I.- SOCIOLOGUE VEUNAC, AU RAPPORT !

Enquête Veunac 001On ne se méfie jamais assez des curieux congénitaux! Le 10 février, une semaine après la publication de l’article « Les discutables acrobaties de l’élu Michel Veunac« , où sont dévoilées une reconnaissance de dette signée à un fournisseur et la réalisation d’une étude sociologique pour le compte de la ville de Bayonne, le candidat à la mairie de Biarritz me croise, non loin de sa permanence de la rue du Helder. Comme un joueur de poker, titulaire d’une paire de deux, qui sait qu’il n’a d’autre choix que de bluffer jusqu’au bout pour espérer gagner, il me met au défi : « Vous devriez lire cette enquête, tout le monde a salué mon travail ». Pari relevé, après de longues semaines de rencontres, de discussions et de traque, « Bisque, bisque, basque! » a enfin pu mettre la main sur la bête. Récit d’une enquête de plus d’un mois qui amusera sans doute beaucoup tous les passionnés de vie publique.

 10 février 2014, rue du Helder à Biarritz : Michel Veunac est blême et tient à la main un dossier contenant des articles de « Bisque, bisque, basque » lorsqu’il me rencontre : « Je sais que vous roulez pour Max Brisson. J’ai des dossiers sur lui. Je vais vous les passer… On verra si vous les publiez! » Je m’efforce de lui démontrer que j’ai toute ma vie voté à gauche et que je me vois mal commencer un flirt avec l’UMP à soixante ans passés. Je lui répète ce que je dis à tout le monde, à savoir que je publierai tout élément prouvant un non-respect de la vie publique, quel que soit le candidat concerné. En définitive, je ne recevrai jamais rien.

 12 février 2014, bureau de Jean Grenet, Bayonne : J’ai remarqué que Michel Veunac a perdu sa délégation aux transports au profit de Jean Grenet et je me demande si la fameuse enquête confiée au sociologue biarrot ne relève pas d’un phénomène de compensation. Je pose la question au service communication de la ville. Alors qu’un train pour Paris m’attend et qu’une réponse téléphonique me conviendrait parfaitement, Jean Grenet insiste pour me rencontrer. « Mais qu’est-ce qu’il vous a fait ce pauvre Veunac? J’ai beaucoup d’estime pour lui, ce n’est pas un figurant ». Jean Grenet évacue d’un revers de main l’hypothèse d’une compensation quelconque. En perdant sa délégation, Michel Veunac n’a pas perdu d’argent. Si Jean Grenet a repris en main les transports, c’est uniquement parce qu’en tant que député, il était plus à même d’obtenir des subventions. Jean Grenet se veut élogieux sur le travail de son vice-président d’agglomération : « Non, je n’ai pas suivi moi-même l’enquête, mais il est venu m’en parler deux heures dans mon bureau et je l’ai trouvé très intéressant », avant de balayer d’un revers de main tout favoritisme : « Quand on lui a confié l’enquête, ça ne nous a même pas effleuré l’esprit qu’il puisse y avoir un conflit d’intérêt ».  Mais oui, mais oui… Un ange, aux ailes d’un blanc immaculé, passe…

Jean Grenet tient enfin à ce qu’on ne fasse pas l’amalgame entre Biarritz et Bayonne. Il sort des timbres de son bureau et me les montre : « Vous voyez, quand j’ai du courrier personnel, je le poste à mes frais… Je ne sais pas ce qui se passe à Biarritz, mais pour ma part, je préfère être trop carré ».  Cette fois, c’est l’ange gardien de Didier Borotra qui s’étrangle…

Quand je lui demande à avoir accès à l’enquête, Jean Grenet exige un courrier officiel (qui part l’après-midi même) et me la promet sous peu. En fait, je ne serai recontacté que le 28 février par un salarié de la mairie qui s’enquiert de mon adresse, pourtant écrite noir sur blanc dans le mail envoyé! Heureusement entre temps, j’ai pu me procurer le chef d’œuvre.

 13 février 2014, entretien téléphonique avec Roxane Scavo, sociologue ayant participé à l’enquête.

Mes recherches et quelques confidences me montrent qu’un cabinet bordelais, Peris, chargé du terrain, s’est allié à Michel Veunac pour l’étude sur les rassemblements festifs à Bayonne. Pierre Coupiat, le patron du cabinet Peris, étant injoignable, j’appelle Roxane Scavo qui a participé à ce travail. Elle raconte : « Je venais de finir mon master à l’Université de Bordeaux en juin 2010, et j’étais donc sociologue au moment de l’enquête. Les deux cabinets Peris et Michel Veunac consultant ont répondu en commun à l’appel d’offres. Nous avons effectué une enquête de terrain de six mois » Roxane Scavo confirme que son cabinet s’occupait du terrain tandis que « Michel Veunac s’occupait de centraliser, des relations avec les élus et du rendu officiel » Reste la délicate question des émoluments : « Le cabinet Peris a touché 15 000 euros pour ce travail ».  Je lui détaille la rémunération de Michel Veunac consultant, 21 000€ pour l’enquête et 20 000€ pour la mise en place des mesures à prendre.  Énorme silence : « On a été payés pour notre travail »

 21 et 28 février 2014, entretiens téléphoniques avec Colette Capdevielle, députée socialiste et conseillère municipale à Bayonne

Colette Capdevielle n’y va pas par quatre chemins :  » Des études comme celles-là, les tiroirs en sont pleins et personne ne les lit ». La députée socialiste trouve tout à fait logique que j’enquête sur le sujet et se montre particulièrement sévère à l’égard de Michel Veunac (lire la partie III de cette enquête).

 21 février 2014, un bébé bien pâlichon

Enquête Veunac 003

Comme on dit au Petit-Bayonne, un bon coup de blanc, ça n’a jamais fait de mal à personne… Et puis ça fait toujours une page de plus au rapport.

La loi est claire :  un journaliste n’a pas à révéler ses sources. Disons qu’un commando de copains, membres du 1er RPIMA de Bayonne m’a filé un coup de main pour me procurer cette enquête, que l’on suppose en or massif, vu le prix qu’elle a coûtée à la collectivité bayonnaise.

Déception, le contenu est sans doute mirifique comme me l’affirmera Michel Veunac, mais l’habit n’est guère reluisant. L’ensemble fait 106 pages, dans un très gros caractère, sans doute parce que les élus sont vieux et ont du mal à lire, et la photo de couverture montre les quais de la Nive à Bayonne totalement déserts et en plein jour, ce qui est un choix surprenant quand on évoque les rassemblements festifs nocturnes.

Les 28 premières pages ne sont que des extraits de livres de sociologues ou de journalistes traitant de la question. Certes, il faut recopier sans se tromper, mais ça ne semble pas une tâche insurmontable. Chaque titre de chapitre, histoire de donner un peu d’épaisseur à l’enquête, est perdu dans une page de blanc et suivi d’une page intitulée « L’essentiel » où, pour les élus à qui la lecture donnerait mal de tête, on fait la crème de la crème des citations des pages suivantes. Les pages 26 à 48, intitulées « L’observation participante » sont visiblement le résultat du travail d’observation du cabinet Peris, ce que Michel Veunac confirmera.

Arrive alors le grand moment, les six propositions, d’une page chacune environ, qui vont changer le destin de Bayonne. Fédérer les cafetiers, multiplier la présence des policiers municipaux, parler aux parents ou créer un local de dégrisement. Et le lecteur, écartelé entre fou-rire et indignation, de se demander s’il faut vraiment être sociologue pour aller chercher tout cela et de s’interroger sur le quotient intellectuel des élus du conseil municipal de Bayonne qui ont dû faire appel à des spécialistes pour préconiser des mesures que n’importe quel assemblée d’hommes de bon sens aurait trouvé toute seule.

Enquête Veunac 004

Pour les élus qui n’ont pas le courage de tout lire, « L’Essentiel », c’est la crème de la crème des citations qui occupent les pages suivantes… Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour gagner 36 000€ les 106 pages!

À partir de la page 59, ce rapport à 36 000€ TTC, ne contient plus que des annexes : la liste des personnes interrogées et le verbatim, et même pour les 25 dernières pages un discours prononcé par le patron de Peris, en 2009 à l’occasion du printemps de Bourges (Bourges et Bayonne commencent par la même lettre, est-ce suffisant?) et un autre, non daté, prononcé par Roxane Scavo sur « Les jeunes et l’expérience de l’alcoolisation« .

Détail qui tue, d’un chapitre à l’autre de cette « oeuvre », la typographie et l’interlignage des textes ne sont pas les mêmes, comme si l’assembleur s’était contenté de « coller » des morceaux de provenance diverses, sans même prendre la peine de les homogénéiser… mais, c’est bien connu, pour 36 000€ ( 56 000€ avec le « suivi ») de nos jours, tu n’as plus rien!

 7 mars 2014 : bureau de Michel Veunac à l’agglomération.

Le ton n’est plus à l’algarade. Michel Veunac me reçoit courtoisement, accompagné de Pierre Coupiat, le patron de Peris. il souhaite s’expliquer, ce qui est parfaitement légitime, et me convaincre de la qualité de son travail.  L’entretien dure une heure trente et va constituer la deuxième partie de cette enquête. Et il ne fait nul doute que le Biarrot comme  le Bayonnais moyen seront ravis de savoir comment leurs impôts sont utilisés. Les électeurs ont tellement mauvais esprit!

A suivre : II.- Michel Veunac : « Un souvenir formidable »

https://jeanyvesviollier.com/2014/03/08/ii-veunac-un-souvenir-formidable/

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