Que mille impertinents surgissent !

Débat Casino Bellevue 01

Une bonne centaine de participants, deux heures de débat, et… même pas le temps d’admirer l’océan!

C’est une histoire vieille comme le monde : le jour où l’imprévisible surgit, la jeunesse s’engage tandis que l’âge mûr se tapit prudemment. Pendant que les professionnels du FIPA (Festival International de Programmes Audiovisuels), les mêmes qui s’affirmaient « Je suis Charlie« , il y a peu, s’auto-congratulent sur scène en se décernant mutuellement le nombril d’or, pendant que les élus dissertent sur la liberté de la presse tout en continuant leurs pressions sur les titres qui parlent d’eux, les étudiants en BTS de l’école Supérieure d’Art des Rocailles à Biarritz ont le bon réflexe en organisant, vendredi 23 janvier, un débat intitulé  » Charlie, suis-je ?  » sur la liberté d’expression, le blasphème et la laïcité.

Une centaine de personnes se retrouvent dans la grande salle du casino Bellevue, autour de l’artiste Pascal Convert, de son épouse, enseignante aux Rocailles, d’Olivier Milot de Télérama, de Julien Dubois  réalisateur de « Bondy blog, portrait de famille », du très prometteur étudiant en journalisme Loïc Masson, et de l’ancien du Canard enchaîné que je suis. (Il faut toujours un vieux con dans les débats…)

Un débat, donnant la parole à la salle et évitant les interminables péroraisons, conduit avec une habileté de vieux routiers de la télévision par les étudiants. Qui, en effet, peut prétendre détenir la vérité, après  le massacre de Charlie Hebdo et les trois jours de folie qui ont suivi ?

Après la question vite évacuée de savoir si la presse aurait dû faire une couverture commune après les attentats, ce qui aurait été un curieux réflexe au moment où nous devons réfléchir à la diversité de notre pays, c’est l’école qui arrive au centre des préoccupations de tous. Et les anecdotes révélatrices qui éclairent la réflexion.

Fracture sociale et fracture verbale

Un ancien proviseur qui sévissait dans la banlieue bordelaise affirme que les mots utilisés par les enseignants échappent de plus en plus aux élèves. Débat Casino Bellevue 02Quand un de ses collègues était absent, notre proviseur, qui devait fasciner ses élèves par ses talents exceptionnels de conteur, profitait de l’heure disponible pour échanger avec les lycéens. Coincé une fois par une obligation imprévue, le proviseur doit quitter la classe. Une jeune collégienne, issue de l’immigration, l’interpelle : « J’aime bien quand vous faites cours, Monsieur, car vous parlez grossier« . Surprise de l’intéressé : « Je parle grossier?« .  Et réponse très révélatrice de la jeune fille : « Oui, je comprends tous les mots que vous utilisez ».  Julien Dubois, à la gauche aussi virulente que décomplexée, rappelle aussi que pendant longtemps les partis et syndicats ouvriers ont joué un rôle culturel important, en incitant les militants à lire et à réfléchir, ce qui n’est presque plus le cas aujourd’hui, où les partis ont déserté les cités.

Un autre spectateur souligne fort judicieusement qu’en Europe, ce grand machin antidémocratique qui ne parle jamais d’une même voix, les lois sur le blasphème ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre et que la dernière une de Charlie hebdo serait condamnée chez nombre de nos voisins. Raison de plus pour ne pas se montrer ramollos du crayon et défendre notre spécificité française !

Et lorsque surgit l’inévitable question de savoir s’il faut rire de tout, l’ensemble de la salle semble partager le même point de vue. Oui le rire, à la fois fédérateur et susceptible de faire réfléchir l’autre, est la meilleure réponse démocratique à tous les obscurantistes adeptes de la pensée unique, qu’ils soient religieux ou politiques. Oui, on ne devient pas du jour au lendemain Cabu, Charb ou Wolinski, mais il est indispensable pour notre démocratie que mille impertinents surgissent pour assurer  la relève.

Mais comment douter de cette génération, tellement plus cultivée et évoluée à âge égal, que celle des vieux soixante-huitards que nous sommes ?

4 réflexions sur “Que mille impertinents surgissent !

  1. Très belle initiative. Le chantier est énorme et paraît malheureusement sans fin, entre intolérance, repli sur soi, peur de tout et tous.
    Plus légèrement, c’est vrai que le FIPA n’a aucun intérêt en général, et pour les biarrots en particulier.

  2. Bravo pour cette initiative. Oui, que mille impertinents surgissent partout en France pour dérider les coincés. Le rire, c’est la vie, on doit pouvoir rire de tout. Je suis une fidèle de Topito.com. Allez jeter un coup d’œil sur ce site !
    Si j’étais encore en activité, j’aurais organisé un débat avec mes élèves, en anglais, s’il vous plaît, puisque ce fut ma discipline…
    Sans humour, sans liberté (d’expression), on ne peut avancer ensemble.

  3. L’information est erronée, ce sont les étudiants du BTS Audiovisuel de Biarritz (voisin de l’école Supérieure d’Art, qui n’est pas un BTS) qui ont organisé la table ronde du FIPA.

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