Alan Turing, le génie vaincu par la bêtise

Alan Turing 01Il porte une ficelle en guise de ceinture à son pantalon, est différent des autres et en est parfaitement conscient, comme en témoignent ses cahiers d’adolescent :  » Je ne sais pas convaincre. Il est bien dommage qu’il n’existe nulle part de cours pour apprendre l’à-propos ».  Né en 1912, le jeune lycéen anglais est un élève médiocre, à l’exception des mathématiques. Vivant dans le monde de l’abstraction, il est conscient de son talent :  » Après tout, la première fois qu’un auditoire a entendu Chopin, il a dû se boucher les oreilles ».

Cet homme révéré par l’ancien patron d’Apple, Steve Jobs, qui le considérait comme le pionnier de l’informatique moderne, a sauvé des milliers de vie  et devrait être un héros mondial, de l’envergure d’un Louis Pasteur ou d’un Albert Einstein. Il est pratiquement inconnu de tous.

Dès 1936 pourtant, l’iconoclaste mathématicien invente une machine à calculer qui fonctionne sur le principe des ordinateurs.  Quand la guerre éclate, alors qu’il est fait pour l’uniforme militaire comme Hollande pour être président, Turing ne se pose pas de questions et rejoint les services secrets. A l’aide d’une machine redoutable, Enigma, qui change ses codes tous les jours, les Allemands peuvent adresser aux chefs des armées des messages secrets que personne ne parvient à décrypter. Pas dupe, le génie mathématicien note dans ses carnets : « Je ne me laisserai jamais impressionner par les uniformes, ce sont des déguisements ». Bien entendu, son originalité profonde et son accoutrement suscitent le scepticisme de tous. Mais Turing triomphe. Il invente Colossus, la machine qui lit comme en rêve tous les messages de l’armée allemande. À l’armistice, cet homme, qui a contribué à limiter les pertes en vies humaines, devrait devenir un héros national, mais il est tenu au secret et a une interdiction absolue de parler de la machine qu’il a conçue. Car la guerre froide se profile et l’Angleterre veut garder une longueur d’avance.

Alors, il reçoit des félicitations privées de Winston Churchill et de son gouvernement qui ne l’abusent pas.  » Quand ils me serrent la main, je ne sais plus s’ils me prennent le pouls ou s’ils me remercient «  s’amuse-t-il.

L’homme reprend ses recherches au  National Physical laboratory sur l’intelligence artificielle. Mais, dans cette Angleterre d’après-guerre, toujours très victorienne, il est tenu à l’écart de ses collègues et jugé pas fiable. Alan Turing ne fait pas mystère de son attirance pour les garçons, mais subit humiliation sur humiliation, comme si son orientation sexuelle pouvait abolir son exceptionnelle capacité à l’abstraction.

En 1952, un de ses anciens amants cambriole sa maison de Manchester et, naïvement, Turing va se plaindre à la police. Le cambrioleur est arrêté et se retrouve inculpé, tout comme sa victime  » d’indécence manifeste et de perversion sexuelle « .

Le procès attire les journalistes. Turing, qui ne peut se prévaloir de sa conduite pendant la guerre, est obligé de choisir la castration chimique pour échapper à la prison. Démoralisé, il se suicidera au cyanure, en 1954, lassé de la bêtise humaine.

Maire d’Allevard, en Isère, et membre de l’UMP, ce qui est à saluer, Philippe Langenieux-Villard a remarquablement réussi son récit. Alors, si autour de vous, vous avez quelques anciens combattants du mariage pour tous, prenez un malin plaisir à leur offrir ce livre pour Noël. Il faut toujours parier sur le recul possible de la bêtise.

 « La pomme d’Alan Turing », Philippe Langenieux-Villard, éditions Héloïse d’Ormesson, – 224 pages, 17 euros.

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