Sid-la glisse et Sidney-la-malice!

Sidney 01Boris Vian disait « l’humour est la politesse du désespoir »… Tu nous joues un sacré sale tour aujourd’hui, Sidney, mais, comme je sais que tu n’aurais pas aimé nous voir tristes, que tu te serais cru obligé de lancer une vanne pour détendre l’atmosphère, si l’un de nous s’était retrouvé au funérarium, je vais tenter de faire sourire l’assistance et d’obéir à tes vœux, malgré cette saleté de crise cardiaque qui vient de te frapper à 33 ans.

Le premier souvenir que j’ai de toi a été … mordant! Tu étais un tout petit garçon rieur et enjoué qui aimait la compagnie. Venu dîner chez tes Sidney 02parents en compagnie de Françoise, à l’automne 83, je t’ai trouvé en train de manger avant les adultes dans la cuisine du café qu’occupaient alors tes parents. Tu n’étais pas sauvage et nous nous sommes faits des câlins sous l’œil attentif du chien de la famille. Et puis des clients sont arrivés et tes parents sont partis les servir au bar. Et quand j’ai à nouveau tendu la main vers toi, le chihuahua façon Busso, en l’occurrence un Beauceron de fort belle facture,  m’a mordu à la main, histoire de m’apprendre que la famille, c’est sacré. L’intervention de ton chien, qui m’avait croqué avec autant d’entrain que tu engloutissais ton gâteau,  t’avait beaucoup fait rire… Moi, un peu moins, mais c’est sans doute parce que je manque d’humour.

Ensuite, au gré des pots d’après matches de rugby et des fêtes familiales (…Une des grandes fiertés de ma vie est d’être l’ami de ton père depuis plus de quarante ans!), je t’ai vu grandir, vif et malicieux. Ce qui était surtout surprenant chez toi, c’est que tu étais très profond, que tu regardais et que tu écoutais les adultes avec beaucoup d’intérêt. Et quand, par un hasard extraordinaire, nous évoquions avec ton père quelques bêtises commises sur le terrain de rugby ou en dehors – ce qui, crois-nous, n’est pratiquement jamais arrivé!-, tu savais comme pas deux faire semblant d’être très absorbé par tes jeux et ne pas perdre une miette de ce qui se disait. Et plusieurs fois, en te voyant, m’est revenu à ton sujet ce vieil adage charentais, que les paysans de mon village répétaient à propos des jeunes les plus prometteurs : « Celui-là, ce ne sera pas la moitié d’un con!« 

Sidney 03Promesse confirmée à l’adolescence. Je te revois en train de gambader avec nous, un ballon de rugby à la main, sur les pelouses de bord de mer à Deauville. Non seulement tu étais adroit, mais en plus moqueur! Tu frôlais les rugbymen vieillissants que nous étions devenus, dans le style « Cours après moi que je t’attrape! »…  comme si quelqu’un pouvait courir plus vite que Philippe au rugby! Allez, il y a prescription maintenant, je t’avoue même que je tremblais un peu pour toi en redoutant que le moucheron que tu étais ne se fasse cueillir par son père. Mais, avec cette intelligence qui te caractérisait tu savais parfaitement jusqu’où ne pas aller trop loin, être rieur sans devenir pénible. Regardant avec affection, le père et le fils, j’y voyais la confirmation que, décidément, les chiens ne font pas des chats.

Et puis, il y a eu cette sale période où l’on se dit que, s’il existe un grand ordonnateur de nos existences, alors, il faut licencier sur le champ ce cinglé! Le décès de ta mère et, comme si ça ne suffisait pas, le stupide accident qui t’a fait passer définitivement du deux roues au fauteuil spécialisé. Comme tu l’écris sur ta page facebook, avec cette force et cette clarté qui caractérisent les hommes qui ne fuient pas la réalité, tu étais devenu un « tétra »… Heureusement, comme rien n’était banal chez toi, tu as pu aussi compter sur l’amour sans faille de Maryline, le soutien total et absolu de Philippe et Dominique et sans nul doute, même si je ne les connais pas, sur la solidité de tes amis ici présents. Laisse-moi te dire aujourd’hui, Sidney, l’admiration que je ressens pour toi. J’imagine que rien n’a été simple, que tu as eu des doutes, des moments où près des tiens tu te retrouvais au fond du gouffre, mais tu avais décidé de ne jamais te plaindre et de la jouer… « Même pas mal! »…  ce qui est bien un trait commun à toute la famille.

J’ai eu la chance de te découvrir encore un peu plus, avec Maryline, l’automne dernier, à l’occasion de mes soixante ans. En bon hédoniste, tu étais venu un peu en avance avec ton épouse pour découvrir le Pays basque. J’ai pu prendre conscience de… l’organisation que nécessitait ta vie quotidienne, mais tu savais rire comme pas deux de tout cela et mettre de la légèreté : « Il faut faire avec ce qu’on a! « .  Pour taper des textos, tu étais le petit doigt replié le plus rapide de tout l’Ouest. Remarquable observateur, tu savais aussi comprendre comme pas deux la comédie humaine que tu croisais parfois et tu m’avais surpris par la finesse de ton analyse de la politique.

Depuis ton décès, mardi dernier, j’ai reçu nombre de coups de fil d’amis basques. En une seule journée passée ensemble, la cellule familiale soudée que vous formiez avec Maryline, Philippe et Dominique, cette façon de faire des pieds de nez, à quatre, aux aléas de l’existence, avait conquis tout le monde et je ne m’avance pas, en affirmant que Caroline et Hugo, nos enfants, Patrice l’ami parisien, mais aussi Any, François, Carole, et d’autres que tu connais moins comme Alain, Titou, Jean-Pierre ou Raymond, sont ici par la pensée, en ce moment même.

Oui, tu nous joues vraiment un sale tour aujourd’hui, Sidney. Alors, pour conserver le sourire malgré les larmes, je feuillette à nouveau ta page Facebook. Espèce deSidney 04 chenapan facétieux, j’ai vraiment cru que tu avais offert une Ferrari à Maryline, à l’occasion de son anniversaire et je ne suis sans doute pas le seul à m’être laissé piéger! Et j’imagine le temps que tu as dû passer à bricoler une carte grise à son nom avant de mettre en ligne le document! Oui, ton humour faisait mouche et tu n’étais dupe de rien. Quand François Hollande fait les gros yeux à Poutine à propos de l’Ukraine, tout en lui vendant des navires de guerre, tu as ce commentaire digne du « Canard enchaîné » : « Oui, mais pour les punir, on ne mettra pas de sifflets à leurs gilets de sauvetage! » Et, en une phrase, tout est dit. Sur les réseaux sociaux, tu te faisais appeler Sid-la-glisse, mais pour moi, tu resteras Sidney-la-malice!

Sidney, je ne sais pas si Boris Vian a raison, à propos de l’humour, de parler de « politesse du désespoir« . Mais en revanche, je suis certain que la capacité à prendre de la distance avec tout, à rire de tout et avant tout de soi-même, est la marque des plus grands. Dans cette trop courte existence qu’a été la tienne, tu t’es montré très grand, Sidney,  et aucun de nous dans cette assistance, n’est prêt d’oublier les leçons de courage, de dignité et d’humanité que tu nous as données.

Dans le rugby, nous avons deux traditions : quand l’un des nôtres part trop tôt, nous lui offrons sur le terrain une minute de silence. Mais je ne peux t’imaginer accepter de vivre une minute de silence, car tu aurais eu le sentiment, toi qui aimait tellement la vie, de perdre cette précieuse minute de ton existence! Heureusement, nous avons aussi au rugby, une autre tradition qui me paraît mieux te convenir. Quand un vieux guerrier, pour cause de blessure ou de limite d’âge, doit renoncer au terrain après une carrière exceptionnelle, alors nous l’applaudissons. Si ce n’est pas malmener le lieu de recueillement dans lequel nous nous trouvons, alors j’aimerais que toute l’assistance présente applaudisse de toutes ses forces le très grand Monsieur qu’était Sidney Busso.

Le 19 mai, au funérarium de Sées dans l’Orne.

PS : Alors, galopin, est-ce que tu avais déjà reçu dans ta carrière de joueur, une ovation comme celle-là ?

Retrouvez toutes les photos de Sidney sur https://www.facebook.com/philippe.busso

Une réflexion sur “Sid-la glisse et Sidney-la-malice!

  1. Jo, son copain de troisième ligne, nous a fait parvenir un poème :

    Du 7 au 6

    Sidney Busso parti, le cœur généreux et débordant

    Un troisième ligne qui rentrait dedans mon voisin de mêlée

    Et moi maintenant de mes cauchemars emmêlés,

    J’ai dû mal à réaliser, le motard se repose,

    Pourquoi si tôt mon salaud, même le peu de nos contacts

    Laisse en moi une impression définitive, un coup franc

    Celui là on ne l’a pas vu venir, le déblayeur ose

    Toi tu as tout plaqué et tu es parti, fin de l’acte.

    Et nous, nous jouons les prolongations

    Provoquons les pénalités de l’âme

    Pour se souvenir de ton sourire,

    De tes rêves de ta vie sur les ailes.

    Sidney et ses percussions à réactions,

    Avec l’entraineur ses retrouvailles familiales

    Capable d’envoyer tout balader comme du pire

    Mais parfois un vrai nounours ce bel !

    De toi je ne veux retenir que ton envie de vivre,

    Et même si la séparation est difficile

    De mon égo, j’essaie de retenir les larmes

    Face à ta grande gueule je baisse les armes,

    Mais mon cœur se réjouit de ces trop courts moments

    Auprès de toi, l’amour la vie tout simplement

    Tu as beau être parti, ton souvenir m’embaume le cœur,

    Un troisième ligne aile emmêlé, Jo

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