La libération de Biarritz n’est pas encore pour demain

cite-ocean

La Cité de l’Océan, une petite plaisanterie toujours désespérément vide, qui nous coûte environ 2 millions d’euros par an…

De la démocratie comme cela, des débats de ce niveau, des élus manifestant pleinement leur sens des responsabilités, on en redemande ! La maison « Bisque, bisque, basque ! » ne s’est guère spécialisée jusqu’à maintenant dans l’envoi de fleurs et n’a pas l’intention de changer, même les lendemains de Noël, mais force est de reconnaître que Michel Veunac, en bon professionnel de la communication, n’a pas son pareil pour créer le dialogue et laisser son opposition s’exprimer comme elle le souhaite, ce qui la change heureusement de l’ère du dictateur Borotra.

Oublions donc cette date désastreuse du 22 décembre, en plein rush des cadeaux de Noël, pour ce dernier conseil municipal de l’année qui proposait, en plat de résistance, le devenir de la Cité de l’Océan. Si vous ne vous contentez pas des rumeurs, si vous voulez pleinement comprendre l’évolution possible de la dernière folie mégalomaniaque de Didier Borotra, connectez-vous tranquillement chez vous et, après les questions courantes, vous allez assister (de 1h28 à 2h31) à ce que la politique peut vous proposer de mieux en matière de débat citoyen.

http://www.biarritz.fr/portail/conseil.html

Résumons-nous : il n’y a plus un élu pour contester l’échec actuel de la Cité de l’Océan qui imaginait accueillir 450 000 visiteurs par an, « des prévisions d’un optimisme extraordinaire » comme l’avoue Michel Veunac. La dégringolade financière s’accentue : 300 000 euros de pertes en 2012, 680 000 euros en 2013. Et surtout un coût annuel pour la Ville, avec les aides diverses et variées et l’achat d’expositions, qui se situe, selon Jean-Benoît Saint-Cricq, «  aux environs de 2 millions d’euros », un chiffre que personne ne semble vraiment contester dans la salle. Seule petite éclaircie « la fragilité juridique liée à la décision du Conseil d’État » a amené la Ville à demander la résiliation du Partenariat Public Privé (PPP) avec Vinci et à renégocier la dette. Mais Vinci comme Dexia n’ont pas la réputation d’être des tendres, prêts à se laisser dépouiller sans réagir. Pour le moment le duo Veunac-Lafite, ne peut annoncer à combien va s’élever la douloureuse car, selon le maire, « nous travaillons avec nos avocats sur les conditions de rupture. Ce protocole d’accord sera prêt pour la séance du 6 février ».

Veunac, Brisson, Saint-Cricq jouent la trêve des confiseurs

Difficile donc de sortir le champagne et de fêter par avance la libération de Biarritz, même si chaque ténor de l’opposition a tenu à afficher ce jour-là son sens des responsabilités. Et en particulier Max Brisson, très favorable à l’époque au projet et qui le reconnait sans la moindre ambiguïté : « Ensemble, nous avons trouvé intéressante la formule du PPP. Sur ce dernier point, au moins, nous avons eu tort (…) Il y a eu aveuglement quant aux chiffres projetés. À l’exception du bâtiment, tout a été conçu a minima. Cet échec, Monsieur le maire, vous n’en êtes pas plus et pas moins responsable que moi (…) Je reste inquiet pour le prix qu’il faudra payer pour en sortir ».

Jean-Benoît Saint-Cricq aurait pu profiter de la soirée pour se féliciter, lui qui avait dénoncé le PPP signé entre Vinci et la Ville et mené une procédure devant le tribunal administratif. Mais, maintenant que le bâtiment existe, il veut trouver une solution. Tout juste se permettra-t-il une petite allusion moqueuse en se proclamant « Père Noël des Biarrots » puisque son intervention va permettre à la Ville d’économiser quelques millions d’euros. L’avocat va ensuite, en bon habitué des prétoires, marteler ses convictions : « Pour qu’un parc d’attractions soit viable, il faut au minimum 25 attractions. Des attractions fondées sur la vidéo sont un peu datées, voire ringardes. »  Le peintre amateur et passionné ne cache pas qu’à son avis, il faut envoyer à la casse tout ce ludo-scientifique d’un autre âge et faire à la place un musée de peinture.

Frédéric Domège n’est pas loin de partager ce point de vue, « Je pense, comme Jean-Benoît, que c’est tout l’intérieur qu’il faut changer. On a l’impression de regarder King Kong, au Grand Rex, en 1966 », tandis que Maïder Arosteguy, en bonne centriste, s’efforce de réconcilier tout le monde : « Dans cette ville, on fait beaucoup de choses et on se donne parfois des objectifs qui sont très ambitieux »…

Le seul qui n’a visiblement pas été visité par l’esprit de Noël, reste Guy Lafite. En 2008, il expliquait à tout le monde, avec sa morgue d’énarque, combien le PPP était formidable, tandis que les opposants Jean-Benoît Saint-Cricq, Peio Claverie, Régine Daguerre, ou Françoise Viollier criaient au fou et lui faisaient passer des coupures de presse expliquant que ce mode de financement constituait une grenade dégoupillée pour les villes, ou, au mieux, une manière de planquer les dettes sous le tapis. Certains raseraient les murs après une telle erreur d’appréciation, mais notre Mozart de la finance ne se sent visiblement nullement responsable et a trouvé un coupable : « Nous avons été pris en otage dans un débat qui traverse la haute fonction publique ».  Avec un tel sens de l’autocritique, nous voilà rassurés lorsqu’il faudra défendre les intérêts de la Ville face à Dexia ou Vinci !

Veunac continue à croire à l’emplâtre sur la jambe de bois

Cité Océan 02

Entre le véritable océan et l’océan sur console, vous choisissez quoi?

La seule petite tension, lors de ces 3 h47 de conseil, est arrivée au moment où l’on s’y attendait le moins, après une intervention plutôt anodine de Jean-Benoît Saint-Cricq plaidant pour un musée de peinture. « Moi, j’ai proposé la relance de Biarritz Océan et les Biarrots m’ont suivi, s’emporte soudain le très policé Michel Veunac. Vous, vous avez proposé autre chose et les Biarrots ne vous ont pas suivi » Derrière cet incident, explicable par les heures de tension accumulées par les participants à ce conseil marathon, se dessinent clairement deux visions complètement antagonistes de l’avenir de la Cité naufragée.

Certes, la reconversion de ce parc d’attractions, inapte à dérider un enfant de cinq ans, et sa transformation en musée classique, représenterait une perte de 4 millions d’euros d’actifs (les attractions existantes) à envoyer à la casse. Mais est-ce bien raisonnable de relancer une formule qui, visiblement ne séduit pas ? Michel Veunac en est persuadé : « Je crois fondamentalement que ce projet est un beau projet ». Il va donc proposer un nouveau contenu et un nouveau management et, par conséquent remettre de l’argent au pot. Très visionnaire jusqu’à maintenant, Jean-Benoît Saint-Cricq est persuadé que c’est la mauvaise stratégie et a alerté ses troupes dès le lendemain du conseil : « Je crains que les économies que j’ai fait réaliser ne soient englouties de nouveau et très rapidement. La mauvaise nouvelle c’est que la Cité de l’Océan poursuit son activité et même va être relancée. En effet, le maire vient de découvrir ce que j’avais indiqué, à savoir que le parc d’attraction était manifestement insuffisant et se propose de recapitaliser la SEM BIARRITZ OCEAN, c’est-à-dire à engloutir encore 5 millions d’euros de plus dans cette affaire. Je crains que même avec une promotion commerciale supplémentaire ce concept suranné ne porte pas davantage de fruits.

Nous verrons bien ce qu’ils ont envisagé puisque le plan de relance nous est annoncé pour le 6 février prochain. »

Soucieux qu’il est de sa Ville, Jean-Benoît souhaite sincèrement se tromper. « Bisque, bisque, Basque » partage malheureusement ses craintes et a le sentiment qu’il n’y a rien à sauver dans cet héritage maudit de Didier Borotra.

Comme nous, vous avez croisé au cours de votre existence, une de ces femmes qui vous confie combien elle est malheureuse avec son mari, combien elle souhaite le divorce, avant d’avouer, les larmes dans les yeux qu’elle reste «  pour les enfants ». Avez-vous vu une seule fois un couple de ce type se sauver, en voulant différer le désastre annoncé ? Il faut parfois savoir rompre. Lundi soir, les élus de tous bords ont effectué un remarquable travail d’autocritique et de recherche de solutions constructives. Mais maintenant, il est grand temps de baisser le rideau et, comme le propose Jean-Benoît Saint-Cricq, de tenter tout autre chose.

Vous qui avez l’océan sous les yeux tous les jours, qui vous enivrez comme moi de sa beauté et de sa force, croyez-vous vraiment que l’achat de quelques vérins pour décupler les sensations des spectateurs, la modernisation de quelques vidéos, ou l’engagement d’un commercial de talent peuvent sauver ce projet imbécile que Didier Borotra – visionnaire première année ! – a imposé à une population qui n’en voulait pas ?

Jean-Yves Viollier

En fin de conseil, Michel Veunac, décidément excellent en meneur de jeu, a eu un mot très chaleureux pour Robert Rabagny : « C’est un ami. Il y a eu une situation qui l’a éloigné de ce qu’il aime faire, mais je pense que ce n’est que partie remise ». Espérons donc que, pour la Cité de l’Océan comme pour le plus célèbre animateur de la Ville, le bon sens va enfin prévaloir.

5 réflexions sur “La libération de Biarritz n’est pas encore pour demain

  1. Je trouve assez dingue qu’un élu puisse endetter tout le monde sur un projet sur lequel personne n’aurait misé un Kopeck , et s’en aller tranquille … Y a un gros problème dans cette démocratie. Si les élus étaient obligés de mettre un peu de leurs « sous » dans leurs projets pharaoniques , on aurait moins de cas comme celui là !!
    L’idée d’un musée de peinture n’est pas mauvaise, dommage de ne pas avoir fait un « Louvre Biarritz » comme à Lens, autant de visiteurs en un WE qu’en un an à la cité de l’Océan, ça laisse rêveur ….

    • Totalement d’accord avec vous. Borotra coule des jours paisibles à Arbonne, il revendique le statut de maire honoraire, si l’on en croit Sud Ouest, et nous pendant ce temps, soit à cause de son ego boursouflé, soit parce que les bétonneurs ont toujours eu l’enveloppe facile, nous payons pour un bâtiment totalement inutile.

  2. Reconnaître l’échec dont ils sont à l’origine est bien la moindre des choses. Ils ne peuvent plus le nier et les Biarrots grondent. Don Borotra a dilapidé l’argent public comme on achète des croissants. Mais le plus difficile reste à venir. Je ne pense pas qu’un musée soit la panacée. D’abord parce que visiblement il y a (déjà) des fuites à la Cité de l’Océan, et que l’atmosphère y serait trop humide pour des peintures. Et ensuite, il faudrait enfin s’axer sur une activité familiale. Quand on voit le musée de la Science à San Sebastian, je pense que ce serait une bonne idée à BIarritz. Un exemple parmi d’autres…

  3. Peut-être que le nouveau propriétaire du château d’ilbarritz, pourrait éclairer la lanterne de nos élus, et leur proposer des idées lumineuses pour la cité de l’océan, le golf et le centre équestre. Je suis sûr que lui y trouverait aussi son bénéfice.

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