Borotra mérite des huées

statueMême les plus malins finissent par trébucher ! Grand spécialiste de la communication, Michel Veunac a commis deux petites maladresses, lors du dernier conseil municipal, et il s’emploie depuis à les faire oublier comme le prouve l’article de Sud Ouest  (8/10), intitulé « Si chères sculptures« .

La première pourrait prêter à sourire. Michel Veunac, en se déclarant  » absolument pas fan  » de la statue du sculpteur tarbais Jean-Jacques Durancet, représentant un piéton tenant un chien en laisse (47 500  €, tout de même!), s’est laissé aller :  » On lui trouvera une petite place « . Malicieusement, le journaliste de La Semaine du pays basque, Jean-Philippe Ségot a immédiatement suggéré au maire de Biarritz de l’installer en face du domicile de son grand rival, Max Brisson. Plus sérieusement, les habitants du quartier qui héritera de cette statue sauront en quelle estime le premier magistrat de la Ville les tient.

La deuxième petite erreur est beaucoup plus révélatrice. Lorsque Max Brisson s’est étonné de la facture à payer, demandant à Michel Veunac s’il se souvenait avoir voté les 126 000 € pour les statues de Zigor et Durancet, le maire de la Ville a immédiatement réagi, affirmant qu’il n’avait jamais raté un conseil municipal et qu’il ne s’en rappelait pas. Et c’est à ce moment là seulement qu’il a mobilisé les services administratifs de la Ville pour savoir si cette douloureuse facture pouvait être contestée. La réponse est non puisque Didier Borotra disposait d’une délégation de signature sur les marchés publics inférieurs à 207 000 €. Tout serait donc parfaitement normal, si l’on en croit le nouveau maire. Un rétropédalage frénétique qui prêterait à sourire, s’il ne cherchait au passage à faire oublier les approximations de son mentor et à mouiller l’ancien premier adjoint, Max Brisson,  » qui n’ignorait rien du projet d’aménagement des halles « . Une lecture plus que discutable du coup en douce fait par le cher, le très cher Didier..

Une délégation de signature ne sert pas à faire son marché

La délégation de signature est une nécessité pour un maire, s’il veut être efficace. Si une chaussée doit être refaite d’urgence, ou si une intervention sur un bâtiment communal s’impose, il est logique que le maire n’aie pas à courir après ses adjoints pour prendre une décision.

Que le maire, en revanche, après avoir fait voter sans entrer dans les détails un projet d’aménagement des halles pour 600 000 €, profite de cette délégation de signature pour commander en douce des œuvres d’art, sans en délibérer avec son conseil municipal, ou au moins avec ses adjoints, est révélateur du mépris avec lequel Didier Borotra, dans son dernier mandat, a traité la démocratie. Passer commande, à un mois de son départ, les 3 février et 11 mars, de sculptures quand on a endetté la Ville comme il l’a fait, relève de la désinvolture la plus absolue.

Le message envoyé par Didier Borotra à ses administrés est clair : « Je fais mes emplettes et vous payez ! « .  Si vous le croisez dans la Ville, au volant de sa rutilante Smart, surtout, ne vous privez pas de l’applaudir très fort pour toutes les dettes qu’il a laissées sous le tapis et pour son inoubliable dernier mandat…

… Une fois de plus, comme dans l’affaire de l’emprunt fait par Michel Veunac à l’un des principaux fournisseurs de la Ville Jacques Darrigrand, on est dans le légal mais aussi dans le pas très normal. Une spécialité à part entière, décidément,  à Biarritz.

Indigne du palmipède

Extrait-CanardQuand on a aimé quelqu’un pendant de longues années, il est toujours difficile de découvrir qu’il tourne mal. Et même si Le Canard enchaîné va avoir cent ans l’an prochain, ce n’est guère agréable de constater qu’il se laisse aller à des aigreurs injustifiées.

La lecture du numéro daté du 1er octobre avait de quoi faire tomber de sa chaise un lecteur. Le Canard n’a jamais eu le bec complaisant pour les confrères qui se laissent aller à la flagornerie et à la brosse à reluire et il a bien raison. Mais affirmer, sans la moindre preuve, sans le moindre document à montrer au lecteur, que le gouvernement s’agite auprès de Bercy pour effacer une dette fiscale de Mediapart, dirigé par Edwy Plenel « un ami de trente ans du chef de l’État« , relève du règlement de comptes et mériterait un redoublement immédiat dans n’importe quelle école de journalisme.

De la même façon, estimer que seule la presse papier devrait bénéficier d’une TVA à taux réduit de 2,1%, alors qu’elle a droit déjà à des aides nombreuses et variées comme des réductions sur les tarifs postaux et des facilités fiscales, est ahurissant de la part du donneur de leçons de la presse française. Mediapart a mené un combat justifié et respectable pour être traité comme les autres grands titres de la presse française et Le Canard aurait du se ranger à ses côtés.

Un vigoureux décodage s’impose donc.

Hervé Martin est le journaliste qui pendant des semaines et des semaines a raillé Fabrice Arfi, de Mediapart, en soutenant que Jérôme Cahuzac ne possédait pas de comptes en Suisse. Lorsque le ministre a avoué, notre enquêteur du Canard  a donc connu un grand moment de solitude journalistique. Certains seraient allés se cacher dans les roseaux de la mare, mais pas notre intéressé qui a décidé de faire palmes hautes –  » Même pas tort, même pas mal ! «  – et de profiter des circonstances pour envoyer un coup bas à Mediapart. Avec la complicité d’une rédaction en chef, très agacée d’avoir perdu 16% de ses lecteurs en 2013.

La faute à l’arrivée de la gauche au pouvoir, affirme Michel Gaillard, le directeur du journal depuis vingt-trois ans, au moment de la publication des comptes de l’hebdomadaire. La faute aussi et surtout à l’immobilisme d’une direction qui se gaussait récemment du grand âge d’Elkabbach, toujours en activité, alors que le directeur a autant d’heures de vol au compteur et que certains membres de la rédaction flirtent avec les quatre-vingts ans. Un directeur, totalement réfractaire à l’ordinateur et aux réseaux sociaux, qui travaille toujours à la pointe Bic et qui compte  les points, tandis que Mediapart, plus contemporain, plus attractif, aligne les scoops les uns derrière les autres.

Même si je n’ai guère d’estime pour l’actuelle direction du « Canard », j’ai trop aimé ce journal, où j’ai travaillé seize ans,  j’ai trop côtoyé de confrères talentueux, pour lui souhaiter le moindre mal. Il n’y aura jamais suffisamment de liberté, d’investigation et d’impertinence dans la presse française…

Mais que cet article est vilain!