Iznogoud et le pigeon

On ne vous empêche pas » Tu es une communiste qui s’ignore  » aimait répéter Charb au nouvel amour de sa vie, l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, Jeannette Bougrab. Semaine de tous les paradoxes, en vérité, que celle où des copains sont assassinés, où des talents s’affirment, où des médiocrités se confirment. Semaine où l’on a ri aux larmes plus souvent qu’à son tour et où l’on s’est senti fier comme jamais d’être Français.
J’imagine le grand rire de Cabu, « Arrête tes conneries!« , alors que je lui raconte que des gens ont passé la nuit dans leur voiture pour être les premiers à acheter Charlie hebdo. Ah ça, ils ont vraiment joué gagnant, les illuminés qui ont sorti la sulfateuse, rue Nicolas Appert, et assassiné des gamins attardés qui faisaient des traits d’encre sur du papier. Propulser les ventes d’un hebdomadaire, devenu confidentiel, de 25.000 exemplaires à cinq millions en une semaine, voilà une opération de propagande réussie. Et, plus fort encore, réconcilier les Français avec leur police, voilà bien un fantasme que Bernard Cazeneuve n’aurait jamais imaginé…
… Étrange ambiance que celle de Paris actuellement : les magasins et les restaurants sont quasiment déserts, les regards sont attentifs dans le métro à la recherche d’un sac abandonné dissimulant un engin de mort, et, en même temps, chacun prête beaucoup plus d’attention à l’autre, s’efforce de sourire, tient à montrer par son attitude que tout le monde doit trouver sa place dans notre beau pays, du moment qu’il accepte de se fondre dans le creuset républicain qui nous définit.
Étonnante semaine, où les soutiens ne sont pas toujours où on les attend, et où les raccourcis criminels (« L’arabe, voilà l’ennemi!« ) viennent parfois d’amis, qui vous poignardent sans même en avoir conscience.
Manuel Valls n’a guère été épargné jusqu’à maintenant dans ce blog, mais, tout comme Villepin à l’ONU, je lui saurai gré à vie du discours qu’il a tenu mardi à l’Assemblée et qui a fait se lever tous les parlementaires présents, à l’exception de Marion Maréchal :
 » La France c’est l’esprit des lumières. La France c’est l’élément démocratique, la France c’est la République chevillée au corps. La France c’est une liberté farouche. La France c’est la conquête de l’égalité. La France c’est une soif de fraternité. Et la France c’est aussi ce mélange si singulier de dignité, d’insolence, et d’élégance. Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est donc être habité par ses valeurs.  »
Si par hasard, vous avez raté ce discours, prenez quarante-cinq minutes pour l’écouter, tout y est :
http://www.gouvernement.fr/hommage-aux-victimes-des-attentats-discours-de-manuel-valls-version-augmentee

Un devoir d’impertinence

… Bien sûr, parmi ces 4.975.000 nouveaux lecteurs qui se sont rués dans les points de vente, tous ne vont pas adorer l’esprit de provocation systématique des rescapés de Charlie, mais tous, par ce geste citoyen, ont voulu réaffirmer à quel point l’impertinence était une valeur salutaire de la République. Présence réclamée des Femen, la prochaine fois que les cloches de Notre-Dame feront retentir le glas en hommage aux dessinateurs tués, cercueils crayonnés par les amis dessinateurs et cette réflexion de Christophe Alévêque, aux obsèques de Tignous :  » Aujourd’hui, nous avons un genou à terre, mais l’essentiel c’est de ne pas avoir les deux. On ne sait jamais, on pourrait se mettre à prier!« . Un propos d’athée, qui n’est pas destiné à choquer, mais uniquement à évacuer sa peine par le rire.
Le très catholique propriétaire de La Semaine du Pays basque, Hubert de Caslou, ne dit pas autre chose, dans son éditorial intitulé « Notre liberté assassinée« , quand il raconte comment, homme de foi, il vit douloureusement « les atteintes exagérées et répétées à ce que l’homme qui croit possède de plus intime« , tout en n’ayant pas une seconde d’hésitation pour qualifier « d’insoutenable » cette atteinte pour tous ceux  » qui considèrent la liberté de la presse comme un absolu« . Et comme le rire est la politesse du désespoir, lorsqu’on rapporte à Hubert de Caslou que j’ai beaucoup apprécié son éditorial, il réplique, flegmatique : « Alors, je dois me gauchiser!« .

L’infâme joue des coudes

Pétillon Sarko

Dessin de Pétillon, publié dans « Le Canard enchaîné » du 14 janvier

Pour les rires salvateurs qu’il nous a procurés, on ne remerciera donc jamais assez cet as de la patrouille de France, déguisé en pigeon des villes, qui a su déjouer, dimanche, la vigilance de tous les tireurs d’élite postés sur les toits et a réussi, alors qu’un million cinq cents mille personnes battaient le pavé parisien, à dégazer pile sur le costume du Président de la République! Pauvre François Hollande qui, quand il ne prend pas la flotte lors de ses sorties, se prend la fiente… Une façon d’être ramené à sa condition humaine qui ne l’empêchera pas de grimper dans les sondages de popularité, car, costume maculé ou non, il a plutôt montré pour une fois qu’il y avait un pilote dans l’avion.
Et puis il y a le meilleur client des dessinateurs passés et à venir, celui qui ne nous déçoit jamais et qui est décidément à la politique ce que De Funès était à la grimace. Dimanche, les manifestants parisiens sont graves et dignes. Relégué au troisième rang, Nicolas Sarkozy, flanqué de Carla Bruni, s’agace d’être invisible. Alors, l’infâme vizir qui voudrait redevenir calife profite d’un îlot directionnel qui coupe en deux le cortège pour griller la politesse au garde du corps de Benjamin Netanyahu et se retrouver sur la photo. Jusqu’à ce que les chefs d’État, conscients du manège de l’indésirable, décident de se tenir par les coudes et l’expulsent de fait.
http://www.ozap.com/actu/nicolas-sarkozy-joue-des-coudes-pour-apparaitre-sur-la-photo-paris-match-modifie-son-article/461096
Plus fort encore, alors que le très prudent « Paris Match » s’amuse de la manœuvre, l’ex-président de la république, pauvre petit jouet des événements, affirme au mépris de tout bon sens qu’il a été « propulsé par la cohue« . Pas trop le genre des chefs d’état, isolés par un impressionnant cordon de sécurité, de jouer des coudes, mais question culot l’homme a déjà fait ses preuves. Et c’est pour cet infâme que vous envisagez de voter en 2017 ?
Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, je sais que les femmes sont belles là où vous êtes, mais arrêtez de vous fendre la pêche et de saloper les nuages blancs avec vos gribouillis, en attendant que mille crayons impertinents se lèvent pour défendre notre démocratie! Patience, la relève arrive…

3 réflexions sur “Iznogoud et le pigeon

  1. C’est réconfortant de lire votre article.
    Quels reportages émouvants de ces foules, non seulement à Paris, mais partout en France, unies par une même pensée, entraînées par le même élan, un mélange de grande tristesse et un sentiment de fraternité, rares par les temps qui courent.
    Je suis heureuse d’avoir fait partie de ces 35 000 marcheurs à Tours, emportés par des salves d’applaudissements.
    Il faut continuer à sourire et ne rien oublier de ces instants, garder en mémoire l’éclat de rire de Luz lorsqu’il s’aperçoit qu’un pigeon a décoré l’épaule de notre président, juste avant que ce dernier prenne Patrick Pelloux dans ses bras…. Des moments forts qui m’ont marquée.
    Quant à l’ancien président…. Faut-il rire ou pleurer ? Rire, bien sûr !

  2. Bonsoir, je ne me lasse pas de lire vos écrits.
    Surtout ne posez pas votre « crayon » (le terme étant malheureusement à la mode ces derniers jours) et poursuivez vos coups de gueule. Merci.

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