Sourire avant de mourir

7 années de bonheurAu lieu de vous confiner dans les salles de bain élyséennes en lisant en boucle les caleçonnades d’un pingouin à lunettes dans « Merci pour ce moment « , ouvrez grand les fenêtres et prenez le large avec Etgar Keret, cet auteur israélien et son très étonnant recueil de nouvelles, mélange de dérision, de finesse et de minimalisme.

Car pour ce « juif stressé » issu de parents polonais rescapés de la Shoah, il n’est pas simple d’assister à la naissance de son fils Lev, alors que les bombes tombent régulièrement sur son pays. Etgar Keret, qui ne s’abaisse jamais à la moindre imprécation contre les lanceurs de roquettes, qu’il pourrait considérer comme des ennemis et qui ne sont à ses yeux que des victimes, tout comme lui, se réfugie dans l’humour et la dérision pour raconter ses sept années de bonheur très relatif avec un enfant qui grandit et une épouse qui est déjà terrifiée à l’idée que son fils puisse un jour devenir soldat.

Dans ces  » 7 années de bonheur « , Keret raconte les rêves farfelus de fuite des copains qui veulent s’acheter une roulotte à hot-dog pour survivre, les salons littéraires en Europe et le joyeux bazar dans la tête de nombre d’Européens, qui, ravis de rencontrer un auteur israélien, mélangent tout, les infirmières blasées de l’hôpital accueillant les blessés.

C’est la septième année et encore une fois les bombes tombent. Ce jour-là, Lev, le fils devenu petit garçon, refuse de se coucher sur le bas-côté de la route.

– Tu vas te coucher, oui ? dit Shira, élevant la voix pour être entendue malgré la sirène hurlante.

– Et si on jouait au sandwich pastrami, dis-je à Lev.

– C’est quoi, ça ? demande-t-il, sans lâcher ma main.

J’explique :  » maman et moi, on est des tartines et toi une tranche de pastrami. Le jeu, c’est de faire un sandwich le plus vite possible. Allez! D’abord tu t’allonges sur maman  » dis-je et Lev se couche sur le dos de Shira et la serre de toutes ses forces. Je me couche à mon tour sur eux, poussant de mes mains sur la terre humide pour ne pas les écraser. « On se sent bien, dit Lev et il sourit. (…)

Puis nous entendons l’explosion. forte mais assez lointaine. Nous restons couchés les uns sur les autres, sans bouger, pendant longtemps. Mes bras, qui supportent mon poids commencent à me faire mal. Du coin de l’œil, j’aperçois d’autres automobilistes qui s’étaient allongés sur la route se relever et épousseter leurs vêtements. Je me lève aussi.

– Couche-toi, me dit Lev. Couche-toi, papa. tu démolis notre sandwich. »

Vite, direction le libraire, pour lire tous les textes d’Etgar Keret!

« 7 années de bonheur », Etgar Keret, éditions de l’Olivier, – 208 pages, 18 €.

2 réflexions sur “Sourire avant de mourir

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