Vos gueules, les politiques!

Charlie Muttio 2

Ah ça, où qu’ils soient, ils ont bien dû se fendre la gueule, les Charb, Honoré, Wolinski, Cabu, Tignous, et s’en donner à crayon joie, en entendant les cloches de Notre-Dame sonner le glas, en voyant des milliers de Français entonner la Marseillaise, ou en apprenant que Schwarzenneger vient de s’abonner à Charlie hebdo, et recommande à ses amis d’en faire autant.

En revanche, les feutres ont sans doute grincé sur le papier lorsqu’ils ont découvert à quelle vitesse la récupération a succédé à l’émotion. D’un côté, une France bouleversante de spontanéité, qui se rassemble digne, émue et fraternelle avec des « Je suis Charlie » sur le cœur, de l’autre l’habituelle cohorte des politiciens récupérateurs, uniquement préoccupés par leurs petits fonds de commerce et par leurs prochaines échéances électorales.

Ni dieux, ni maîtres à penser

Prenez l’agité à talonnettes. Vous savez, celui qui nous avait annoncé en 2012 qu’il renonçait à la vie politique après sa défaite face à Hollande. Celui-là même qui n’a pas hésité au moment de l’élection présidentielle à faire appel au très droitier Patrick Buisson et à brandir les épouvantails communautaristes pour tenter d’être élu. À la place de Nicolas Sarkozy, on aurait rasé les murs, on aurait fait silence. Au lieu de cela, déclaration martiale, mouvements de mentons et habituels tressaillements d’épaules devant les caméras. Pour ne rien dire, comme d’habitude.

 Prenez le petit Catalan, celui qui passe les plats à Matignon. La mine grave et gourmande à la fois, à l’idée de ces trois jours de fusillade qui vont être très bons pour sa cote de popularité, Manuel Valls nous invite à descendre dans la rue, en hommage aux victimes. Comme si nous ne sommes pas capables d’avoir l’idée tous seuls et devons attendre les directives de nos dirigeants politiques pour savoir ce que nous avons à faire!

Prenez la pleureuse professionnelle, celle qui geint qu’on ne l’a pas invitée à la grande manifestation républicaine de dimanche. Comme s’il fallait désormais attendre la réception d’un carton d’invitation pour descendre exprimer dans la rue son chagrin et son indignation! Si Marine Le Pen ne se sent pas gênée aux entournures de sa conscience, qu’elle vienne, comme tous les militants du Front national qui le souhaitent, mais discrètement, anonymement, et non en porte-parole d’un parti qui thésaurise sur la haine et la différence avec l’autre.

Ne pas tisonner, ne pas transiger

Charlie hebdo avait décidé de faire chaque semaine la guerre aux cons. Il faut croire que les Français ne se sentaient guère concernés puisqu’ils n’étaient que 25 000 à le lire, et qu’il aura fallu la mort de la moitié de la rédaction pour que le lectorat se réveille. Pour en avoir souvent discuté avec eux, Charb, Cabu, Wolinski, n’avaient strictement rien contre les croyants, de quelques bords qu’ils soient, du moment qu’ils respectaient la laïcité, ce ciment de notre république. C’est à dire le droit absolu à la liberté de penser et de croire, mais sans emmerder les autres avec ses convictions.

Dignes héritiers de Coluche, ils se moquaient seulement, avec ces armes dérisoires que sont un crayon et une feuille de papier, des donneurs de leçons, des hypocrites, des semeurs de haine, qu’ils soient religieux ou politiques.

Rendre hommage demain, à ces merveilleux gamins attardés, mais aussi aux policiers qui sont morts pour défendre les libertés, aux employés ou aux otages qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, c’est marcher loin des banderoles et des petites chapelles qui vont inévitablement proliférer sur le pavé parisien, les UMP avec les UMP,  les PS avec les PS, et, comme par hasard, tout le monde prêt à s’écharper pour être au premier rang face aux caméras.

Rendre hommage à ceux qui viennent de tomber, c’est être très responsable dans ses propos, éviter les amalgames qui blessent, ne pas attiser les haines entre les communautés, alors que toutes sont composées d’une majorité de gens bien et de quelques fanatiques qui veulent nous obliger à choisir notre camp.

Ne pas tisonner, certes, mais ne pas transiger sur la République, sur la laïcité, sur la liberté d’expression. Ne pas tomber dans le prêt-à-penser qu’on veut nous imposer et rester des hommes libres. Notre pays doit pouvoir continuer à débattre de tout, à rire de tout, à s’écharper joyeusement dans le respect de l’autre. Demain, pendant que des hommes politiques vont faire une courte apparition à la manifestation, descendant de leurs voitures blindées pour être pris en charge par leurs gardes du corps, d’autres, plus anonymes mais beaucoup plus courageux, vont défiler, écrire ou dessiner, malgré la peur, malgré les risques d’attentats,  pour que ces morts ne soient pas inutiles.

Nous sommes tous Charlie!

 

Dominique Mutio, l’auteur du dessin de tête de page, est un enfant d’Arcangues, installé depuis de longues années en région parisienne. Vous pouvez retrouver sa production sur sa page facebook (https://www.facebook.com/pages/Mutio-Dessinateur/213141072184753) ainsi que sur les sites http://www.iconovox.com et http://www.urtikan.net

7 réflexions sur “Vos gueules, les politiques!

  1. Qu’ajouter ? Demain défileront des gens qui ont élevés le politiquement correct, la pensée unique, au rang d’institution étouffant de fait la liberté d’expression, la satire, l’humour anti-con mais jamais tueur. Aujourd’hui, ces gens feraient des procès à Desproges, Coluche… comme ils en faisaient à Charlie Hebdo il y a encore peu, tentant de les achever alors qu’ils étaient financièrement moribonds.
    Que dire de ces élans de tendresse, de fierté et d’admiration, certainement sincères, pour la police française, pourtant reconnue depuis longtemps par les pays étrangers comme une des meilleures au monde ? Sentiments qui ne survivront pas au 1er PV…
    Nous ne sommes pas dupes mais gardons espoir quand même, ne serait-ce que pour montrer l’exemple…

  2. Bravo, Jean-Yves, pour cette terrible lucidité. Il faut que cela soit dit et retenu. Mais je ne me sens pas concernée, je me suis déjà recueillie toute seule et j’ai pleuré sans témoins et j’irai marcher en silence demain à Tours, avec mes amis, ils seront nombreux, nous serons nombreux. L’une de mes filles marchera à Paris, avec sa famille, et mon autre fille marchera à Rennes, avec sa famille.
    Nous sommes CHARLIE. OUI.

  3. Merci pour votre article si émouvant et si juste. Je voulais simplement rajouter que pendant qu’on assassine, les affaires continuent. M. Villepin se fend d’un article grandiloquent dans Libé, oubliant qu’il fait des affaires au Qatar, financeur du terrorisme, avec son complice Sarko. Il n’est pas Charlie mais Charlot.

    • et la guerre continue, vous n’avez rien dans le’ vendre pour, en ce moment si douloureux,
      d’aller sortir tous vos arguments « politiques » toujours les mêmes d’ailleurs. C’est bien triste !!

      • Je rentre à l’instant de la manifestation parisienne entre République et Nation et je suis trop fatigué pour batailler. Premier rappel : si ce que j’écris vous déplaît, vous n’êtes vraiment pas obligé de me lire. Deuxième rappel : je viens d’accompagner pour un dernier voyage, tout cet après-midi, des êtes doux et paisibles, avec qui j’ai travaillé pendant de nombreuses années et qui me bluffaient chaque semaine par leur talent. La manifestation a été très digne. Les politiques ont eu le bon goût de se faire discrets et nous avons pu défiler, toutes communautés confondues, dans le respect et la dignité à l’occasion de cet événement qui se voulait une forte réaffirmation de la liberté d’expression, des vertus de la République et de la laïcité. J’ai vu des policiers, postés sur les toits, applaudis par la foule, ce que je n’avais pas vu depuis 68. J’ai eu le sentiment que mes copains, mais aussi les anonymes, morts dans ce carnage qui a duré trois jours avaient été honorés comme il convenait.
        Et vous, pendant ce temps, vous faisiez quoi? Vous étiez dans votre canapé à vitupérer contre mes écrits?

      • Monsieur Hardoy,
        Niveau tristesse et vacuité vous êtes sur le podium. 1ère marche.

  4. Rien à dire, juste bravo Jean-Yves d’être avec nous dans la rue à Paris, d’avoir cette force de continuer à écrire ce que vous pensez et surtout une pensée émue à notre lointaine collaboration avec Cabu qui fut si bonne et joyeuse. Je n’ai pas de mot pour qualifier l’inqualifiable, juste qu’il va, qu’ils vont me manquer terriblement. Un gros bisou de Marie, une ancienne de PE

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