Le bon temps de Neuilly-sur-fric

french-corruption_4109032C’est une dupe qui parle, un obscur porteur de valises et d’enveloppes bourrées d’argent liquide, un inconnu qui a vu toutes les magouilles, les corruptions à son poste de directeur de l’office des HLM des Hauts-de-Seine, mais qui a mis près de vingt ans à comprendre, à quel point il avait été le jouet de ses anciens amis. Par chance Didier Schuller est vaniteux, intelligent et revanchard et les talent des deux grands reporters du Monde, auteurs de ce décoiffant « French corruption » est d’avoir senti qu’un peu de prison avait attendri la bête et délié la langue de celui qui est resté muet devant les juges.

On commence très fort. C’est l’histoire d’un bon petit soldat du RPR, qui va très vite devenir ami avec tout ce qui compte dans les Hauts-de-Seine, le parrain Pasqua, l’ambitieux Sarkozy, les mégalomanes époux Balkany. Pas question, en 1981, de voter Giscard. Pasqua a fait la leçon à ses troupes :  » Notre seule chance, c’est de voter Mitterrand. Si le candidat socialiste gagne, on peut survivre ; si l’autre est réélu, c’est foutu « . Ensuite le gamin Schuller apprend la vie, hume les gâteaux qu’il voit passer sous son nez, avant d’en croquer gaillardement :  » Quand j’étais candidat à Clichy, pourquoi Bouygues ou la SAE m’ont donné de la thune? Parce qu’ils espéraient, si j’étais maire, qu’il y aurait un retour sur investissement, c’est évident « .

 Rencontre avec les Balkany puis, en 1986, avec Nicolas Sarkozy, qui lui annonce tout de go qu’il veut être Président de la République. Schuller fait allégeance et s’en portera bien pendant des années.

Et puis c’est la tuile quand éclate en 1994, l’affaire Schuller-Maréchal où le beau-père du juge Halphen se fait coincer avec une valise de billets donné par le directeur des HLM. Croyant qu’il a des amis au sein du RPR, Schuller fuit aux Bahamas puis à Saint-Domingue. On lui remet un faux passeport et de l’argent, mais il ne réalise pas que tous les barons du RPR veulent surtout le tenir éloigné de la France, car il est un danger pour tous. « Aux Bahamas, puis à Saint-Domingue, j’avais des nouvelles de Sarko par l’intermédiaire de certains de nos amis communs. Par affection? Moi, l’affection, chez tous ces braves gens, je n’y crois pas beaucoup! Particulièrement avec Sarko. J’étais surtout une bombe volante. « 

Car c’est Sarko qui a présenté à Schuller un certain Jacques Heyer, un banquier suisse qui s’est occupé de planquer l’argent du fuyard et qui s’est toujours vanté d’avoir Sarko comme client.

Schuller, malgré la prison à son retour en France, malgré tous ce qu’il a vécu en politique, a décidé de se représenter aux municipales à Clichy, en 2014, mais cette-fois, jure-t-il, sans argent occulte.

En attendant, à la fin de ce livre que tout citoyen républicain devrait lire, il tire un bilan sans concession de sa singulière aventure :  » Comme la Justice n’a rien trouvé, elle n’a pas condamné les principaux organisateurs, ni les vrais bénéficiaires. elle a condamné le connard qui s’est barré! Comment j’ai pu être aussi con? « 

On ne lui fait pas dire.

◊ « French corruption », Gérard Davet et Fabrice Lhomme, éditions Stock, – 310 pages, 19 euros.

Les limites d’un mariage pour mousse

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Costumes bleus impeccables et coiffures au cordeau, les deux tourtereaux nous ont fait la grande scène de l’amour éternel sur TF1. Le concours de pronostics sur la date du divorce est ouvert…

On n’est jamais trop prudent en matière d’amour et ce ne serait pas le premier mariage improbable qui s’avérerait, à l’usage, durable. Mais l’image des deux centristes François Bayrou et Jean-Louis Borloo annonçant à la presse, puis sur TF1, leur mariage avait de quoi prêter franchement à sourire, ce qui n’est déjà pas si mal à une époque où le gouvernement nous donne le plus souvent envie de pleurer.

Même discours responsable, même air grave, même façon de faire beaucoup de mousse avec peu de savon, au moment d’échanger l’anneau nuptial, de ceux qui sont conscients de l’importance de l’engagement qu’ils prennent devant les Français, et mêmes polissonneries des deux complices…

N’ont-ils pas proposé sans aucun complexe, malgré les cris d’orfraie de Christine Boutin et des opposants désormais bien rancis au mariage pour tous, au jeune Hervé Morin de venir partager leur couche et de faire ménage à trois avec lui? Mais l’ancien ministre des armées, qui s’y connait pourtant en matière de fougue des étalons, a préféré renoncer, effrayé par la verdeur et l’appétit des deux sexagénaires (ils ont tous deux 62 ans), prêts à le dévorer tout cru.

Gilles Bouleau, en interviewant les deux tourtereaux, mardi 5 novembre sur TF1, nous a offert un grand moment de télé. Même costume bleu nuit pour les jeunes mariés, avec pour le Béarnais une chemise boutonnée au col, tandis que le Valenciennois s’était permis un soupçon de laisser-aller en desserrant son licol. Mais surtout une impatience palpable et la fumée qui sort des oreilles du partenaire dès que l’un d’eux se permet deux mots de plus que son conjoint. Voilà qui augure de joyeux lendemains qui déchantent pour leur mouvement, « L’Alternative », qui rassemble en théorie l’UDI et le MoDem!

Car l’alternative risque d’être particulièrement douloureuse pour l’un des deux époux qui, fatalement, va rester à quai, pendant que l’autre jouera son ultime ticket gagnant possible à l’occasion de la présidentielle de 2017. Clairement, le rapprochement de deux hommes politiques plutôt intelligents, certifiés atypiques, et d’une totale lucidité sur l’état de la France et la déliquescence de la classe politique est loin d’être idiot. Mais c’est compter sans les ego très affirmés de l’un et de l’autre. Tous deux, politiquement cultivés comme pas permis, pensent bien évidemment à l’UDF et au hold-up réussi par Giscard et sa bande en 1974. Le PS et l’UMP se sont tellement discrédités ces derniers temps que le pari est loin d’être absurde. À condition que l’un des deux, pour une raison ou une autre, se retrouve dans l’impossibilité d’être candidat en 2017.

Dans le cas contraire, gageons que l’impatience qui perçait sur TF1 entre les deux tourtereaux, dès les premières secondes de leur union, quand l’un avait l’outrecuidance de parler, obligeant l’autre à se taire, va faire sous peu le bonheur des bêtisiers télé de fin d’année et que la rubrique « les feux de l’amour » va s’enrichir d’un croquignolet divorce.

Qui se souvient encore qu’en 1999, Charles Pasqua et Philippe de Villiers s’étaient juré amour et fidélité au sein d’un surprenant Rassemblement pour la France? Même si à Biarritz, en matière d’alliances improbables, on en connait un rayon comme en témoigne la liste du candidat Michel Veunac.