Je trahis, tu trahis, elle trahit

Traître ensemble

C’était le bon temps où tout paraissait possible, dans le sillage du probable maire de Biarritz. Depuis, Maïder Arosteguy et Max Brisson font ticket commun, Bénédicte Darrigade, élue de l’opposition, s’allie à la majorité municipale, tandis que Frédéric Domège se décide à voler de ses propres ailes. (Photo Sud Ouest)

Elle ne décolère pas, cette vieille Biarrote, après avoir lu Sud Ouest et découvert que la ville de Biarritz, une fois de plus, allait se ridiculiser aux prochaines élections départementales : « Décidément, ces politiques, ils sont comme mes chats. Il suffit que j’agite le sac à croquettes pour qu’ils rappliquent en courant! »  Trois candidatures dissidentes à l’UMP, en plus de celle du candidat officiellement investi Max Brisson, ça fait déjà désordre. Mais quand le numéro deux de la liste « Le temps des Biarrots », Bénédicte Darrigade, « pactise » avec Louis Vial et Édouard Chazouillères, tous deux membres de la majorité municipale, dix mois seulement après les élections municipales, il y a comme un léger parfum de traîtrise qui flotte dans l’air électoral.

Bisque, bisque, Basque, dans un article publié mercredi qui s’intitulera « L’appel de la gamelle », donnera son propre point de vue sur les événements qui agitent la vie politique locale. En attendant le plus simple était de rencontrer ou de joindre par  téléphone tous les ténors de l’opposition pour savoir ce qu’ils pensent de la situation et s’ils estiment qu’il existe encore une véritable opposition municipale à Biarritz. À vous désormais de faire le tri entre les vérités, les mensonges et les postures de chacun.

 Max Brisson : « Je n’ai rien dealé avec Veunac »

Traître BrissonMax Brisson s’étouffe d’indignation : « Je ne comprends même pas votre question. Bien sûr que je reste le premier opposant à Michel Veunac. Il faut revenir à des fondamentaux très simples. Veunac est au MoDem, je suis à l’UMP. Oui, il y a un accord départemental avec Force 64 qui regroupe les indépendants, les élus MoDem et l’UDI. Mais je me suis battu pendant des mois pour que mon binôme soit avec l’UDI. Je serais parti avec Marie-Claude Albanesi (candidate de la liste Veunac qui a aidé en douce le Front national à constituer une liste), je comprendrai que l’on s’interroge, mais là! « . Le candidat, qui a parfois du mal à cacher sa nervosité, enfonce le clou : « Je n’ai rien dealé avec Michel Veunac. Simplement, dans le cadre d’un accord départemental, je n’aurais pas de candidat MoDem contre moi. La droite peut reprendre à la gauche le département. En tant que patron de l’UMP 64, j’étais obligé de me représenter ».  Et la politesse sera rendue à Veunac aux élections régionales?  « Il y aura, aux élections régionales, un accord UMP-UDI, mais sans doute pas avec le MoDem » Avant d’avancer l’argument qui se veut décisif pour les incultes que nous sommes : « A chaque élection, sa cohérence! »

Une cohérence, c’est le moins qu’on puisse dire, qui risque de ne pas sauter aux yeux des électeurs biarrots.

 Entretiens téléphoniques, par répondeurs puis en direct, réalisés, le jeudi 29, vendredi 30 et samedi 31 janvier.

 Maïder Arsoteguy : « Ce sont des arrivistes! »

Traitre Arosteguy (1)La représentante de l’UDI, qui a fait son entrée au conseil municipal en 2008, partage évidemment le point de vue de Max Brisson. « Il y a une cohérence dans notre démarche entre les municipales où nous étions sur la même liste et les élections départementales. Nous sommes les plus aptes à représenter la ville que nous aimons au niveau départemental et nous continuerons comme nous l’avons toujours fait à défendre les intérêts des Biarrots ». Entre le premier et le deuxième échange téléphonique, la candidature de Bénédicte Darrigade fait perdre sa placidité à Maïder Arosteguy : « Vous avez-vu cette photo dans Sud Ouest? À l’époque, pas un ne trouvait à redire quoi que ce soit à la façon dont Max menait la campagne municipale. Il perd, et d’un seul coup, tout le monde le trahit. Ce sont des arrivistes! »

Pour avoir beaucoup vagabondé, lors de son premier mandat, quittant Saint-Cricq puis Destizon, avant de flirter avec Borotra, Maïder n’était peut-être pas la mieux placée pour le souligner.

 Entretiens téléphoniques, réalisés le jeudi 29 et le samedi 31 janvier.

 Frédéric Domège : « Même s’il m’en veut, Max reste mon ami »

Traître Domège (1)Il est relaxe, Frédéric, confortablement installé au Royalty, son quartier général, quand il a quelques minutes de loisir. « Je n’ai rien contre Max, mais voilà vingt ans qu’il est candidat à tout. Avant les municipales, il était convenu que je me présenterai aux élections départementales tandis que Max s’alignerait pour les régionales. Et puis Max a estimé que sa défaite aux élections municipales changeait la donne. » Frédéric n’oublie pas les nombreux bons moments passés avec son leader, mais il se souvient aussi du joueur de rugby qu’il a été :  » Max est victime de son poste départemental de responsable de l’UMP et obligé de s’allier avec des gens que les militants ne supportent pas.  Les Biarrots ont envoyé un message aux municipales et nous devons en tenir compte. Je veux proposer une autre tactique. Quand j’ai annoncé ma candidature (il se présente avec Marie-Pierre Mayer, pharmacienne à Saint-Charles et a choisi comme suppléants Jean Dabadie et Mira Schor), je n’ai personne à l’UMP qui m’a engueulé. Je suis maintenant parti dans le match. Je joue à l’extérieur, je sais que ça va être dur, mais je crois vraiment que j’ai une chance de l’emporter. »

L’infirmier libéral, qui connait les fesses du tout Biarritz grâce à son métier, est malheureux de son amitié malmenée avec son chef de file : « Max est toujours mon ami, même s’il m’en veut » Avant de rajouter, rigolard : « Si je fais moins de 5% des voix, c’est sûr, je m’achète une canne à pêche! »

 Entretien réalisé, le samedi 31 janvier au Royalty.

 Corinne Martineau : « Max va tout perdre »

?????????????????????????????????Avec son franc parler habituel, Corinne Martineau ne mâche pas ses mots à propos du ticket Bénédicte Darrigade – Louis Vial : « Le problème, c’est que Bénédicte est une élue et qu’elle ne respecte pas le mandat que lui ont confié les électeurs. Mais je n’ai pas très envie de me montrer sévère avec Bénédicte. La vraie question c’est qui est au point de départ de tout cela? »  Corinne ne prononce pas le nom qui commence par un B et finit comme le mot polisson, mais ce n’est pas très difficile à deviner.

La pasionaria de l’UMP poursuit son raisonnement :  » En tant que patron de l’UMP 64, Max a annoncé qu’il organiserait des primaires… dans certains cantons. Et curieusement, à Biarritz, on n’organise pas de primaire et on ne donne pas la parole aux militants. Quand j’ai annoncé mon intention d’être candidate, on m’a rétorqué que le parti pratiquait l’investiture au sortant. J’ai consulté les statuts : l’investiture au sortant n’y est mentionnée nulle part ».

Corinne Martineau refuse pour le moment d’annoncer  avec qui elle formera son binôme, mais semble totalement déterminée : « Ma démarche est citoyenne. J’ai un programme. J’essaie de faire avancer les choses. Je me bats à partir du travail militant que j’ai effectué. À Biarritz, il y a besoin de renouveau, ce qui a toujours été ma préoccupation » . L’avenir de l’UMP lui paraît très sombre : « À force de tout vouloir garder sous cloche, Max va tout perdre. C’est franchement n’importe quoi! »

 ◊ Entretien réalisé par téléphone, le lundi 2 février.

Jean-Benoît Saint-Cricq : « Une grande tradition municipale »

Traitre Darrigade (2)C’est notre Alain Juppé à nous, notre vieux sage, qui, à force d’avoir pris des coups et enduré des calomnies, garde le sourire en toutes circonstances,  » Contre vents et marées, j’essaie de rester un opposant ferme. » Le ticket Darrigade – Vial n’émeut pas plus que cela Jean-Benoît Saint-Cricq : « Bénédicte est mon amie. Cette alliance est purement circonstancielle et ne l’empêchera pas de rester une bonne opposante. Max Brisson nous a donné à tous des leçons de grand écart politique quand Borotra a soutenu Alain Rousset, aux cantonales de 2010 et qu’il n’a rien dit. La mairie est dans la grande tradition, depuis Bernard Marie, d’une alliance UMP-MoDem. Le clan Borotra nous a montré qu’il s’accommodait de toutes les alliances possibles. Pour moi, Max Brisson ne représente plus l’UMP sur Biarritz. Il a fait des choix qui ne correspondent pas à ceux des Biarrots. » Et l’avocat de se laisser aller à une gourmandise verbale sur sa colistière, qui l’avait trahi en 2008 : «  Quant à Maïder Arosteguy, en matière d’opposition, elle est orfèvre« .

Le prochain conseil municipal préoccupe beaucoup plus notre avocat que ces petits jeux électoraux. « Le maire ne va encore pas nous annoncer combien va nous coûter la sortie du PPP et la renégociation avec Vinci et Dexia. Quand à cette idée de réinvestir cinq millions d’euros dans le ludo-scientifique… » Et il part dans un grand rire : «  Je fais gagner de l’argent à la Ville, et on le dépense aussitôt… Vraiment à quoi ça sert que Saint-Cricq se décarcasse! »

 Entretien réalisé par téléphone, le lundi 2 février.

 Bénédicte Darrigade : « En fait, il n’y a pas d’opposition »

Traitre Darrigade (1)Rayonnante samedi soir à Aguilera, lors du match du BO contre Pau, Bénédicte semble moins sereine et mieux mesurer, deux jours plus tard, les problèmes soulevés par son improbable alliance avec Louis Vial. Pour éviter tout contresens, elle a préféré rédiger un communiqué qu’elle me remet, lors de notre rencontre. Accompagnée de Louis Vial, elle répondra ensuite à mes questions. «  On ne peut pas me reprocher de quitter l’opposition, car en fait il n’y a pas d’opposition. Lors des dernières élections municipales, la liste constituée par Max Brisson entre le premier et le deuxième tour était une liste pour gouverner et non pas une liste d’opposition (…)  Cette alchimie n’a pas abouti, le rejet de son leader s’étant réellement fait jour, nous conduisant au résultat que vous connaissez. Après cet échec, Max Brisson n’a pas assuré son rôle de leader de rassemblement de notre groupe de huit, pour preuve, chaque liste de premier tour a reformé son propre groupe. (…) L’opposition du groupe le « Temps des Biarrots » est un leurre ».

Le texte dont vous venez de lire des extraits suscite ma totale perplexité. Quand on n’est pas d’accord avec la politique conduite par son camp, on démissionne, comme l’a fait mon épouse en 2010, plutôt que de trahir ses électeurs en ralliant le groupe adverse.

Bénédicte évidemment ne partage pas ce point de vue : « Je suis une femme libre. Dans ce conseil municipal, j’ai à cœur de travailler pour les Biarrots qui m’ont fait confiance, tout comme Louis Vial, mon colistier, poursuit le même objectif » Et notre pétroleuse de conclure : « Je m’inspirerai de l’action menée par Juliette Séguéla, une femme d’une grand intégrité jamais malmenée par ses pairs et dont le souci permanent était de défendre et servir sa ville. »

Beau mouvement de menton qui ne nous dit pas où se placera Bénédicte, vendredi, lors du conseil municipal : « Je ne vois pas d’antagonisme à œuvrer aux côtés de Louis, mais vendredi, je reste à ma place, dans l’opposition » On se demande bien pourquoi, puisque, selon ses dires, il n’y a plus d’opposition.

 Entretien réalisé au Maitena café, le lundi 2 février.

 ◊ Richard Tardits, n’a pu s’exprimer car il commentait la finale du Superbowl et ne rentre que mercredi.

 Si après avoir lu tout cela, vous faites partie des 30% à 40% qui vont se décider à aller voter aux élections départementales pour des conseillers dont les prérogatives n’ont même pas encore été ratifiées par l’Assemblée nationale (la classe!), vous êtes tout simplement  AD-MI-RA-BLES! Et dire que ce sont ces mêmes politiques qui vont se plaindre de ne pas être pris au sérieux par les citoyens ordinaires… On se demande pourquoi.

Demain : l’analyse de toutes ces grandes manœuvres un peu pitoyables dans « L’appel de la gamelle« .

5 réflexions sur “Je trahis, tu trahis, elle trahit

  1. J’au dû relire deux fois l’article tant je finissais par ne plus savoir qui-fait-quoi-avec-qui-pourquoi. Il est clair que le semblant d’opposition qu’il pouvait y avoir est désormais anéantie. Curieusement, je ne pense pas qu’il y aura de nombreux surpris parmi les biarrots, hélas. La majorité actuelle, très dynammique et pleine d’idées, préoccupées par la vie des biarrots, comme tout le monde le sait, a donc 5 and de vacances devant elle.
    Comme prévue…

  2. LÀ, NOUS VOYONS CEUX QUI FONT DE LA POLITIQUE POUR EUX …! POUR Y ARRIVER ET QUI SE FICHENT DE NOUS! ET CEUX QUI FONT DE LA POLITIQUE PAR CONVICTION ET POUR LE PEUPLE …! SANS RETOURNER SA VESTE A LA PREMIÈRE OCCASION ! A BON ENTENDEUR …!

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