Europe : le bal des pleureuses

Elections-europeennes-2014François Hollande, aux abois, n’a décidément plus aucun sens politique : alors que l’actualité lui souriait enfin, lundi 26 mai, avec la mise en garde à vue de Claude Guéant dans l’affaire Tapie, et la bombe Bygmalion – plus de 10 millions d’euros de fausses factures destinées à financer la campagne électorale de Sarkozy en 2012 ! – le Président de la République, au lieu de rester paisiblement dans son bureau élyséen à écouter les journalistes dire du mal de la droite, a voulu faire l’ouverture des journaux télévisés, pour débiter quatre minutes de fadaises larmoyantes sur sa nouvelle défaite électorale. « L’Europe est devenue illisible, j’en suis conscient! ». Et, comme si les Français n’étaient pas suffisamment agacés par le sujet, France 2 s’est cru obligée de passer la deuxième couche avec le bon point adressé à notre pays par Angela Merkel : « La France est sur une bonne voie ». Madame la chancelière est bien bonne avec le petit peuple impécunieux !

Tout aussi pitoyable avait été, la veille, ce défilé de politiques, dégoulinant de bons sentiments et n’hésitant pas à expliquer le sidérant résultat du scrutin européen, avec le Front national largement en tête, par l’inculture politique des Français.

Comme s’ils n’étaient pas prioritairement les responsables ! Deux ou trois rappels semblent s’imposer.

– Quand le PS ne sait plus quoi faire de Harlem Désir, son secrétaire national, jugé incompétent absolu par tous, et le nomme, pour le consoler, secrétaire d’État aux Affaires européennes à quelques semaines du scrutin, on ne peut pas dire qu’un signal fort soit adressé aux électeurs et on doit moins s’étonner du résultat catastrophique des socialistes.

– Alors que cette élection devrait être la plus importante de toutes en France, quand tous les recalés du gouvernement ou des scrutins précédents se recasent aux élections européennes, qu’ils se nomment Peillon ou Michèle Alliot-Marie, l’électeur est capable de se rendre compte qu’on lui refile du second choix. Surtout quand  l’ex-ministre des Affaires étrangères trouve, en plus, le moyen de pleurer sur son sort et sur l’argent qu’elle perd en se présentant!

– Quand, enfin, des sympathisants de l’Europe ont voté non, avec les eurosceptiques, à une constitution européenne totalement illisible et antidémocratique en 2005, ils n’ont guère apprécié de voir les politiques, la ratifier en douce en 2007, au mépris du suffrage universel, lors du traité de Lisbonne, et il n’est guère étonnant qu’ils aient eu envie, hier, de glisser quelques pétards dans l’urne.

Combattons le FN sur le terrain politique !

Comme beaucoup de Français, je me sens triste du signal envoyé aux autres pays d’Europe, avec un Front national à 25%. mais là encore, les discours tenus par tous ceux venus fanfaronner sur les plateaux télé, qu’ils soient de l’UMP ou du PS, me semblent consternants.

Le Front national est, qu’on s’en agace ou non, devenu un parti comme les autres. Le diaboliser, jeter l’anathème sur lui, évoquer un front républicain contre lui, c’est comme interdire à des enfants de jouer aux allumettes. À visages découverts, des commerçants ayant pignon sur rue, des enseignants, des agriculteurs ont expliqué aux journalistes devant des caméras, pourquoi ils avaient voté Front national, ce qui ne se serait jamais vu, il y a dix ans. Traiter ce parti de raciste et d’antisémite et s’arrêter à cela est désormais trop court. Les tribunaux sont là pour juger sans la moindre clémence les actes ou les propos délictueux, mais c’est sur le terrain politique que ce parti doit être combattu. Le temps des invectives qui parsemaient les discours de Jean-Marie Le Pen est bien révolu. Marine Le Pen et Florian Philippot ont eu l’habileté de rendre le parti présentable, de chanter la Marseillaise à tue-tête à chaque occasion et de se qualifier de  » patriotes « . Ce qui permet de rassembler sous leurs couleurs nombre de ceux qui veulent émettre un vote protestataire.

Le Front national doit être combattu sans trêve, sans relâche, mais à la loyale, sur le terrain des idées. Mitterrand, qui se plaignait du parti communiste, a tout fait pour aider le parti de Jean-Marie Le Pen, histoire d’embêter la droite. De leur côté, les partis de droite, ont eux aussi, tout en arguant d’improbables pactes républicains, bien souvent fait des mamours aux élus de Marine le Pen, quand leurs sièges étaient en jeu. Alors que le Front national devient depuis 2002 une force politique importante dans ce pays, il est risible qu’il n’ait que deux représentants à l’Assemblée nationale. Là aussi, au lieu de larmoyer sur les incompréhensions dont il se croit victime, François Hollande serait bien avisé de réfléchir à une dose de proportionnelle, pour que les petits partis soient mieux représentés et pour que Marine n’ait plus à crier au loup sur « l’UMPS ».

Mais, c’est demander aux politiques de se comporter en responsables avisés et non en sales gosses qui adorent craquer des allumettes. Dimanche 26 mai, nous avons assisté, avec ce score du Front national, à la défaite des pyromanes.

Oui, Daniel Cohn-Bendit a mille fois raison quand il s’exclame, avec cette fougue qui est la sienne ; « Ce n’est pas l’Europe qu’il faut mettre au placard, mais ceux qui la font! »

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