La double victoire de Pau sur Biarritz

Bo Bayrou

François Bayrou peut rire sous cape, pendant que Michel Veunac semble accablé… Pau l’emporte nettement face au BO, et l’UMP mange dans la main du Béarnais pour tenter de piquer le département à la gauche.

François Bayrou affiche un léger sourire, dans la tribune d’honneur du stade d’Aguilera. Son club de cœur vient de surclasser totalement le BO (20-0) et il  n’y a pas un spectateur pour estimer que les Biarrots ont inquiété une seule seconde la section paloise, leader de la Pro D2. Humiliation suprême, les Palois, alors que le gong marquant la fin du match retentit, au lieu de se contenter de dégager en touche, décident d’enfoncer le clou et de tenter de marquer un nouvel essai aux Biarrots. Tentative ratée qui témoigne de la confiance qui habitait les Verts et Blancs, face à des Rouges et Blancs, totalement surclassés.

Mais le malin Béarnais doit aussi réprimer quelques fous-rires en voyant toute la tribune d’honneur aux petits soins pour lui. En effet l’UMP s’est aperçue qu’elle n’avait aucune chance de piquer le département à la gauche, sans s’allier à l’UDI et au MoDem. Et voilà comment l’homme qui a appelé à voter Hollande en 2012 est en train de mettre un bazar sans nom à Biarritz, et en particulier à l’UMP, comme je vous le raconterai mardi prochain.

L’illustration même de ces petits jeux politiques qui donnent, à juste titre, une « boutonnite » aigue aux citoyens.

Que mille impertinents surgissent !

Débat Casino Bellevue 01

Une bonne centaine de participants, deux heures de débat, et… même pas le temps d’admirer l’océan!

C’est une histoire vieille comme le monde : le jour où l’imprévisible surgit, la jeunesse s’engage tandis que l’âge mûr se tapit prudemment. Pendant que les professionnels du FIPA (Festival International de Programmes Audiovisuels), les mêmes qui s’affirmaient « Je suis Charlie« , il y a peu, s’auto-congratulent sur scène en se décernant mutuellement le nombril d’or, pendant que les élus dissertent sur la liberté de la presse tout en continuant leurs pressions sur les titres qui parlent d’eux, les étudiants en BTS de l’école Supérieure d’Art des Rocailles à Biarritz ont le bon réflexe en organisant, vendredi 23 janvier, un débat intitulé  » Charlie, suis-je ?  » sur la liberté d’expression, le blasphème et la laïcité.

Une centaine de personnes se retrouvent dans la grande salle du casino Bellevue, autour de l’artiste Pascal Convert, de son épouse, enseignante aux Rocailles, d’Olivier Milot de Télérama, de Julien Dubois  réalisateur de « Bondy blog, portrait de famille », du très prometteur étudiant en journalisme Loïc Masson, et de l’ancien du Canard enchaîné que je suis. (Il faut toujours un vieux con dans les débats…)

Un débat, donnant la parole à la salle et évitant les interminables péroraisons, conduit avec une habileté de vieux routiers de la télévision par les étudiants. Qui, en effet, peut prétendre détenir la vérité, après  le massacre de Charlie Hebdo et les trois jours de folie qui ont suivi ?

Après la question vite évacuée de savoir si la presse aurait dû faire une couverture commune après les attentats, ce qui aurait été un curieux réflexe au moment où nous devons réfléchir à la diversité de notre pays, c’est l’école qui arrive au centre des préoccupations de tous. Et les anecdotes révélatrices qui éclairent la réflexion.

Fracture sociale et fracture verbale

Un ancien proviseur qui sévissait dans la banlieue bordelaise affirme que les mots utilisés par les enseignants échappent de plus en plus aux élèves. Débat Casino Bellevue 02Quand un de ses collègues était absent, notre proviseur, qui devait fasciner ses élèves par ses talents exceptionnels de conteur, profitait de l’heure disponible pour échanger avec les lycéens. Coincé une fois par une obligation imprévue, le proviseur doit quitter la classe. Une jeune collégienne, issue de l’immigration, l’interpelle : « J’aime bien quand vous faites cours, Monsieur, car vous parlez grossier« . Surprise de l’intéressé : « Je parle grossier?« .  Et réponse très révélatrice de la jeune fille : « Oui, je comprends tous les mots que vous utilisez ».  Julien Dubois, à la gauche aussi virulente que décomplexée, rappelle aussi que pendant longtemps les partis et syndicats ouvriers ont joué un rôle culturel important, en incitant les militants à lire et à réfléchir, ce qui n’est presque plus le cas aujourd’hui, où les partis ont déserté les cités.

Un autre spectateur souligne fort judicieusement qu’en Europe, ce grand machin antidémocratique qui ne parle jamais d’une même voix, les lois sur le blasphème ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre et que la dernière une de Charlie hebdo serait condamnée chez nombre de nos voisins. Raison de plus pour ne pas se montrer ramollos du crayon et défendre notre spécificité française !

Et lorsque surgit l’inévitable question de savoir s’il faut rire de tout, l’ensemble de la salle semble partager le même point de vue. Oui le rire, à la fois fédérateur et susceptible de faire réfléchir l’autre, est la meilleure réponse démocratique à tous les obscurantistes adeptes de la pensée unique, qu’ils soient religieux ou politiques. Oui, on ne devient pas du jour au lendemain Cabu, Charb ou Wolinski, mais il est indispensable pour notre démocratie que mille impertinents surgissent pour assurer  la relève.

Mais comment douter de cette génération, tellement plus cultivée et évoluée à âge égal, que celle des vieux soixante-huitards que nous sommes ?

Raciste, le Pays basque ?

LASSANA-BATHILY

Lassana Bathily, parce qu’il a privilégié les hommes et ne s’est pas soucié de leurs convictions religieuses, mérite mille fois la nationalité française.

Comme dirait Hara-Kiri, il y a le racisme bête et le racisme méchant, ce qui, au final, ne change pas grand chose pour celui qui le subit (Si vous vous faites renverser par une voiture, est-ce que ça vous consolera d’être envoyé à l’hôpital par un conducteur maladroit plutôt que par un conducteur bourré ?).

Le racisme bête relève souvent de l’ignorance. Mon grand-père avait fini la guerre comme sergent-chef d’une troupe de tirailleurs sénégalais. Dans le petit village rural de Charente où nous habitions, un de ses copains de guerre venait parfois lui rendre visite, au début des années soixante. J’avais moins de dix ans et j’entends encore les questions insidieuses de l’épicière, sidérée par la présence d’un noir dans le village : « Mais, il dort dans un lit ? Il mange avec une fourchette ? « .

Plus récemment, dans les années quatre-vingts, je me souviens d’un tournoi de rugby rassemblant des équipes de journalistes à Soustons. Une adorable délégation ivoirienne s’était rendue sur place. Le capitaine, qui s’appelait Amour (… ça ne s’invente pas!), lassé de répondre aux questions des habitants sur le mode de transport de son équipe pour rallier la commune landaise, s’était mis à sur-jouer l’Africain : «  On est veuunus en piiirogue. On a mââângééé un des joueuuuurs et maintenant on se sent en pleine formeuuuu… »  Quiconque à fréquenté l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny à Abidjan, ne peut qu’éclater de rire à une telle question… et à une telle réponse qui démontre un sens affirmé de l’autodérision. Et tous ceux qui ont joué au rugby peuvent en témoigner, que notre bite soit blanche, jaune, marron ou noire, nous sommes fondamentalement les mêmes sous la douche.

Mais les gens de Charlie hebdo le savent bien, de la bêtise à la méchanceté, il n’y a parfois qu’un pas. Je me souviens d’une soirée très pénible, il y a deux ans, passée dans la région avec un ami américain, basketteur professionnel. Je revois encore toutes les conversations qui s’arrêtent et les fourchettes qui s’immobilisent à son arrivée dans le restaurant choisi, les regards lourds pendant tout le repas et le soulagement avec lequel nous avons quitté l’établissement.

Apprendre et comprendre 

Les récents événements que nous venons de vivre, que ce soit l’assassinat de dessinateurs, de policiers ou de clients de l’Hyper Cacher, sont tellement violents, tellement hors norme, qu’ils nous obligent à sortir des petites boîtes intellectuelles ou nous nous complaisons habituellement (« Je suis de gauche », « Je suis de droite« , « Je suis athée« … ) et à laisser parler notre propre sensibilité, sans s’abriter derrière une chapelle idéologique.

Beaucoup de personnes, me sachant très affecté par la perte de dessinateurs amis, m’ont laissé un message ou adressé un mot. Certains, inattendus,  m’ont bouleversé par leur sensibilité, d’autres, venant de très proches et se voulant gentils, m’ont sonné par le racisme inconscient qu’il véhiculait. Et, disons-le tout net, avec toute la politesse et la mesure d’un invité qui a le sentiment d’être accueilli dans une des plus belles régions du monde, ces mots qui blessent sont souvent venus du Pays basque, une région où l’immigration est pourtant quasiment inexistante et où l’on rencontre plus souvent un politicien véreux qu’une femme voilée.

La stratégie des barbares (le terme est de l’imam de Drancy) qui ont inspiré ces meurtres en série à la kalachnikov est pourtant limpide : faire en sorte que les communautés s’affrontent, obliger les modérés de tous bords à choisir leur camp pour nous conduire à une guerre de religions inévitable. La meilleure réponse, c’est de lire, d’apprendre, de chercher à comprendre. Je suis frappé, dans ces périodes où les émotions libèrent les paroles, par le bazar qui règne dans la tête des Français, par la méconnaissance du sens véritable de mots aussi fondamentaux pour notre pays que la laïcité ou la liberté d’expression. Non, un athée n’est pas obligatoirement anticlérical, non un antisioniste qui conteste la politique menée par l’État d’Israël n’a rien à voir avec un antisémite, non un musulman ne peut être confondu avec  un islamiste radical, non la liberté d’expression n’autorise pas les insultes racistes, non la loi Falloux n’est pas une loi contre les religions.

Relisez « Les Ritals » de Cavanna et vous découvrirez que la difficulté en France à accepter la différence ne date  pas d’hier, que ces communautés d’Italiens, d’Espagnols ou de Portugais, installées en banlieue sud de Paris,  peu avant la guerre, étaient perçues par les Français de souche (le vilain mot!)  comme les Arabes d’aujourd’hui, tandis que dans le même temps, on fustigeait le juif cupide et manipulateur… Avec les conséquences que l’on sait.

Notre diversité est notre richesse

Alors, s’il vous plait, épargnez-moi les insupportables « C’est toujours eux!« , « On ne voit que des noirs et des arabes à la télé », «  C’est le GIGN qui doit régler le problème avec une balle dans la tête pour les fauteurs de troubles« … et cherchez par vous-même les réponses aux questions qui nous agitent actuellement. On trouve le pire, mais aussi le meilleur sur Internet. Ainsi, face à une présupposée délinquance d’une certaine catégorie de la population, tous les sociologues vous démontreront (et je vous défie d’en trouver un qui dise le contraire) qu’à égalité de revenus, on trouve la même proportion d’actes délictueux dans toutes les familles, quelle que soit l’origine. Et d’ailleurs, à propos de communauté savez-vous à l’horizon 2020 quelle sera la plus importante en France, selon l’institut CSA ? La communauté des athées, puisque 47% des jeunes de 18 à 24 ans se sont déclarés sans religion en 2013 et que le nombre ne cesse de croître.

Vous le voyez, nous avons un sacré ménage à faire dans notre catalogue personnel des idées reçues et une laïcité ferme et vigilante reste le seul moyen de permettre à chacun, dans notre beau pays, de croire à ce qu’il veut, sans imposer son opinion aux autres.

Et pour répondre une dernière fois aux commentaires acerbes entendus ici ou là, oui, je trouve formidable que notre pays ait donné la nationalité française à Lassana Bathily, ce jeune homme d’origine malienne qui ne s’est pas soucié de la religion de tel ou tel au moment de sauver des vies humaines. Oui, je dînerais avec lui bien volontiers si l’occasion m’en était donnée et je suis sûr qu’il aurait énormément à m’apprendre par son parcours.

Nous devons nous connaître, nous apprécier, nous respecter. Nos diversités sont notre richesse et notre survie passe par là.

Iznogoud et le pigeon

On ne vous empêche pas » Tu es une communiste qui s’ignore  » aimait répéter Charb au nouvel amour de sa vie, l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, Jeannette Bougrab. Semaine de tous les paradoxes, en vérité, que celle où des copains sont assassinés, où des talents s’affirment, où des médiocrités se confirment. Semaine où l’on a ri aux larmes plus souvent qu’à son tour et où l’on s’est senti fier comme jamais d’être Français.
J’imagine le grand rire de Cabu, « Arrête tes conneries!« , alors que je lui raconte que des gens ont passé la nuit dans leur voiture pour être les premiers à acheter Charlie hebdo. Ah ça, ils ont vraiment joué gagnant, les illuminés qui ont sorti la sulfateuse, rue Nicolas Appert, et assassiné des gamins attardés qui faisaient des traits d’encre sur du papier. Propulser les ventes d’un hebdomadaire, devenu confidentiel, de 25.000 exemplaires à cinq millions en une semaine, voilà une opération de propagande réussie. Et, plus fort encore, réconcilier les Français avec leur police, voilà bien un fantasme que Bernard Cazeneuve n’aurait jamais imaginé…
… Étrange ambiance que celle de Paris actuellement : les magasins et les restaurants sont quasiment déserts, les regards sont attentifs dans le métro à la recherche d’un sac abandonné dissimulant un engin de mort, et, en même temps, chacun prête beaucoup plus d’attention à l’autre, s’efforce de sourire, tient à montrer par son attitude que tout le monde doit trouver sa place dans notre beau pays, du moment qu’il accepte de se fondre dans le creuset républicain qui nous définit.
Étonnante semaine, où les soutiens ne sont pas toujours où on les attend, et où les raccourcis criminels (« L’arabe, voilà l’ennemi!« ) viennent parfois d’amis, qui vous poignardent sans même en avoir conscience.
Manuel Valls n’a guère été épargné jusqu’à maintenant dans ce blog, mais, tout comme Villepin à l’ONU, je lui saurai gré à vie du discours qu’il a tenu mardi à l’Assemblée et qui a fait se lever tous les parlementaires présents, à l’exception de Marion Maréchal :
 » La France c’est l’esprit des lumières. La France c’est l’élément démocratique, la France c’est la République chevillée au corps. La France c’est une liberté farouche. La France c’est la conquête de l’égalité. La France c’est une soif de fraternité. Et la France c’est aussi ce mélange si singulier de dignité, d’insolence, et d’élégance. Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est donc être habité par ses valeurs.  »
Si par hasard, vous avez raté ce discours, prenez quarante-cinq minutes pour l’écouter, tout y est :
http://www.gouvernement.fr/hommage-aux-victimes-des-attentats-discours-de-manuel-valls-version-augmentee

Un devoir d’impertinence

… Bien sûr, parmi ces 4.975.000 nouveaux lecteurs qui se sont rués dans les points de vente, tous ne vont pas adorer l’esprit de provocation systématique des rescapés de Charlie, mais tous, par ce geste citoyen, ont voulu réaffirmer à quel point l’impertinence était une valeur salutaire de la République. Présence réclamée des Femen, la prochaine fois que les cloches de Notre-Dame feront retentir le glas en hommage aux dessinateurs tués, cercueils crayonnés par les amis dessinateurs et cette réflexion de Christophe Alévêque, aux obsèques de Tignous :  » Aujourd’hui, nous avons un genou à terre, mais l’essentiel c’est de ne pas avoir les deux. On ne sait jamais, on pourrait se mettre à prier!« . Un propos d’athée, qui n’est pas destiné à choquer, mais uniquement à évacuer sa peine par le rire.
Le très catholique propriétaire de La Semaine du Pays basque, Hubert de Caslou, ne dit pas autre chose, dans son éditorial intitulé « Notre liberté assassinée« , quand il raconte comment, homme de foi, il vit douloureusement « les atteintes exagérées et répétées à ce que l’homme qui croit possède de plus intime« , tout en n’ayant pas une seconde d’hésitation pour qualifier « d’insoutenable » cette atteinte pour tous ceux  » qui considèrent la liberté de la presse comme un absolu« . Et comme le rire est la politesse du désespoir, lorsqu’on rapporte à Hubert de Caslou que j’ai beaucoup apprécié son éditorial, il réplique, flegmatique : « Alors, je dois me gauchiser!« .

L’infâme joue des coudes

Pétillon Sarko

Dessin de Pétillon, publié dans « Le Canard enchaîné » du 14 janvier

Pour les rires salvateurs qu’il nous a procurés, on ne remerciera donc jamais assez cet as de la patrouille de France, déguisé en pigeon des villes, qui a su déjouer, dimanche, la vigilance de tous les tireurs d’élite postés sur les toits et a réussi, alors qu’un million cinq cents mille personnes battaient le pavé parisien, à dégazer pile sur le costume du Président de la République! Pauvre François Hollande qui, quand il ne prend pas la flotte lors de ses sorties, se prend la fiente… Une façon d’être ramené à sa condition humaine qui ne l’empêchera pas de grimper dans les sondages de popularité, car, costume maculé ou non, il a plutôt montré pour une fois qu’il y avait un pilote dans l’avion.
Et puis il y a le meilleur client des dessinateurs passés et à venir, celui qui ne nous déçoit jamais et qui est décidément à la politique ce que De Funès était à la grimace. Dimanche, les manifestants parisiens sont graves et dignes. Relégué au troisième rang, Nicolas Sarkozy, flanqué de Carla Bruni, s’agace d’être invisible. Alors, l’infâme vizir qui voudrait redevenir calife profite d’un îlot directionnel qui coupe en deux le cortège pour griller la politesse au garde du corps de Benjamin Netanyahu et se retrouver sur la photo. Jusqu’à ce que les chefs d’État, conscients du manège de l’indésirable, décident de se tenir par les coudes et l’expulsent de fait.
http://www.ozap.com/actu/nicolas-sarkozy-joue-des-coudes-pour-apparaitre-sur-la-photo-paris-match-modifie-son-article/461096
Plus fort encore, alors que le très prudent « Paris Match » s’amuse de la manœuvre, l’ex-président de la république, pauvre petit jouet des événements, affirme au mépris de tout bon sens qu’il a été « propulsé par la cohue« . Pas trop le genre des chefs d’état, isolés par un impressionnant cordon de sécurité, de jouer des coudes, mais question culot l’homme a déjà fait ses preuves. Et c’est pour cet infâme que vous envisagez de voter en 2017 ?
Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, je sais que les femmes sont belles là où vous êtes, mais arrêtez de vous fendre la pêche et de saloper les nuages blancs avec vos gribouillis, en attendant que mille crayons impertinents se lèvent pour défendre notre démocratie! Patience, la relève arrive…

Vos gueules, les politiques!

Charlie Muttio 2

Ah ça, où qu’ils soient, ils ont bien dû se fendre la gueule, les Charb, Honoré, Wolinski, Cabu, Tignous, et s’en donner à crayon joie, en entendant les cloches de Notre-Dame sonner le glas, en voyant des milliers de Français entonner la Marseillaise, ou en apprenant que Schwarzenneger vient de s’abonner à Charlie hebdo, et recommande à ses amis d’en faire autant.

En revanche, les feutres ont sans doute grincé sur le papier lorsqu’ils ont découvert à quelle vitesse la récupération a succédé à l’émotion. D’un côté, une France bouleversante de spontanéité, qui se rassemble digne, émue et fraternelle avec des « Je suis Charlie » sur le cœur, de l’autre l’habituelle cohorte des politiciens récupérateurs, uniquement préoccupés par leurs petits fonds de commerce et par leurs prochaines échéances électorales.

Ni dieux, ni maîtres à penser

Prenez l’agité à talonnettes. Vous savez, celui qui nous avait annoncé en 2012 qu’il renonçait à la vie politique après sa défaite face à Hollande. Celui-là même qui n’a pas hésité au moment de l’élection présidentielle à faire appel au très droitier Patrick Buisson et à brandir les épouvantails communautaristes pour tenter d’être élu. À la place de Nicolas Sarkozy, on aurait rasé les murs, on aurait fait silence. Au lieu de cela, déclaration martiale, mouvements de mentons et habituels tressaillements d’épaules devant les caméras. Pour ne rien dire, comme d’habitude.

 Prenez le petit Catalan, celui qui passe les plats à Matignon. La mine grave et gourmande à la fois, à l’idée de ces trois jours de fusillade qui vont être très bons pour sa cote de popularité, Manuel Valls nous invite à descendre dans la rue, en hommage aux victimes. Comme si nous ne sommes pas capables d’avoir l’idée tous seuls et devons attendre les directives de nos dirigeants politiques pour savoir ce que nous avons à faire!

Prenez la pleureuse professionnelle, celle qui geint qu’on ne l’a pas invitée à la grande manifestation républicaine de dimanche. Comme s’il fallait désormais attendre la réception d’un carton d’invitation pour descendre exprimer dans la rue son chagrin et son indignation! Si Marine Le Pen ne se sent pas gênée aux entournures de sa conscience, qu’elle vienne, comme tous les militants du Front national qui le souhaitent, mais discrètement, anonymement, et non en porte-parole d’un parti qui thésaurise sur la haine et la différence avec l’autre.

Ne pas tisonner, ne pas transiger

Charlie hebdo avait décidé de faire chaque semaine la guerre aux cons. Il faut croire que les Français ne se sentaient guère concernés puisqu’ils n’étaient que 25 000 à le lire, et qu’il aura fallu la mort de la moitié de la rédaction pour que le lectorat se réveille. Pour en avoir souvent discuté avec eux, Charb, Cabu, Wolinski, n’avaient strictement rien contre les croyants, de quelques bords qu’ils soient, du moment qu’ils respectaient la laïcité, ce ciment de notre république. C’est à dire le droit absolu à la liberté de penser et de croire, mais sans emmerder les autres avec ses convictions.

Dignes héritiers de Coluche, ils se moquaient seulement, avec ces armes dérisoires que sont un crayon et une feuille de papier, des donneurs de leçons, des hypocrites, des semeurs de haine, qu’ils soient religieux ou politiques.

Rendre hommage demain, à ces merveilleux gamins attardés, mais aussi aux policiers qui sont morts pour défendre les libertés, aux employés ou aux otages qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, c’est marcher loin des banderoles et des petites chapelles qui vont inévitablement proliférer sur le pavé parisien, les UMP avec les UMP,  les PS avec les PS, et, comme par hasard, tout le monde prêt à s’écharper pour être au premier rang face aux caméras.

Rendre hommage à ceux qui viennent de tomber, c’est être très responsable dans ses propos, éviter les amalgames qui blessent, ne pas attiser les haines entre les communautés, alors que toutes sont composées d’une majorité de gens bien et de quelques fanatiques qui veulent nous obliger à choisir notre camp.

Ne pas tisonner, certes, mais ne pas transiger sur la République, sur la laïcité, sur la liberté d’expression. Ne pas tomber dans le prêt-à-penser qu’on veut nous imposer et rester des hommes libres. Notre pays doit pouvoir continuer à débattre de tout, à rire de tout, à s’écharper joyeusement dans le respect de l’autre. Demain, pendant que des hommes politiques vont faire une courte apparition à la manifestation, descendant de leurs voitures blindées pour être pris en charge par leurs gardes du corps, d’autres, plus anonymes mais beaucoup plus courageux, vont défiler, écrire ou dessiner, malgré la peur, malgré les risques d’attentats,  pour que ces morts ne soient pas inutiles.

Nous sommes tous Charlie!

 

Dominique Mutio, l’auteur du dessin de tête de page, est un enfant d’Arcangues, installé depuis de longues années en région parisienne. Vous pouvez retrouver sa production sur sa page facebook (https://www.facebook.com/pages/Mutio-Dessinateur/213141072184753) ainsi que sur les sites http://www.iconovox.com et http://www.urtikan.net

Jean l’enchanteur

CabuCe grand gosse au sourire ravageur, resté antimilitariste forcené et traumatisé de la guerre d’Algérie, aurait sûrement trouvé cocasse de finir sous les balles d’un beauf fanatisé. Parfois, on plaisantait entre nous au Canard enchaîné : « Le jour où Cabu va mourir, il va être couvert d’éloges. Et le grand public ne va pas croire à la sincérité des hommages rendus, alors que nous serons absolument incapables de raconter l’homme merveilleux qu’il est ».

Jean Cabut, qui signait Cabu, était adoré de tous, comme ces gamins espiègles et talentueux à qui on pardonne tout. Rédacteur en chef à Charlie hebdo, un hebdomadaire de dessinateurs qui accueille des journalistes, et collaborateur depuis des lustres du Canard enchaîné, un journal de journalistes accueillant des dessinateurs, il ne cachait pas qu’il se sentait beaucoup plus à l’aise dans le premier titre, ce qui ne l’empêchait pas de faire l’unanimité, dans le premier comme dans le second.

Capable de dessiner les mains dans le dos

Il avait cette capacité à dessiner à toute allure lorsque l’actualité l’exigeait, à susciter le rire immédiat grâce à son trait fulgurant et à rendre heureux n’importe quel bouclage calamiteux.  En sale môme qui se respecte, lorsque les papiers qu’il devait illustrer tardaient un peu trop les jours de bouclage, il adorait partir dans des délires dessinés à quatre ou six mains, avec ses complices favoris Jacek Wozniak ou Jean-Michel Delambre. Des impubliables, réservés à la rédaction, capables de donner des vapeurs à Monseigneur Aillet, ou de faire rougir les péripatéticiennes les plus endurcies et qui le mettaient totalement en joie.

Il avait plus de 35 000 dessins au compteur, mais, à bientôt 76 ans, ne parlait absolument pas de dételer. Il ne s’octroyait que de rares vacances et pestait à l’idée de quelques jours sans dessin. Ce n’était nullement de la fausse modestie, mais il râlait comme un novice à son retour, affirmant qu’il ne savait plus dessiner.

Il faut dire qu’il dessinait tout le temps, ne se séparant jamais de son carnet de croquis. Il avait sympathisé avec Jean-Philippe Ségot, qui partageait avec lui une grande passion pour Trenet, et découvert Biarritz, à l’occasion du Salon du Livre 2011. Il avait été fasciné par les paysages, par l’océan, et, comme à son habitude lors des réceptions officielles, s’était amusé à croquer les notables locaux, en dessinant… les mains dans le dos ! Oui, vous avez bien lu, Cabu parlait tout à fait normalement à son interlocuteur, tout en croquant son interlocuteur sans voir son dessin.

Cabu, c’était Le grand Duduche devenu septuagénaire, mais resté adolescent. D’une gentillesse absolue, ilCabu 2 ne savait pas dire non et ne refusait jamais un dessin à un quidam ou une association qui lui demandait. Défiant vis-à-vis des politiques, il avait une tendresse totale pour l’écologie. Outre les curés et les galonnés, Cabu détestait les journalistes médiocres, les spécialistes de l’école hôtelière qui se contentent de passer les plats aux puissants du moment. Les mêmes qui vont l’encenser demain.

Les disparitions de Cabu, Tignous, Wolinski, Charb ne doivent pas représenter un coup dur pour l’impertinence. Leur rendre hommage, c’est,  pour les jeunes générations ne pas hésiter à prendre le relais, à oser, à relever le défi.

Le directeur de Charlie hebdo, Charb, de son vrai nom Stéphane Charbonnier, écrivait en 2012 : « Je n’ai pas peur des représailles. Je n’ai pas de gosses, pas de femmes, pas de voitures, pas de crédits. Ça fait sûrement un peu pompeux, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux »

Oui, mais pour parodier Brassens, « Mourir pour des dessins, d’accord, mais de mort lente ».

Alors, ça casse ou ça audace ?

Voeux Hollande

Un bureau désespérément vide de tout dossier. Un beau signal envoyé à la France qui travaille…

Ce modèle là, on l’a tous rencontré à un moment ou l’autre de notre existence. L’homme qui annonce, que ce soit dans un vestiaire de rugby, dans une entreprise ou une municipalité, qu’il va tout renverser sur son passage, avant de se désister piteusement, au moment de l’assaut final, pour cause de foulure au petit doigt. Il y avait vraiment quelque chose de pitoyable, le mercredi 31 décembre, à voir ce président le plus impopulaire de la Ve République, s’efforcer de prendre l’air martial et, du haut de ses cheveux teints, annoncer que 2015 doit être «  l’année de l’audace ».

Quand on a raté depuis deux ans tout ce qu’on a annoncé avec tambours et trompettes comme la baisse du chômage ou le retour de la croissance, quand on n’a tenu aucune de ces promesses, quand, tout au long de sa carrière politique, on a été surnommé successivement Flamby, La Fraise des bois, ou Le capitaine de pédalo, il faut un certain culot ou une imagination débordante pour aller se parer des plumes de l’audacieux.

Au cas où notre cher François Hollande serait à court d’idées, ce qui lui arrive plus souvent qu’à son tour, Bisque, bisque, Basque a donc une proposition à formuler, susceptible de faire immédiatement tomber en syncope tous les énarques de la promotion Voltaire qui l’entourent : oublier les cajoleries incessantes faites à la droite la plus réactionnaire, laisser Gattaz maugréer dans son coin,  renvoyer Macron à la nurserie qu’il n’aurait jamais dû quitter et mener enfin une véritable politique de gauche, passant par une hausse immédiate des salaires modestes, une relance de la consommation et un bras d’honneur à l’amie Angela…

Convenez avec moi qu’une vraie politique de gauche, question audace, ça aurait tout de même pour notre ancien conseiller général de Corrèze, perdu dans son costume présidentiel trop grand pour lui, une autre allure qu’une virée nocturne en scooter… Même sans casque !

Et pour en revenir à notre cher Biarritz, oui décidément, il y a énormément de similitudes entre François Hollande et Michel Veunac. Mêmes hésitations perpétuelles chez les deux, même incapacité à tracer une feuille de route claire, même recherche pathétique d’une idée originale, derrière une rondeur apparente et une facilité certaine à communiquer. Si un Biarrot est capable de nous expliquer ce que veut faire Veunac pour la Ville en 2015, nous lui offrons tout de suite une boîte de macarons de chez Adam.

Alors, faute d’imagination, ne parlons pas d’audace, on se raccroche à ce qu’on connait déjà et on s’empresse de chausser les gros sabots de son prédécesseur Didier Borotra. Le 22 décembre dernier, notre grand communicant local a annoncé qu’il allait remettre cinq millions d’euros au pot pour moderniser la piteuse quincaillerie de la désertique Cité de l’Océan. Un peu comme ce père de famille qui est tombé sur une mauvaise série, avec sa berline familiale, et qui s’obstine à changer le moteur, les freins ou l’embrayage, persuadé que des jours meilleurs l’attendent.

Didier Borotra s’est fait berner par des vendeurs qui ont très vite perçu la suffisance du personnage. Le ludo-scientifique, et surtout quand il s’agit de l’océan, n’intéresse personne. Il présente en plus l’inconvénient d’être très vite dépassé et de nécessiter des investissements incessants pour rester dans l’air du temps. Pour limiter le désastre financier, une seule solution : virer ces attractions qui ne dérideraient pas un enfant de cinq ans, et, au lieu d’acheter à grand prix des expositions venues de Chine, faire un musée qui raconte des histoires basques, qui parle de Biarritz, du surf, et de l’océan, avec des objets exposés qui attireront les touristes demain comme dans cinq ans.

Et oui, Michel, l’audace parfois passe par la casse !