Le jour où Biarritz a voté sa ruine

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Samedi 25 juin 2011 : les sourires sont encore de mise pour l’inauguration de la Cité de l’Océan. Ça ne va pas durer…

La magie d’un simple carnet de journalistes! Vous le feuilletez et, immédiatement, vous retrouvez l’ambiance, le décor du jour où vous avez pris ces notes fébriles. Ce Conseil municipal du 23 juillet 2008 s’annonce exceptionnel. Quelques jours avant, des opposants résolus à la Cité de l’Océan ont souhaité manifester devant la mairie, avant de se désister au dernier moment, mais l’opinion publique reste très remontée contre le projet (Guillaume Barucq, dans son blog surf prévention parlera même, le jour de l’inauguration, d’une « mascarade« ). À l’époque, je travaille au « Canard enchaîné » et n’imagine pas qu’un jour j’écrirai sur Biarritz, d’autant plus que je me sens tenu à un devoir de réserve puisque mon épouse est conseillère d’opposition.  Réflexe, je prends pourtant des notes façon Canard, avec une citation précise et le commentaire satirique qui me vient immédiatement à l’esprit. Ce jour là, j’ai été totalement scandalisé par ce que j’ai vu et entendu, par l’aplomb et le toupet d’un Borotra, mais aussi par la lâcheté d’élus de la majorité qui criaient en douce à la folie du mégalomaniaque, mais qui ont voté comme un seul homme dès que Borotra a froncé un sourcil. Les mêmes qui sont au pouvoir aujourd’hui! Et quand mon épouse a démissionné en 2010, j’ai eu enfin le sentiment que je pouvais désormais écrire ce que je pensais, et j’en avais des choses à dire, alors que l’on nous répétait au « Canard » que les PPP, les partenariats public-privé, étaient devenus des machines à corrompre les élus.

Pour ce conseil municipal, qui va durer de 18 à 23 heures,  15 orateurs se sont inscrits, les quatre chefs de file de l’opposition, Claverie, Viollier, Saint-Cricq, Destizon,  mais aussi de nombreux membres de la majorité,  » spontanément «  désignés pour voler au secours de cher Didier.  Coup de théâtre ou plutôt mauvais goût extrême, Borotra entame la séance en exhumant des compte-rendus des conseils municipaux des années 30, à l’époque de la création du Musée de la mer, pour démontrer qu’il y a toujours des conseillers timorés, d’opposition évidemment, et des progressistes, la majorité bien sûr.

Conseil de haut niveau donc, où toutes les interventions ont été ciselées et travaillées. Et comme à chaque fois pas mal de surprises : Un Jean-Benoît Saint-Cricq réaliste et visionnaire sur le naufrage annoncé, un Patrick Destizon offensif, une Maider Arosteguy qui trahit Destizon après avoir trahi Saint-Cricq et vote pour Biarritz Océan, un Didier Borotra, plus paternaliste et méprisant que jamais, qui prône une « opposition constructive » mais n’hésite pas à couper le micro et à multiplier les apartés avec Brisson et Veunac quand l’opposition parle,  histoire d’afficher son désintérêt.

Voici mot  à mot les notes prises à l’époque sur ce carnet. Les perles de conseil sont en romain et les commentaires en italique.

Borotra : « La Cité de l’Océan va rapporter 1 800 000€ par an à la Ville »

Cité de l'Océan Carnets

Quelques notes, fébrilement rédigées à l’époque, et c’est tout le parfum d’une journée exceptionnelle et ahurissante qui resurgit.

Didier Borotra : « Je suis enfin à l’aise pour vous présenter le projet Biarritz Océan. »

Ce n’était donc pas le cas avant ?

Didier Borotra : « Le montage fait nous assure la sécurité absolue. »

Sécurité absolue pour Biarritz ou pour le groupe Vinci ?

Didier Borotra : « Le partenariat public-privé est une nécessité absolue. Il ne s’agit pas de construire de la gloire humaine, mais un outil d’attraction touristique »

Encore que, la gloire humaine…

Didier Borotra : « Je.vous donne rendez-vous dans trente ans »

En 2038, après tout Didier Borotra n’aura que 101 ans…

Patrick Destizon : « Comment peut-on de nos jours décider d’un tel investissement sans même s’appuyer sur une étude de marché? »

Le mage Borotra est extra-lucide…

Patrick Destizon : « Vinci, un géant qui sera le maître de la ville pour de longues années »

Pour un peu, la trahison d’Arosteguy le rendrait lucide, notre Patrick…

Patrick Destizon : « Tant qu’à votre hypothèse de 1 800 000€ HT de redevance annuelle que verserait la structure chargée de l’exploitation des équipements à la Ville, elle est totalement irréaliste »

Vinci qui verserait de l’argent à Biarritz, ce serait vraiment le monde à l’envers.

Didier Borotra à Patrick Destizon : « Vous ne pouvez pas dire que les chiffres sont incertains. »

Mais oui, mais oui, Didier, les touristes ont déjà acheté les 500 000 tickets prévus annuellement…

Arosteguy : « Le PPP veille sur nous! »

Maider Arosteguy : « Dormez tranquilles, chers concitoyens, le PPP veille sur nous »

Si Arosteguy pouvait dormir, au lieu de dire des âneries…

Didier Borotra : « Il y a les gens qui savent ce qui se passe ailleurs et il y a les autres. »

Autrement dit, d’un côté la majorité qui rivalise d’intelligence et de l’autre, l’opposition, ce rassemblement d’incultes.

Jean-Benoît Saint-Cricq : « Les jeux sont tellement faits qu’on se demande à quoi bon se réunir puisque la messe est dite. »

Quel vinaigre, ce vin de messe !

Jean-Benoît Saint-Cricq : « La hauteur de cet engagement est proprement ahurissante. Jamais dans l’histoire de Biarritz, aucun maire n’aura osé engager la collectivité pour de pareils montants. La dette biarrote est de 32 millions d’euros et va être ce soir multipliée par 2,67 »

Enfin quelqu’un qui sait compter !

Max Brisson : « Si nous sommes ensemble, monsieur le maire, c’est que nous sommes définitivement du côté du mouvement »

Et question mouvement, si tu pouvais piquer la place de Borotra, avant la fin de son mandat, ça arrangerait tout le monde…

Max Brisson : « Les PPP sont de nouvelles habitudes pour les collectivités publiques, de nouvelles pratiques où l’initiative reste à la puissance publique. Elles constituent dans notre pays une rupture vertueuse »

Le PPP n’est-il pas plutôt le symbole de l’impuissance publique et de la vertu outragée ?

Didier Borotra à Max Brisson : « Votre analyse est sérieuse, technique et profondément vraie. »

Caressez Borotra dans le sens du poil blanc et il ronronne !

Michel Veunac : « Biarritz Océan n’est pas une lubie, un gadget. »

Juste un ruineux joujou !

Michel Veunac : « Ces nouveaux objets touristiques attractifs, si nous n’en mettons pas, nous serons bientôt devancés. »

En attendant, qui va se faire mettre ? Les Biarrots !

Michel Veunac : « Avec Biarritz Océan nous allons raconter aux touristes une histoire. »

C’est bien le moins après avoir raconté tant d’histoires aux Biarrots !

Maider Arosteguy à Michel Veunac : « Vous nous avez fait la démonstration magnifique, cher Michel, de ce qu’on appelle la résistance au changement. »

Pour Arosteguy le changement ressemble à la nymphomanie. Après les genoux de Saint-Cricq et de Destizon, la voilà sur ceux de Veunac !

Didier Borotra : « J’ai passé le temps où on cherchait à se construire sa gloire. »

Il avoue, il avoue !

André Labéguérie : « Je me demande s’il n’y a pas dans l’opposition une forme d’antiborotrisme primaire. »

Et encore un ancien socialiste atteint de lècheborotrisme primaire !

Et pour conclure :

André Labéguérie : « Je ne suis pas socialiste pour rien.. »

Mais si, mais si… 

3 réflexions sur “Le jour où Biarritz a voté sa ruine

  1. Avec du recul, en effet, la formule PPP était une erreur. Mode suivie par la droite (Vélodrome de Gaudin à Marseille) et la gauche ( Stade de Martine Aubry à Lille), ils sont un peu le Sofinco de l’élu : je réalise un projet couteux et je m’endette… Sur le fond, je ne renie rien, la copie présentée ce soir là par Borotra était très attractive et pouvait, bien gérée, générer de l’intérêt pour la Ville. L’ancien Maire nous livra une copie très différente et refusa catégoriquement toutes les solutions pour s’approcher de l’équilibre (privatisation pour soirées, congrès, expos…).
    Alors, audace ou trahison? Guggenheim a fait renaître Bilbao, La Cité de l’Océan aurait du nous booster.

    • La politique est un métier ingrat et difficile. C’est pour cette raison que je me garde bien d’en faire et que je me contente de commenter ce que je vois. Je n’ai jamais cru au projet de Didier Borotra, qu’il se nomme Cité du Surf ou de l’Océan, mais comme tout le monde, il y a d’autres projets où je me suis complètement trompé. J’ai appris par ailleurs que je vous avais blessé avec un mot malheureux et je m’en excuse totalement. J’ai commencé à suivre de près la politique à Biarritz au moment où vous débutiez vous-même et votre … versatilité politique m’a surpris. J’ai voulu offrir aux lecteurs de Bisque, bisque Basque! mes notes, telles qu’elles avaient été prises à la volée, au soir du 23 juillet 2008, car elles me paraissaient révélatrices six ans après. Mais à l’évidence j’aurais dû retirer le mot qui vous a blessé et blessé votre famille, car si je peux m’en prendre avec une certaine vigueur à une personne publique, je ne me permettrais jamais la moindre allusion privée. D’autant plus que nous ne nous connaissons absolument pas.
      Raconter des histoires vraies tout en faisant rire les lecteurs n’est pas chose simple. À l’évidence, j’ai manqué de rigueur et je me suis laissé aller à un jeu de mots que n’aurait pas renié un horrible macho. Vous m’en voyez profondément désolé et je vous réitère mes excuses.
      JYV

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