Raciste, le Pays basque ?

LASSANA-BATHILY

Lassana Bathily, parce qu’il a privilégié les hommes et ne s’est pas soucié de leurs convictions religieuses, mérite mille fois la nationalité française.

Comme dirait Hara-Kiri, il y a le racisme bête et le racisme méchant, ce qui, au final, ne change pas grand chose pour celui qui le subit (Si vous vous faites renverser par une voiture, est-ce que ça vous consolera d’être envoyé à l’hôpital par un conducteur maladroit plutôt que par un conducteur bourré ?).

Le racisme bête relève souvent de l’ignorance. Mon grand-père avait fini la guerre comme sergent-chef d’une troupe de tirailleurs sénégalais. Dans le petit village rural de Charente où nous habitions, un de ses copains de guerre venait parfois lui rendre visite, au début des années soixante. J’avais moins de dix ans et j’entends encore les questions insidieuses de l’épicière, sidérée par la présence d’un noir dans le village : « Mais, il dort dans un lit ? Il mange avec une fourchette ? « .

Plus récemment, dans les années quatre-vingts, je me souviens d’un tournoi de rugby rassemblant des équipes de journalistes à Soustons. Une adorable délégation ivoirienne s’était rendue sur place. Le capitaine, qui s’appelait Amour (… ça ne s’invente pas!), lassé de répondre aux questions des habitants sur le mode de transport de son équipe pour rallier la commune landaise, s’était mis à sur-jouer l’Africain : «  On est veuunus en piiirogue. On a mââângééé un des joueuuuurs et maintenant on se sent en pleine formeuuuu… »  Quiconque à fréquenté l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny à Abidjan, ne peut qu’éclater de rire à une telle question… et à une telle réponse qui démontre un sens affirmé de l’autodérision. Et tous ceux qui ont joué au rugby peuvent en témoigner, que notre bite soit blanche, jaune, marron ou noire, nous sommes fondamentalement les mêmes sous la douche.

Mais les gens de Charlie hebdo le savent bien, de la bêtise à la méchanceté, il n’y a parfois qu’un pas. Je me souviens d’une soirée très pénible, il y a deux ans, passée dans la région avec un ami américain, basketteur professionnel. Je revois encore toutes les conversations qui s’arrêtent et les fourchettes qui s’immobilisent à son arrivée dans le restaurant choisi, les regards lourds pendant tout le repas et le soulagement avec lequel nous avons quitté l’établissement.

Apprendre et comprendre 

Les récents événements que nous venons de vivre, que ce soit l’assassinat de dessinateurs, de policiers ou de clients de l’Hyper Cacher, sont tellement violents, tellement hors norme, qu’ils nous obligent à sortir des petites boîtes intellectuelles ou nous nous complaisons habituellement (« Je suis de gauche », « Je suis de droite« , « Je suis athée« … ) et à laisser parler notre propre sensibilité, sans s’abriter derrière une chapelle idéologique.

Beaucoup de personnes, me sachant très affecté par la perte de dessinateurs amis, m’ont laissé un message ou adressé un mot. Certains, inattendus,  m’ont bouleversé par leur sensibilité, d’autres, venant de très proches et se voulant gentils, m’ont sonné par le racisme inconscient qu’il véhiculait. Et, disons-le tout net, avec toute la politesse et la mesure d’un invité qui a le sentiment d’être accueilli dans une des plus belles régions du monde, ces mots qui blessent sont souvent venus du Pays basque, une région où l’immigration est pourtant quasiment inexistante et où l’on rencontre plus souvent un politicien véreux qu’une femme voilée.

La stratégie des barbares (le terme est de l’imam de Drancy) qui ont inspiré ces meurtres en série à la kalachnikov est pourtant limpide : faire en sorte que les communautés s’affrontent, obliger les modérés de tous bords à choisir leur camp pour nous conduire à une guerre de religions inévitable. La meilleure réponse, c’est de lire, d’apprendre, de chercher à comprendre. Je suis frappé, dans ces périodes où les émotions libèrent les paroles, par le bazar qui règne dans la tête des Français, par la méconnaissance du sens véritable de mots aussi fondamentaux pour notre pays que la laïcité ou la liberté d’expression. Non, un athée n’est pas obligatoirement anticlérical, non un antisioniste qui conteste la politique menée par l’État d’Israël n’a rien à voir avec un antisémite, non un musulman ne peut être confondu avec  un islamiste radical, non la liberté d’expression n’autorise pas les insultes racistes, non la loi Falloux n’est pas une loi contre les religions.

Relisez « Les Ritals » de Cavanna et vous découvrirez que la difficulté en France à accepter la différence ne date  pas d’hier, que ces communautés d’Italiens, d’Espagnols ou de Portugais, installées en banlieue sud de Paris,  peu avant la guerre, étaient perçues par les Français de souche (le vilain mot!)  comme les Arabes d’aujourd’hui, tandis que dans le même temps, on fustigeait le juif cupide et manipulateur… Avec les conséquences que l’on sait.

Notre diversité est notre richesse

Alors, s’il vous plait, épargnez-moi les insupportables « C’est toujours eux!« , « On ne voit que des noirs et des arabes à la télé », «  C’est le GIGN qui doit régler le problème avec une balle dans la tête pour les fauteurs de troubles« … et cherchez par vous-même les réponses aux questions qui nous agitent actuellement. On trouve le pire, mais aussi le meilleur sur Internet. Ainsi, face à une présupposée délinquance d’une certaine catégorie de la population, tous les sociologues vous démontreront (et je vous défie d’en trouver un qui dise le contraire) qu’à égalité de revenus, on trouve la même proportion d’actes délictueux dans toutes les familles, quelle que soit l’origine. Et d’ailleurs, à propos de communauté savez-vous à l’horizon 2020 quelle sera la plus importante en France, selon l’institut CSA ? La communauté des athées, puisque 47% des jeunes de 18 à 24 ans se sont déclarés sans religion en 2013 et que le nombre ne cesse de croître.

Vous le voyez, nous avons un sacré ménage à faire dans notre catalogue personnel des idées reçues et une laïcité ferme et vigilante reste le seul moyen de permettre à chacun, dans notre beau pays, de croire à ce qu’il veut, sans imposer son opinion aux autres.

Et pour répondre une dernière fois aux commentaires acerbes entendus ici ou là, oui, je trouve formidable que notre pays ait donné la nationalité française à Lassana Bathily, ce jeune homme d’origine malienne qui ne s’est pas soucié de la religion de tel ou tel au moment de sauver des vies humaines. Oui, je dînerais avec lui bien volontiers si l’occasion m’en était donnée et je suis sûr qu’il aurait énormément à m’apprendre par son parcours.

Nous devons nous connaître, nous apprécier, nous respecter. Nos diversités sont notre richesse et notre survie passe par là.

2 réflexions sur “Raciste, le Pays basque ?

  1. Il faudra répéter inlassablement ces messages intelligents et de bon sens, même quand on est quasi submergé par les raccourcis réducteurs des commentaires autour de nous (et de nos proches !).
    Une anecdote des années soixante en Belgique : un journaliste du journal télé interviewait un syndicaliste du syndicat des mineurs (charbonnages nombreux dans le sud de la B à l’époque), et après avoir évoqué les diverses nationalités qui se côtoyaient au fond des mines (polonais, italiens, espagnols, grecs, yougoslaves), lui demandait si la coexistence entre ces communautés très diverses ne posaient pas de problèmes de conflits, il répondit  » vous savez, dans le fond de la mine on est tous noirs ! « .
    Dimitri

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