Écoute ce disque et tu comprendras…

Le journal de BiarritzD’une générosité décidément sans limite, Bisque, bisque, basque !  a décidé d’offrir la rédaction d’une enquête sociologique sur la soulographie dans le grand  Bayonne payée 56 175 euros les 105 pages (les verres de contact seront remboursés en notes de frais) au premier qui identifiera l’auteur de ce superbe mouvement de menton : « Le rôle du maire consiste à écouter et à comprendre ses concitoyens. L’équipe municipale arrive avec un grand désir de servir, d’échanger, de convaincre. Nous recherchons simplement le dialogue honnête, loyal, ouvert qui peut permettre aux uns et aux autres de rapprocher leurs points de vue et de servir mieux la ville, ensemble. Et d’être personnellement plus présent, plus à l’écoute des Biarrots.

Dans l’exercice de ma fonction, je penserai tous les jours à eux, à leurs droits, à leurs besoins ».

Arrêtez de vous exciter, bande de soiffards, c’est droit comme du Veunac, gaullien comme du Brisson, gaucho comme du Accoh …. mais c’est du Borotra dans le texte et ça date de 2008! On connait la suite de la chanson, comme dirait Sheila, et comment l’autisme du maire à l’égard de ses administrés nous a conduit au désastre de la Cité de l’Océan et autres onéreuses gabegies que nous allons payer pendant trente ans.

Un journaliste est toujours un peu collectionneur de vieux papiers. Aussi, les jours de morosité, je ressors les inénarrables exemplaires de L’informateur de Biarritz, acidité garantie et verve irrésistible façon Jean-Philippe Ségot, et du Journal de Biarritz, du regretté Philippe Salquain. C’est en replongeant dans le numéro de mai 2008  que j’ai retrouvé ce que Didier Borotra, pas gêné pour deux sous, avait osé écrire… avant de s’enfermer pendant six ans dans sa tour d’ivoire.

Citoyens biarrots, vous n’en avez peut-être pas conscience, mais, avec les élections municipales, vous vivez une époque formidable. Vous pouvez croiser des candidats que vous ne reverrez plus jamais s’ils sont élus et qui mettront deux mois à vous répondre s’il vous vient à l’idée de leur écrire. Des candidats qui, pour le moment, vous font des sourires et sont  prêts à vous parler, au moins jusqu’au 23 mars. Mieux encore, ces candidats publient des programmes et font semblant de croire à leurs idées.

Alors surtout, conservez précieusement chez vous toutes ces belles promesses sur papier imprimé et ressortez-les dans quelques mois. Par prudence, gardez tout de même un paquet de kleenex à portée de la main, car les belles envolées du printemps 2014, une fois la fête électorale finie,  pourraient vous faire rire… aux larmes!

Lassalle fait bien le métier

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Pour danser au salon de l’Agriculture, Jean Lassalle a judicieusement choisi l’allée qui séparait le Pays basque du Béarn.

Non les politiques ne sont pas tous à fourrer dans le même sac et il en est pour qui je garderai toujours une tendresse particulière. Salon de l’Agriculture, mardi  25 février : les petits Parisiens en vacances se pressent en compagnie de leurs grands-parents, qui se souviennent subitement avoir eu un aïeul paysan, les merveilles du terroir cohabitent avec les produits les plus industriels, et des rames entières de citadins pâlichons déferlent, comme chaque année Porte de Versailles, pour rendre hommage à l’agriculture française.

Dans le bâtiment 7, consacré aux régions de France, c’est à l’oreille que l’on identifie les Basques, seuls à chanter dès 11 heures du matin.  Dans le carré Aquitaine, on croise quelques politiques bien sages, reconnaissables aux nuées de caméras qui les poursuivent, comme le très discret ministre de l’Écologie Philippe Martin,  et puis un grand échalas dissipé et rigolard, qui n’hésite pas à se lancer dans un rock frénétique avec une exposante d’un stand de salaisons, sous les vivats de la foule.

Comme nombre de politiques, Jean Lassalle est un cabotin de première, mais son originalité, sa faconde et surtout cette proximité rigolarde et sincère avec ceux qui l’ont élu font toute la différence.

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Les Basques sont très faciles à retrouver au Salon de l’Agriculture : ce sont les seuls qui chantent à 11 heures du matin !

À la fin de la danse, le grand escogriffe béarnais a l’œil qui pétille mais il n’oublie pas d’embrasser sa partenaire, d’aller saluer les musiciens, glissant même son numéro de téléphone portable à l’un d’eux, qui souhaite lui exposer un problème. Car Jean Lassalle n’est pas seulement l’homme des coups d’éclat, capable de chanter le Si canti  en plein hémicycle, de mettre sa vie en péril en 2006 en perdant 21 kilos au moment de sa grève de la faim ou de traverser la France à pied, en 2013, pour aller à la rencontre des Français. L’élu des Pyrénées Atlantiques se sent investi d’une mission qu’il place au dessus de tout, avant sa famille, avant sa santé. François Bayrou a de la chance de compter sur un ami comme celui-là !

Une anecdote très personnelle me revient en mémoire.

En 2006, après son jeûne forcé, je reçois un nombre incalculable de lettres, au Canard enchaîné, de citoyens qui se lancent à leur tour dans une grève de la faim protestataire. Certaines sont légitimes… d’autres beaucoup moins. À Albertville, en particulier, une sexagénaire qui s’insurge contre le classement en ZAC d’un terrain mitoyen de sa maison, semble en grand péril moral et physique.

Ne me sentant plus capable d’aider ces citoyens en difficulté, je décide d’appeler l’assistant parlementaire de Jean Lassalle, pour savoir si le député est lui aussi confronté à un nombre important de grévistes de la faim.

Deux heures plus tard, une grosse voix pyrénéenne, reconnaissable entre toutes, me rappelle.

 Ah, Le Canard,  ça me fait plaisir de vous parler.

Je lui raconte brièvement les cas les plus complexes, et en particulier celui de la sexagénaire savoyarde…

Mais c’est sérieux une grève de la faim! Il ne faut pas plaisanter avec ça. On peut en garder des séquelles irréversibles. Vous avez l’adresse de cette femme? je vais aller la voir samedi.

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La chanson à la mode, cette année : auprès de ma vache, qu’il fait bon dormir…

Je doute une seconde de ce que j’ai entendu. Quitter Paris pour regagner sa circonscription de la vallée d’Aspe, en passant par Albertville, représente un détour de plus de 700 kilomètres.

Le lundi matin à la première heure, je téléphone à cette lectrice. Jean Lassalle est bien venu la voir, le samedi, et lui a donné les conseils dont elle avait besoin pour poursuivre son combat contre la mairie d’Albertville. Et au passage, il l’a convaincu d’arrêter son autodestructrice grève de la faim.

Quand je vous disais que cet homme n’est pas d’un métal ordinaire…

Dernière parade pour les infâmes

Sigmaringen-de-Pierre-Assouline_visuel_article2Par certains côtés, Pierre Assouline ressemble à ce directeur de la MAAF, poursuivi par des clients qui affirment haut et fort, « Je l’aurai, un jour je l’aurai« . Depuis le temps qu’il publie des biographies ou des romans passionnants, on guette le faux-pas, la critique inévitable… Et chaque nouvelle parution de ce membre influent de l’Académie Goncourt relève du travail d’orfèvre ! Et cette fois, Assouline, dont le père a participé à toute la campagne d’Allemagne, s’attaque avec Sigmaringen à des infâmes d’une toute autre dimension que ceux qui persécutent le directeur de la MAAF.

Pétain, Laval, Brinon ont trouvé refuge, en 1944, dans ce château de Sigmaringen, propriété des Hohenzollern, réquisitionné par Hitler. Julius Stein, le majordome général est chargé par la famille princière de veiller sur cet édifice de 383 pièces qui va devoir accueillir les débris du gouvernement de Vichy. Et la tâche n’est pas simple, car les Français se détestent cordialement entre eux. Le maréchal Pétain se considère purement et simplement comme un prisonnier. Pierre Laval prépare sa défense tandis que Fernand de Brinon continue à promulguer des lois, comme si la commission gouvernementale française avait encore un semblant de réalité. «  Dès lors, le château fut confronté à ce qui lui avait été jusqu’à présent épargné : la guerre. Non pas la sale guerre du dehors, le déluge d’acier, de boue et de sang, mais une guerre poisseuse, sournoise, insistante. Une guerre de positions et de tranchées invisibles. La guerre intérieure que des Français se livraient dans une sordide lutte de pouvoir et d’influence, alors que dans leur pays tout paraissait joué. »

Julius doit veiller à ce que les collaborateurs d’hier, devenus ennemis, ne se croisent pas dans les escaliers, tandis que, un peu plus bas, dans le village de Sigmaringen, un millier de civils français – les « Sigmaringouins » comme les qualifient les membres de la résistance – survivent péniblement en espérant un improbable miracle.

C’est une « communauté réduite aux caquets »  qui passe son temps à se surveiller et se jalouser… quand elle n’essaie pas de dérober l’argenterie aux armes des Hohenzollern. Certains font profil bas, mais d’autres, comme Darnand, n’hésitent pas à parader en uniforme de Waffen SS. Julius observe tout, note tout, souffrant de voir pendant huit mois le drapeau tricolore flotter sur ce château qui est sa vie, même si une discrète idylle avec l’intendante du maréchal, adoucira quelque peu sa peine.

Seul l’écrivain Céline, qui a vécu dans ce confetti français perdu au milieu de l’Allemagne, avait raconté Sigmaringen dans D’un château l’autre. Pierre Assouline, avec ce livre limpide et d’une force exceptionnelle, nous permet enfin de comprendre cette peu glorieuse page de notre histoire. Et de la refermer avec soulagement.

 « Sigmaringen », Pierre Assouline, éditions Gallimard, – 366 pages, 21 euros.

L’EJT, c’est bon pour la santé !

EJT

Conférence de rédaction des étudiants de première année pour préparer le magazine Trajectoires. http://www.ejt.fr/production/fichier/2e-trajectoires-fevrier-2014

Dans cette enceinte de briques roses, on y croise des nonnes en cornettes, des missionnaires en sandalettes, encore brûlés par le soleil d’Afrique, et de fringants séminaristes dont l’œil s’égare parfois sur les jolies étudiantes présentes. « C’est sûr que je préférerai qu’on loge à la Maison du peuple », rigole un des enseignants. L’École de Journalisme de Toulouse loue en effet des locaux à l’Institut Catholique de la ville, ce qui donne lieu parfois à quelques scènes insolites. Dans la salle de rédaction des « journaleux« , les étudiants s’initient à l’enquête, tandis que dans la salle voisine, les futurs licenciés en communication de l’Institut catholique apprennent comment gérer une crise dans une entreprise et comment endormir les journalistes avec de bonnes paroles.

Je ne connais rien de mieux qu’une semaine passée en compagnie d’étudiants-journalistes passionnés pour remettre sur pied n’importe quel déçu du métier! En cette fin janvier, les étudiants de première année travaillent les techniques d’écriture du journalisme. Le lycée puis la faculté leur ont donné l’habitude de progresser paisiblement dans leurs écrits, puisque les professeurs sont payés pour les lire jusqu’au bout. Changement de musique avec le lecteur, ce récalcitrant, ce réfractaire toujours prêt à s’échapper avant la fin de l’histoire qu’on lui raconte. L’introduction universitaire doit laisser la place à une attaque, nerveuse et incisive, susceptible de prendre par la manche le passant et de l’amener à lire un sujet qui ne l’intéressait pas à priori. Pas de conclusion pompeuse et récapitulative mais une chute vigoureuse et imprévisible comme le salut de l’artiste à la fin de son numéro. Les titres, les relances, le découpage de l’information vont contribuer aussi à rendre attrayante la partition publiée. Et puis quelques exercices plus littéraires, comme le remplacement de mots abstraits par des mots concrets, ou la chasse aux expressions délavées, rythmeront aussi les cinq journées passées ensemble.

Contrairement à l’universitaire qui s’efforce de prendre de la distance avec le sujet traité, un journaliste écrit toujours à hauteur d’homme. Après quarante ans passés dans la presse, on peut imaginer que je sais faire un journal pour les gens de ma génération. Mais les références historiques, littéraires ou musicales de ceux qui dépassent à peine les vingt ans sont toutes autres. Eux et eux seuls, à l’aide du support écrit, seront capables d’intéresser leur génération. Et surtout, une fois intégrés à une rédaction, ils ne devront pas perdre leur indépendance ni leur fraîcheur d’esprit face à l’inévitable « vieux con » de rédacteur en chef qui les dirigera et qui s’efforcera d’orienter leurs papiers.

Encadrés par Bertrand Thomas et Jean-Paul Bobin, deux professionnels qui ont de l’indépendance, du caractère et des valeurs, les futurs journalistes se passionnent pour leur métier et acceptent d’être mobilisés à tout moment, information oblige. La mutuelle de la Presse qui tient à bouts de bras nombre de journalistes déprimés, placardisés ou malmenés du stylo, serait bien inspirée de rendre obligatoire une cure de revivification au 31 rue de la fonderie à Toulouse. Impossible de ne pas se remettre à aimer le métier face à l’enthousiasme communicatif de cette nouvelle vague qui a hâte de trouver sa place dans les rédactions!

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Dans le texte qui suit, contrairement à Carla Bruni ou Pamela Anderson, tout est d’origine. Les étudiants disposaient de 90 minutes pour rédiger un petit « éclairage » sur les élections municipales. Voici, au bout de trois mois, ce que réussit à écrire un des étudiants (Et de nombreux papiers étaient du même niveau!) Sachant qu’il reste à ces apprentis journalistes deux ans et demi pour « polir » leur savoir-faire, il y a quelques raisons de penser que la presse écrite a encore de beaux jours devant elle…

Fin d’idylle pour les édiles

René Rose à Borce, Michel Trelaün à Saint-Froult : ces maires n’en peuvent plus de se faire écharper. Tout deux premiers magistrats de petits villages ruraux, les deux élus rendent le ruban tricolore comme un boxeur raccroche les gants. 

René Rose a enchainé huit mandats aux commandes de sa commune. Michel Trelaün, lui, ne se représentera jamais. L’un est trop vieux, l’autre trop las. « Je suis responsable de tout pour la moitié d’un smic », proteste le maire de Saint-Froult. L’ancien général renonce à la charge. Selon lui, les feux croisés de l’administration, de l’État et de ses concitoyens l’ont forcé à battre en retraite. Les fonctionnaires « décident à notre place », les préfets méprisent des « maires de communes qui  ne valent rien », et les électeurs, ces « ingrats », considèrent l’élu comme « leur homme à tout faire ». De quoi regretter ses bataillons. « J’ai sans doute fait l’erreur de penser que la démocratie locale était moins ingrate que le reste de la vie », confesse Michel Trelaün.

S’il porte un regard moins dur sur la fonction qu’il a occupé 50 ans durant, René Rose reconnaît cependant que le statut de maire s’est dégradé. Entre « des administrés moins reconnaissants » et « une société judiciarisée qui a multiplié nos contraintes », le patriarche de la vallée d’Aspe envoie paître l’idée d’un nouveau mandat. « Maintenant, avec les mails, tu te fais engueuler dans la demi-heure ! » tempête le maire des Pyrénées-Atlantiques.

Comme Michel Trelaün, dérangé à son domicile au milieu de la nuit par des villageois qui voulaient obtenir une carte d’identité, René a connu le revers de l’écharpe. Les anecdotes ne manquent pas : un couple bordelais, bloqué en montagne, « menaçait déjà d’un procès » avant qu’il n’ait eu le temps de sauter dans ses bottes ». De maire à amer, il n’y a qu’un « a ».

Louis Nadau

Bernard Ithurbide : « Pourquoi, j’ai choisi Lafite »

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Sculpteur malicieux et amoureux de sa ville, Bernard Ithurbide vaut bien plus
que tous les clichés véhiculés sur l’élu communiste de Biarritz. (Photo Sud Ouest)

Bernard Ithurbide est un risque-tout. On le croise parfois, du côté de la Côte des Basques ou de la Villa Belza, vantant sa ville avec une conviction toute militante devant une petite troupe de collègues d’EDF/GDF, en vacances dans la région. Se doute-t-il, ce téméraire, que le conservateur du Musée de la mer, rêve depuis des lustres de le mettre dans une bouteille de formol, au titre des espèces en voie de disparition ? Un communiste à Biarritz, c’est presque aussi rare qu’un cœlacanthe dans le Golfe de Gascogne, cette espèce de poisson fossile que les scientifiques croyaient à jamais disparue! L’homme est singulier : l’élu municipal peut se montrer aussi rigide et doctrinaire, que le sculpteur, qui expose chaque année au Brouillarta à Biarritz, est chaleureux et créatif.  Bernard a des principes et ne transige pas avec, ce qui est plutôt rare en politique. Assistant en 2013 à une réunion publique qu’il animait, dans le quartier de Pétricot, à un moment où il s’efforçait de recueillir les avis de ses concitoyens, j’avais été surpris par la qualité des interventions de l’assistance, comme si, en présence d’un élu communiste, on pouvait enfin exprimer son ras-le-bol de la politique menée par Didier Borotra et sa propre vision de la ville. De loin la plus tonique et la plus vivifiante de toutes les réunions publiques auxquelles j’ai participé. Il est vrai que nous nous connaissons bien, puisque Bernard a remplacé en 2010 au conseil municipal, mon épouse démissionnaire. Entretien, sans faucille, ni marteau… ni langue de bois avec un vrai personnage.

Quand tu as intégré, en 2010, le conseil municipal qu’est-ce qui t’a frappé?

– Tout semble fait à Biarritz pour que les observateurs ne puissent pas suivre la teneur des débats. La salle est malcommode et les spectateurs n’entendent quasiment rien, contrairement à Anglet ou à Bayonne. Ensuite, ce conseil municipal est troublant puisque tous les partis sont représentés à la fois dans l’opposition et la majorité. Il y a des UMP, des socialistes ou des abertzale dans les deux camps. Finalement, j’étais le seul, en tant que représentant du parti communiste à ne pas avoir un « clone » dans la majorité.

– Le fonctionnement était compliqué?

– Ce qui m’horripile encore maintenant, c’est d’entendre régulièrement après mes interventions : « On ne fait pas de politique dans une commune ». Mais toutes les décisions d’un maire sont politiques! Dans les choix de Didier Borotra, il y a eu des choses intéressantes et d’autres dramatiques, comme la politique du logement. Je n’avais pas mesuré, avant d’arriver au conseil, le pouvoir exorbitant du maire. Il se laisse parfois chatouiller par l’opposition, mais, quand il en a marre, il coupe le micro et c’est fini. Le 13 décembre 2013, alors que nous discutions de l’aide à apporter aux jeunes pour passer le permis de conduire, il m’a répliqué que lui seul déciderait de recours éventuels et je  ne suis pas sûr qu’il plaisantait quand il a conclu son intervention :  » Je veux justifier mon rôle d’autocrate ».

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La Dame blanche

Qu’est-ce qui t’a marqué dans ce dernier mandat de Didier Borotra?

– Je suis arrivé alors que les grandes décisions avaient déjà été votées. Je partageais complètement les craintes de l’opposition. Les faits ont montré que la Cité de l’océan est un projet complètement mégalomaniaque.

Quatre adjoints de la majorité en course pour les prochaines municipales, ça t’étonne?

– Il y a eu un étonnant suivisme de la part des adjoints. Brisson s’efforce de se démarquer mais il a voté sans états d’âme toutes les décisions de Didier Borotra. Veunac envisage de gouverner avec des gens de tous bords, mais je ne suis pas sûr qu’il ait la finesse politique de Borotra pour manœuvrer. Tu vas dire que je suis partisan, mais je pense que Guy Lafite, est moins coupable parce qu’il est là depuis moins longtemps.

Et l’affaire des PV?

– C’est du clientélisme absolu et l’un des problèmes majeurs de cette ville!

Lors du dernier conseil, tu t’es élevé contre le renouvellement anticipé  pour dix ans de la concession « Bleu Café »

– C’est la première fois que je vois un renouvellement de concession anticipé sous prétexte de travaux. La vraie raison de cette hâte, c’est que le propriétaire Roland Héguy est un ami du maire. Comme par hasard, il n’y a eu qu’un seul appel d’offres. J’ai fait remarquer au maire que personne n’avait eu connaissance de l’appel d’offres public, mais il n’a pas daigné répondre. En fait, nous sommes mis devant le fait accompli.

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De deux choses Lune

Changeons de sujet. Vois-tu d’un bon œil les candidatures de Richard Tardits et Guillaume Barucq?

 J’éprouve plutôt de la bienveillance pour eux. Je suis ravi que de nouveaux Biarrots s’impliquent  dans leur ville. Mais dans l’esprit où ils y vont, leur démarche est probablement vouée à l’échec.

Est-ce que c’est facile d’être communiste, à l’approche de ces élections municipales?

Clairement non! Je te rappelle qu’aucune décision n’a été prise au niveau national pour ces élections. Ce sont les communistes locaux qui décident, en fonction de ce qui se passe dans leur ville, s’ils partent avec le Front de gauche ou le parti socialiste. Mais pour le grand public, c’est un peu déroutant.

Justement, explique-moi pourquoi tu te retrouves sur la liste de Guy Lafite, plutôt que sur celle de Mathieu Accoh?

– Je n’ai aucun problème à te répondre. Les communistes de la ville, nous avons d’abord rencontré Mathieu Accoh. Il nous a affirmé qu’il était hors de question pour sa liste de s’allier au deuxième tour avec le candidat socialiste. C’était un vrai problème pour nous, car nous avons le sentiment que les communistes, par leurs préoccupations, amènent de l’humain avec leur présence dans un conseil…

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Rêve de Cyclades

C’est donc pour cette raison que tu as rencontré Guy Lafite?

– Un point important à rectifier. Contrairement à ce qu’a écrit la presse, c’est Guy Lafite qui nous a sollicités et non l’inverse. Je suis venu avec deux camarades, militants à Biarritz et Guy avait deux de ses lieutenants. Sur beaucoup de points, comme l’idée de faire 30% de logements sociaux à Iraty, nous nous sommes retrouvés d’accord. Guy a aussi le souci de revitaliser les quartiers et de développer les transports en commun. Nous essayons d’amener nos idées, comme le développement des jardins familiaux. Nous avons donc décidé de faire liste commune avec lui.

– Est-ce que tu as envisagé le cas de figure où Lafite s’associerait à Veunac au deuxième tour?

Je ne fais pas de politique pour obtenir un quelconque strapontin, mais pour amener des idées. Si les deux listes fusionnaient, je ne pense pas que les communistes poursuivraient l’aventure.

Bernard, se lève, en retard, tout comme moi. Il aime débattre et convaincre et est venu flanqué d’un volumineux dossier. Je ne doute pas une seconde de ce qu’il m’avance, mais à chaque fois, il tient à me montrer une preuve écrite de ses affirmations. Nous quittons le café La Coupole pour regagner la place Clémenceau, et je m’apprête, conformément à ma mauvaise habitude à traverser en slalomant entre les voitures. Bernard m’admoneste gentiment : « Un élu se doit de donner l’exemple. Désolé, mais j’emprunte les passages cloutés« .

Décidément, on ne le changera jamais!

I.- LES DISCUTABLES ACROBATIES DE L’ÉLU MICHEL VEUNAC

Reconnaissance de dette retouchée

29 décembre 2007, Michel Veunac emprunte sans intérêt à son « ami » Jacques Darrigrand 15 000 euros. Le souci, c’est que Jacques travaille aussi beaucoup pour la mairie de Biarritz avec Michel…

Malgré son âge, Jacques Darrigrand, l’ancien patron d’une nébuleuse de sociétés comme SAI (Société Atlantique d’Impression), Graphipole, Infocompo et Atlantica, n’a rien perdu de sa vivacité intellectuelle. Nous sommes le samedi 18 janvier 2014 et c’est la première fois que nous échangeons au téléphone. Avant d’avoir eu le temps de lui poser la moindre question, sa réponse au journaliste qui l’interroge est déjà prête :  » Je ne me souviens de rien ! « . Posément, je lui détaille alors le document reçu peu de temps avant dans ma boîte à lettres. A-t-il prêté 15 000 euros, le 29 décembre 2007, à l’adjoint au maire Michel Veunac, à l’époque chargé de la communication et du tourisme ? Ce dernier lui a-t-il signé une reconnaissance de dette ? Cette dette a-t-elle été remboursée ? Et soudain Jacques Darrigrand, qui ne nie nullement l’authenticité du document en ma possession, retrouve la mémoire : « Michel Veunac est mon ami, je ne veux pas qu’il ait d’ennuis à cause de moi ».  Grand soupir de l’ancien patron  :  » Je dois tellement à cette mairie ! Elle  a tellement fait pour aider mes sociétés… »  Le problème est parfaitement résumé.

Poursuivant les investigations, j’adresse alors une lettre recommandée le 24 janvier à Michel Veunac où je l’interroge sur cette reconnaissance de dette et sur une enquête sociologique effectuée à Bayonne. Michel Veunac décide de mettre en ligne mon écrit et ses réponses sur sa page Facebook, ce qui est parfaitement son droit. Pour ma part, j’attends la réponse à un mail adressé le 23 janvier à Didier Borotra où je lui demande à  » combien se sont élevés annuellement les différents contrats passés entre la mairie de Biarritz et Monsieur Jacques Darrigrand depuis 2008 jusqu’à la liquidation de ses sociétés? » Le maire de Biarritz, qui est très pris par la préparation du Conseil municipal du 30 janvier, me répond ce même jour sur les marchés concernant Biarritz Magazine. Il promet de me donner les chiffres concernant les autres appels d’offre obtenus par Monsieur Darrigrand. Je les attend toujours. En attendant de publier l’enquête que vous lisez actuellement, je m’amuse des cris d’orfraie de l’élu Michel Veunac, tenant de rameuter ses troupes en parlant d’une « inquisition », alors que tout ce que je fais ne relève que d’un travail tout à fait classique de journaliste. L’actuel deuxième adjoint de la ville de Biarritz peut bien dire ce qu’il veut et crier au complot, cette reconnaissance de dette signée à Jacques Darrigrand pose bel et bien quelques questions déontologiques.

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Extrait de la réponse de neuf pages de Didier Botora. Ce contrat de 137 150€, qui est passé par la voie classique d’un appel d’offres n’est qu’un des nombreux contrats que Jacques Darrigrand avait avec la mairie de Biarritz.

  » La Ville a des centaines de fournisseurs »  affirme Michel Veunac. Jacques Darrigrand n’était pas un fournisseur tout à fait comme les autres puisque c’était avant tout Michel Veunac qui le faisait travailler. La confection de Biarritz Magazine  représentait un contrat pour cinq années de 137 500 euros et dépendait d’un appel d’offres. Mais il y avait aussi, à l’époque où Michel Veunac était responsable du tourisme, toutes les publications liées à ce secteur, il y avait les livres à la gloire de Biarritz achetés par la mairie et publiés par Atlantica et tous les documents importants conçus par le service communication. À chaque fois l’interlocuteur de Jacques Darrigrand était … Michel Veunac, qui était libre de décider seul à qui il confiait le marché, puisqu’il était en dessous du seuil légal. Allez ensuite refuser à votre « ami », quand vous êtes imprimeur et que cet ami fait copieusement manger vos entreprises, un prêt ponctuel lorsqu’on vous sollicite… Pour toutes ces raisons, et pour d’évidentes questions de déontologie publique, jamais le deuxième adjoint n’aurait dû emprunter de l’argent à quelqu’un avec qui il travaillait autant.

 « J’ai remboursé intégralement ma dette ». Jacques Darrigrand et Michel Veunac l’affirment, cette dette a été effacée. Les numéros de chèque publiés par l’élu semblent le prouver. On peut juste se demander pourquoi, dans ce cas-là, cette reconnaissance de dette n’a pas été déchirée (… et qui en veut à ce point à Michel Veunac pour m’adresser ce document ! ), et pourquoi elle ne mentionne que le remboursement du 8 janvier 2008. Mon malicieux confrère Philippe Etcheverry, qui avait déjà détecté sur les soviétiques photos de campagne de Michel Veunac quelques grosses têtes, visiblement absentes, et maladroitement rajoutées grâce à Photoshop, a remarqué que certaines des dates annoncées correspondent à … un dimanche. Un haut-cadre de la BNP me confirme que la banque ne crédite jamais un chèque le dimanche. On va donc estimer que les dates que nous communiquent l’élu correspondent à la date où il a rédigé son chèque et ne pas aller plus loin.

 « N’étant pas membre de la Commission d’Appel d’Offres… » Voilà un problème intéressant soulevé! Effectivement, c’est le premier adjoint Max Brisson qui présidait cette Commission. Et l’on sait que les deux adjoints n’ont pas une estime démesurée l’un pour l’autre. Max Brisson se montre très précis : « La commission d’appel d’offres a confié le marché de Biarritz Magazine à Jacques Darrigrand. Mais, comme cela se passe dans toutes les mairies, ce nom nous avait été proposé par le responsable de la communication Michel Veunac. » Le Premier adjoint est catégorique : « Ni moi, ni les autres membres de la Commission, ne connaissions ce lien privilégié entre Michel Veunac et Jacques Darrigrand… et, bien évidemment, encore moins la reconnaissance de dette signée en 2007. Si nous avions eu en notre possession ces informations, notre analyse aurait sans doute été différente. »  Qu’en termes élégants, ces choses là sont dites! Au passage, Max Brisson rajoute une information intéressante :  » Le dossier Biarritz Magazine relevait de la Commission d’Appel d’Offres. Tous les autres marchés (publications, documents du service de communication) comme ils étaient inférieurs au seuil fixé par la loi, relevaient de la seule décision de Michel Veunac ».

On ne saurait être plus clair.

« J’ai fait un emprunt bancaire à hauteur du remboursement des frais de campagne… »  Nous voilà rassurés! Cette fois, à l’occasion des élections municipales de 2014, Michel Veunac s’est souvenu qu’il existait quelques banques à Biarritz et a décidé de faire appel à elles. La grande question est de comprendre pourquoi, en décembre 2007, à quelques mois des élections municipales de 2008, il a préféré taper un « ami », accessoirement fournisseur attitré de la Ville et de son service, plutôt que de passer tout simplement par une banque qui lui aurait sans problème consenti un prêt, dissipant ainsi toute équivoque.

 Michel Veunac peut donc rager et tempêter autant qu’il veut sur sa page Facebook, encourager ses soutiens à m’insulter et à douter de mes compétences journalistiques, ce document devait être porté à la connaissance des lecteurs de Bisque, bisque, basque! En signant ce papier à Jacques Darrigrand, Michel Veunac n’a rien fait d’illégal, mais au niveau de la morale publique, au niveau de cette dangereuse porosité entre vie publique et vie privée que l’on retrouve dans toutes les affaires politiques, il y a vraiment à dire. Pour manifester de telles qualités de contorsionniste, Michel Veunac a visiblement dû passer par Le Cirque du soleil. Le volet bayonnais de l’enquête, où l’élu de la communauté d’agglomération et le sociologue mélangent allégrement les genres, confirmera ce don exceptionnel de trapéziste de haut vol.

Aux électeurs biarrots, désormais, de savoir s’ils veulent comme maire un élu aussi désinvolte.

 À suivre :  Un « souciologue » à Bayonne

II.- UN « SOUCIOLOGUE » À BAYONNE

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La réponse du patron Jean Grenet à propos de l’enquête de son « employé » Michel Veunac. Tout cela est légal, mais est-ce moral?

Claude est un de mes vieux copains, sociologue à Paris. Lorsque je lui raconte combien Michel Veunac a été rétribué pour son enquête de 140 pages sur Les rassemblements festifs des jeunes dans le petit-Bayonne et les actions effectuées à partir de ce travail, il rigole : «  Je savais qu’on mangeait bien à Bayonne, mais à ce point! 56 000 euros! Presque 37 briques pour les vieux cons comme moi qui comptent encore en anciens francs. De quoi faire, effectivement, une sacrée fête! » Claude n’en revient pas. il fait partie de ces professionnels qui ont toujours du mal à trouver trois sous d’argent public pour exercer leur talent : « Même s’il faut partager avec deux collègues comme l’a fait ton élu, je suis prêt à descendre en vélo sur la Côte basque pour un tel travail! »

Jean Grenet tient visiblement à ce que sa mairie soit en ordre avant son départ. Il me répond de façon très précise, le jour même où je l’interroge :  » Il n’y a donc, dans cette affaire, ni interférence ni incompatibilité entre l’activité professionnelle de Monsieur Michel Veunac et son mandat à l’ACBA (Agglomération Côte-Basque Adour), sachant que le cabinet MVC (Michel Veunac Consultant) a été retenu suite à mise en concurrence…  » Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes de ces élus qui se font gentiment la courte échelle pour s’aider les uns les autres?

Certes, cette enquête a duré officiellement de juin 2010 à février 2011, certes elle a été réalisée avec deux « collègues sociologues que j’ai rémunérés » comme l’écrit Veunac, mais, naïvement, j’avais tendance à croire qu’un adjoint à la ville de Biarritz, membre de la communauté d’agglomération et de surcroît Conseiller Régional d’Aquitaine et, à ce titre, membre de l’assemblée de lEuro-Région Aquitaine-Euzkadi, disposait d’assez peu de temps libre et gagnait suffisamment d’argent pour se consacrer uniquement à la vie publique.

Comme dans le volet précédent de l’enquête, concernant la reconnaissance de dette signée à Darrigrand, Michel Veunac n’est pas dans l’illégalité, mais cette enquête  » souciologique «  sur Bayonne est-elle politiquement et moralement acceptable de la part d’un élu ?

Le rôle d’un élu, membre d’une communauté d’agglomération, est de défendre les couleurs de la ville qu’il représente, face à d’autres villes qui peuvent avoir des intérêts différents. Ce n’est ni aux Bayonnais ni aux Biarrots que l’on apprendra qu’il n’y a pas qu’en rugby que les points de vue entre les deux villes sont parfois dissemblables. Ainsi donc l’élu Michel Veunac, sixième vice-président de la communauté d’agglomération qui a pour président Jean Grenet, n’a aucun problème à défendre au mieux les intérêts de Biarritz face à Bayonne, pendant que le sociologue Veunac Michel, en employé consciencieux, travaille pour un patron qui s’appelle Grenet Jean. Un peu comme si Imanol Harinordoquy, tout en étant salarié du BO, allait de temps en temps jouer un match avec l’Aviron! On imagine le tollé!

Quel mélange des genres ! Les  qualités de l’éminent sociologue Veunac Michel (… même si l’activité de son cabinet, si l’on déduit le contrat bayonnais, est singulièrement réduite : 82698 € en 2010, 67151€ en 2011, 60010€ en 2012) ne sont pas en cause, mais un minimum de bon sens aurait dû l’inciter à exercer ses talents en dehors de la communauté d’agglomération. Les villes de Dax, Mont-de-Marsan ou Mimizan vont sans doute se précipiter, dès qu’elles vont savoir qu’il est disponible, sur le très recherché sociologue, qui a définitivement réglé les problèmes de la jeunesse festive à Bayonne … et le payer au même prix d’ami que la ville de Bayonne.

Cette enquête « a été saluée pour sa qualité et je vous en recommande la lecture » affirme Michel dans sa lettre.  C’est promis ! Dès que j’aurais terminé la lecture d’Autopsie d’un système corrompu de mon vieux copain et ancien journaliste de L’Équipe Pierre Ballester, qui traite de fin de cycle… dans le monde du vélo, je m’attelle à votre chef d’œuvre.

 À suivre :  « Au fait, vous roulez pour qui? »