Il assassine Jaurès : acquitté!

Jaurès2Comme s’il pressentait le destin qui l’attend, dix-neuf ans plus tard, Jaurès se fait visionnaire, du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, le 22 octobre 1895 :  » Cette guerre va réveiller toutes les passions bestiales qui dorment au cœur de l’humanité. il faut s’attendre à être assassiné au coin des rues. « .

Ce 31 juillet 1914, nous sommes à trois jours du déclenchement du premier conflit mondial et le leader socialiste, qui est aussi journaliste à L’Humanité, veut croire encore, malgré son pessimisme, à une paix possible. Une attitude pacifiste qui n’est pas du goût des jeunes nationalistes, qui veulent en découdre et écraser l’armée allemande. « Seul dans la foule, Villain s’agace des discours pacifistes des militants SFIO. Ils cognent dans sa tête et décuplent son agitation intérieure. Pour s’apaiser, il caresse de temps à autre deux revolvers qu’il cache au fond de ses poches et pense à Jaurès qui inspire les braillards… »

Après plusieurs tentatives ratées, Raoul Villain aperçoit son ennemi juré attablé avec des confrères au « Café du croissant ».  Bon tireur, il profite d’une fenêtre ouverte pour le viser et le tuer sur le coup. Alors qu’il fuit, il est arrêté par un gendarme et reconnait immédiatement les faits. Raoul Villain ne fera pas plus de difficultés pour s’expliquer devant le juge Joseph Drioux. Ce jeune homme de vingt-huit ans, originaire de Reims, est le fils d’un greffier en chef du tribunal civil. Sa mère est enfermée à l’asile, tout comme sa grand-mère et les médecins, tout en le reconnaissant responsable de ses actes, estiment qu’il a  » une difficulté à s’adapter au réel« . L’abbé Pautonnier, directeur du collège Stanislas, où il est pion, dit de lui qu’il a « des prétentions à une culture supérieure avec une intelligence en dessous de la moyenne. C’est un chimérique ».

Avec la déclaration de guerre, l’assassinat de Jaurès est bien vite oublié et Villain, nullement tourmenté par le remords, peut méditer à loisir sur ses actes à la prison de la Santé, pendant que la jeunesse de France se fait étriper.

Le procès est fixé au 20 décembre 1915, tout le monde étant persuadé que la guerre sera terminée depuis longtemps à cette date-là. De nombreux amis de Villain sont tués au front, d’autres ne peuvent se libérer pour témoigner et l’avocat de Villain demande et obtient une  » requête en prorogation de délai « . La guerre s’éternisant, Villain regrettera de ne pas avoir été jugé et, sans complexe, se plaindra du sort qui lui est réservé. Il devra effectivement attendre mars 1919 pour passer devant un tribunal.

Deux hommes ont accepté de défendre l’accusé : Henri Géraud, un avocat chevronné, ami de sa famille, et Alexandre Zévaès, ancien député de gauche et proche de Jaurès, un choix habile de la part de l’accusé. Pendant ce temps, les partisans de Jaurès, de Léon Blum à d’Estournelles de Constant en passant par Weill ou Bidegarray, défilent à la barre, « louangeurs et répétitifs »,  et plongent la salle dans un ennui profond.

Paul-Boncour, l’avocat de la famille Jaurès, va surprendre tout le monde : fidèle aux convictions du tribun socialiste, il ne réclame pas la peine de mort : « Il est trop commode de trancher le problème avec un couperet, de faire tomber une tête dans un panier et de s’imaginer qu’on en a fini avec le problème ».

Décidés à prendre tous les risques après cette demie reculade de la partie adverse, les deux avocats de Villain vont alors plaider… le crime passionnel ! C’est l’amour immodéré de sa patrie qui a amené Villain à tuer Jaurès. « Le crime de Villain, c’est un crime d’avant-guerre ». Les deux brillants avocats ont bien compris que les jurés, tout comme la grande majorité des Français, aspirent à une paix durable et leur talent oratoire va faire basculer le prétoire. Trente minutes vont suffire au jury pour acquitter le criminel. Comble, c’est Madame Jaurès qui devra payer les frais de justice !

Villain va poursuivre, libre, son existence de semi-dément avant de s’installer à Ibiza et de se faire tuer en 1936 par un milicien espagnol qui ignorait qui il était.

Dominique Paganelli, en exhumant cet épisode peu glorieux de notre histoire, a fait un remarquable travail de reconstitution, avec ce  » Il a tué Jaurès « . Trois semaines avant Jean Jaurès, Georges Clémenceau avait été blessé par balle, par Émile Cottin, un illuminé du même acabit que Raoul Villain. En juillet 1914, la police ayant bouclé l’enquête très vite, Émile Cottin, bien qu’ayant raté sa cible, fut condamné à mort et guillotiné.

Qui a dit que la Justice est une loterie?

 « Il a tué Jaurès », Dominique Paganelli, éditions La Table ronde, – 216 pages, 16 €.

Europe : le bal des pleureuses

Elections-europeennes-2014François Hollande, aux abois, n’a décidément plus aucun sens politique : alors que l’actualité lui souriait enfin, lundi 26 mai, avec la mise en garde à vue de Claude Guéant dans l’affaire Tapie, et la bombe Bygmalion – plus de 10 millions d’euros de fausses factures destinées à financer la campagne électorale de Sarkozy en 2012 ! – le Président de la République, au lieu de rester paisiblement dans son bureau élyséen à écouter les journalistes dire du mal de la droite, a voulu faire l’ouverture des journaux télévisés, pour débiter quatre minutes de fadaises larmoyantes sur sa nouvelle défaite électorale. « L’Europe est devenue illisible, j’en suis conscient! ». Et, comme si les Français n’étaient pas suffisamment agacés par le sujet, France 2 s’est cru obligée de passer la deuxième couche avec le bon point adressé à notre pays par Angela Merkel : « La France est sur une bonne voie ». Madame la chancelière est bien bonne avec le petit peuple impécunieux !

Tout aussi pitoyable avait été, la veille, ce défilé de politiques, dégoulinant de bons sentiments et n’hésitant pas à expliquer le sidérant résultat du scrutin européen, avec le Front national largement en tête, par l’inculture politique des Français.

Comme s’ils n’étaient pas prioritairement les responsables ! Deux ou trois rappels semblent s’imposer.

– Quand le PS ne sait plus quoi faire de Harlem Désir, son secrétaire national, jugé incompétent absolu par tous, et le nomme, pour le consoler, secrétaire d’État aux Affaires européennes à quelques semaines du scrutin, on ne peut pas dire qu’un signal fort soit adressé aux électeurs et on doit moins s’étonner du résultat catastrophique des socialistes.

– Alors que cette élection devrait être la plus importante de toutes en France, quand tous les recalés du gouvernement ou des scrutins précédents se recasent aux élections européennes, qu’ils se nomment Peillon ou Michèle Alliot-Marie, l’électeur est capable de se rendre compte qu’on lui refile du second choix. Surtout quand  l’ex-ministre des Affaires étrangères trouve, en plus, le moyen de pleurer sur son sort et sur l’argent qu’elle perd en se présentant!

– Quand, enfin, des sympathisants de l’Europe ont voté non, avec les eurosceptiques, à une constitution européenne totalement illisible et antidémocratique en 2005, ils n’ont guère apprécié de voir les politiques, la ratifier en douce en 2007, au mépris du suffrage universel, lors du traité de Lisbonne, et il n’est guère étonnant qu’ils aient eu envie, hier, de glisser quelques pétards dans l’urne.

Combattons le FN sur le terrain politique !

Comme beaucoup de Français, je me sens triste du signal envoyé aux autres pays d’Europe, avec un Front national à 25%. mais là encore, les discours tenus par tous ceux venus fanfaronner sur les plateaux télé, qu’ils soient de l’UMP ou du PS, me semblent consternants.

Le Front national est, qu’on s’en agace ou non, devenu un parti comme les autres. Le diaboliser, jeter l’anathème sur lui, évoquer un front républicain contre lui, c’est comme interdire à des enfants de jouer aux allumettes. À visages découverts, des commerçants ayant pignon sur rue, des enseignants, des agriculteurs ont expliqué aux journalistes devant des caméras, pourquoi ils avaient voté Front national, ce qui ne se serait jamais vu, il y a dix ans. Traiter ce parti de raciste et d’antisémite et s’arrêter à cela est désormais trop court. Les tribunaux sont là pour juger sans la moindre clémence les actes ou les propos délictueux, mais c’est sur le terrain politique que ce parti doit être combattu. Le temps des invectives qui parsemaient les discours de Jean-Marie Le Pen est bien révolu. Marine Le Pen et Florian Philippot ont eu l’habileté de rendre le parti présentable, de chanter la Marseillaise à tue-tête à chaque occasion et de se qualifier de  » patriotes « . Ce qui permet de rassembler sous leurs couleurs nombre de ceux qui veulent émettre un vote protestataire.

Le Front national doit être combattu sans trêve, sans relâche, mais à la loyale, sur le terrain des idées. Mitterrand, qui se plaignait du parti communiste, a tout fait pour aider le parti de Jean-Marie Le Pen, histoire d’embêter la droite. De leur côté, les partis de droite, ont eux aussi, tout en arguant d’improbables pactes républicains, bien souvent fait des mamours aux élus de Marine le Pen, quand leurs sièges étaient en jeu. Alors que le Front national devient depuis 2002 une force politique importante dans ce pays, il est risible qu’il n’ait que deux représentants à l’Assemblée nationale. Là aussi, au lieu de larmoyer sur les incompréhensions dont il se croit victime, François Hollande serait bien avisé de réfléchir à une dose de proportionnelle, pour que les petits partis soient mieux représentés et pour que Marine n’ait plus à crier au loup sur « l’UMPS ».

Mais, c’est demander aux politiques de se comporter en responsables avisés et non en sales gosses qui adorent craquer des allumettes. Dimanche 26 mai, nous avons assisté, avec ce score du Front national, à la défaite des pyromanes.

Oui, Daniel Cohn-Bendit a mille fois raison quand il s’exclame, avec cette fougue qui est la sienne ; « Ce n’est pas l’Europe qu’il faut mettre au placard, mais ceux qui la font! »

Sa Majesté, Jonny l’obsessionnel

Wilkinson 02 » J’aime filer des tampons, mais là, en plus, je fais de la provocation. Je ne me contente plus de défoncer les mecs, je leur assène des trucs du genre :  » T’aime ça ? « . Il y a pire, je les humilie : « Prend ça! Monsieur est servi, tiens, c’est pour toi! » C’est débile, irrespectueux et surtout pas très malin, mais je ne me contrôle plus. » … Quel est donc l’affreux jojo qui se comporte avec une telle agressivité sur les terrains de rugby ? Sébastien Chabal ? Vous n’y êtes pas ! Il s’agit juste du gendre idéal du Top 14, de l’homme qui va jouer une finale de Coupe d’Europe et une finale de Coupe de France avant de prendre sa retraite sportive, Sa Majesté Jonny Wilkinson. Et l’on comprend mieux pourquoi le brillant numéro 10 du RC Toulon, dans les vestiaires avant la demi-finale contre le Racing Métro, sortant de son habituel mutisme et de sa maladive timidité, a interpellé ses coéquipiers en leur disant : « Je suis prêt à mourir pour vous sur le terrain. Êtes-vous prêts à mourir pour moi ? »

Les livres de sport étant souvent d’une médiocrité comparable à celle de ces jambons sous cellophane que l’on trouve dans les rayons des supermarchés, je n’avais pas prêté attention à cette biographie, quand elle était sortie chez Lattès. Grosse erreur! L’auteur fait preuve d’une franchise stupéfiante, n’enjolivant nullement le quotidien d’un champion et ne cachant rien de ces crises d’angoisse et de ses permanentes obsessions, qui le poursuivront sans doute jusqu’à la fin de sa vie. Au départ, un enfant heureux, né dans une famille sportive. Avec son frère, il porte le maillot de Farham et, très vite, se charge des transformations. Jusqu’au jour où, du bord de la touche, il va « tuer une taupe » au lieu de frapper le ballon et capter les rires moqueurs des spectateurs. À partir de ce moment-là, Jonny n’aura plus qu’une obsession : s’entraîner, s’entraîner encore à maîtriser totalement le répertoire du buteur, tandis que son frère lui renvoie inlassablement les ballons. Jonny a tout juste dix-huit ans et pèse soixante-seize kilos, lorsqu’il est recruté comme trois-quarts centre professionnel pour Newcastle. La même année, il intègre l’équipe d’Angleterre. Et toujours, ces séances supplémentaires d’entraînement jusqu’à la nuit tombée : « Je prends dix ballons et tape cinquante fois de l’endroit exact où j’ai échoué la veille. Ce n’est pas vraiment un entraînement, mais cela a le pouvoir d’éloigner mes démons pour quelques heures ».

Car, contrairement à l’impression de facilité que peut donner le joueur,  tout n’a pas toujours été simple pour Wilkinson. Titularisé pour la première fois à l’ouverture, en juin 1996, contre l’Australie, il encaisse un humiliant 76-0, la pire défaite de l’histoire du rugby anglais. Tout autre que lui ne s’en serait pas relevé, mais Jonny, inlassablement va reprendre ses gammes et revenir. Très bon pendant la Coupe du monde 1999, il va être étincelant en 2003 et, en finale contre l’Australie,  marquer le drop de la victoire, à vingt-six secondes du coup de sifflet final.

Devenu un Dieu vivant en Angleterre, Jonny Wilkinson va multiplier les blessures et ne pratiquement plus jouer jusqu’en 2009, blessé à l’épaule, puis au genou puis aux adducteurs. Mais l’adversité le connait : « J’ai toujours été très anxieux, mais, quel que soit le degré de souffrance que je m’inflige, c’est grâce à elle que je vais au bout de moi-même. Mes angoisses me rendent lucide ».

Quand Jonny signe à Toulon, en 2009, tout le monde se gausse du président Boudjellal, estimant qu’il n’y a que dans les bandes dessinées que les super-héros peuvent redevenir ce qu’ils étaient. Saint-André et Laporte auront l’intelligence de laisser Jonny se préparer comme il l’entend, lui qui ne s’autorise aucun écart, et, miracle du climat méditerranéen, le taiseux introverti et monomaniaque va petit à petit s’épanouir et devenir une des voix qui porte du vestiaire toulonnais. Avec toujours cette obsession d’être le meilleur : «  J’appuie sur mon interrupteur interne, sur la touche obsessionnelle, et je concentre toute mon énergie là-dessus ».

Connaissez-vous un autre joueur professionnel, qui, comme lui tient son Journal des coups de pied ?  » Chaque jour, je note le temps passé en séance, les conditions, le nombre de frappes par pied, le nombre total de tirs au but, de drops, de renvois et  leur qualité « ….

Et avec cette fragilité et cette sensibilité étonnantes pour un joueur de cette dimension, Jonny Wilkinson d’avouer : « Vouloir être le meilleur ne laisse aucun répit « . Bien avant lui, Roger Martin du Gard ne disait pas autre chose, en affirmant : « Sans travail, le talent n’est qu’un feu d’artifice : ça éblouit un instant, mais il n’en reste rien.« 

 « Mémoires d’un perfectionniste », Jonny Wilkinson, traduit en français par Olivier Villepreux, éditions J’ai Lu, – 446 pages, 7,60 euros.

Sid-la glisse et Sidney-la-malice!

Sidney 01Boris Vian disait « l’humour est la politesse du désespoir »… Tu nous joues un sacré sale tour aujourd’hui, Sidney, mais, comme je sais que tu n’aurais pas aimé nous voir tristes, que tu te serais cru obligé de lancer une vanne pour détendre l’atmosphère, si l’un de nous s’était retrouvé au funérarium, je vais tenter de faire sourire l’assistance et d’obéir à tes vœux, malgré cette saleté de crise cardiaque qui vient de te frapper à 33 ans.

Le premier souvenir que j’ai de toi a été … mordant! Tu étais un tout petit garçon rieur et enjoué qui aimait la compagnie. Venu dîner chez tes Sidney 02parents en compagnie de Françoise, à l’automne 83, je t’ai trouvé en train de manger avant les adultes dans la cuisine du café qu’occupaient alors tes parents. Tu n’étais pas sauvage et nous nous sommes faits des câlins sous l’œil attentif du chien de la famille. Et puis des clients sont arrivés et tes parents sont partis les servir au bar. Et quand j’ai à nouveau tendu la main vers toi, le chihuahua façon Busso, en l’occurrence un Beauceron de fort belle facture,  m’a mordu à la main, histoire de m’apprendre que la famille, c’est sacré. L’intervention de ton chien, qui m’avait croqué avec autant d’entrain que tu engloutissais ton gâteau,  t’avait beaucoup fait rire… Moi, un peu moins, mais c’est sans doute parce que je manque d’humour.

Ensuite, au gré des pots d’après matches de rugby et des fêtes familiales (…Une des grandes fiertés de ma vie est d’être l’ami de ton père depuis plus de quarante ans!), je t’ai vu grandir, vif et malicieux. Ce qui était surtout surprenant chez toi, c’est que tu étais très profond, que tu regardais et que tu écoutais les adultes avec beaucoup d’intérêt. Et quand, par un hasard extraordinaire, nous évoquions avec ton père quelques bêtises commises sur le terrain de rugby ou en dehors – ce qui, crois-nous, n’est pratiquement jamais arrivé!-, tu savais comme pas deux faire semblant d’être très absorbé par tes jeux et ne pas perdre une miette de ce qui se disait. Et plusieurs fois, en te voyant, m’est revenu à ton sujet ce vieil adage charentais, que les paysans de mon village répétaient à propos des jeunes les plus prometteurs : « Celui-là, ce ne sera pas la moitié d’un con!« 

Sidney 03Promesse confirmée à l’adolescence. Je te revois en train de gambader avec nous, un ballon de rugby à la main, sur les pelouses de bord de mer à Deauville. Non seulement tu étais adroit, mais en plus moqueur! Tu frôlais les rugbymen vieillissants que nous étions devenus, dans le style « Cours après moi que je t’attrape! »…  comme si quelqu’un pouvait courir plus vite que Philippe au rugby! Allez, il y a prescription maintenant, je t’avoue même que je tremblais un peu pour toi en redoutant que le moucheron que tu étais ne se fasse cueillir par son père. Mais, avec cette intelligence qui te caractérisait tu savais parfaitement jusqu’où ne pas aller trop loin, être rieur sans devenir pénible. Regardant avec affection, le père et le fils, j’y voyais la confirmation que, décidément, les chiens ne font pas des chats.

Et puis, il y a eu cette sale période où l’on se dit que, s’il existe un grand ordonnateur de nos existences, alors, il faut licencier sur le champ ce cinglé! Le décès de ta mère et, comme si ça ne suffisait pas, le stupide accident qui t’a fait passer définitivement du deux roues au fauteuil spécialisé. Comme tu l’écris sur ta page facebook, avec cette force et cette clarté qui caractérisent les hommes qui ne fuient pas la réalité, tu étais devenu un « tétra »… Heureusement, comme rien n’était banal chez toi, tu as pu aussi compter sur l’amour sans faille de Maryline, le soutien total et absolu de Philippe et Dominique et sans nul doute, même si je ne les connais pas, sur la solidité de tes amis ici présents. Laisse-moi te dire aujourd’hui, Sidney, l’admiration que je ressens pour toi. J’imagine que rien n’a été simple, que tu as eu des doutes, des moments où près des tiens tu te retrouvais au fond du gouffre, mais tu avais décidé de ne jamais te plaindre et de la jouer… « Même pas mal! »…  ce qui est bien un trait commun à toute la famille.

J’ai eu la chance de te découvrir encore un peu plus, avec Maryline, l’automne dernier, à l’occasion de mes soixante ans. En bon hédoniste, tu étais venu un peu en avance avec ton épouse pour découvrir le Pays basque. J’ai pu prendre conscience de… l’organisation que nécessitait ta vie quotidienne, mais tu savais rire comme pas deux de tout cela et mettre de la légèreté : « Il faut faire avec ce qu’on a! « .  Pour taper des textos, tu étais le petit doigt replié le plus rapide de tout l’Ouest. Remarquable observateur, tu savais aussi comprendre comme pas deux la comédie humaine que tu croisais parfois et tu m’avais surpris par la finesse de ton analyse de la politique.

Depuis ton décès, mardi dernier, j’ai reçu nombre de coups de fil d’amis basques. En une seule journée passée ensemble, la cellule familiale soudée que vous formiez avec Maryline, Philippe et Dominique, cette façon de faire des pieds de nez, à quatre, aux aléas de l’existence, avait conquis tout le monde et je ne m’avance pas, en affirmant que Caroline et Hugo, nos enfants, Patrice l’ami parisien, mais aussi Any, François, Carole, et d’autres que tu connais moins comme Alain, Titou, Jean-Pierre ou Raymond, sont ici par la pensée, en ce moment même.

Oui, tu nous joues vraiment un sale tour aujourd’hui, Sidney. Alors, pour conserver le sourire malgré les larmes, je feuillette à nouveau ta page Facebook. Espèce deSidney 04 chenapan facétieux, j’ai vraiment cru que tu avais offert une Ferrari à Maryline, à l’occasion de son anniversaire et je ne suis sans doute pas le seul à m’être laissé piéger! Et j’imagine le temps que tu as dû passer à bricoler une carte grise à son nom avant de mettre en ligne le document! Oui, ton humour faisait mouche et tu n’étais dupe de rien. Quand François Hollande fait les gros yeux à Poutine à propos de l’Ukraine, tout en lui vendant des navires de guerre, tu as ce commentaire digne du « Canard enchaîné » : « Oui, mais pour les punir, on ne mettra pas de sifflets à leurs gilets de sauvetage! » Et, en une phrase, tout est dit. Sur les réseaux sociaux, tu te faisais appeler Sid-la-glisse, mais pour moi, tu resteras Sidney-la-malice!

Sidney, je ne sais pas si Boris Vian a raison, à propos de l’humour, de parler de « politesse du désespoir« . Mais en revanche, je suis certain que la capacité à prendre de la distance avec tout, à rire de tout et avant tout de soi-même, est la marque des plus grands. Dans cette trop courte existence qu’a été la tienne, tu t’es montré très grand, Sidney,  et aucun de nous dans cette assistance, n’est prêt d’oublier les leçons de courage, de dignité et d’humanité que tu nous as données.

Dans le rugby, nous avons deux traditions : quand l’un des nôtres part trop tôt, nous lui offrons sur le terrain une minute de silence. Mais je ne peux t’imaginer accepter de vivre une minute de silence, car tu aurais eu le sentiment, toi qui aimait tellement la vie, de perdre cette précieuse minute de ton existence! Heureusement, nous avons aussi au rugby, une autre tradition qui me paraît mieux te convenir. Quand un vieux guerrier, pour cause de blessure ou de limite d’âge, doit renoncer au terrain après une carrière exceptionnelle, alors nous l’applaudissons. Si ce n’est pas malmener le lieu de recueillement dans lequel nous nous trouvons, alors j’aimerais que toute l’assistance présente applaudisse de toutes ses forces le très grand Monsieur qu’était Sidney Busso.

Le 19 mai, au funérarium de Sées dans l’Orne.

PS : Alors, galopin, est-ce que tu avais déjà reçu dans ta carrière de joueur, une ovation comme celle-là ?

Retrouvez toutes les photos de Sidney sur https://www.facebook.com/philippe.busso

La méthode Veunac

CM 14 mai 013

Ouvert à la discussion et ne faisant pas preuve de l’autoritarisme désuet de son prédécesseur, Michel Veunac a présidé un conseil municipal de très belle tenue.

Les rugbymen les plus âgés se souviennent avec délices de l’époque où la vidéo n’était pas souveraine et où l’on pouvait envoyer un marron à son adversaire sans être débusqué. Les nouveaux membres du conseil municipal de Biarritz, habitués à un confortable entre soi, devront, à leur tour, intégrer cette nouvelle dimension et se dire qu’à tout moment, une caméra indiscrète peut désormais les prendre en flagrant délit de papotages, d’indiscipline ou de somnolence.

 Le blog Bisque, bisque, basque! ne peut être suspecté de complaisance à l’égard de l’équipe municipale actuelle mais n’a pas d’état d’âme à écrire que parfois les choses vont dans le bon sens. Permettre à tous les citoyens de consulter en direct ou en différé sur Internet la vidéo du Conseil municipal, voire de revenir en arrière pour écouter une phrase importante, constitue une avancée démocratique remarquable dont on ne se lasse pas.

Mais la technique n’est rien sans les hommes. Le quatrième conseil municipal, présidé par Michel Veunac, le 14 mai au soir, a surtout montré une volonté du nouveau maire de rompre avec les détestables habitudes de son prédécesseur.

Les quelques coriaces qui tentaient de suivre, il y a peu, dans la malcommode salle du conseil municipal, les séances animées par Didier Borotra n’ont pas du tout oublié le mépris royal avec lequel le « monarque » traitait son opposition, se perdant dans des apartés et ne daignant même pas écouter ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui, pas plus que ses homériques colères qui l’amenaient à couper le micro de ses interlocuteurs.

Depuis son avènement, Michel Veunac n’a pas une fois coupé la parole à ses opposants. Il écoute, répond aux questions posées et ne méprise pas.

Le débat du 14 mai, centré autour des subventions à verser aux associations de la Ville était à cet égard totalement significatif. Dans « le contexte de rigueur que vous savez », Michel Veunac a paré au plus pressé en reconduisant peu ou prou les subventions versées aux associations en 2013, mais a avoué ne pas être satisfait et se sentir « moulé dans un système qui doit évoluer ».

Il a donc demandé à Peio Claverie de remettre à plat le mode de  répartition, sans pour autant faire une « usine à gaz », et a exprimé son regret que les associations à caractère social soient « un peu oubliées ».

Avant d’être un lieu où on donne de la voix et où l’on montre ses muscles, un Conseil municipal se doit avant tout d’être un rassemblement de citoyens avertis et amoureux de leur Ville, cherchant ensemble les meilleurs solutions et débattant au lieu de lire des discours préparés à l’avance. C’est en cela que le dernier Conseil municipal a été particulièrement intéressant.

Ainsi le point de vue de Richard Tardits, qui en connait un rayon sur le sport professionnel, est à prendre en considération, quand il se demande si une société commerciale comme le BOPB doit recevoir 400 000 € de la Ville. Ce à quoi Michel Veunac répond qu’il comprend cette réserve « sur le clivage que l’on pourrait imaginer entre des intérêts publics et privés », tout en rappelant que  » Chaque fois que le BO brille, c’est la Ville qui rayonne ».

Calme et bonifié par ce climat de dialogue, Jean-Benoît Saint-Cricq ne voit rien à redire sur la subvention du BO et se déclare ravi de la mission confiée à Peio Claverie. En revanche, sur le rapport régional de la Cour des Comptes, sur les finances de la Ville, entre 2006 et 2012, la lecture de l’avocat biarrot, vrai talent indispensable à la Ville pour sa capacité à repérer les grains de sable d’un dossier, est toute autre que celle de Guy Lafite.

Frédéric Domège, en l’absence de Max Brisson, rejoint l’analyse commune sur les subventions versées aux associations mais estime que  » le skate-park est une hérésie au regard de la situation financière de la Ville « . Cherchant à élargir le débat, il constate : « Vous expliquez les affaires courantes, mais ne donnez aucun signe des grandes lignes de votre politique « .

Michel Veunac accepte le reproche mais rappelle qu’il n’est aux commandes que depuis peu. Il promet qu’il annoncera des mesures à long terme, en particulier sur la sécurité nocturne estivale, lors du prochain conseil municipal du 20 juin prochain et convie l’opposition à une rencontre informelle avec lui le 4 juin, pour qu’elle ait le temps de réfléchir aux mesures proposées. Là aussi la rupture est nette avec les pratiques de Didier Borotra, qui ne se souciait guère de son opposition.

Heureusement, une petite crise d’immodestie de Michel Veunac, est venu rassurer tout le monde sur les dérives égotistes toujours possibles du Premier personnage de la Ville : « Je n’ai pas l’habitude d’être content de moi, mais je ne suis pas mécontent tout de même ». Et le nouveau maire de poursuivre son discours, en s’adressant plus particulièrement à Frédéric Domège : « Je suis en fonction depuis quarante-quatre jours. Ce n’est rien quand on est maire… et je vous souhaite un jour d’en faire l’expérience »

Allez, Fredo, avoue que tu en rêves !

 Pour suivre ce conseil municipal très révélateur du style du nouveau maire :

http://www.biarritz.fr/portail/conseil.html

Versailles, l’exemple à suivre?

 Depuis, une dizaine d’années, la ville de Versailles a mis en place une très originale politique de subvention de ses associations. Comme toutes les municipalités, elle avait du mal à faire le tri, au moment des subventions, entre les associations vivaces et celles qui périclitaient. Elle a donc scindé en deux son budget associations. La subvention fixe n’est plus que la moitié de ce qu’elle était auparavant. L’autre moitié se gagne au mérite.

Lors de chaque grand événement organisé par la Ville, et en particulier lors de la course pédestre Paris-Versailles qui nécessite de gros bataillons de volontaires, les membres des associations qui se portent volontaires sont recrutés en priorité avant d’engager des vacataires salariés. Chaque volontaire reçoit, pour sa participation, 10 euros, versés à son association. Lorsque j’étais membre du CCVP (Cyclo Club Versailles Porchefontaine), qui comptait 85 licenciés, nous réussissions avec l’aide des entourages familiaux à récolter annuellement 1200 euros supplémentaires pour le club.

Que ce soit du côté de la municipalité ou des associations, ce système très moral fait l’unanimité : il règle une fois pour toutes les querelles liées aux subventions et il permet aussi aux associations de faire connaissance entre elles, lors de grands événements municipaux.

 

Quand Guy Lafite fustige… Lafite Guy

Mendiant Biarritz

Vous n’auriez pas un petit euro pour que Biarritz reste propre ?

Dans leur capacité à mentir avec un toupet d’airain, les hommes politiques sont décidément fascinants. De 2008 à 2014, l’opposition s’est égosillée à répéter que la Cité de l’Océan ne pouvait que devenir la Cité naufragée (dépenses surdimensionnées et concept imbécile ! ), pendant que Didier Borotra affirmait, la main sur le cœur que tout allait pour le mieux dans le meilleurs des mondes ludo-scientifiques et que sa chère, si chère Cité ferait taire les rieurs. France 2 et France Inter, en s’intéressant depuis à cette gabegie financière, ont permis au grand public de comprendre l’étendue des dégâts…

… À peine le très regretté Didier Borotra a-t-il tourné les talons (… Mais quand donc la Ville se décidera à lui offrir une statue à 500 000 euros, en hommage à sa remarquable gestion municipale ?) que les langues se délient. Dans une interview donnée à Sud Ouest le 9 mai, le frétillant Premier adjoint Guy Lafite dresse la liste des turpitudes financières du mandat précédent et ce n’est pas triste.

Didier Borotra, comme nombre de maires français, avait l’habitude de dépenser l’argent qu’il ne possédait pas et est parti en laissant les ardoises au petit peuple.

Pour 2014, comptez un remboursement annuel de 1,2 millions d’€ pour la Cité de l’Océan auquel il convient d’ajouter 450 000€ de frais de maintenance, mais aussi pour toutes les dépenses votées par l’équipe précédente, « 1,3 million pour le skate park, 3 millions pour le parking public et la maison des associations de la ZAC Kléber, 0,94 million pour le confortement de la digue de Gamaritz, 2,7 millions pour le renouvellement du système de traitement d’air du casino, 575  000 € pour l’acquisition du terrain du futur lycée Seaska, 1,1 million d’€ pour réparer les  dommages des tempêtes de l’hiver. » N’en jetez plus!

Et le lecteur, incrédule, de se frotter les yeux, partagé entre fou-rire et colère noire. Car qui est le professeur de vertu qui dénonce dans Sud Ouest ces errances passées ? Un certain Guy Lafite, Premier adjoint depuis peu, qui déplore aujourd’hui la gestion calamiteuse d’un certain…  Lafite Guy, adjoint aux Finances de Didier Borotra.

L’opposition, bien évidemment incapable de comprendre quoi que ce soit aux chiffres,  n’a jamais oublié le mépris et la condescendance que manifestait alors l’adjoint aux Finances, du haut de son énarchique supériorité d’as du montage financier, de virtuose de l’endettement contrôlé, de roi du Partenariat-Public-Privé… Dépenser plus que l’on gagne reste pourtant à la portée du premier venu et, disons-le tout net,  si Guy Lafite, au lieu d’être un élu de la Ville, n’était qu’un simple père de famille, on le qualifierait tout simplement de surendetté chronique.

Voilà qui ne nous rassure vraiment pas sur l’avenir de la Ville.

Européennes, le débat escamoté

HollandeBourdin

Visiblement, le drapeau européen affiché dans les studios de BFM TV n’était là que pour décorer. En réponse à une question de Jean-Jacques Bourdin, Hollande bâcle le sujet européen en moins de trois minutes.

Comme une vieille bigote qui se délecte à l’avance à l’idée d’aller confesser ses turpitudes au curé de la paroisse, François Hollande s’est livré face à Jean-Jacques Bourdin, sur BFM-TV et RMC, à un recensement méticuleux et interminable de ses propres défaillances pendant les deux premières années de son mandat. Et il n’est pas sûr que les promesses, répétées comme des mantras par le président de la République, de lendemains meilleurs pour notre nation aient convaincu beaucoup de Français.

Il aura fallu attendre en tout cas trente minutes et une question de Jean-Jacques Bourdin pour que François Hollande se décide à parler enfin de l’Europe. Et de quelle façon! En moins de trois minutes, sur plus d’une heure d’entretien, Hollande a fait le constat de l’incapacité de l’Europe à s’entendre face au problème posé par l’Ukraine, avant de se glorifier de son action au Mali… un pays où la même Europe a brillé par son absence. Et c’est tout ! Voilà vraiment qui donne envie de voter aux élections européennes !

On ne s’étonnera donc pas, alors que nous allons choisir nos députés européens dans un peu plus de deux semaines, si le taux d’abstention pour cette élection est vertigineux.

Les médias français font d’ailleurs souvent preuve de la même stupéfiante désinvolture sur le sujet européen que notre roi de l’escapade nocturne en scooter. Une fois de plus, on va donner la parole aux  pro et anti-européens, déplorer le nombre important d’abstentionnistes et … ignorer totalement cette part importante de la population française, pro-européenne, mais souhaitant une institution plus démocratique et moins bureaucratique. Quel est l’homme de la rue qui est capable actuellement d’expliquer en détail le fonctionnement de cet obscur machin dénommé Europe et de citer les figures marquantes de l’institution ?

Le malentendu date de 1992 et du traité de Maastricht et le moins que l’on puisse dire, c’est que rien n’a été fait depuis pour nous permettre de comprendre et apprécier le travail fait par l’Europe, le sommet ayant été atteint avec le referendum sur la Constitution européenne de 2005, rejetée à 54% par les Français et … appliquée quand même. Philippe Séguin ou Laurent Fabius, deux hommes que l’on ne peut soupçonner d’antipatriotisme primaire, ont tenté en leur temps d’alerter les Français sur les dérives européennes avant de rentrer dans le rang et de se faire oublier, jugeant le combat trop risqué politiquement.

Une fois de plus, tous ceux qui souhaitent une Europe au fonctionnement beaucoup plus limpide seront écartelés, le 25 mai, entre la tentation de ne pas aller voter, faute d’avoir été pris en compte, et celle, plus patriotique, de déposer un bulletin malgré la médiocrité des candidats proposés.

On se souvient de Rachida Dati, élue députée européenne et clamant son désespoir face à une telle punition. Dans le même registre, on félicitera Michèle Alliot-Marie qui ne trouve rien d’autre à dire sur les élections européennes que la perte de revenus que représenterait une victoire pour elle.

L’irréprochable député européen écologiste Yannick Jadot a malheureusement raison, lorsqu’il constate, un peu amer : « L’Europe devrait être une Ligue des champions, elle est plutôt une Ligue pour recalés ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est visiblement pas la désinvolture de François Hollande à l’égard de l’Europe qui risque de changer les choses.