Des salariés dûment chapitrés…

Agent tourisme 01

Souriants et disponibles, les jeunes recrues de « Biarritz tourisme » font bien leur travail, même si des consignes strictes leur ont été données.

Vous les avez sans doute remarqués, postés aux endroits stratégiques de la ville, avec leurs scooters bleu et blanc et leurs vêtements siglés  » Biarritz tourisme « . Tous se montrent d’une amabilité sans faille avec leurs visiteurs et s’efforcent de répondre aux demandes les plus improbables. Dans le top case de leurs scooters, ces agents bienveillants disposent même d’une tablette numérique et d’une petite imprimante pour pouvoir offrir immédiatement un billet  de spectacle ou un plan de quartier de la ville à ceux qui le souhaitent.

« Bisque, bisque, basque!« , avec le mauvais esprit légendaire qui le caractérise, n’a pas hésité à se faire passer pour un touriste hésitant, afin d’en savoir un peu plus :

Bonjour, je ne connais pas bien votre ville. Savez-vous où je pourrais voir une partie de cesta punta?

Des matches ont lieu, tous les lundis et mercredis soir au Jai Alai de Biarritz, situé juste à côté du stade Aguilera… Mais ce qu’il ne faut surtout pas rater, c’est la Cité de l’Océan.

En fait, dans la journée, je souhaiterais plutôt trouver une plage relativement tranquille…

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Tablette numérique et imprimante dans le top case du scooter : des fois qu’un touriste serait assez fou pour acheter un billet pour la Cité de l’Océan…

Justement, la plage située juste à côté de la Cité de l’Océan, est la moins fréquentée de Biarritz…

– … Elle n’est pas un peu loin?

Mais non, et le jeudi soir vous avez des animations gratuites qui sont vraiment très sympas, avec des orchestres et ensuite vous pouvez aller visiter la Cité de l’Océan.

Excusez-moi, mais des amis biarrots m’ont dit de ne surtout pas y aller, que le contenu était nul…

La Cité de l’Océan a connu quelques ratés à ses débuts, mais maintenant tout le monde en ressort enchanté

La mairie de Biarritz pourra vraiment féliciter ses jeunes agents, car ils maîtrisent parfaitement la leçon qu’on leur a demandé de réciter, et tant pis pour les gros mensonges proférés. Après tout, c’est bien connu, les touristes sont là pour être grugés et, en les délestant de quelques euros au profit de la Cité naufragée, c’est autant que nous n’aurons pas à payer avec nos impôts locaux.

La vie qui file et qui défile

« Elle marchait sur un fil  Vivre lui avait au moins appris cela. Il n’y a pas de culture. On sait des choses, on en ignore d’autres. on se débrouille plus ou moins avec tout ça. Ceux qu’on appelle brillants, cultivés, sont le plus souvent des raseurs ronronnant sans vergogne, et lassant leurs proies avec les mêmes effets cent fois reproduits ».

Après une existence passionnée et tumultueuse avec Pierre, Marie, la cinquantaine venue, se retrouve seule, alors qu’elle a le sentiment de tellement savoir, de tellement avoir à partager. Attachée de presse, très en vue, ayant la réputation de sentir comme personne l’ouvrage qui va connaître le succès, elle vient chercher refuge dans sa maison du Fahouët. « Il y avait comme un défi à affronter, seule et tutélaire, les mille et une rébellions de la maison abandonnée depuis l’été ». Marie retrouve André, ce voisin si apprécié, qui est en train de lâcher prise et fait semblant d’être heureux à l’idée de partir en maison de retraite. André qui souffre de ne plus voir son fils Jean-Baptiste, qui occupe un poste important à Hong Kong. « Avec lui, je me suis laissé contaminer par le confort de l’excellence scolaire. (…) Oui, je suis allé avec lui à l’encontre de ma nature, et sans doute de la sienne. Je n’aimais que la musique, le cinéma, la littérature, la peinture. Mais je pensais que la réussite universitaire ouvrait tous les choix d’une belle vie. En fait, elle prépare surtout à être broyé par les exigences de ces espèces de sectes que sont devenues les société multinationales. »

Les questionnements d’André renvoient Marie à son propre parcours ; à Étienne, ce fils chéri, qui après dix ans d’insuccès comme comédien, a décidé de devenir architecte d’intérieur et s’affirme très heureux, ce dont elle doute ; à Léa, sa petite-fille, qui ne rêve que de théâtre pour le plus grand agacement de ses parents. Doit-on transmettre ses passions à sa descendance, au risque de les influencer ou doit-on s’efforcer d’être le plus neutre possible?

Marie, travaille, sur « Le Monde à portée de main » (ça ne vous rappelle pas  » Petites gorgées de bière et autres plaisirs minuscules  » d’un certain… Philippe Delerm?) et pressent que ce livre va devenir un succès fabuleux. Mais en rencontrant la jeune femme qui vient de l’écrire, elle comprend aussi que la romancière novice va être broyée par la machine médiatique qui va oublier le livre pour inventer une histoire autour d’elle dont elle aura beaucoup de mal à se relever. Et l’on imagine, dans ce petit intermède autobiographique, ce qu’a du subir l’enseignant du collège de Bernay, Philippe Delerm, en devenant soudain un romancier célèbre à 47 ans.

Et puis, comme cet été n’est décidément pas comme les autres pour Marie, arrive, juste à côté de chez elle, une bande de jeunes apprentis comédiens, préparant le conservatoire. Est-ce que Marie a raison de les inciter à devenir une troupe ? Est-ce qu’elle ne s’empare pas de leur destin en leur écrivant une pièce sur mesure intitulée « Le fil » ? Est-ce qu’elle ne cherche pas, d’une façon inconsciente, à réécrire le passé ?

Toute personne qui a des enfants, qui s’interroge sur la transmission, se doit de lire ce court roman magnifiquement écrit. Car la vie file et défile, tandis que nous nous comportons en funambules inconscients des précipices qui nous attendent.

« Elle marchait sur un fil », Philippe Delerm, éditions du Seuil, – 220 pages, 17 €.

À Biarritz, on n’a pas d’argent, pas d’idées… mais on a de la peinture

Piste cyclable Biarritz

Avenue de l’impératrice, comme partout à Biarritz, le cycliste téméraire doit se contenter d’un simple pictogramme au sol, en guise de piste cyclable. Pas de doute, avec ça, il se sent totalement en sécurité! À se demander si la mairie peut voir les cyclistes en peinture…

Michel Veunac nous avait promis une rupture totale avec l’ère Didier Borotra, et, une fois de plus, il tient parole. On se souvient qu’en décembre 2011, l’association Bizi Kleta avait offert un vélo au sémillant maire de l’époque « pour lui rappeler que le vélo, ça existe« . Michel Veunac, élu depuis quatre mois dont on attend toujours le programme, promis pour octobre, mais sans que l’année soit précisée, a donc pris à bras le corps, les aménagements cyclistes de la Ville. Il est vrai qu’à côté de ses voisines, Bayonne et Anglet, où les sites propres sont légion, avec des pistes cyclables physiquement séparées  de la circulation automobile, Biarritz faisait bien pâle figure.

Heureusement, avec l’enthousiasme qu’on lui connait, notre nouvel édile a résolu le problème d’un coup de pinceau magique. Un peu partout, il a apposé des pictogrammes de cycliste, sur les principaux axes de circulation. Que les automobilistes se fichent comme de leur premier cric de ces pictogrammes, qu’ils continuent à raser les deux roues en ne respectant pas la distance réglementaire d’un mètre cinquante, prévue par le code de la route, qu’il soit impossible à une famille de vacanciers de circuler à vélo, peu importe. Notre Mimi-qui-a-enfin trouvé-une-idée peut le proclamer fièrement : contrairement à son prédécesseur, il a multiplié les pistes cyclables à Biarritz.

Comme si un simple coup de maquillage pouvait transformer une septuagénaire liftée en appétente jeune fille, comme si une soirée gratuite le jeudi à proximité de la Cité naufragée de l’Océan allait précipiter les foules dans le bâtiment, et comme si, pour un nouvel élu, la communication pouvait remplacer les idées, les projets et la vision d’avenir.

Pauvres de nous!

Piste cyclableBayonne

Piétons, cyclistes, voitures, une place pour chacun à Bayonne.

Piste cyclable Anglet

Malgré quelques sorties de riverains dangereuses, la piste cyclable d’Anglet permet aux familles de rouler en toute sécurité.

Les reines de la valise en béton

Reines de la valise en bétonSi, tout comme moi, vous êtes vieux, moche, chauve, avec, de profil, une silhouette de bouteille de Perrier, mais que vous gardez toujours l’espoir, même fugitivement,  d’intéresser les femmes, alors j’ai un truc imparable pour vous : prenez le train!

Dès le quai de la gare, vous allez les repérer, sans peine. Il y a les anti-Vénus de Milo, qui semblent estimer que quatre bagages pour deux bras, représentent une norme acceptable, et tant pis pour les enfants ou les vieillards moissonnés comme des blés mûrs à leur passage. Les passeuses, échevelées et transpirantes, qui semblent traîner dans leurs valises les lingots d’or de Jérôme Cahuzac, et qui menacent à tout instant de succomber sous le poids. Et puis les psychopathes en puissance, qui ont enfourné à la hâte dans leurs sacs rebondis les morceaux de leur amant ou de leur mari, récemment assassiné, et qui ne vont pas quitter des yeux de tout le voyage leur précieux et encombrant chargement.

Car, depuis quinze ans que je fréquente assidûment les trains, la règle est immuable : de nombreuses femmes, les mêmes qui militent à juste titre pour l’égalité des salaires entre hommes et femmes ou pour la parité en politique, voyagent avec des bagages qui leur interdisent toute autonomie et les rendent dépendantes du bon vouloir des hommes…

Dès l’arrivée dans le wagon, les grandes manœuvres commencent. Dame SNCF, fort sagement a prévu des rangements au sol pour les bagages lourds, mais, bien évidemment, aucune des femmes décrites précédemment n’en veut. Comme vous avez été très bien éduqué dans votre enfance et que vous adorez vous montrer galant, vous vous empressez de voler au secours d’une de ces dames, qui ne saurait imaginer son bagage ailleurs qu’au-dessus de sa tête. La valise semble assez anodine et vous l’empoignez avec ardeur, avant, haltérophile mal entraîné, de vaciller et de manquer fracasser la tête de la personne en dessous de vous.

Soulagé de vous être montré à la hauteur, malgré un petit moment de faiblesse, vous vous apprêtez à retrouver votre livre favori et votre place, quand vous remarquez trois autres femmes, plantées comme des statues dans la travée centrale avec leurs bagages à leurs pieds. Malgré le claquage musculaire que vous venez de vous faire et le tour de reins qui vous guette, vous ne voulez pas manifester le moindre favoritisme entre les passagères et vous reprenez donc vos travaux d’haltérophilie.

Vous soupirez d’aise, en vous posant enfin dans votre fauteuil, quand votre voisine, une grande bourgeoise pincée qui, dans tout autre lieu public ne vous aurait même pas gratifié d’un regard, se croit obligé d’engager la conversation avec vous. Alors que vous ne pouvez même pas articuler une phrase, tellement vous avez mal au dos, vous voilà devenu otage verbal d’une précautionneuse, du genre à réserver son billet trois mois à l’avance, qui, derrière les politesses d’usage, ne cherche à savoir qu’une chose : la gare où vous descendez. « Vous allez à Biarritz? J’espère que vous pourrez m’aider à Bordeaux ». Soyez tranquille, si vous aimez lire, maintenant qu’elle est rassurée, votre voisine ne se manifestera plus avant d’apercevoir par sa fenêtre la Garonne.

Pendant ce temps, vous percevez, du côté des autres passagères, les regards des réfléchies, qui vous jaugent pour mesurer votre temps de biceps disponible et les minaudières qui vous coulent des regards enamourés,  du genre « Mais qu’il est beau, mon costaud!« . Aucune, visiblement, n’a en mémoire le vieil adage français : « Qui veut voyager loin, soupèse avant ses bagages ».

Anecdote garantie authentique, mercredi 9 juillet dans le TGV qui arrivait vers 15 heures à Dax, nous nous sommes retrouvés dans le compartiment deux hommes pour une quinzaine de femmes, qui toutes visiblement partaient pour une cure de trois semaines. Il faut croire qu’il y a de folles soirées à Dax, au vu du nombre de vêtements, lingots d’or et maris démembrés que chacune avait emportés.

Ensuite, nostalgiques et perclus de douleurs, vous repensez aux années soixante-dix, heureuse époque où la chanteuse Linda de Suza vantait les mérites de « La valise en carton« . C’était le bon temps où un wagon de la SNCF ne ressemblait en rien à une salle de musculation!

Un retour qui fait führer

Le fuhrerUn homme se réveille dans un terrain vague, en se demandant ce qu’il fait là. Il époussette machinalement son uniforme, cherche Martin Bormann, avant de s’aventurer dans Berlin. Il est étonné de ne plus voir de ruines, s’agace du nombre de Turcs qu’il croise dans la capitale allemande, et tombe deux fois à la renverse : la première fois, quand un affable kiosquier lui apprend qu’on est en 2011 et la seconde quand il découvre, à la lecture de ses premiers journaux depuis longtemps, que le pays est désormais dirigé par… une chancelière «  qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Göring   » !

Ne comptez pas sur l’auteur, Timur Wermes, pour vous expliquer la résurrection d’Hitler. Ce qui l’amuse et ce qui justifie le colossal succès de ce roman en Allemagne (1,5 millions d’exemplaires vendus en quelques mois), c’est la juxtaposition entre la vision du monde d’un Hitler, plus que jamais décidé à reprendre le pouvoir, et celle des générations d’après guerre.

Car il apprend vite le bougre ! Un nez dans les livres d’histoire, où il s’agace de ce qu’il lit sur « sa » défaite, une initiation rapide à Internet quand il découvre que les machines à écrire n’existent plus, et le voilà paré. Certes, il ressent encore des agacements et a le sentiment d’une dégénérescence de la race aryenne, quand il voit dans Berlin des femmes, avec à la main une étrange poche en matière translucide, en train de ramasser les crottes de chien, ou quand il apprend que l’objet sur lequel ses contemporains ont les yeux rivés s’appelle… un téléphone portable. «  C’est une dangereuse ineptie et, résultat, notre jeunesse a les yeux constamment fixés sur son téléphone et elle se fait écraser comme des mouches. Ce sera l’une de mes premières mesures : interdire ce genre de téléphone ou du moins ne l’autoriser que pour les éléments de race inférieure qui subsistent encore et peut-être même leur faire obligation d’en avoir un« .

Mais, au-delà de la farce grinçante à souhait, c’est avant tout de politique que Timur Wermes nous entretient. Car un homme qui ressemble autant à Hitler et qui affirme, contre toute évidence, être le chancelier Hitler, est une aubaine pour les médias, et en particulier pour la télévision. Dès sa première apparition devant les caméras, l’ancien chancelier comprend qu’il tient là un formidable outil d’endoctrinement des foules.  »  C’est comme si, après des années de disette passées à l’étranger, je revenais chez moi, dans le Palais des Sports. La lumière des projecteurs me brûlait le visage, je distinguais le public, en majorité des jeunes. Ils étaient plusieurs centaines et ils représentaient des dizaines et des centaines de milliers d’autres assis derrière leurs postes de télévision. C’était là l’avenir du pays, ces gens avec qui j’avais l’intention de mener mon œuvre de reconstruction. « 

Et comme, à chaque passage, les Allemands sont là toujours plus nombreux à vouloir lui serrer la main, en masquant mal leur émotion, comment douter d’un avenir radieux ? Malgré une traduction de Pierre Deshousses, qui aurait mérité quelques appels de note pour les produits ou les situations typiquement allemandes, ce roman est à l’image de sa couverture : d’une sobriété et d’une force incroyables. Avec  » Il est de retour « , vous allez désormais regarder l’extrême-droite d’un autre œil.

« IL EST DE RETOUR », Timur Wermes, éditions Belfond, – 412 pages, 19,33 €.

C’est le Biarritz Olym… pique notre fric?

BOlympique... notre fric

Août 2013 : match de top 14, BO-Montpellier : les illusions étaient encore de mise.

Rêvons un peu : imaginez que, pendant quinze ans, Miss Pays basque ait pris l’habitude de vous servir votre petit-déjeuner au lit, juste au moment où vous ouvrez les yeux. Il est sûr que le jour où vous devrez aller chercher votre viennoiserie à la boulangerie du coin et vous faire votre café vous-même, vous allez trouver cela difficile, même si c’est le lot commun de la majorité des Français. C’est un peu ce qui arrive à Serge Blanco, président d’un club de « galactiques » il y a peu, et titulaire aujourd’hui d’une place en Pro D2, après avoir failli goûter aux « joies » de la fédérale 1.

L’homme a été le meilleur arrière du monde et il n’est pas étonnant que son charisme et sa personnalité aient suscité des amitiés hors-normes.

Bon connaisseur des hommes et du jeu, Serge Blanco a su créer un groupe exceptionnel, dans les années 2000, qui a ramené à trois reprises le bouclier de Brennus, à sa vraie place, c’est à dire à Biarritz (On n’est pas chauvin du tout!). Le tout avec l’appui financier de Serge Kampf, mécène idéal, donnant sans jamais rien exiger, homme de l’ombre à la hauteur de l’immense talent de Serge Blanco. Sauf que Serge Kampf ne peut désormais plus suivre financièrement et qu’il ne faut pas rêver : le BO ne croisera pas un deuxième Serge Kampf, aussi généreux et désintéressé. Retour sur une subvention municipale « exceptionnelle » et sur le psychodrame qui règne depuis dans la Ville.

 Un procès d’intention qui n’a pas lieu d’être

Envoyons d’abord en touche, d’un coup de pied rageur, les absurdités proférées. De la même façon qu’il y a eu aux élections municipales des comportements discutables, mais qu’on ne peut contester à aucun des candidats une passion viscérale pour sa Ville, il est ridicule d’affirmer que des Biarrots se réjouissent actuellement des malheurs du BO. Allez traîner les oreilles du côté des halles et vous serez édifiés! Personne n’est heureux de la dégringolade du club et tout le monde ne rêve que d’une chose : revoir ce club au plus haut niveau, le plus vite possible. Et je défie quiconque de trouver un seul élu de cette ville qui ne souhaite pas ardemment la réussite des rouges et blancs.

 Une communication totalement déconcertante

Mais aimer son club, ce n’est pas pour autant perdre tout sens critique. Serge Blanco, par sa connaissance du rugby, a pris l’habitude de gouverner seul et l’ancien joueur madré qu’il est resté, sait comme personne nourrir la presse de fausses pistes pour mieux tromper l’adversaire. Totalement encensé par les Biarrots, il y a quelques années, il est très critiqué actuellement et cette versatilité si française doit parfois le  faire sourire. Reconnaissons toutefois qu’il est difficile de cerner exactement ce qu’il a en tête.

On sait que le championnat de ProD2 est extrêmement difficile avec ses matches âpres et disputés tous les dimanches, qui usent les organismes. Derrière le discours lénifiant d’usage (« une remontée la plus rapide possible« ), quelle est la stratégie déployée? Lyon, Toulon, le Racing Métro ont vécu bien des misères avant de retrouver l’élite. Eddie O’Sullivan, Pierre Chadebech et le débutant  Benoît August, le nouveau trio d’entraîneurs, n’ont jamais participé à la Pro D2. Est-ce la façon la plus rapide d’assurer un retour rapide dans l’élite, surtout quand on recrute des joueurs étrangers, qui ont toujours du mal à s’adapter à notre si spécifique championnat et que l’on laisse partir les joyaux maison? À tout le moins, Serge Blanco, au lieu de se contenter de louvoyantes conférences de presse, où il enfile les banalités, devrait préciser son projet et sa stratégie pour que les spectateurs se sentent concernés.

 L’incapacité financière à lutter avec les grosses cylindrées

Le Biarritz Olympique a fort peu de chances de rencontrer un nouveau Serge Kampf. Le bassin économique réduit dans lequel évolue ce club, fait qu’il ne pourra sans doute plus jamais lutter avec les « monstres financiers » que sont Toulon, Clermont, Toulouse, Castres ou Montpellier. L’avenir du BO passe par le sportif et la formation, comme l’a fait l’AJ Auxerre de Guy Roux, en football, pendant des années, pour tenir la dragée haute à ses rivaux plus huppés. On ne fera pas l’insulte à Serge Blanco de prétendre mieux connaître le rugby que lui, mais est-ce ce qu’il croit aux vertus de la formation, ou est-il persuadé que, pour sauver le club, le BO doit obligatoirement faire appel aux joueurs étrangers pour ne pas passer plus d’une saison dans le purgatoire que représente la Pro D2 ?

 Des politiques parfaitement dans leur rôle

Et c’est là où on se rend compte que le rugby marche sur la tête, aussi bien au niveau national, avec les piètres résultats que l’on sait, qu’au niveau local où les munificentes habitudes de l’ovalie finissent par faire perdre tout sens commun aux plus équilibrés des hommes. On est loin du temps, que Serge Blanco se plait à raconter, où les joueurs disputaient un match pour le simple plaisir de défendre leurs couleurs et étaient tout heureux quand les dirigeants leur offraient un gueuleton sur le trajet du retour. Plusieurs élus ont tiré la sonnette d’alarme depuis fort longtemps face aux largesses accordées par Didier Borotra.

L’élu communiste Bernard Ithurbide, à qui on ne reprochera pas de ne pas aimer le rugby, lui qui est abonné depuis vingt ans, intervenait ainsi le 30 septembre 2013 : «  Une fois de plus, je vais refuser de voter une subvention à ce club qui m’est si cher (…) Comme bon nombre de Biarrotes et Biarrots, je vis très mal la situation actuelle. Mais comme citoyen je souhaite que les impôts, dont je m’acquitte scrupuleusement, soient utilisés plutôt pour la solidarité envers la population la plus défavorisée, au travers de services publics de qualité. » Et côté UMP, Max Brisson, ne dit pas autre chose quand il affirme : « La Ville n’a pas vocation à boucher les trous » (Sud Ouest 25/6). Serge Blanco a tout à fait raison quand il affirme que jusque-là le Biarritz Olympique a coûté fort peu cher à la Ville, par rapport aux retombées économiques qu’entraînaient les matches de Coupe d’Europe. Mais Michel Veunac est parfaitement dans son rôle de maire, quand il annonce aux élus et à la population, qu’en échange de cette subvention exceptionnelle de 400 000 € (une somme qui n’est pas anodine pour une ville endettée comme Biarritz!), il demandera un droit de regard sur les finances. Et Serge Blanco a totalement tort de s’énerver contre cette requête, en affirmant sur Radio France bleue Pays basque que « Michel Veunac ferait mieux de s’occuper de la Cité de l’Océan au lieu de vouloir mettre le nez dans les comptes du BO« . Il faut savoir : ou le BO est un club professionnel et une entreprise de spectacle privée et ses comptes ne regardent que la fédération de rugby, ou il est appuyé financièrement par une ville, et il est normal que les contribuables sachent où va leur argent.

À la place des élus, je serais même allé un peu plus loin. Il est légitime de donner de l’argent de poche à son enfant quand il est lycéen. Mais dangereux, vingt ans plus tard, de payer son loyer ou ses vacances, s’il touche un salaire qu’il gaspille allégrement, car vous le sortez de toute réalité économique. Éviter, pour « services rendus » au BO, une infâmante relégation en fédérale 1, en octroyant une subvention exceptionnelle, n’avait rien d’illogique. Mais les élus auraient dû préciser que cette subvention exceptionnelle serait la dernière, quoiqu’il arrive, car le BO, ayant perdu son prestigieux mécène, se doit comme toutes les autres associations, d’adapter désormais sa gestion à ses moyens.

Et si Richard Tardits avait raison ?

Pour beaucoup de confrères, le coup de colère de Blanco contre Veunac était lié surtout au retard pris sur le projet Aguilera, qui permettrait au BO d’obtenir à bon compte un stade agrandi, tout en obtenant un dédommagement conséquent pour les terrains concédés aux promoteurs. Pendant les élections municipales, dans le brouhaha des egos qui se fracassaient, on n’a peut-être pas assez porté attention à la petite musique de Richard Tardits, qui, en matière de sport professionnel, en connait plus qu’un rayon.

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Il a de l’allure, ce stade, quand il est paré de rouge et blanc…

Seul Français ayant joué dans une équipe professionnelle de football américain, Richard estime qu’un club professionnel doit se débrouiller seul, ce qui explique son abstention sur la subvention exceptionnelle accordée au club de rugby (Encore un, que l’on ne pourra suspecter pourtant de détester le BO!). Quant à la plaine de jeux d’Aguilera, Richard Tardits est formel. Surtout ne rien bâtir, mais moderniser et aménager le lieu pour en faire un pôle d’excellence sportive! Et c’est vrai qu’entre Capbreton, spécialisé dans les blessures des sportifs de haut-niveau, et Font-Romeu pour les stages d’oxygénation, Biarritz a une belle place à prendre avec des installations de haut niveau qui attireraient sans doute beaucoup plus de monde que la triste Cité de l’Océan.

Cohérent jusqu’au bout, Richard estime que ces installations, prévoyant une piste d’athlétisme, une piscine olympique et un centre d’hébergement pour les espoirs, pourraient profiter entre autres… au BO. Car Richard est convaincu que le salut du club de rugby ne peut venir que des jeunes, qui transformeraient peu à peu l’improbable amalgame de mercenaires de toutes nationalités, venus croquer de l’or ovale, en centre d’excellence régional. Mais ce projet exige du temps, de la patience, de l’obstination et n’amènerait le BO à remonter dans l’élite que lorsqu’il serait revenu à maturité.

Un calendrier qui n’arrange peut-être pas Serge Blanco, qui sent que le fauteuil de président de la fédération française de rugby lui tend les bras et qui redoute peut-être que le fait d’être président d’un club de Pro D2 ne lui nuise.

En attendant, et même si cette bêcheuse de Miss Pays basque ne vient pas nous servir les croissants au lit tous les matins, nous continuerons les jours de match, pauvres spectateurs amoureux de nos étoiles locales, à applaudir les joueurs et à parer le stade de rouge et blanc, pour qu’Aguilera reste pour les visiteurs un chaudron redouté.