Dernière parade pour les infâmes

Sigmaringen-de-Pierre-Assouline_visuel_article2Par certains côtés, Pierre Assouline ressemble à ce directeur de la MAAF, poursuivi par des clients qui affirment haut et fort, « Je l’aurai, un jour je l’aurai« . Depuis le temps qu’il publie des biographies ou des romans passionnants, on guette le faux-pas, la critique inévitable… Et chaque nouvelle parution de ce membre influent de l’Académie Goncourt relève du travail d’orfèvre ! Et cette fois, Assouline, dont le père a participé à toute la campagne d’Allemagne, s’attaque avec Sigmaringen à des infâmes d’une toute autre dimension que ceux qui persécutent le directeur de la MAAF.

Pétain, Laval, Brinon ont trouvé refuge, en 1944, dans ce château de Sigmaringen, propriété des Hohenzollern, réquisitionné par Hitler. Julius Stein, le majordome général est chargé par la famille princière de veiller sur cet édifice de 383 pièces qui va devoir accueillir les débris du gouvernement de Vichy. Et la tâche n’est pas simple, car les Français se détestent cordialement entre eux. Le maréchal Pétain se considère purement et simplement comme un prisonnier. Pierre Laval prépare sa défense tandis que Fernand de Brinon continue à promulguer des lois, comme si la commission gouvernementale française avait encore un semblant de réalité. «  Dès lors, le château fut confronté à ce qui lui avait été jusqu’à présent épargné : la guerre. Non pas la sale guerre du dehors, le déluge d’acier, de boue et de sang, mais une guerre poisseuse, sournoise, insistante. Une guerre de positions et de tranchées invisibles. La guerre intérieure que des Français se livraient dans une sordide lutte de pouvoir et d’influence, alors que dans leur pays tout paraissait joué. »

Julius doit veiller à ce que les collaborateurs d’hier, devenus ennemis, ne se croisent pas dans les escaliers, tandis que, un peu plus bas, dans le village de Sigmaringen, un millier de civils français – les « Sigmaringouins » comme les qualifient les membres de la résistance – survivent péniblement en espérant un improbable miracle.

C’est une « communauté réduite aux caquets »  qui passe son temps à se surveiller et se jalouser… quand elle n’essaie pas de dérober l’argenterie aux armes des Hohenzollern. Certains font profil bas, mais d’autres, comme Darnand, n’hésitent pas à parader en uniforme de Waffen SS. Julius observe tout, note tout, souffrant de voir pendant huit mois le drapeau tricolore flotter sur ce château qui est sa vie, même si une discrète idylle avec l’intendante du maréchal, adoucira quelque peu sa peine.

Seul l’écrivain Céline, qui a vécu dans ce confetti français perdu au milieu de l’Allemagne, avait raconté Sigmaringen dans D’un château l’autre. Pierre Assouline, avec ce livre limpide et d’une force exceptionnelle, nous permet enfin de comprendre cette peu glorieuse page de notre histoire. Et de la refermer avec soulagement.

 « Sigmaringen », Pierre Assouline, éditions Gallimard, – 366 pages, 21 euros.

Une réflexion sur “Dernière parade pour les infâmes

  1. Cette époque est lointaine dans l’HISTOIRE et l’évoquer est devenu une mesure de Salut Public : vous le faites si bien que j’ai tweeté l’ensemble pour la pub’ … dont vous n’avez, certes, pas besoin !
    MERCI …

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