C’est le Biarritz Olym… pique notre fric?

BOlympique... notre fric

Août 2013 : match de top 14, BO-Montpellier : les illusions étaient encore de mise.

Rêvons un peu : imaginez que, pendant quinze ans, Miss Pays basque ait pris l’habitude de vous servir votre petit-déjeuner au lit, juste au moment où vous ouvrez les yeux. Il est sûr que le jour où vous devrez aller chercher votre viennoiserie à la boulangerie du coin et vous faire votre café vous-même, vous allez trouver cela difficile, même si c’est le lot commun de la majorité des Français. C’est un peu ce qui arrive à Serge Blanco, président d’un club de « galactiques » il y a peu, et titulaire aujourd’hui d’une place en Pro D2, après avoir failli goûter aux « joies » de la fédérale 1.

L’homme a été le meilleur arrière du monde et il n’est pas étonnant que son charisme et sa personnalité aient suscité des amitiés hors-normes.

Bon connaisseur des hommes et du jeu, Serge Blanco a su créer un groupe exceptionnel, dans les années 2000, qui a ramené à trois reprises le bouclier de Brennus, à sa vraie place, c’est à dire à Biarritz (On n’est pas chauvin du tout!). Le tout avec l’appui financier de Serge Kampf, mécène idéal, donnant sans jamais rien exiger, homme de l’ombre à la hauteur de l’immense talent de Serge Blanco. Sauf que Serge Kampf ne peut désormais plus suivre financièrement et qu’il ne faut pas rêver : le BO ne croisera pas un deuxième Serge Kampf, aussi généreux et désintéressé. Retour sur une subvention municipale « exceptionnelle » et sur le psychodrame qui règne depuis dans la Ville.

 Un procès d’intention qui n’a pas lieu d’être

Envoyons d’abord en touche, d’un coup de pied rageur, les absurdités proférées. De la même façon qu’il y a eu aux élections municipales des comportements discutables, mais qu’on ne peut contester à aucun des candidats une passion viscérale pour sa Ville, il est ridicule d’affirmer que des Biarrots se réjouissent actuellement des malheurs du BO. Allez traîner les oreilles du côté des halles et vous serez édifiés! Personne n’est heureux de la dégringolade du club et tout le monde ne rêve que d’une chose : revoir ce club au plus haut niveau, le plus vite possible. Et je défie quiconque de trouver un seul élu de cette ville qui ne souhaite pas ardemment la réussite des rouges et blancs.

 Une communication totalement déconcertante

Mais aimer son club, ce n’est pas pour autant perdre tout sens critique. Serge Blanco, par sa connaissance du rugby, a pris l’habitude de gouverner seul et l’ancien joueur madré qu’il est resté, sait comme personne nourrir la presse de fausses pistes pour mieux tromper l’adversaire. Totalement encensé par les Biarrots, il y a quelques années, il est très critiqué actuellement et cette versatilité si française doit parfois le  faire sourire. Reconnaissons toutefois qu’il est difficile de cerner exactement ce qu’il a en tête.

On sait que le championnat de ProD2 est extrêmement difficile avec ses matches âpres et disputés tous les dimanches, qui usent les organismes. Derrière le discours lénifiant d’usage (« une remontée la plus rapide possible« ), quelle est la stratégie déployée? Lyon, Toulon, le Racing Métro ont vécu bien des misères avant de retrouver l’élite. Eddie O’Sullivan, Pierre Chadebech et le débutant  Benoît August, le nouveau trio d’entraîneurs, n’ont jamais participé à la Pro D2. Est-ce la façon la plus rapide d’assurer un retour rapide dans l’élite, surtout quand on recrute des joueurs étrangers, qui ont toujours du mal à s’adapter à notre si spécifique championnat et que l’on laisse partir les joyaux maison? À tout le moins, Serge Blanco, au lieu de se contenter de louvoyantes conférences de presse, où il enfile les banalités, devrait préciser son projet et sa stratégie pour que les spectateurs se sentent concernés.

 L’incapacité financière à lutter avec les grosses cylindrées

Le Biarritz Olympique a fort peu de chances de rencontrer un nouveau Serge Kampf. Le bassin économique réduit dans lequel évolue ce club, fait qu’il ne pourra sans doute plus jamais lutter avec les « monstres financiers » que sont Toulon, Clermont, Toulouse, Castres ou Montpellier. L’avenir du BO passe par le sportif et la formation, comme l’a fait l’AJ Auxerre de Guy Roux, en football, pendant des années, pour tenir la dragée haute à ses rivaux plus huppés. On ne fera pas l’insulte à Serge Blanco de prétendre mieux connaître le rugby que lui, mais est-ce ce qu’il croit aux vertus de la formation, ou est-il persuadé que, pour sauver le club, le BO doit obligatoirement faire appel aux joueurs étrangers pour ne pas passer plus d’une saison dans le purgatoire que représente la Pro D2 ?

 Des politiques parfaitement dans leur rôle

Et c’est là où on se rend compte que le rugby marche sur la tête, aussi bien au niveau national, avec les piètres résultats que l’on sait, qu’au niveau local où les munificentes habitudes de l’ovalie finissent par faire perdre tout sens commun aux plus équilibrés des hommes. On est loin du temps, que Serge Blanco se plait à raconter, où les joueurs disputaient un match pour le simple plaisir de défendre leurs couleurs et étaient tout heureux quand les dirigeants leur offraient un gueuleton sur le trajet du retour. Plusieurs élus ont tiré la sonnette d’alarme depuis fort longtemps face aux largesses accordées par Didier Borotra.

L’élu communiste Bernard Ithurbide, à qui on ne reprochera pas de ne pas aimer le rugby, lui qui est abonné depuis vingt ans, intervenait ainsi le 30 septembre 2013 : «  Une fois de plus, je vais refuser de voter une subvention à ce club qui m’est si cher (…) Comme bon nombre de Biarrotes et Biarrots, je vis très mal la situation actuelle. Mais comme citoyen je souhaite que les impôts, dont je m’acquitte scrupuleusement, soient utilisés plutôt pour la solidarité envers la population la plus défavorisée, au travers de services publics de qualité. » Et côté UMP, Max Brisson, ne dit pas autre chose quand il affirme : « La Ville n’a pas vocation à boucher les trous » (Sud Ouest 25/6). Serge Blanco a tout à fait raison quand il affirme que jusque-là le Biarritz Olympique a coûté fort peu cher à la Ville, par rapport aux retombées économiques qu’entraînaient les matches de Coupe d’Europe. Mais Michel Veunac est parfaitement dans son rôle de maire, quand il annonce aux élus et à la population, qu’en échange de cette subvention exceptionnelle de 400 000 € (une somme qui n’est pas anodine pour une ville endettée comme Biarritz!), il demandera un droit de regard sur les finances. Et Serge Blanco a totalement tort de s’énerver contre cette requête, en affirmant sur Radio France bleue Pays basque que « Michel Veunac ferait mieux de s’occuper de la Cité de l’Océan au lieu de vouloir mettre le nez dans les comptes du BO« . Il faut savoir : ou le BO est un club professionnel et une entreprise de spectacle privée et ses comptes ne regardent que la fédération de rugby, ou il est appuyé financièrement par une ville, et il est normal que les contribuables sachent où va leur argent.

À la place des élus, je serais même allé un peu plus loin. Il est légitime de donner de l’argent de poche à son enfant quand il est lycéen. Mais dangereux, vingt ans plus tard, de payer son loyer ou ses vacances, s’il touche un salaire qu’il gaspille allégrement, car vous le sortez de toute réalité économique. Éviter, pour « services rendus » au BO, une infâmante relégation en fédérale 1, en octroyant une subvention exceptionnelle, n’avait rien d’illogique. Mais les élus auraient dû préciser que cette subvention exceptionnelle serait la dernière, quoiqu’il arrive, car le BO, ayant perdu son prestigieux mécène, se doit comme toutes les autres associations, d’adapter désormais sa gestion à ses moyens.

Et si Richard Tardits avait raison ?

Pour beaucoup de confrères, le coup de colère de Blanco contre Veunac était lié surtout au retard pris sur le projet Aguilera, qui permettrait au BO d’obtenir à bon compte un stade agrandi, tout en obtenant un dédommagement conséquent pour les terrains concédés aux promoteurs. Pendant les élections municipales, dans le brouhaha des egos qui se fracassaient, on n’a peut-être pas assez porté attention à la petite musique de Richard Tardits, qui, en matière de sport professionnel, en connait plus qu’un rayon.

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Il a de l’allure, ce stade, quand il est paré de rouge et blanc…

Seul Français ayant joué dans une équipe professionnelle de football américain, Richard estime qu’un club professionnel doit se débrouiller seul, ce qui explique son abstention sur la subvention exceptionnelle accordée au club de rugby (Encore un, que l’on ne pourra suspecter pourtant de détester le BO!). Quant à la plaine de jeux d’Aguilera, Richard Tardits est formel. Surtout ne rien bâtir, mais moderniser et aménager le lieu pour en faire un pôle d’excellence sportive! Et c’est vrai qu’entre Capbreton, spécialisé dans les blessures des sportifs de haut-niveau, et Font-Romeu pour les stages d’oxygénation, Biarritz a une belle place à prendre avec des installations de haut niveau qui attireraient sans doute beaucoup plus de monde que la triste Cité de l’Océan.

Cohérent jusqu’au bout, Richard estime que ces installations, prévoyant une piste d’athlétisme, une piscine olympique et un centre d’hébergement pour les espoirs, pourraient profiter entre autres… au BO. Car Richard est convaincu que le salut du club de rugby ne peut venir que des jeunes, qui transformeraient peu à peu l’improbable amalgame de mercenaires de toutes nationalités, venus croquer de l’or ovale, en centre d’excellence régional. Mais ce projet exige du temps, de la patience, de l’obstination et n’amènerait le BO à remonter dans l’élite que lorsqu’il serait revenu à maturité.

Un calendrier qui n’arrange peut-être pas Serge Blanco, qui sent que le fauteuil de président de la fédération française de rugby lui tend les bras et qui redoute peut-être que le fait d’être président d’un club de Pro D2 ne lui nuise.

En attendant, et même si cette bêcheuse de Miss Pays basque ne vient pas nous servir les croissants au lit tous les matins, nous continuerons les jours de match, pauvres spectateurs amoureux de nos étoiles locales, à applaudir les joueurs et à parer le stade de rouge et blanc, pour qu’Aguilera reste pour les visiteurs un chaudron redouté.

7 réflexions sur “C’est le Biarritz Olym… pique notre fric?

  1. 300 000€ en début d’année, 400 000 aujourd’hui. Effectivement ça donne le droit d’y mettre son nez. J’espère qu’il n’y aura plus de dons de la sorte, que les biarrots vivent très mal et on le comprend quand on voit le quotidien. D’accord avec vous sur l’option Tardits. Regrets éternels…

  2. Bonjour,
    Un très bon papier et en dehors de toutes autres propositions que chacun analyse à sa façon, il semble que celles de Richard Tardits concernant Aguilera ne soient pas prises en considération à leurs justes valeurs!

  3. Une petite précision: quand il était dans la majorité, « Big Max » votait, allègrement, 700000€ de subventions au BOPB en 2013.(J’étais le seul a voter contre, le choix ayant été fait, par le club, d’entrer dans le monde professionnel, il se devait d’assumer sa gestion financière) Max avait fait de même en votant pour le parking de Beaurivage afin de ne pas déplaire à son cher Didier. »Amour quand tu nous tiens! » Aujourd’hui tout est cassé et l’on tue le père avec une facilité déconcertante.
    Qui aurait pu penser que nous possédions un tel champion du « cadrage-débordement » qui a tant manqué au BOPB ces dernières années?

  4. Que veut dire « mettre son nez » ? Un contrôle des comptes ? Biarritz a contrôlé les recettes des PV ? Non. Les pré-comptes et le budget de la Cité de l’Océan ? Non sinon ces scandales n’auraient jamais vu le jour ! Le BO et Blanco ont rapporté, rapportent et rapporteront toujours plus à la ville que ce qu’elle « donne ». ! Arrêtons de faire du Blanco Bashing ! Nous avons la chance au Pays Basque d’avoir un champion, un homme qui a su porter un club, reconnaissons le !

    • Loin de moi l’idée de faire du Blanco bashing, un homme que j’admire et respecte! Je déplore au contraire dans mon papier cette versatilité du public qui l’a encensé hier et le dézingue aujourd’hui. Je crois simplement que le BO et son président auraient beaucoup à gagner à annoncer clairement la stratégie de la saison à venir. Un afflux de mercenaires pour remonter très vite, à l’image de ce qu’a fait Toulon? Un retour aux fondamentaux du rugby et à la formation à l’image de Bordeaux-Bègles? Pour s’impliquer, le spectateur doit se sentir associé aux choix de l’équipe et ce n’est pas le cas actuellement… même si je suis parfaitement conscient qu’un président ne peut pas tout révéler de sa stratégie d’entreprise.
      Là, en revanche, où je ne suis pas du tout d’accord avec vous, même si je me réjouis de vos commentaires, c’est sur l’argent public. Ce n’est pas parce qu’il y a eu des tricheries mutiples à Biarritz (PV, Cité de l’Océan) qu’il faut en tirer argument pour justifier l’injustifiable. Un peu comme si un cambrioleur, expliquait à la barre du tribunal qu’il pratique cette activité parce qu’elle a existé de tout temps.
      Ou le BO est une entreprise privée et personne n’a à mettre le nez dans ses comptes, ou il doit faire appel à de l’argent public et dans ce cas-là il doit accepter un droit de regard. Je ne vois pas de solution intermédiaire acceptable.
      Bien amicalement.
      Jean-Yves Viollier

  5.  » Mais  pourquoi écouter quelqu’un qui a fait 2,5 millions d’euros de perte ? Serge Blanco s’est trompé ….  » – Mourad Boudjellal ( Pdt du R.C.Toulon ) S.0 23/7 –  Mais pour le moment avec la multiplication des hypnothérapeutes de comptoir, rien n’est trop B.O !

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