Nicolas Bonnemaison et les salopards ordinaires

???????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????Le jury de la cour d’Assises de Pau, mercredi 25 juin, a fait preuve du bon sens qui a si cruellement manqué aux infirmières dénonciatrices, à la police et au Conseil de l’ordre des médecins :  l’urgentiste Nicolas Bonnemaison a été acquitté et déclaré innocent de tous les soupçons qui pesaient sur lui. Crânement, ce médecin remarquable a fait front durant tout le procès, n’a jamais esquivé ses responsabilités, et a permis à la société française de prendre conscience de ce que peut être la fin de vie.  Reste désormais la question du cauchemar qu’a vécu l’urgentiste et sa famille pendant trois ans, le lynchage subi en 2011 dans les journaux (dont un certain… Canard enchaîné, où Patrick Pelloux, que l’on a connu mieux inspiré, jouera les donneurs de leçons), et surtout l’interdiction d’exercer la médecine pour cet homme qui, dans son ultime déclaration à la barre du tribunal, a tenu à réaffirmer avec force qu’il était un médecin.

Les anti-Bonnemaison sont légion

 Au début du procès, dans « Clémence pour Bonnemaison » (https://jeanyvesviollier.com/2014/06/11/clemence-pour-bonnemaison/), je racontais l’intelligence avec laquelle un urgentiste d’Angoulême avait géré l’AVC brutal de mon père. Depuis son décès, je suis convaincu que la médecine est un art et non une science et que, collégialité ou pas collégialité, le médecin reste un homme seul face aux décisions qu’il a à prendre.

Malheureusement, à titre personnel, je n’ai pas eu autant de chance avec la médecine et des anti-Bonnemaison, j’en ai aussi croisés.

Un tympan perforé pour un rugbyman, c’est comme une engelure pour un maçon. D’une banalité telle qu’on n’en parle même pas. En 1981, je traîne depuis plusieurs années, suite à quelques collisions sur le terrain, une perforation importante du tympan de l’oreille gauche qui diminue quelque peu mon audition. Un copain médecin m’organise un rendez-vous avec le service ORL le plus réputé de Paris.  » Vous ne pouvez pas rester comme ça « , me dit le chirurgien.  » J’ai l’intention de jouer encore quelques années au rugby. Ne vaudrait-il pas mieux que j’attende la fin de ma carrière ?   » Envolée lyrique de l’homme en blouse blanche :  » C’est une opération totalement banale. Vous n’avez aucune raison d’attendre « .

Si le service ORL est réputé, l’hôpital parisien qui m’accueille est moyenâgeux. Deux ou trois patients par chambre et un délabrement inquiétant. J’apprends que je serai opéré par le numéro deux du service, un jeune quadragénaire sympathique. Mon opération dure trois heures, alors que tout a été beaucoup plus rapide pour mes voisins de chambre.

Je n’ai vraiment pas l’impression d’entendre mieux, mais le personnel médical fait assaut d’optimisme. Les sons me parviennent comme si un synthétiseur métallique me parlait et surtout une forte fièvre ne me quitte pas. Je vois tous les patients arrivés après moi repartir chez eux, tandis que je suis toujours hospitalisé.

On me libère enfin et je reprends mon travail à L’Équipe. Mais je me sens vraiment pas bien. Des migraines, des vertiges, le sentiment d’entendre encore plus mal qu’avant et une oreille qui coule en permanence.

Nouvelle consultation avec le chirurgien, qui se veut rassurant :  » Ce n’est rien, vous avez une petite infection. On va faire une légère intervention et tout va s’arranger « . Vous avez remarqué comme les opérations, quand vous êtes du bon côté du bistouri, sont toujours légères?

Un mois plus tard, troisième intervention. Hasard des tableaux de service, c’est à chaque fois le même colosse antillais qui vient me chercher pour m’emmener au bloc. Et comme il voit passer beaucoup de monde et ne me reconnait pas, j’ai droit à chaque intervention à la même plaisanterie :  » Le taxi de Monsieur est avancé « .

Comme je commence à être très inquiet, je profite, lors d’un nouveau séjour à l’hôpital, de l’absence des infirmières pour consulter mon dossier médical, en évidence sur leurs bureaux. Je découvre que, lors de la tympanoplastie, l’intervention a été suspendue et que le numéro un du service ORL est venu donner son avis au numéro deux. Il s’est donc passé quelque chose de bizarre, lors de cette première intervention, mais quoi ?

Pas de changement notable après la troisième opération. Mes audiogrammes sont catastrophiques. J’avais 80% d’audition à l’oreille gauche avant l’opération, 5% après. Et les moues des  » spécialistes  » me laissent comprendre qu’il n’y a guère d’espoir. Je suis désormais au zéro absolu et totalement inappareillable.

Handicapé invisible

Je découvre ce qu’est un handicap invisible. Quand vous avez un bras dans le plâtre ou un pansement sur l’œil, tout le monde fait attention, tandis que personne ne comprend ce que vous vivez quand vous n’avez plus qu’une oreille en état de marche. Je n’ai plus de relief du son, ce qui fait que je n’identifie plus les voix de ceux qui me parlent et j’ai perdu la géographie du son, donc je suis incapable de savoir d’où vient le bruit que j’entends et que j’identifie souvent mal. Ce problème me vaudra quelques scènes cocasses avec mes enfants, le jour où nous occuperons un très grand appartement. «   Papa !   « . «   Oui, tu es où ?   « . «   Là !   « . Et le père de faire toutes les pièces de l’appartement pour dénicher son fils ou sa fille qui décidément ne comprennent rien aux sourds!

En attendant, je fais le difficile apprentissage au quotidien du handicap. Sur les terrains de rugby, je n’entends pas les combinaisons annoncées et je me fais percuter… par mes coéquipiers. Au travail, je rate des remarques essentielles qui me valent ensuite des commentaires acides, me retrouve dans des bistrots ou des salles de restaurant où je ne réussis pas à capter ce que me dit mon interlocuteur.  Et puis commencent ces moqueries que j’endure depuis plus de trente ans, ces sourires entendus entre gens dûment nantis de deux oreilles en état de marche, sur le « sourdingue » qui n’a rien compris à ce qu’on lui raconte. Notre société est compatissante pour l’aveugle, mais méprisante pour le sourd.

En même temps, et c’est une sacrée expérience, je peux mesurer les ressources que chaque humain possède en lui. Un léger changement de ma position en mêlée me permet de ne plus me faire piéger sur le terrain au moment des annonces de combinaisons de jeu. Sans même en prendre conscience, j’apprends à lire sur les lèvres et, en m’appuyant sur les phonèmes entendus à reconstituer ce qu’on me dit. Je développe des ruses, me place toujours le premier à une table de restaurant pour avoir une chance de participer aux conversations, manœuvre de la même façon lors des conférences de rédaction, deviens incollable sur les revêtements muraux qui répercutent ou ne répercutent pas le son.

Malheureusement mon oreille coule toujours autant et je suis contraint d’absorber des doses massives de corticoïdes que je supporte mal. J’aurai même le « plaisir », un jour de 1983, de faire un malaise en pleine rue et de me vomir dessus. Expérience parisienne inoubliable, je verrai tous les passants fuir sans me porter secours et je devrai rentrer chez moi par mes propres moyens.

Abonné au bloc opératoire

Ma femme, récemment rencontrée, me convainc de quitter cette équipe médicale qui ne m’a pas réussi, au profit d’une autre brochette de spécialistes de l’oreille.

J’apprends enfin le nom de ma maladie, un cholestéatome, une tumeur ramifiante de l’oreille interne. Bien entendu, en bon journaliste, je suis allé faire un tour du côté des dictionnaires médicaux et ce que j’ai lu m’a terrifié. C’est une maladie qui peut être mortelle et qui occasionne des souffrances terribles.  Mon nouveau praticien s’efforce de dédramatiser. « C’est très rare, mais ça arrive parfois lors d’une tympanoplastie« … C’est gentil de me le dire maintenant, après m’avoir annoncé une opération sans risque.

Les hauts, les bas, les arrêts maladie, les opérations s’enchaînent. Au total, j’en subirai neuf en dix-sept ans.

A chaque nouvelle anesthésie, ma trouille augmente et je décide un jour de ne plus me faire opérer. Un médecin phytothérapeute me prend en main. Il me reçoit parfois à quatre heures du matin, tant il a de monde dans son cabinet. Il réussit à ralentir la tumeur, sans toutefois l’enrayer. Par sécurité, il me fait suivre également par un jeune ORL « qui n’est pas un maniaque du bistouri ». Nous passons avec ce nouveau chirurgien de l’oreille un contrat. Pour lui, le phytothérapeute qui veille sur moi est « un génie de la médecine ». L’ORL est d’accord pour m’accompagner dans cet équilibre précaire, mais s’il estime que me vie est en danger, je devrais accepter un évidement total de l’oreille. Marché conclu.

Les examens montrent que ma tumeur continue à progresser et que la dure-mère, la membrane qui protège le cerveau est touchée. Début 1998, l’heure de la grande échéance arrive. J’ai désormais un mal de tête chronique que rien ne peut stopper. Le chirurgien, contrairement à ses prédécesseurs ne me promet rien. « Même après un évidement total de l’oreille, une récidive est toujours possible.« 

Sachant que l’opération va être longue et délicate (plus de cinq heures!), il a demandé à un confrère de l’aider.

Dans le mois qui suit, l’oreille arrête de couler et la cicatrisation se passe plutôt bien. Je découvre une vie sans médicament pour la première fois depuis dix-sept ans.

L’incroyable aveu

Bien évidemment, nous nous voyons tous les mois par crainte d’une récidive. Le chirurgien est tellement fier de cette opération au résultat inespéré et je suis de mon côté tellement heureux de retrouver une vie -presque!- normale, que nous développons des liens d’amitié.

En 2001, à la fin d’une visite de contrôle sans le moindre souci, mon sauveur se décide enfin à me dire la vérité :

Vous me paraissez solide, alors je vais vous dire ce qui vous est arrivé…

– ???

Vous savez on fait un métier difficile où une erreur d’un millimètre peut avoir des conséquences dramatiques.

J’en suis conscient, mais…

Le chirurgien qui a pratiqué la tympanoplastie, vous a mis, involontairement bien sûr, un coup de bistouri. D’où cette fameuse suspension de l’opération et la consultation du grand patron que vous m’avez racontées. Ils ont décidé de refermer l’oreille et de ne rien dire. Quand je vous ai opéré, j’ai clairement vu la cicatrice.

– Et ?

Et, c’est ce qui a provoqué votre tumeur !

Je n’arrive pas à réaliser. Tous ces ennuis, ces angoisses, à cause d’un coup de bistouri malencontreux !

 Et si je portais plainte, vous témoigneriez contre ce chirurgien ?

Non. Clairement, je ne témoignerais jamais contre un confrère. De toutes façons, maintenant que votre oreille est évidée, il n’y a plus la moindre trace. Mais j’ai pensé que ça vous aiderait de savoir…

J’ai recherché le maniaque au bistouri qui m’a pourri la vie et j’ai été tenté de lui expliquer à la rugbyman ma façon de penser. En 2001, l’homme possède clinique sur rue à Neuilly-sur-Seine et prospère visiblement bien. Il est depuis en retraite et je ne peux même pas publier son nom dans ce blog, car je relèverais de la diffamation, puisque je n’ai pas la moindre preuve de ce que je vous raconte.

Vous comprenez mieux pourquoi, depuis le début, je suis scandalisé par ce que subit le docteur Bonnemaison. Tandis que le Conseil de l’ordre des médecins laisse prospérer des salopards ordinaires comme l’ORL qui m’a opéré sans assumer sa maladresse, ils vont persécuter un homme qui s’est simplement conformé à la haute idée qu’il se fait de la médecine. Il est d’ailleurs extraordinaire de constater que Nicolas Bonnemaison a été condamné par ses pairs et interdit d’exercer la médecine avant même d’avoir été jugé. Plus grave encore, les avocats de l’urgentiste ont déposé plainte contre le docteur Marc Renoux, ancien président du conseil de l’ordre des Pyrénées-Atlantiques, qui a transmis, à ses collègues un procès-verbal à charge, non signé par le docteur Bonnemaison, accompagné d’une douteuse lettre personnelle de commentaires. « Les deux brouillons ont été glissés dans le dossier par erreur« , affirme désormais ce médecin donneur de leçons (Sud Ouest, 24/6).

On espère désormais que le docteur Bonnemaison, enfin réhabilité par la Justice, sera indemnisé comme il se doit pour tout ce qu’il a enduré.

En attendant grâce à lui, grâce à ce concours de circonstances qui a amené à porter le débat de la fin de vie sur la place publique, nous savons tous ce qu’il nous reste à faire : écrire d’urgence à nos proches ce que nous souhaitons, si nous voulons finir dans la dignité. On ne mourra pas plus tôt pour autant et ça évitera à un médecin magnifique, qui a su rester un homme tout au long de sa vie et qui  a avoué être hanté par les décisions qu’il a eues à prendre, d’être injustement cloué au pilori.

À Mont-de-Marsan et nulle part ailleurs…

Punk sur la villeC’est un livre un peu improbable, du format des anciens 33 tours vinyle, que l’on aborde avec circonspection, tant la maquette semble déjantée, tant les photos se chahutent, tant les niveaux de lecture se multiplient. Un instant, le lecteur est tenté de vérifier si une épingle à nourrice n’est pas incrustée dans la page de garde ou une crête iroquoise planquée dans la quatrième de couverture. Et puis, au bout de dix lignes, il est totalement scotché ! Quoi ? Ce n’est pas une blague ? Le premier festival mondial de musique punk de l’histoire n’a pas eu lieu à Londres, à New-York ou à Paris, mais bien à Mont-de-Marsan, dans les Landes, en 1976 !

C’est l’histoire un peu folle d’une conversation entre trois copains de bistrot, épris de musique et fous de rock. Mais à la différence de bien des rêveurs, ils iront au bout de leur projet, réussissant à culbuter les réticences des Montois, qui s’attendent à voir une horde de « sauvages », prête à dévaster les arènes où se déroulent les concerts.

Alain Gardinier a vécu en août 1977 la deuxième édition du festival et il nous fait revivre magnifiquement l’esprit de ces années-là : « Les gens se sont dit : planquons nos filles, ils vont les violer. Ils avaient barricadé en 24 heures les boutiques du centre-ville, et là, il y avait un choc culturel, même un choc ethnique. C’était d’une violence induite rare (…) C’est un peu l’éternelle histoire de la minorité bondissante qui fait peur aux bourgeois et c’est tellement drôle quand tu as 20 ans ! (…) Tu as tout d’un coup ce sentiment de possession du monde, parce que tu emmerdes, et que ta musique dérange, et que ton look dérange… ça, c’est fort ! « 

Au programme des arènes de Plumaçon, The Clash, The Police, The Jam, The Damned, Little Bob Story, Eddie and the Hot Rods, Bijou, Doctor Feelgood, Shakin’ Street, Asphalt Jungle… Tous ces groupes vont se produire dans une ambiance fraternelle et bon enfant, malgré les orages, les coupures de son et les boules puantes !

Les nombreux documents qui illustrent le livre nous font revivre une époque où tout était plus simple. Les contrats entre musiciens et organisateurs se signent sur une simple feuille de carnet à spirales, sans que l’administration fiscale ne vienne demander douze exemplaires en copie, et il suffit de se taper dans la main pour tomber d’accord.

Bien entendu, la presse traditionnelle va se déchaîner contre les barbares. France Soir  et  le Parisien vont rivaliser d’imbécillité, talonnés de près par France 3 ou Antenne 2. Voilà ce que disait le présentateur de l’époque, Gérard Holtz : « Si vous avez une épingle ou un clou planté à travers la joue, si vous avez de petites croix nazies dessinées sur le front : bref vous êtes un paumé et vous êtes un punk, la traduction anglaise. »

Heureusement, quelques journalistes manifestent plus de recul et de curiosité intellectuelle. Le jeune Jacky Berroyer, 30 ans à l’époque, offre aux lecteurs de Charlie Hebdo un papier ébouriffant  qui attaque ainsi : «  Le mouvement punk va-t-il durer aussi longtemps que le hula-hoop, le sac Adidas, le chignon crêpé ou le coussin au crochet ? On ne sait pas. En tout cas, c’est pas plus con ni plus malin que la fanfare des pompiers ou les permanentes violettes des mémés endimanchées  » Si ça ne vous donne pas envie de lire la suite, c’est à désespérer de la presse !

Car le plus drôle, c’est qu’il n’y a pas eu le moindre incident pendant ces deux années qui ont mis Mont-de-Marsan en émoi.

Alors, si vous avez autour de vous, quelques nostalgiques qui regrettent depuis mai 68 que le lancer de pavé ne soit pas devenu discipline olympique, ou quelques plus jeunes qui pensent que leurs parents ont eu bien de la chance d’avoir eu vingt ans dans les années soixante-dix, n’hésitez pas une seconde. Ils vont dévorer le livre, décortiquer tous ces témoignages d’une époque où il n’y avait pas un radar tous les trois cent mètres pour nous courir sur le haricot et où l’on partait à Kaboul ou Katmandou sans même un téléphone portable pour donner des nouvelles aux parents.

 « Punk sur la ville ! », Alain Gardinier, éditions Atlantica, – 174 pages, 25 €.

Veunac tient la forme mais cherche toujours le fond

Fonds de commerce

Aucun doute possible, la boutique de Biarritz est désormais tenue par un commerçant affable, qui nous change agréablement de son prédécesseur, acariâtre et autoritaire. Mais, pour la vision d’avenir, on est prié d’attendre jusqu’à octobre.

Espérons pour Didier Borotra qu’il ne sait pas utiliser Internet et n’a pas suivi le dernier conseil municipal en date du 20 juin, car ses anciens adjoints ont rivalisé de perfidies souriantes à son égard.  Et il devra sans doute attendre un bon paquet d’années avant  qu’une des avenues de la ville ne soit débaptisée pour lui donner son nom, tellement il symbolise la gabegie, les rêves absurdes de grandeur (en langage municipal, ça donne « des équipements surdimensionnés« ) et le refus d’écouter quiconque.

Pour que justice soit rendue à l’ancien maire, Bisque bisque basque! suggère que l’ex Cité du Surf devenue Cité de l’Océan soit rebaptisée Cité Didier Borotra, pour que chacun garde bien en mémoire à quoi peut conduire un pouvoir sans partage. Comme le dit Michel Veunac, avec cette rondeur qui le caractérise, « je ne serai pas le maire bâtisseur qu’a été mon prédécesseur, car les conditions ne s’y prêtent pas!« . Le temps de payer les additions des autres est effectivement venu.

Alors qu’une rumeur persistante annonce Michel Veunac malade, chaque Biarrot y allant de son information exclusive, (on ne comprend vraiment pas pourquoi le nouveau maire n’infirme ou ne confirme cet état de fait, car il n’est pas déshonorant d’être malade et ça arrive même à des gens très bien), le conseil municipal du 20 juin, un peu précipité par l’envie de l’assemblée de voir le match de Coupe du monde France-Suisse, a encore été absolument passionnant. 3h09 d’un débat riche et dense avec de véritables échanges entre majorité et opposition, qu’il faut absolument aller visionner sur le site de la mairie si l’on s’intéresse à la vie municipale.

http://www.biarritz.fr/portail/conseil.html

Pas de doute, Michel Veunac tient la forme et le style qu’il imprime, après des années de dictature, mérite d’être salué. Enfin cette ville débat, au lieu de maugréer en douce!

Max Dalton en pleine forme !

Caisse enregistreuse

Endettement de la Ville en 2013 : 66 millions d’€. On dit merci qui ?

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule et qu’il faut qu’il y ait un adversaire de valeur pour que le match soit beau, figurez-vous que le principal contradicteur, qui semblait jusqu’à maintenant se rendre au conseil municipal avec le costume à rayures et le boulet d’un des frères Dalton, condamné à six ans d’opposition forcée, s’est soudain métamorphosé. Face à un très bon Michel Veunac, on a retrouvé un excellent Max Brisson, visiblement à l’aise et d’humeur badine, mêlant verve, causticité et courtoisie républicaine pour nous offrir des échanges de haute volée. Ces deux-là se détestent toujours, mais désormais ils sont capables de s’envoyer des vacheries avec le sourire.

Florilège de petites phrases entendues au cours de la soirée :

À propos de la qualité des eaux de baignade, Max Brisson ne résiste pas au plaisir de se moquer de Guillaume Barucq « qui salue le travail remarquable de ses prédécesseurs, qualifié à l’époque de solutions low-cost et palliatives ». C’est cela, Guillaume, la griserie du pouvoir, ça change le regard!

À propos du parking de Beaurivage, abandonné désormais, et de celui des Halles, réétudié, Max Brisson soupire :  » Tout ça pour ça ! « , tandis que Michel Veunac tente de lui faire la leçon :  » N’oubliez pas que nous étions coresponsables.. . » Avant que les deux ne se marrent franchement quand Max Brisson ose : « … Dans une certaine mesure!« 

Mêmes fous-rires mal réprimés entre les deux ex-complices quand est évoquée « la dématérialisation de la chaîne contraventionnelle ». En langage de tous les jours, la police municipale sera dotée de tablettes numériques et la contravention sera directement envoyée à Rennes, « sans que le maire ne puisse intervenir ». Éclat de rire général. Didier, pourquoi tu tousses?

À propos de la guinguette des 100 marches, Max Brisson s’interroge sur le choix d’un rugbyman pour ce type d’établissement et Michel Veunac rétorque, « Vous parlez d’un joueur de rugby? Moi, c’est le premier! »

Parfois l’animosité Veunac-Brisson, souvenir d’une campagne électorale tendue, se fait plus vive. Quand Max Brisson évoque le passé, Michel Veunac le coupe : « Regardez dans le pare-brise, Monsieur Brisson, pas dans le rétroviseur! », et l’inspecteur général de s’excuser presque « Je suis professeur d’histoire et j’ai du mal« . Balle de set pour Veunac.

Mais quand le vote du budget arrive et qu’il faut bien évoquer les restrictions dues aux investissements hasardeux du prédécesseur, Max Brisson saute sur l’occasion : « Le compte administratif oblige à regarder dans le rétroviseur, alors que vous m’avez demandé de ne pas le faire. C’est mon job aujourd’hui de constater que l’endettement, sans être dramatique, est quand même préoccupant. Le poids des décisions passées pèse sur nos finances. » Balle de match pour Brisson.

Elle a bon dos, la Finance !

Petite boutique Veunac

L’éternel combat du fond et de la forme… Et pourquoi pas les deux ?

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes biarrots, si Michel Veunac, derrière son talent d’habile communicant, ne donnait le sentiment d’amuser la galerie. Lors des derniers conseils, le nouveau maire avait promis une déclaration de politique générale, le 20 juin, pour expliquer aux Biarrots ses choix et ses priorités pendant son mandat. Finalement, il a décidé de repousser à octobre ses annonces, sous le prétexte plutôt fallacieux, qu’il a besoin de connaître «  le cadre financier dans lequel je peux proposer des opérations (…) Voilà ce qui peut expliquer la lenteur des propositions que je vais faire aux Biarrots ».

Et tout à coup un doute énorme s’empare des passionnés de la vie municipale. Et si, derrière le politique affable, tout à fait apte à gérer les affaires courantes de la Ville, se cachait quelqu’un qui n’a pas de fond, pas de vision à long terme ? Et si, comme nombre de politiques, Michel Veunac avait voulu le pouvoir pour le pouvoir, sans trop savoir quoi en faire ? Et si le costume de premier magistrat s’avérait trop grand pour l’homme, à l’image d’un François Hollande à la tête de l’État ? Bien entendu, il n’est pas question de faire un procès d’intention avant octobre, mais ce délai très long, trop long, avant d’indiquer la direction à suivre (six mois!), reste surprenant.

Bien sûr, il ne sert à rien d’avoir plein de projets si l’enveloppe budgétaire interdit de les réaliser, mais, après quatre-vingts jours de présence à la mairie, répéter inlassablement que les services municipaux étudient les dossiers, et que l’équipe municipale va nous  » faire aimer la Cité de l’Océan « , ce qui est tout de même mince comme programme, ne semble pas augurer d’un grand tempérament de visionnaire.

Michel Veunac serait bien inspiré de se remémorer les bougonnements du général de Gaulle, quand il avait des projets et que son ministre des Finances s’efforçait de doucher son enthousiasme :  » L’intendance suivra ! « . Le maire doit être un déclencheur, un inspirateur et non un petit épicier qui se contente de gérer chichement sa boutique. Guy Lafite, général raté qui tient là son bâton de maréchal, est parfait dans ce rôle. Et l’on attend du maire qu’il ne soit pas seulement un superintendant mais un homme qui donne des ailes à la Ville.

 Le BO a failli se retrouver en fédérale !

La situation du BOPB est évoquée en fin de conseil, puisqu’on demande aux élus de voter une subvention exceptionnelle de 400 000€ pour le club-phare de la Ville. Michel Veunac apprend à tous que la DGNACG, la commission des Finances de la fédération de rugby a menacé de rétrograder le club en fédérale, s’il ne présentait pas des finances en équilibre. D’où cet appel de Blanco aux subsides municipaux.  Le maire cite sept villes, dont Brive et Bayonne, où la dotation municipale est plus importante. Richard Tardits évoque le cas de Montauban, passé de Top 14 en fédérale 1, sans que la première magistrate de la Ville ait modifié la subvention de 250 000 €. Finalement, grâce à une belle politique de formation et de promotion des jeunes, le club vient de remonter en Pro D2. La subvention de 400 000€ est finalement votée, mais tous les élus conviennent que la situation mérite d’être surveillée de près.

La France d’en haut et la France d’en bas

France du haut 01

Pendant que les footballeurs tricolores enthousiasment tout le monde…

Pierre Camou est un malin. Il sait que la situation financière de la fédération qu’il dirige s’annonce difficile dans les années à venir avec le projet de grand stade de rugby. En maintenant à la tête de l’équipe de France le trio Saint-Andésastre, Brut de Brut et Lagisquellemisère, le madré président est parfaitement conscient que ce ne sont pas les primes de match, accordées aux joueurs en cas de victoire, qui vont grever le budget de la fédération. Et comme la devise de la maison semble être  » On ne change surtout pas une équipe qui perd avec une telle constance « , on peut d’ores et déjà prendre le pari que les amoureux de l’ovale tricolore n’ont pas fini d’être malheureux pendant la prochaine Coupe du monde.

France d'en bas 03

… Nos rugbymen désespèrent même les plus mordus.

Mais que pouvait-on attendre au juste d’un staff qui se rengorgeait, la semaine dernière, de n’avoir pris « que » six points face à l’Australie, tout en en marquant zéro? Le Coq se contente de peu désormais, et la nouvelle fessée subie samedi, 39 à 13 et cinq essais à un, nous ramène à notre vrai niveau, si proche du zéro.

Heureusement, et même si Hugo Bonneval, genou en vrac, va en prendre pour six mois de pénitence, cette tournée nous aura amené quelques fort belles révélations. Non, je ne parle pas des joueurs, humiliés à trois reprises et visiblement perdus comme jamais sur le terrain, mais du bateleur en chef Éric Bayle, et de son incroyable capacité à nous faire prendre des ballons crevés pour des lanternes..

Coup d’envoi :  » Et c’est parti pour le match de la rébellion ! « 

Mi-temps (20-6 pour l’Australie) :  » Donnez-nous quelques signes d’espérance ! « 

66e minute (34-13 pour l’Australie) :  » Il faudrait bloquer le compteur à ce score ! « 

Mais quelle ambition, et quelle capacité à réduire la voilure en cas de gros temps! Voilà qui devrait lui permettre, au vu de sa verve, de succéder sous peu à Pierre Bellemare dans les émissions de télé-achat…

 Plus sérieusement, depuis 2011 Philippe Saint-André n’a rien montré, hésite, tâtonne tout en pleurnichant sur son infortune. Il n’a toujours pas trouvé son axe 2-8-9-10, à un an de la Coupe du monde. Guirado, Kaiser ou Swarzewski? Chouly ou Picamoles? Parra Doussain ou Machenaud? Et pour le poste de meneur de jeu Talès, Michalak, ou Trinh-Duc? Quelques chiffres donnent l’ampleur du désastre : au bout de trente minutes de jeu, les Wallabies avaient réalisé 39 courses balle en main et les Français deux ! Ces mêmes Bleus qui  » réussiront  » sur ce match 35 plaquages manqués, un chiffre qui vous condamne à la deuxième division internationale. Mais c’est un tel bonheur que de regarder cette équipe, joueuse, imprévisible  et déclinant son rugby à merveille, que ce serait vraiment dommage de ne pas garder Saint-André jusqu’au bout de son contrat!

Je ne suis vraiment pas un inconditionnel du foot et, en gros, je ne m’y intéresse que tous les quatre ans. Mais quel contraste entre l’inventivité et la joie de vivre des Tricolores en villégiature au Brésil, qui ont fait sauter la banque contre la Suisse (5-2) et le triste brouet offert par le XV bleu en Australie. Oui, l’équipe entraînée par Didier Deschamps va sans doute tôt ou tard payer son manque de métier, mais on vibre en les regardant s’amuser sur le terrain! Et l’on salive d’avance de plaisir, en se disant que cette très jeune équipe actuelle va s’aguerrir en Coupe du monde dans la perspective du championnat d’Europe 2016, qui se jouera… en France. Le Bayonnais Didier Deschamps, qui en connait aussi un rayon en matière de rugby, s’est sans doute souvenu, en laissant Nasri à la maison et en n’insistant pas pour que Ribery soit de l’aventure, des propos de Lucien Mias à Amédée Domenech :  » Tu es le meilleur de nous tous. Mais sans toi, nous sommes tous meilleurs. Aussi, tu ne joueras pas. « 

Quel contraste entre ce onze frais, sympathique et joyeux et ce quinze aux semelles de plomb qui vient de nous faire maugréer pendant trois semaines en Australie! Honoré de Balzac – un visionnaire qui avait compris ce qui attendait le XV de France en intitulant son roman  » Les illusions perdues « – avait opposé « la France d’en bas et la France d’en haut. » Rien n’est pire pour un amoureux du rugby, qui a emmagasiné des rêves de gloire pendant des décennies avec une équipe de France redoutée sur tous les terrains, que de découvrir qu’il fait désormais partie, contrairement aux fanatiques de football, de la France d’en bas, … celle qui n’y croit plus et désespère de tout !

Médias de Panurge contre grévistes

Grèves SNCF 03Quel est l’intérêt d’avoir autant de chaînes de télévision et de stations de radio à sa disposition, si c’est pour entendre le même discours unique, constitué de contre-vérités, de clichés et de poncifs inlassablement répétés ? À quelques heureuses exceptions près comme L’Humanité, Libération… ou même lefigaro.fr, qui a publié un papier très objectif sur les salaires à la SNCF, les médias de Panurge nous ont offert, cette semaine, avec le mouvement des syndicalistes du rail, un vrai festival. Petit catalogue des absurdités complaisamment véhiculées par TF1, BFM-TV, RMC et autres désinvoltes de l’information…

«   Les nantis de la SNCF  « . Pendant plus de vingt ans, j’ai pris le train entre Versailles et Paris, soit 90 minutes de trajet quotidien. Comme tout le monde, quand je me suis retrouvé en carafe, j’ai râlé, n’appréciant pas les journées de travail à rallonge. Mais est-ce de l’information que de se contenter d’aller planter sa caméra au pied des trains et de laisser les usagers se défouler, au lieu de chercher à comprendre ? Oui, dans notre beau pays, la grève est encore un droit et les salariés de la SNCF ont bien raison de se rebeller quand on s’apprête à leur faire un mauvais sort. Quant aux réflexions des usagers sur  »  les nantis de la SNCF  « , qui feraient mieux de s’abstenir compte-tenu de leurs avantages, elles sont insupportables. Un conducteur de train premier échelon (sacrée responsabilité, tout de même!) gagne 2409 euros brut par mois, soit moins que le salaire moyen national qui est aujourd’hui de 2449 euros. (source  : le figaro.fr)

«   Les bacheliers pris en otages  « . Il n’y a que deux hypothèses possibles : en inscrivant la réforme ferroviaire au Parlement, le mardi 17 juin deuxième jour du baccalauréat, soit le gouvernement ne s’est pas rendu compte de ce qu’il faisait –  et dans ce cas, il démontre une fois de plus son incompétence !   -,  soit il a voulu jouer au plus malin avec les syndicalistes, pensant qu’ils caleraient sur l’obstacle, ce qui est tout de suite beaucoup plus crédible. Ajouter la peur d’arriver en retard au stress de l’épreuve, n’est pas drôle pour les bacheliers, mais pourquoi diable les grévistes de la SNCF seraient-ils les seuls responsables de ce blocage, les seuls à être fustigés? Le calendrier parlementaire pouvait fort bien être réaménagé, ce qui aurait évité ce stress sur le baccalauréat. Mais « Flamby » Hollande a voulu montrer ses muscles et, une fois de plus, il s’est raté.

«   La CGT est débordée par sa base  « .  Le rôle d’une base, c’est de faire savoir à sa propre hiérarchie syndicale qu’elle n’est pas contente. Et le rôle d’une hiérarchie syndicale, c’est… d’écouter sa base. En 1968, il est évident que les syndicats et Pompidou souhaitaient remettre la France au travail. La détermination de la population a fait que  »  la parenthèse enchantée   » a duré un mois, avant les accords de Grenelle. Cette année, la CGT et le gouvernement ont sans doute été proches d’un accord, avant que la CGT et Sud-Rail ne prennent conscience de la profonde colère des cheminots. C’est à l’honneur de ces syndicats d’avoir su respecter leur base. Et bravo à ce gouvernement de gauche, décidément totalement coupé des réalités, bravo aux Hollande, Valls et Cuvillier, qui ont cru intelligent de durcir le ton de parler de « conservatisme  » et de nécessité de savoir arrêter une grève ! Au lieu de dire que les négociations allaient dans le bon sens, façon habile de constater qu’un accord n’a pas encore été trouvé, leurs maladresses verbales ont remis les hésitants dans la rue.

«   La CFDT, syndicat responsable  « .  Quel est le rôle d’un syndicat ? Caresser le gouvernement dans le sens du poil, sous prétexte qu’il est de gauche ? Ou défendre ses salariés? Mon père a, dans les années soixante-dix, été un militant national de la CFDT. Il ferait trois tours sur lui-même s’il constatait la flagornerie et l’absence de sens critique de l’actuelle direction. Un salarié qui se syndique aujourd’hui à la CFDT, c’est un peu comme si un ouvrier spécialisé décidait d’adhérer au MEDEF!

«   Les politiques unanimes pour saluer cette réforme  « . Mais quelle contrevérité ! Si l’UMP n’a pas raté cette nouvelle occasion de fustiger le manque de fermeté du gouvernement face aux grévistes, quelques courageux ont fait entendre leurs voix. Le remarquable député communiste André Chassaigne n’a jamais caché son soutien aux grévistes, son attachement au service public. Apprécié de ses collègues, il s’est efforcé de faire passer des amendements donnant des garanties aux salariés de la SNCF. Son travail de parlementaire mérite d’être salué. Même chose pour la sénatrice socialiste Frédérique Espagnac, ex porte-parole de François Hollande, qui n’a pas hésité à afficher son soutien aux grévistes et à défiler avec eux dans la rue à Hendaye, en compagnie de la députée socialiste Sylviane Alaux…

… Mais ce genre d’information ne retient guère l’attention des médias qui préfèrent nettement raconter l’histoire qui les arrange, plutôt que des histoires vraies. Pour démoraliser les grévistes, on nous affirme désormais que le conflit est en voie de règlement. Souhaitons-le, en espérant que les salariés de cette belle entreprise vont désormais être un peu plus respectés. De toutes façons, comme le dit avec humour Karim, salarié gréviste (  Libération, 18/6 )  :  »  24% des Français pour notre lutte, c’est toujours plus que la cote de popularité de François Hollande  « .

Les rois de la phrase qui tue

Les flingueursOn a l’habitude de dire d’eux qu’ils tueraient leur mère pour un bon mot… Normal, car, dans ce métier, votre destin peut basculer sur une seule phrase et faire de vous aussi bien un  président de la République qu’un recalé de l’Histoire. Le livre de Patrice Duhamel et Jacques Santamaria,  » Les flingueurs « , nous prouve que ce n’est pas la peine d’envisager de se lancer en politique, si l’on s’avère incapable de distiller des vacheries.

Les sommets de l’invective politique datent de la IIIe République, avec le champion toutes catégories Georges Clémenceau. Le Lyonnais Édouard Herriot, qui s’accommodait de tous les changements, se verra ainsi affublé par le Père-la-Victoire du surnom de  » Discrédit lyonnais « . Le général Boulanger?  » Il mourut comme il avait vécu : en sous-lieutenant « .  Enfin, quand il ne trouvait plus d’adversaire à la mesure de son éloquence, Clémenceau savait aussi se moquer de lui-même :  » Pour mes obsèques, je veux le strict nécessaire, c’est-à-dire moi « .

Autre sniper de premier ordre, ce qui n’est pas très étonnant pour un militaire de carrière, le général de Gaulle. Coup de téléphone du général au ministre de l’Intérieur, Roger Frey, en pleine guerre d’Algérie, après l’arrestation du général Jouhaud :  » Alors, Frey, il vous a fallu un an pour arrêter un chef de l’OAS ? Et, pour comble, vous m’arrêtez le plus con et le plus difficile à fusiller ! « . Au moment de la présidentielle de 1965, évoquant le centriste Jean Lecanuet, :  » C’est l’enfant de chœur qui a bu le vin des burettes et qui s’en est enivré « . Et quand il se retrouvait avec des intimes, le grand Charles se confiait :  » La pire calamité après un général bête, c’est un général intelligent ! « .

Dis-moi qui tu hais, je te dirai qui tu es

Son meilleur adversaire, lors des présidentielles, François Mitterrand, n’était pas non plus démuni d’esprit de répartie. Martine Aubry ?  » Trop méchante pour réussir. un jour, elle se noiera dans son fiel « . Jacques Chirac ?  » Quand Chirac vient me voir à l’Élysée, il monte avec ses idées et redescend avec les miennes. » Et puis, cette magnifique fulgurance sur DSK :  » Un jouisseur sans destin « .

Si Valéry Giscard d’Estaing s’est montré hermétique à l’humour, ne réussissant à faire rire qu’à ses dépens (« Aucun roi de France n’aurait été réélu au bout de sept ans » osera-t-il en 1981), son meilleur ennemi, Jacques Chirac a, lui, manifesté des dispositions certaines. Retrouvez à l’INA cette séquence de 1976, où Giscard pérore sur le pont du porte-avions Clémenceau. Chirac, alors Premier ministre, est tellement énervé par ce qu’il entend, qu’il prend des jumelles pour se donner une contenance devant les caméras… et les utilise à l’envers!

Autre séquence culte, dont les diplomates se régalent encore. Chirac a toujours été un peu sourd et a tendance à parler fort. Lors d’une dure séance de négociations européennes, où Margaret Thatcher s’est montrée intraitable, comme à son habitude, il lance, discrètement croit-il,  » Qu’est-ce qu’elle veut de plus, la ménagère ? Mes couilles sur un plateau ? « . C’est le même, au plus fort de sa détestation du  » traître  » Sarkozy, qui s’exclamera :  » Sarkozy, il faut lui marcher dessus pour deux raisons. D’une part, il ne comprend que cela, et en plus, il paraît que ça porte bonheur! ».

Nicolas Sarkozy, plus colérique que satirique, ne s’est guère illustré dans l’exercice de la phrase qui tue, même si on lui doit un assez visionnaire : « Prenez un sucre, mettez-le dans un verre d’eau, vous aurez Hollande! ».  Son successeur, qui était connu pour ses petites phrases quand il était le patron du PS, semble lui aussi faire profil bas.  Heureusement, le personnel politique, qui concourt chaque année pour le prix annuel de l’humour politique, s’est surpassé en 2014. Jean-Luc Romero, à propos du mariage pour tous :  » Un gay qui vote pour la droite, c’est comme une dinde qui vote pour Noël « .  Pas mal, non plus, cette monumentale vacherie d’Arnaud Montebourg :  » Un retour de Nicolas Sarkozy ? Peut-être, mais menotté ! « .  D’autres en revanche font rire bien involontairement. La gaffeuse Nadine Morano explique les chiffres en hausse de la délinquance : « On a une recrudescence de violence, par exemple le vol des portables à l’arraché. ça n’existait pas avant que les portables existent !  »  C’est cela, Nadine!

Vous l’avez compris, un bon politique doit être un vrai tonton flingueur, ce que Clémenceau résumait à sa façon : «  Ne craignez jamais de vous faire des ennemis. Si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait! ».

Regrettons seulement que les deux auteurs des  » Flingueurs «  l’aient joué un peu fainéant, avec la solution de facilité d’un abécédaire qui entraîne d’inévitables redites, alors que nous aurions volontiers accepté un livre plus construit.

  « Les flingueurs, anthologie des cruautés politiques », Patrice Duhamel et Jacques Santamaria, éditions Plon, – 286 pages, 19,90 €.

Clémence pour Bonnemaison

Bonnemaison

Pour son arrivée aux Assises de Pau, Nicolas Bonnemaison a adopté le costume gris et la coiffure sage. mais est-ce que ça suffira?

Mon père ne faisait jamais rien comme les autres. La première fois de sa vie où il a franchi la porte d’un hôpital, en juin 1991 à 59 ans, il était déjà inconscient, venant de subir un AVC que rien ne pouvait laisser présager. Journaliste à L’Équipe, j’ai précipitamment quitté Roland-Garros, où André Agassi s’apprêtait à en découdre en finale avec Jim Courier, et je suis arrivé en fin d’après-midi à l’hôpital d’Angoulême. Heureuse surprise, mon père m’a fait un petit signe de reconnaissance du fond de son lit. J’ai été encore un peu plus rassuré quand je l’ai vu utiliser l’arme qu’il maitrisait le mieux, l’humour, pour tenter d’amadouer l’infirmière qui veillait sur lui :  » J’ai soif. Je peux avoir de l’eau ? du thé ? » Et devant les dénégations obstinées de sa surveillante :  » Bon, alors du vin ? » Et je n’ai pu m’empêcher de sourire, car il n’en buvait quasiment jamais. À tort j’ai cru qu’à partir du moment où il trouvait encore le ressort pour plaisanter, il  ne pouvait être véritablement en péril. Sa deuxième épouse, de mon âge, m’a alors raconté son réveil la nuit précédente, «  je crois qu’il m’arrive un sale truc « , le SAMU et l’hospitalisation.

Énorme claque, le lendemain matin, pour mon retour à l’hôpital. Mon père a fait un nouvel AVC dans la nuit et, cette fois, il est totalement inconscient et râle de douleur. Je ne peux même pas rester dans la chambre, tellement le spectacle est insoutenable et je me réfugie dans le couloir. À travers mes larmes, j’aperçois son épouse, à quelques mètres, mais aucun des deux n’a la force de s’adresser à l’autre.

Soudain un urgentiste me fait face. Il me parle avec calme et humanité, même si j’ai du mal à comprendre ce qu’il m’explique. «  Le cerveau est totalement détruit… Il ne reprendra jamais conscience… Mais comme il est de constitution solide, le cœur peut battre encore très longtemps « . Mon père n’avait pas la moindre réticence à parler de sa mort et de son souhait d’être incinéré,  » Normal de finir en cendres pour quelqu’un qui a autant fumé que moi ! « . Ayant une peur bleue des médecins, qu’il avait fort peu eu l’occasion de fréquenter en dehors de visites de courtoisie à son généraliste, il avait répété à maintes reprises qu’il ne voulait surtout pas qu’on s’acharne, le moment venu.

J’explique tout cela, de façon fort balbutiante, à l’homme qui me parle. Le médecin me demande si d’autres membres de la famille doivent venir. Je lui affirme qu’en dehors de mon frère vivant en Afrique, mon père, fils unique, n’a pas d’autre famille proche. L’homme repart, sans autre commentaire, et je me demande bien pourquoi il m’a posé toutes ces questions. Je suis trop happé par la souffrance de mon père, par sa respiration de plus en plus sifflante, pour avoir le temps de m’interroger.

À midi, ce même jour, déjouant tous les pronostics d’une fin annoncée interminable, mon père décède. Il me faudra une semaine pour comprendre que cette blouse blanche qui semblait avoir engagé la conversation presque par hasard avec moi, avait posé exactement les mêmes questions à l’épouse de mon père et que, nos réponses ayant été strictement identiques, il en avait tiré – seul ou avec son équipe ? – les conclusions qui s’imposaient. Vingt-trois ans plus tard, je tiens à adresser un immense merci à cet urgentiste sensible et à l’écoute qui, avec beaucoup de tact, a su analyser avec justesse la situation.

Un inutile cirque médiatique et judiciaire

Pas une fois, je n’ai eu un doute sur le bien-fondé de la décision qu’il a prise. Car si la médecine est une science, elle est aussi et surtout un art, nécessitant perpétuelle adaptation à chaque cas qui se présente.

Je ne connais pas personnellement le docteur Nicolas Bonnemaison, mais beaucoup de proches, qui l’ont fréquenté, le décrivent comme un passionné de médecine, sensible et humain. Ayant consacré sa thèse de doctorat à l’accompagnement des malades en fin de vie, il était tout à fait à sa place au service des urgences de Bayonne où l’on avait un peu tendance à se débarrasser des malades dont on ne savait que faire. Et que le médecin de service se débrouille!

Dénoncé par une infirmière qui avait des doutes, Nicolas Bonnemaison reconnait avoir injecté de l’hypnovel ou du Norcuron à sept personnes dans un état de vie désespéré. Le médecin ne se revendique d’ailleurs pas comme un militant de l’euthanasie, mais comme un homme qui s’efforce d’être en conformité avec ses valeurs professionnelles.  » C’est dans son for intérieur que le médecin qui fait le geste prend la décision et cela relève de sa seule conscience « , a-t-il expliqué au juge d’instruction.

Malgré les pressions policières que l’on peut aisément imaginer, il est révélateur que six des sept familles concernées aient refusé de porter plainte contre l’urgentiste, la septième affirmant d’ailleurs n’en vouloir nullement au médecin et avoir pris cette décision uniquement pour accéder au dossier.

Dans tout pays censé, l’affaire se serait éteinte d’elle-même, mais pas en France.

Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé d’un gouvernement qui faisait alors les yeux doux à l’extrême-droite, a exigé la suspension de l’urgentiste et le Conseil de l’Ordre, au lieu de s’intéresser au Médiator et aux lobbies pharmaceutiques qui ont détruit la vie de milliers de patients, a décidé de frapper fort en radiant Nicolas Bonnemaison de l’ordre des médecins le 24 janvier 2013. Condamné par ses pairs avant même d’être jugé! Pendant que les médecins fumistes prospèrent, uniquement préoccupés par leurs comptes secrets en Suisse ou à Singapour, les humanistes passionnés se retrouvent interdits d’exercer…

… Et le grand cirque continue aux Assises de Pau, avec un procès prévu jusqu’au 27 juin, 74 témoins attendus, et une peine pour l’accusé qui peut aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité !

La machine médiatique et la machine juridique se sont emballées et on se demande vraiment si le médecin bayonnais est dans… la bonne maison en se retrouvant aux Assises.

Alors un seul verdict possible pour cet homme courageux et lucide qui honore la profession de médecin : l’acquittement !