Vie privée, deniers publics, presse hypocrite

Pieds lit

François Hollande est catégorique : Être président de la République, c’est le pied !

Même si la blague qui galope actuellement dans tout Paris, affirmant que Ségolène, ravie de l’affront infligé à son ex-rivale Valérie Trierweiler, distribue par brassées Closer à son entourage, peut prêter à sourire, le principe du respect de la vie privée de chacun, y compris pour le premier personnage de l’État, doit rester évidemment intangible. En définitive, peu nous importe que François Hollande passe ses nuits avec une actrice célèbre, avec Dominique Strauss-Kahn ou avec toute la troupe des Bluebell girls du Lido, du moment qu’il fait correctement son travail, qu’il n’entame pas la crédibilité de sa fonction et n’utilise pas à son profit les moyens de l’État.

Cette nouvelle incartade du président « normal« , qui nous avait promis en 2012 que, contrairement à son prédécesseur, il ne ferait pas les gros titres de la presse people, nous a valu en tout cas un bien beau numéro d’hypocrisie de la presse nationale. Ainsi donc, il y aurait d’un côté une presse voyeuriste aux mains des paparazzis et de l’autre une presse, dite sérieuse, qui ne consent à écrire sur le sujet qu’avec une pince à linge sur le nez ?  » François Hollande demande le respect de sa vie privée « , titre Le Figaro que l’on a connu plus mordant. Il est vrai que son propriétaire, Serge Dassault, suspecté de corruption à de nombreuses reprises, vient miraculeusement cette semaine d’échapper à la levée de l’immunité parlementaire. Tous les sénateurs de gauche jurent, le cœur sur la main avoir voté pour cette mesure, mais le compte n ‘y est pas et il est clair qu’il y a deux menteurs dans la bande. Même modération du côté de Libération, où Fabrice Rousselot déplore que la parution du magazine people Closer « efface un peu plus une frontière public-privé qui devrait rester étanche ». Si le directeur de Libération rendait public ses liens particulièrement privilégiés avec une des ministres du gouvernement, le lecteur lirait autrement certains articles, particulièrement déroutants pour les vieux habitués de Libé. Et défense de rire quand plusieurs hebdomadaires nationaux viennent nous expliquer que cet épisode « gaulois » va probablement faire remonter François Hollande de plusieurs points dans les sondages… Comme si le fait que « Pépère » soit encore capable d’être raide, derrière l’enveloppe mollassonne (  quinze kilos repris depuis son avènement!) allait changer quoi que ce soit au destin des licenciés de GoodYear !

La presse régionale beaucoup plus incisive

En fait, depuis quarante  ans, la presse nationale joue de la notion de respect de la vie privée en fonction de ses besoins. Prenez ce vénérable Canard enchaîné : il n’a eu aucun état d’âme à raconter comment Giscard, après avoir batifolé avec une actrice (lui aussi!) avait percuté un camion de laitier au petit matin. Il ne s’est pas gêné pour rappeler le surnom de Jacques Chirac  » Monsieur quinze minutes, douche comprise « , ou pour le montrer en photo avec quelqu’un d’autre que sa douairière, lors d’un séjour à l’île Maurice. Il n’a pas eu d’hésitation pour raconter comment Marie-Laure de Villepin, peu avant de divorcer, a giflé devant son mari une rivale lors d’une rencontre au très sélect Racing Club de France.

En revanche, de 1981 à 1995, il a strictement respecté la vie privée du président et s’est bien gardé de parler de Mazarine, la fille cachée de Mitterrand, alors qu’un château et des moyens considérables étaient mis à sa disposition… Et il n’y a que des mauvais esprits comme Karl Laske et Laurent Valdiguié pour rappeler dans Le vrai Canard, publié en 2008, que le père de l’actuel directeur de l’hebdomadaire satirique, Robert Gaillard s’est retrouvé à partager le stalag IX A avec un certain… François Mitterrand, très épargné par le volatile pendant quatorze ans !

Cette semaine, le décalage entre la presse nationale très proche du pouvoir et indulgente pour Hollande et la presse régionale, beaucoup plus sévère, a été frappant. Seule cette dernière a posé les véritables questions.

Encore une fois, Hollande peut bien papillonner avec qui il veut, c’est son problème, du moment qu’il ne fait pas Bunga bunga aux frais de l’État et ne nomme pas ses maîtresses au gouvernement, comme Silvio Berlusconi en son temps. Mais sa dernière frasque amoureuse pose la question du statut de Valérie Trierweiler. Si elle est une maîtresse parmi d’autres pourquoi des moyens considérables et du personnel sont-il mis à sa disposition à l’Élysée? François Hollande, lors des voyages officiels, ne devrait-il pas apparaître comme un homme célibataire au lieu de cautionner une mascarade ? Quel est le coût pour le contribuable de cette nouvelle liaison amoureuse avec l’actrice française, maman de deux adolescents qu’il faut sans doute désormais protéger?

François Hollande fait savoir qu’il n’évoquera pas, lors de sa conférence de presse de mardi, cette question qui, selon lui, relève de la vie privée. Il a tort et dévoie sa fonction.

Si la presse nationale, au lieu d’espérer quelques douceurs gouvernementales pour prix de sa docilité, avait un peu de cran, elle poserait ces questions qui intéressent tous les Français, ne faisant pas comme Le Journal du Dimanche, qui affirme en Une que « 77% des Français sont favorables au respect de la vie privée« … Le problème n’est pas là et, quand on pose les mauvaises questions, on on ne peut pas obtenir de bonnes réponses!

En 1997, Serge Halimi, à propos des médias trop complaisants avec le pouvoir, avait publié Les chiens de garde. Après cette semaine catastrophique pour l’image de marque des politiques, votant en douce au Sénat en faveur de Dassault, tout en se montrant incapables d’assumer leurs votes, ou prônant la rigueur pour la France sans se l’appliquer à eux-mêmes, le récent vaudeville hollandesque nous prouve que les chiens de garde de la presse parisienne sont toujours bien campés devant la niche élyséenne pour empêcher les citoyens de poser les bonnes questions. Pour combien de temps encore ?

5 réflexions sur “Vie privée, deniers publics, presse hypocrite

  1. Bravo pour cet article plein de bon sens. Je n’ai jamais compris pourquoi Mme Trieveiler avait un bureau à sa dispostion à l’Elysée et tout ce qui va avec. Un slogan qui court sur Twitter m’a bien fait sourire : trierveiler moins pour gayet plus !
    Amicalement.
    Francine Fellrath
    P.S. Je n’ai pas renouvelé mon abonnement au Canard , suite à la lecture très approfondie de votre livre.

  2. Serge Halimi n’a pas publié « Les chiens de garde » mais « Les nouveaux chiens de garde », en référence à l’ouvrage de Paul Nizan, « Les chiens de garde », publié en 1932.

  3. Vie privée ok ,mais la TVA réduites sur certaines entrées des salles de cinéma ,me laisse pensif,sur une éventuelle faveur ?

  4. Quand j’ai voté pour François Hollande (par défaut et sans enthousiasme…) c’était pour élire un Président et non une famille voire une épouse ou des concubines . En nous imposant une de ses concubines comme « première dame », acception qui n’existe dans aucun texte constitutionnel, le président « normal » nous a obligé à entrer dans sa vie dite privée et à valider ses choix . C’est cette dérive personnelle qui a fait de notre président « normal » un président approximatif dont les errances sentimentales sont tombées dans le domaine public .

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