Clémence pour Bonnemaison

Bonnemaison

Pour son arrivée aux Assises de Pau, Nicolas Bonnemaison a adopté le costume gris et la coiffure sage. mais est-ce que ça suffira?

Mon père ne faisait jamais rien comme les autres. La première fois de sa vie où il a franchi la porte d’un hôpital, en juin 1991 à 59 ans, il était déjà inconscient, venant de subir un AVC que rien ne pouvait laisser présager. Journaliste à L’Équipe, j’ai précipitamment quitté Roland-Garros, où André Agassi s’apprêtait à en découdre en finale avec Jim Courier, et je suis arrivé en fin d’après-midi à l’hôpital d’Angoulême. Heureuse surprise, mon père m’a fait un petit signe de reconnaissance du fond de son lit. J’ai été encore un peu plus rassuré quand je l’ai vu utiliser l’arme qu’il maitrisait le mieux, l’humour, pour tenter d’amadouer l’infirmière qui veillait sur lui :  » J’ai soif. Je peux avoir de l’eau ? du thé ? » Et devant les dénégations obstinées de sa surveillante :  » Bon, alors du vin ? » Et je n’ai pu m’empêcher de sourire, car il n’en buvait quasiment jamais. À tort j’ai cru qu’à partir du moment où il trouvait encore le ressort pour plaisanter, il  ne pouvait être véritablement en péril. Sa deuxième épouse, de mon âge, m’a alors raconté son réveil la nuit précédente, «  je crois qu’il m’arrive un sale truc « , le SAMU et l’hospitalisation.

Énorme claque, le lendemain matin, pour mon retour à l’hôpital. Mon père a fait un nouvel AVC dans la nuit et, cette fois, il est totalement inconscient et râle de douleur. Je ne peux même pas rester dans la chambre, tellement le spectacle est insoutenable et je me réfugie dans le couloir. À travers mes larmes, j’aperçois son épouse, à quelques mètres, mais aucun des deux n’a la force de s’adresser à l’autre.

Soudain un urgentiste me fait face. Il me parle avec calme et humanité, même si j’ai du mal à comprendre ce qu’il m’explique. «  Le cerveau est totalement détruit… Il ne reprendra jamais conscience… Mais comme il est de constitution solide, le cœur peut battre encore très longtemps « . Mon père n’avait pas la moindre réticence à parler de sa mort et de son souhait d’être incinéré,  » Normal de finir en cendres pour quelqu’un qui a autant fumé que moi ! « . Ayant une peur bleue des médecins, qu’il avait fort peu eu l’occasion de fréquenter en dehors de visites de courtoisie à son généraliste, il avait répété à maintes reprises qu’il ne voulait surtout pas qu’on s’acharne, le moment venu.

J’explique tout cela, de façon fort balbutiante, à l’homme qui me parle. Le médecin me demande si d’autres membres de la famille doivent venir. Je lui affirme qu’en dehors de mon frère vivant en Afrique, mon père, fils unique, n’a pas d’autre famille proche. L’homme repart, sans autre commentaire, et je me demande bien pourquoi il m’a posé toutes ces questions. Je suis trop happé par la souffrance de mon père, par sa respiration de plus en plus sifflante, pour avoir le temps de m’interroger.

À midi, ce même jour, déjouant tous les pronostics d’une fin annoncée interminable, mon père décède. Il me faudra une semaine pour comprendre que cette blouse blanche qui semblait avoir engagé la conversation presque par hasard avec moi, avait posé exactement les mêmes questions à l’épouse de mon père et que, nos réponses ayant été strictement identiques, il en avait tiré – seul ou avec son équipe ? – les conclusions qui s’imposaient. Vingt-trois ans plus tard, je tiens à adresser un immense merci à cet urgentiste sensible et à l’écoute qui, avec beaucoup de tact, a su analyser avec justesse la situation.

Un inutile cirque médiatique et judiciaire

Pas une fois, je n’ai eu un doute sur le bien-fondé de la décision qu’il a prise. Car si la médecine est une science, elle est aussi et surtout un art, nécessitant perpétuelle adaptation à chaque cas qui se présente.

Je ne connais pas personnellement le docteur Nicolas Bonnemaison, mais beaucoup de proches, qui l’ont fréquenté, le décrivent comme un passionné de médecine, sensible et humain. Ayant consacré sa thèse de doctorat à l’accompagnement des malades en fin de vie, il était tout à fait à sa place au service des urgences de Bayonne où l’on avait un peu tendance à se débarrasser des malades dont on ne savait que faire. Et que le médecin de service se débrouille!

Dénoncé par une infirmière qui avait des doutes, Nicolas Bonnemaison reconnait avoir injecté de l’hypnovel ou du Norcuron à sept personnes dans un état de vie désespéré. Le médecin ne se revendique d’ailleurs pas comme un militant de l’euthanasie, mais comme un homme qui s’efforce d’être en conformité avec ses valeurs professionnelles.  » C’est dans son for intérieur que le médecin qui fait le geste prend la décision et cela relève de sa seule conscience « , a-t-il expliqué au juge d’instruction.

Malgré les pressions policières que l’on peut aisément imaginer, il est révélateur que six des sept familles concernées aient refusé de porter plainte contre l’urgentiste, la septième affirmant d’ailleurs n’en vouloir nullement au médecin et avoir pris cette décision uniquement pour accéder au dossier.

Dans tout pays censé, l’affaire se serait éteinte d’elle-même, mais pas en France.

Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé d’un gouvernement qui faisait alors les yeux doux à l’extrême-droite, a exigé la suspension de l’urgentiste et le Conseil de l’Ordre, au lieu de s’intéresser au Médiator et aux lobbies pharmaceutiques qui ont détruit la vie de milliers de patients, a décidé de frapper fort en radiant Nicolas Bonnemaison de l’ordre des médecins le 24 janvier 2013. Condamné par ses pairs avant même d’être jugé! Pendant que les médecins fumistes prospèrent, uniquement préoccupés par leurs comptes secrets en Suisse ou à Singapour, les humanistes passionnés se retrouvent interdits d’exercer…

… Et le grand cirque continue aux Assises de Pau, avec un procès prévu jusqu’au 27 juin, 74 témoins attendus, et une peine pour l’accusé qui peut aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité !

La machine médiatique et la machine juridique se sont emballées et on se demande vraiment si le médecin bayonnais est dans… la bonne maison en se retrouvant aux Assises.

Alors un seul verdict possible pour cet homme courageux et lucide qui honore la profession de médecin : l’acquittement !

13 réflexions sur “Clémence pour Bonnemaison

  1. Quand un homme a le courage d’analyser une situation, de décider sans affoler la famille, de porter cette responsabilité, cela devrait être salué et non pas blâmer. Mais où va la société française? PHF

  2. Acquittement….La justice se trompe d’accusé, qu elle regarde du coté des laboratoires qui remplissent leurs caisses au prix de la vie de milliers de personnes.

  3. il ne devrait meme pas etre jugé mais honoré car ce qu’il a fait est ce qu’il y a de plus humain y’en a assez de ces acharnements qui ne ménent qu’a la mort avec tellement de souffrances alors laissez ce médecin faire son travail et occupez vous des vrais problémes

  4. Très bon article ,Nicolas est un grand homme, pas par la taille mais par ses valeurs morales et humaines.beaucoup de médecins pourraient prendre exemple,car peu lui arrive a la cheville surtout ceux qui se prennent pour des dieux de la médecine et j’en ai croisé quelque uns .Quand a l’infirmière ,je pensai que seule les limaces bavaient ,erreur. J’espère qu’elle dort bien,persuadait d’avoir eu raison de détruire la vie et la carrière d’un médecin comme Nicolas. Courage Nicolas,bien que cela fait longtemps que l’on ne s’est pas vu ,je suis de tout cœur avec toi,je ne pense pas me tromper en disant que tout ce qui comme moi te connaisse resterons solidaires . Quand a ceux qui te jugerons auraient-ils le courage d’aider a mourir quelqu’un dans la dignité et sans douleurs,alors que beaucoup croisent des personnes dans la détresse sans avoir le moindre regard ou gestes pour eux. A bayonne nous sommes fiers de nos couleurs, mais aussi fiers de notre médecin. Merci a toi.amicalement.

  5. Excellente analyse, merci! J’ai honte de cette justice française qui par la volonté d’un seul homme, procureur de son état, s’acharne a détruire cet homme et sa famille… Le non lieu est la seule sentance acceptable!

  6. Acquittement bien sûr ! Et j’espère que je trouverai un médecin d’une telle envergure si je me trouve dans une situation terminale…Quant à l’infirmière je ne peux pas la blâmer car c’est surtout le système et le vide juridique qui est nul et qui met les médecins consciencieux hors la loi !!
    Car des « Nicolas Bonnemaison », il y en a un sacré nombre !!! On pourrait remplir des prisons !

  7. est ce que la justice aura la capacité d’arrêter l’acharnement? Car c’est elle qu’il faut soigner et non le Dr Bonnemaison.

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