pas se réjouir de cette sélection ?

Une défaite imParrable

France Afsud 02

Sale soirée pour Parra : il donne un essai à l’adversaire, rate une pénalité facile et se fait amocher.

Il est certain que Morgan Parra y regardera désormais à deux fois avant d’enfermer par mégarde un chat noir dans son sac de sport, comme il l’a fait samedi au moment de se présenter sur la pelouse du Stade de France, face à l’Afrique du Sud. Émoustillés par le miracle réalisé par les pousse-cailloux, quatre jours auparavant, sur ce même stade face à l’Ukraine, les amateurs de rugby veulent à leur tour croire au miracle possible et sont prêts à danser une samba brésilienne. Mais le demi de mêlée tricolore, à qui l’on pardonnera beaucoup compte-tenu de ses états de service tricolores, se charge dès la première minute de jeu de doucher l’enthousiasme ambiant en se faisant contrer dans ses 22 mètres et en faisant cadeau d’un essai au véloce Pietersen.

Poursuivi par la vindicte du chat noir, le buteur maison glisse ensuite au moment de transformer une pénalité immanquable, avant de tenter de se racheter, en mobilisant ses troupes et en payant de sa personne.

Et l’on assiste à ce spectacle surprenant de Chouly jouant à chat avec la défense springbok, avant d’adresser une passe aux moineaux, pendant que Morgan Parra, soixante-dix kilos tout mouillé, s’efforce de charger ballon sous le bras et de traverser le surpuissant pack adverse!. Résultat, pour le petit Fouroux messin qui s’est pris pour Papé, une belle entaille à la joue, une contusion sévère à un genou et un remplacement par Doussain à la 67e minute, qui profitera de la situation pour amener de la vitesse et de l’autorité à une équipe un peu malmenée.

L’Afrique du rude dans son registre habituel

L’Afrique du rude, pour sa part, se contente de jouer petit périmètre, en multipliant les percussions, tandis que les avants profitent de leurs bras herculéens à chaque occasion de placage pour faire une douce écharpe autour des cervicales des joueurs tricolores et balancer quelques poires dans les regroupements.

Le diaphane mister Barnes, intronisé arbitre de la rencontre, multiplie les indécisions et semble bien dépassé. Il aura à cinq reprises recours à l’arbitrage vidéo, avec son compère l’Écossais Iain Ramage, qui passe et repasse les actions avant de valider un essai français de Huget à la fin de la première mi-temps et d’invalider, fort complaisamment pour la France, deux essais boks qui auraient pu sérieusement alourdir l’addition. Le match, au final, va durer deux heures, ce qui est beaucoup trop pour un aussi médiocre brouet.

7 à 13 à la mi-temps, mais pas grand monde dans les tribunes pour parier une antilope sur une victoire française. Du courage, de l’abnégation, des fulgurances de Dulin ou de Fofana, mais, derrière ces fondamentaux, une absence totale de ligne directrice offensive. On a connu l’équipe de France de Villepreux et Maso, décidée à attaquer dès le couloir menant au stade, on n’a pas oublié le pack des monstres avec Cholley, Palmié et Imbernon, qui fracassaient tout sur leur passage, mais qui est capable de dire actuellement quel est le style de jeu de cette équipe, alors que n’importe quel joueur de première année pourra expliquer très facilement les caractéristiques de la Nouvelle-Zélande ou de l’Afrique du Sud?

Être brave et vaillant ne suffit pas

C’est avec soulagement que tout le monde se lève au coup de sifflet final (10-19), n’ayant plus qu’une envie : tirer le rideau et ne surtout pas écouter les explications du « brave » Philippe Saint-André, yeux bleus et mine de chien battu, trouvant, malgré les huit défaites de la saison, des raisons d’espérer, ou du « vaillant » Benjamin Kayser qui se figure que le XV de France, lors de cette tournée, était très proche des deux meilleures nations de la planète rugby.

Sans vouloir être cruel et rajouter au défaitisme ambiant, il y a peu d’enseignements à tirer de cette tournée d’automne. Les Blacks comme les Boks n’ont pas été accrochés par les Français, comme le staff tricolore se plait à le croire. Ils ont déroulé tranquillement leur jeu, sans trop se forcer, en pensant aux vacances prochaines, et en sachant parfaitement qu’il leur suffisait d’accélérer un minimum pour l’emporter, à l’image de ces France-Roumanie des années soixante où la France, même en ayant fait la fête, même sur une jambe, finissait presque toujours par faire la différence.

L’enthousiasme, l’ardeur au combat et le hourra-rugby ne suffisent plus désormais pour se maintenir au plus haut niveau et la question de la compétence du staff qui dirige cette équipe mérite d’être posée. Si la France continue à évoluer sans le moindre plan de jeu, c’est probablement une nouvelle désillusion qui nous attend lors du prochain Tournoi… Même si Parra chasse les chats noirs de son sac de sport!

L’obscénité de Collard

Collard Moitoiret

Pour Gilbert Collard, ici flanqué de Véronique Crémault, le mandat de député consiste à se montrer aux caméras le jour des questions au gouvernement et, accessoirement, à se faire un peu d’argent de poche.

Il est comme les ours et ne sait pas résister à ce délicieux pot de miel que peut représenter une caméra braquée sur sa très modeste personne. Flanqué de Véronique Crémault, la mère du malheureux petit Valentin assassiné en 2008 par Stéphane Moitoiret, Gilbert Collard s’est réjoui, au sortir de la Cour d’Assises du Rhône, de la condamnation à  une peine de trente ans du meurtrier :  » N’est pas irresponsable qui veut « . L’homme est un avocat efficace et il est parfaitement dans son rôle en se félicitant de ce verdict. Seul petit grain de sable, pendant ce procès en cour d’Assises, l’Assemblée nationale siégeait et, pour ceux qui l’auraient oublié, Gilbert Collard est, depuis 2012, député du Front national.

Quand ça l’arrange, l’éloquent avocat marseillais sait pourtant se souvenir qu’il est élu. Il a ainsi facturé 10 000 euros une réunion, deux déjeuners de travail et deux échanges téléphoniques à une association anti LGV, avant de se carapater vite fait sous prétexte de ses nouvelles obligations d’élu, et de se faire rappeler à l’ordre par le bâtonnier de Marseille qui l’a condamné à rembourser une partie des trop perçus (www.lemonde.fr, 20/11).

Le Front national est toujours prêt à dénoncer « l’UMPS », en se présentant comme un parti vertueux qui se comportera tout autrement que le PS et l’UMP s’il arrive au pouvoir. alors, est-il acceptable dans une démocratie qu’un député s’exonère de son seul chef de son mandat pour se consacrer à des tâches lucratives, tout en trouvant parfaitement normal de recevoir en parallèle un chèque conséquent pour son activité de député ? Alors que les Français sont invités à se serrer la ceinture comme jamais, l’obscénité avec laquelle certains élus jouent de leur mandat devrait scandaliser tous les citoyens.

Le Front national va probablement faire un beau score aux prochaines municipales, le vote protestataire correspondant bien à l’esprit gaulois, et la gauche au pouvoir, par son incapacité à tracer une feuille de route claire et équitable, lui facilitant la vie. Mais tous ceux qui, naïvement, s’imaginent qu’un vote Front national peut changer les choses, devraient réfléchir à la désinvolture avec laquelle maître Collard, classé par le site http://www.nosdeputes.fr dans les 150 députés les moins présents dans l’hémicycle, traite ceux qui l’ont fait entrer au Parlement. Car, côté respect des institutions et des électeurs qui l’ont fait roi, Collard serait plutôt du genre faiblard…

Les charmes de Paris

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Décor et ambiance d’un autre temps pour cette conférence du cercle Léon Trostsky sur le printemps arabe. C’est à Paris et nulle part ailleurs, et c’est bien vivifiant pour les neurones…

Bien sûr, il est assez difficile d’aller contempler l’océan au pied de son immeuble, quand on séjourne à Paris, même si, en 1946, un candidat un peu excentrique, Ferdinand Lop, avait inscrit dans son programme la prolongation du Boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer. Et l’on regrettera qu’un maire aussi visionnaire et précurseur que Bertrand Delanoë n’ait pas repris à son compte cette idée qui aurait si bien complétée sa trouvaille de  » Paris-plage  » sur les quais de la Seine.

L’odeur du gas-oil est plus présente que celle des embruns dans la capitale, mais, en ce mois de novembre, où il fait gris et triste, la ville lumière recèle dans ses petits coins sombres des superbes pépites, qui nous rendraient presque heureux d’être si loin de Biarritz.

Le semaine dernière, c’était la possibilité d’écouter Fabrice Arfi et l’équipe d’Acrimed évoquer le journalisme d’investigation à la Bourse du travail.

Ensuite, le 20 novembre et les jours suivants, le festival d’Attac  » Pouvoir ô (dés)espoir! « , au cinéma La Clef, passait au lance-flammes aussi bien le capitalisme que le machisme ou les rapports du pouvoir avec les médias.

Et hier, dans cette salle superbe et riche de souvenirs de La Mutualité, une salle prévue pour 1789 personnes et ce n’est pas un hasard quand on rêve du grand soir, le cercle Léon Trotsky, proposait à tous ceux qui n’ont pas le sentiment de se nourrir suffisamment avec TF1  ou BFM-TV, une conférence fort documentée sur le printemps arabe, tel qu’il a été vécu en Égypte.

Messieurs des renseignements généraux, si prompts à mettre en fiches vos semblables, je suis désolé pour vous mais je ne suis pas trotskiste et je ne crois pas au grand soir. Comme l’annonce ce blog,  » dans mon parti, y’a qu’moi et c’est déjà l’ merdier « , expression piquée au chanteur Henri Tachan. Mais, alors que les socialistes, ne sont présents qu’au moment des réunions d’investiture ou pour voter aux primaires, je dois avouer une admiration sans bornes pour tous ces militants d’extrême-gauche, altruistes et généreux, qui, tout comme les militants communistes, sont présents sur le terrain, toujours prêts à  consacrer leur existence à la défense des plus démunis, et dévorés par une véritable envie de savoir et de comprendre.

Très belle ambiance donc, hier soir, pour écouter l’orateur expliquer comment l’armée égyptienne, consciente que Moubarak était devenue imprésentable, a fait semblant de se rapprocher du peuple, puis, une fois rassurée sur son avenir et son maintien au pouvoir, s’est momentanément acoquinée  avec les frères musulmans et la grande bourgeoisie pour que la classe ouvrière ferme sa gueule et continue d’être exploitée en silence.

L’histoire est décidément un perpétuel recommencement…

Ma sœur, cette Amazone

l'AmazoneJ’en connais un qui doit sérieusement rire sous cape, lorsqu’il croise, un peu partout dans Paris les affiches pour le film de Thierry Ragobert « Amazonia, vivez la grande aventure « … Car Pierre Ballester n’est pas du genre à vivre les aventures par procuration et à caler son cul dans un fauteuil de cinéma, quand il peut le poser dans une pirogue.

Curieux professionnel, l’auteur s’était déjà fait remarquer en se faisant virer de « L’Équipe » en 2001, après avoir un peu trop enquêté sur le dopage et dérangé la vénérable institution, propriétaire du Tour de France. Qu’à cela ne tienne, il persistait et signait en 2004 et 2006 en s’en prenant dans ses deux ouvrages « L.A. confidentiel » puis « L.A. officiel » à sa majesté Lance Armstrong en personne.

En 2010, ce journaliste qui n’est jamais là où on l’attend, et qui enseigne à ses moments perdus les subtilités de l’enquête journalistique aux étudiants du Centre de Formation des Journalistes, décide de rejoindre sa sœur Anne, qui vit depuis dix-huit ans au milieu des indiens Yanomami,  à quatre jours de marche du moindre village pourvu de l’électricité.  Cette sœur est connue par les Indiens sous le nom de Mamo Kasi Ki Ixi, «  la femme au bord de paupière noir « , car elle a gardé l’habitude de souligner son regard d’un trait de crayon.

« L’Amazone » se dévore encore plus vite que Ballester se fait croquer par les moustiques, car il ne s’agit nullement d’un compte-rendu épique de voyage avec un héros qui pose complaisamment, mais d’une réflexion sur la notion de civilisation. L’auteur a le sens de l’autodérision et il est le premier a se moquer du blanc bardé de certitudes et d’habitudes qu’il est, toujours prêt à s’agacer parce qu’une pirogue a une journée de retard ou parce que l’assiette du jour n’est guère copieuse. Avec sa plume alerte, il sait magnifiquement rendre hommage à sa sœur, qui décide un jour de quitter le Québec pour l’Amazonie. « Anne vendit sa R5 pour cent dollars, salua sa petite maison de Saint-Ignace, embrassa ses amis. David l’attendait à l’aéroport pour un autre là-bas. Où les villes sont moches, violentes, l’air irrespirable, la pauvreté irréversible. Où elle allait se trouver belle, sereine, riche.« 

Tour à tour institutrice, infirmière, médecin, cette guerrière étonnante épousera même pendant quelques années un indien de la tribu, avant de reprendre sa liberté. Ce qui ne l’empêche pas de rester présente pour protéger ceux qu’elle aime des déforestations sauvages, mais aussi des missionnaires dirigistes, peu enclins à la liberté de conscience : « Comme la sève ou l’opium, le souffle ou les métastases, les doctrines s’insinuent, s’enrubannent tel le lierre à la branche, conquièrent en douce ». Dans la langue des indiens Yanomani, il n’existe pas de mot pour dire « S’il vous plait » ou « Excusez-moi » et c’est très bien ainsi. Il y a peu, le Gouvernement brésilien vient d’autoriser la construction du barrage de Belo Monte qui va engloutir 400 000 hectares de forêt et mettre à mal 40 000 indigènes.

Anne résume sa position à son frère, très impressionné par sa volonté, alors qu’elle a si peu de moyens : « On a voulu les catéchiser, il est désormais nécessaire de les conscientiser ». Quant à Pierre Ballester, de retour à Paris, il ne peut plus être le même et l’on comprend que ce livre, qui se dévore d’une traite, soit devenu pour lui une nécessité absolue doublée d’un désintéressement total, puisque tous les droits de  » L’Amazone  » iront à la fondation de sa sœur,  » OS rios profundos « ,  » Les rivières profondes « .

◊ « L’Amazone, à la recherche de la femme au bord de paupière noir », Pierre Ballester, éditions de La Martinière, – 256 pages, 19 euros.