L’étonnante urbanité du conseiller Bonnamy

Bonnamy 001 Bob Marley

Et dire que cette porte de partie commune, vaudra des millions dans quelques années…

À l’image de Ségolène Royal, il rêvait de réenchanter la politique. Mais entre les discours et les actes, il y a parfois comme un écart.

Lorsqu’en 2006, le futur conseiller municipal à la mobilité urbaine, Éric Bonnamy, s’installe avec sa compagne en location au troisième étage du 12 rue Simon Etcheverry à Biarritz, tout l’immeuble se frotte les mains. Pensez donc, un inspecteur des affaires maritimes, un homme habitué à faire respecter la loi et à ne pas faire de vagues…

Bonnamy 009 cadenas

Partie commune, façon Bonnamy.

Mais il faut croire que les grands artistes sont souvent incompris et qu’un inspecteur maritime, une fois à terre, peut se transformer en matelot en bordée. Très vite, le nouveau locataire repère un local dans les parties communes de l’immeuble, dépose dans la rue les objets poussiéreux qui s’y trouvent sans chercher à savoir à qui ils appartiennent, y pose ses affaires et clôt le tout avec un gros cadenas. Fermez les écoutilles!

« L’agence nous avait dit qu’on pouvait déposer nos vélos à cet endroit. Je me suis juste efforcé de rendre ce local plus agréable » plaide le locataire. Tout autre son de cloche de la part de Françoise Gestas, syndic bénévole de l’immeuble : « Ce local appartenant à la copropriété s’est subitement retrouvé fermé à clés alors qu’il y avait un compteur électrique et en plus Monsieur Bonnamy l’a tagué ! »

Bonnamy  003 travailler moins

Bonnamy004 surfer plus

« Travailler moins pour surfer plus », « 68 is not dead », c’est la plage qui surgit soudain sous les pavés de ce triste sous-sol. Éric Bonnamy, homme de gauche,  assume : «  C’était un clin d’œil ! » Le quiproquo aurait pu en rester là si les escarmouches entre le locataire et la syndic bénévole ne s’étaient multipliées, reléguant la bataille de Verdun au rang d’aimable bluette de patronage, en comparaison de la guerre de tranchées qui sévit depuis huit ans dans cet immeuble.

En 2008, la locataire de Madame Gestas, qui habite juste en dessous de Monsieur Bonnamy met fin à regret à son bail, ne supportant plus le vacarme permanent de «  ces personnes qui confondent pavillon et appartement ».

Une première bordée d’injures que n’aurait pas reniées le capitaine Haddock, s’ensuit entre le locataire et la syndic. Madame Gestas part au commissariat déposer une main courante. Monsieur Bonnamy arrive sur ses talons pour affirmer que la locataire de Madame Gestas abandonne son appartement à cause du prix du loyer et non du bruit. La locataire, outrée, arrive à son tour, confirmant qu’elle ne supporte plus le voisinage de l’inspecteur.

Et ce n’est que le début d’une longue série de main-courantes ! Dire qu’on se demandait pourquoi la police n’avait plus le temps de dresser des procès-verbaux aux automobilistes sous Borotra…

L’escalade continue…

Le 26 septembre 2011, la copropriété est obligée de faire un constat d’huissier et une sommation interpellative pour que l’indélicat restitue les parties communes.

Penaud, Éric Bonnamy, reconnait par lettre l’occupation illégale et s’engage à remettre les lieux en état.

Mais six jours plus tard, le 2 octobre 2011, c’est la troisième guerre mondiale. Éric Bonnamy croise au rez-de-chaussée Madame Gestas et lui assène un chapelet d’obscénités (« J’étais épuisé par cette affaire », plaide-t-il) avant de monter au troisième étage par l’escalier central, de trouver un sac d’ordures ménagères sur le palier et de le lancer en contrebas, tandis que Madame Gestas discute avec un voisin. Par chance, personne ne sera blessé, alors qu’un tuyau métallique se trouvait dans le sac.

Nouvelle main courante au commissariat.

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Penaud, le très urbain futur conseiller municipal se fend d’une lettre d’excuses manuscrite où il reconnait un « comportement irrespectueux et ridicule ».

Bonnamy 010 excuses

On ne lui fait pas dire.

Après un incident aussi grave, certains auraient décidé de faire profil bas, mais l’homme qui taguait au pochoir des Bob Marley dans le sous-sol commun, adore mettre ses voisins en pétard. «  Je ne fais une fête qu’une fois par an, à l’occasion de mon anniversaire » affirme le jeune quadragénaire. Oui, mais quelle fête ! En ce mois d’août, les voisins du deuxième et du premier étage ont la surprise d’entendre des pétarades à hauteur de leurs fenêtres. « Mais non, c’est exagéré… Des copains m’avaient offert un feu d’artifice acheté au Bazar basque et nous l’avons juste tiré de ma fenêtre »

Étonnez-vous après cela que les propriétaires du turbulent locataire décident de le traîner devant le tribunal de Bayonne, le 28 novembre 2012 ! Alors que les juges se montrent généralement frileux sur les querelles de voisinage, ils estiment que le « trouble de jouissance » est caractérisé et ordonnent son expulsion. Célibataire sans enfant, la future étoile montante (ou météorite ?) de la liste de Guy Lafite aurait pu juger bon de mettre les voiles, ce qui parait indiqué pour un inspecteur des Affaires maritimes. Éric Bonnamy préfère faire appel à Pau. Malgré trois témoignages en sa faveur de locataires de son âge, le décrivant comme « particulièrement discret et respectueux », le jugement est confirmé en janvier 2014 et devient de ce fait exécutoire.

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En mai 2014, un huissier se présente au domicile de celui qui est devenu conseiller municipal chargé de la mobilité urbaine, pour lui signifier son expulsion, mais trouve porte close.

Et depuis ? Plus rien !

Avec une candeur désarmante, Éric Bonnamy livre peut-être la clé de l’énigme. « Cette affaire est folle. Je ne suis pas celui qu’on décrit. La preuve ? C’est le même agent immobilier qui m’avait logé ici qui me cherche un nouvel appartement… Le jour où l’huissier est venu, j’étais au travail et la sous-préfecture m’a appelé en me demandant si j’étais bien conseiller municipal. Depuis, je suis comme vous, j’attends. »

 La copropriété, qui trouve le temps long et s’indigne de cette inertie, qu’elle n’estime pas due au hasard, a demandé à être reçue par Michel Veunac qui l’a renvoyée sur Peio Claverie. Rendez-vous a été fixé au 16 juillet dernier, avant une rétractation par mail.

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Pas de chance pour eux, l’ami Peio est un homme débordé et n’a jamais trouvé une minute à leur consacrer. Ce rendez-vous manqué n’a strictement aucun lien avec l’appartenance à la majorité municipale d’Éric Bonnamy, ou avec les dates légales d’expulsion interdisant de mettre quelqu’un dehors du 1er novembre au 31 mars. Ce n’est pas le genre de la Ville de ruser ainsi !

Et quel dommage de gâcher un talent comme celui de Monsieur Bonnamy. Un homme avec une telle capacité à mettre de l’animation partout où il passe, à fédérer les enthousiasmes et à susciter l’adhésion, ne devrait pas être simple conseiller municipal. Hollande a son Thévenoud, député atteint de « phobie administrative », voilà maintenant que Veunac a le sien frappé de « phobie locative ». Vite, une promotion pour cette brillante jeune pousse politique !

 

Une étonnante rencontre

Rendez-vous est pris avec Éric Bonnamy, le 14 octobre au soir, au Bar des Colonnes. Sachant que l’intéressé est inspecteur des affaires maritimes mais aussi moniteur de surf, je m’attends à croiser un fort en gueule. L’homme est gentil, courtois et timide, ne nie pas ses erreurs, baisse les yeux comme un enfant pris en faute quand je m’étonne qu’un adulte comme lui contrevienne ainsi à la loi, et semble persuadé que tout est de la responsabilité de Madame Gestas, qui «  met l’immeuble sens dessus dessous » Un argument qui ne tient pas la route tant son dossier est désespérément mince quand celui de la syndic est fort consistant. Même évanescence quand on parle politique. À mon sens, son comportement le disqualifie pour être représentant de la Ville et il devrait démissionner de son poste de conseiller municipal. Un voile de tristesse traverse son regard en entendant mes propos et il évoque avec passion sa fonction, ce qu’il fait pour la cause du vélo et ce qu’il souhaite proposer dans le futur. J’ai envie d’engueuler Guy Lafite d’avoir recruté sur sa liste quelqu’un dont je ne doute pas de la gentillesse malgré les méfaits commis dans son immeuble, mais qui n’a visiblement pas le cuir assez solide pour faire de la politique. Comme Michel Veunac au poste de maire, on a envie de dire d’Éric Bonnamy : « Mais qu’allait-il faire dans cette galère ? »

2 réflexions sur “L’étonnante urbanité du conseiller Bonnamy

  1. Bel article, bien renseigné et étayé. Un pur scandale, une fois de plus ! Ils attendent que les biarrots débarquent à la mairie avec des banderoles pour arrêter leurs conneries ? Ils devraient se méfier, c’est peut-être dans les tuyaux…
    La démission de ce Bonnamy (porte bien son nom pour la municipalité actuelle) serait la moindre des choses.
    Je remarque que les biarrots ont tendance à se confier à vous Mr Viollier, on apprend de plus en plus de « cas », c’est très bien…

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