L’EJT, c’est bon pour la santé !

EJT

Conférence de rédaction des étudiants de première année pour préparer le magazine Trajectoires. http://www.ejt.fr/production/fichier/2e-trajectoires-fevrier-2014

Dans cette enceinte de briques roses, on y croise des nonnes en cornettes, des missionnaires en sandalettes, encore brûlés par le soleil d’Afrique, et de fringants séminaristes dont l’œil s’égare parfois sur les jolies étudiantes présentes. « C’est sûr que je préférerai qu’on loge à la Maison du peuple », rigole un des enseignants. L’École de Journalisme de Toulouse loue en effet des locaux à l’Institut Catholique de la ville, ce qui donne lieu parfois à quelques scènes insolites. Dans la salle de rédaction des « journaleux« , les étudiants s’initient à l’enquête, tandis que dans la salle voisine, les futurs licenciés en communication de l’Institut catholique apprennent comment gérer une crise dans une entreprise et comment endormir les journalistes avec de bonnes paroles.

Je ne connais rien de mieux qu’une semaine passée en compagnie d’étudiants-journalistes passionnés pour remettre sur pied n’importe quel déçu du métier! En cette fin janvier, les étudiants de première année travaillent les techniques d’écriture du journalisme. Le lycée puis la faculté leur ont donné l’habitude de progresser paisiblement dans leurs écrits, puisque les professeurs sont payés pour les lire jusqu’au bout. Changement de musique avec le lecteur, ce récalcitrant, ce réfractaire toujours prêt à s’échapper avant la fin de l’histoire qu’on lui raconte. L’introduction universitaire doit laisser la place à une attaque, nerveuse et incisive, susceptible de prendre par la manche le passant et de l’amener à lire un sujet qui ne l’intéressait pas à priori. Pas de conclusion pompeuse et récapitulative mais une chute vigoureuse et imprévisible comme le salut de l’artiste à la fin de son numéro. Les titres, les relances, le découpage de l’information vont contribuer aussi à rendre attrayante la partition publiée. Et puis quelques exercices plus littéraires, comme le remplacement de mots abstraits par des mots concrets, ou la chasse aux expressions délavées, rythmeront aussi les cinq journées passées ensemble.

Contrairement à l’universitaire qui s’efforce de prendre de la distance avec le sujet traité, un journaliste écrit toujours à hauteur d’homme. Après quarante ans passés dans la presse, on peut imaginer que je sais faire un journal pour les gens de ma génération. Mais les références historiques, littéraires ou musicales de ceux qui dépassent à peine les vingt ans sont toutes autres. Eux et eux seuls, à l’aide du support écrit, seront capables d’intéresser leur génération. Et surtout, une fois intégrés à une rédaction, ils ne devront pas perdre leur indépendance ni leur fraîcheur d’esprit face à l’inévitable « vieux con » de rédacteur en chef qui les dirigera et qui s’efforcera d’orienter leurs papiers.

Encadrés par Bertrand Thomas et Jean-Paul Bobin, deux professionnels qui ont de l’indépendance, du caractère et des valeurs, les futurs journalistes se passionnent pour leur métier et acceptent d’être mobilisés à tout moment, information oblige. La mutuelle de la Presse qui tient à bouts de bras nombre de journalistes déprimés, placardisés ou malmenés du stylo, serait bien inspirée de rendre obligatoire une cure de revivification au 31 rue de la fonderie à Toulouse. Impossible de ne pas se remettre à aimer le métier face à l’enthousiasme communicatif de cette nouvelle vague qui a hâte de trouver sa place dans les rédactions!

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Dans le texte qui suit, contrairement à Carla Bruni ou Pamela Anderson, tout est d’origine. Les étudiants disposaient de 90 minutes pour rédiger un petit « éclairage » sur les élections municipales. Voici, au bout de trois mois, ce que réussit à écrire un des étudiants (Et de nombreux papiers étaient du même niveau!) Sachant qu’il reste à ces apprentis journalistes deux ans et demi pour « polir » leur savoir-faire, il y a quelques raisons de penser que la presse écrite a encore de beaux jours devant elle…

Fin d’idylle pour les édiles

René Rose à Borce, Michel Trelaün à Saint-Froult : ces maires n’en peuvent plus de se faire écharper. Tout deux premiers magistrats de petits villages ruraux, les deux élus rendent le ruban tricolore comme un boxeur raccroche les gants. 

René Rose a enchainé huit mandats aux commandes de sa commune. Michel Trelaün, lui, ne se représentera jamais. L’un est trop vieux, l’autre trop las. « Je suis responsable de tout pour la moitié d’un smic », proteste le maire de Saint-Froult. L’ancien général renonce à la charge. Selon lui, les feux croisés de l’administration, de l’État et de ses concitoyens l’ont forcé à battre en retraite. Les fonctionnaires « décident à notre place », les préfets méprisent des « maires de communes qui  ne valent rien », et les électeurs, ces « ingrats », considèrent l’élu comme « leur homme à tout faire ». De quoi regretter ses bataillons. « J’ai sans doute fait l’erreur de penser que la démocratie locale était moins ingrate que le reste de la vie », confesse Michel Trelaün.

S’il porte un regard moins dur sur la fonction qu’il a occupé 50 ans durant, René Rose reconnaît cependant que le statut de maire s’est dégradé. Entre « des administrés moins reconnaissants » et « une société judiciarisée qui a multiplié nos contraintes », le patriarche de la vallée d’Aspe envoie paître l’idée d’un nouveau mandat. « Maintenant, avec les mails, tu te fais engueuler dans la demi-heure ! » tempête le maire des Pyrénées-Atlantiques.

Comme Michel Trelaün, dérangé à son domicile au milieu de la nuit par des villageois qui voulaient obtenir une carte d’identité, René a connu le revers de l’écharpe. Les anecdotes ne manquent pas : un couple bordelais, bloqué en montagne, « menaçait déjà d’un procès » avant qu’il n’ait eu le temps de sauter dans ses bottes ». De maire à amer, il n’y a qu’un « a ».

Louis Nadau

Une réflexion sur “L’EJT, c’est bon pour la santé !

  1. Agréablement surprise par cet article, je conçois que nous soyons dépassés par la Jeune Génération qui sera plus percutante et, sans aucun doute, plus RE-créative que nous l’étions avec un vocabulaire EXPLOSIF pour mieux « cerner » le lecteur et l’OBLIGER à LIRE TOUT L’ARTICLE (pour le plaisir?)… comme VOUS venez de le faire … puisque je l’ai lu jusqu’au bout … exceptionnellement :-)
    N.B. …. »… seront touT autres… aurait du s’écrire ainsi, le TOUT tenant lieu d' »autrement » … mais c’est « votre » touche qui a foiré, je l’ai bien saisi ainsi :-)
    Par ailleurs, le fait que les cours aient lieu dans un Institut Catholique est une excellente opportunité : il faudra BIEN une RE-religion quand on aura réussi à « éreinter » toutes les autres !!!
    ——>> remettre au goût du jour la Prière de VOLTAIRE le déiste-athée devrait être l’Ordre du Jour des prochaines municipalités RAD-SOC’… parce qu’il faudra bien OCCUPER le vide des églises :-))))

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