Michel Blanc à l’assaut de Biarritz

Comme l’acteur français, nos hommes politiques biarrots, guettent l’ouverture et sont persuadés pouvoir triompher sur un malentendu lors des prochaines départementales…

Michel BlancIls sont admirables de rectitude, portés par leurs convictions, pas intéressés pour deux sous, respectueux de leurs mandats et ne récoltent que des moqueries ! On se demande bien pourquoi. Petit tour d’horizon grinçant sur Biarritz, où neuf binômes sont désormais en lice pour les prochaines élections départementales. Nul ne sait encore quel sera le rôle exact de ces conseillers, mais, éperdus de confiance en eux, ils sont persuadés être les plus aptes pour exercer ce mandat… plutôt rémunérateur. Ce qui explique peut-être bien des frénésies.

Le boulimique candidat-à-tout mange son chapeau

BrissonL’inspecteur général de l’Éducation nationale Max Brisson, allié pour cette élection à Maïder Arosteguy, a oublié un principe essentiel du management. Lorsqu’un pot de merde surgit, il faut se précipiter pour le régler, car sinon il vous revient en pleine poire. Accablé par sa défaite imprévue aux municipales, Max n’a pas prêté attention à la contestation qui émanait de ses rangs, pensant qu’elle s’estomperait avec le temps. Résultat : il a failli se retrouver avec trois listes dissidentes de l’UMP face à lui et a dû sérieusement s’agiter pour éteindre partiellement l’incendie. Intitulé « Le pompier pyromane », voici l’article qu’écrivait Corine Martineau sur sa page Facebook, le 5 février dernier : « Nous lui devons tous quelque chose. Mais quoi, n’aurait-il pas dû s’effacer cette fois afin de mieux rebondir quand la plaie se serait refermée ? L’ami a un appétit d’ogre et ne s’embarrasse pas de scrupules quand ses intérêts sont en jeu. Il avait le devoir de réunir nos 350 militants biarrots et leur donner la parole… Or là, que fait-il ? Il décide, et sans scrupule aucun, il vous demande de parapher. »

Quelques tractations plus tard, Max, soudain sous le charme de Corine à l’approche de la Saint-Valentin, écrit sur sa propre page, le 13 février : « Je salue le nécessaire effort d’unité et de rassemblement que fait Corine Martineau en retirant sa candidature aux élections départementales. (…) Pour toutes ces raisons, je suis convaincu de la nécessité qu’elle prenne des responsabilités éminentes au sein d’une UMP qui doit renouveler ses idées, son discours et ses actions. Son énergie, son imagination et le renouveau qu’elle porte en elle sont en effet autant de qualités dont l’UMP biarrote aura besoin pour se reconstruire et aller de l’avant. »

Voilà un troc de bon aloi, ou on ne s’y connait pas ! Tout le monde mesure le dynamisme et le militantisme de Corine Martineau et c’est sans doute une bonne nouvelle pour l’UMP où elle va amener beaucoup d’enthousiasme, mais le chapeau a été bien difficile à avaler pour le candidat-à-tout.

D’autant plus qu’il lui reste encore deux sacrés cailloux sur l’estomac, avec Frédéric Domège et Bénédicte Darrigade. Signataire au niveau départemental d’un accord avec l’UDI et le MoDem, Max Brisson s’efforce de faire croire qu’il demeure un opposant féroce au maire MoDem de Biarritz Michel Veunac. Pas de chance, lors du conseil municipal décisif sur les orientations budgétaires, Max retardé par la neige se retrouve dans l’impossibilité d’être présent à Biarritz… mais pas à Bayonne, lors d’une réunion  avec les têtes de liste du département ! Absent à un conseil sur deux, Max a vraiment de la peine à rester crédible quand il s’annonce « opposant féroce » à Michel Veunac, et il est tentant d’écouter les membres de l’opposition comme de la majorité qui affirment qu’un deal a été passé entre les deux anciens adjoints pour ne pas se nuire aux élections départementales comme aux prochaines régionales, Max s’engageant à quitter le conseil municipal dès mars, s’il est élu.

L’ex-rugbyman prend le trou

Brisson DomègeEn ancien trois-quarts centre qu’il est resté, Frédéric Domège a vu un espace se libérer sur le terrain politique et il s’y est engouffré. Il faut dire aussi qu’il rongeait son frein depuis un bon bout de temps, cantonné qu’il était au rôle de coupeur de citrons de l’ami Max Brisson. Le patron de l’UMP départementale, en novembre dernier, répétait encore qu’il n’irait pas aux élections départementales, « ce coupe-gorge » et avait annoncé à Frédéric que cette fois c’était lui… Avant de se raviser ! Frédéric a bien compris que nombre d’électeurs UMP n’ont pas digéré l’aveu de François Bayrou, annonçant qu’à titre personnel il voterait Hollande en 2012. Il a noté les absences de plus en plus voyantes de son chef de file au conseil municipal et s’est décidé à incarner sur Biarritz une opposition beaucoup plus ferme à Michel Veunac, persuadé que s’il réussit sa percée en devançant Max, il peut être élu. Furieux de se retrouver sous le coup d’une menace d’exclusion de l’UMP, ainsi que sa colistière Marie-Pierre Mayer (pourtant bien prévisible !), il est désormais décidé à distribuer des bourre-pif et affirme que Max ne part à ces élections que pour des raisons pécuniaires. Frédéric considère que « le premier tour constituera pour la droite et le centre une primaire grandeur nature ». Il est clair en tout cas que le 22 mars au soir, à la fin du premier tour, l’un des deux rivaux devra oublier la politique et se consacrer à la pêche à la ligne.

Plus rapide au sprint que son beau-père

Traitre Darrigade (1)Lors du premier conseil municipal, furieuse de voir son chef de file absent, Bénédicte Darrigade, en compagnie d’une de ses colistières, avait créé la surprise en votant pour … Michel Veunac au poste de maire. Encore une fois, Max Brisson avait fait semblant de ne rien voir et dès le conseil suivant, tout semblait revenu dans l’ordre. Mais c’était oublier les désirs d’émancipation de la dame, décidée à être candidate aux élections départementales, après avoir été la suppléante de Max. Après quelques appels du pied à des figures biarrotes de la société civile, puis un bref flirt avec François Amigorena (… qui ne sera pas sans conséquence, comme on le découvrira un peu plus tard), « l’opposante » Bénédicte Darrigade enfilait le maillot de championne du monde de la versatilité politique et réglait tout le monde au sprint en s’acoquinant avec le débonnaire Louis Vial, membre de la majorité municipale, et l’insignifiant Édouard Chazouillères, celui-là même qui affirmait vouloir pendre les journalistes à des crocs de boucher. Dame de petite conviction politique, ne manifestant pas le moindre respect pour le mandat que les électeurs lui avaient confié dix mois plus tôt, Bénédicte Darrigade est persuadée réussir ainsi à devancer Max Brisson. Ce qui peut être un bon calcul, car, en politique, la traîtrise paie souvent.

L’énarque, par l’odeur alléché…

LafiteGuy Lafite avait juré qu’il ne ferait pas la campagne des élections départementales et avait demandé à François Amigorena de se préparer. Mais le « spécialiste » des Finances, qui était le seul à ne pas connaître en 2008 la toxicité des partenariats public-privé, a commencé à suivre avec beaucoup d’intérêt les échanges de coups entre membres de l’UMP. Scandalisé par la désinvolture avec laquelle Michel Veunac traite sa propre majorité, et ce ticket inédit Darrigade-Vial, conscient que si l’opposition est en lambeaux, la majorité ne vaut guère mieux, le bobo Lafite, avec ses pulls en cachemire si rassurants pour la bourgeoisie biarrote, s’est dit que le ticket rose très très pâle qu’il forme avec Ghis Haye, face à une droite éparpillée, pouvait lui permettre de se retrouver au second tour en opposition à un candidat du Front national et de l’emporter, même si le département, c’est le moins qu’on puisse dire, n’est pas à gauche. Le voilà donc dans la course, en se disant que, sur un malentendu, la victoire est possible!

La vengeance du cocu

AmigorenaIl se répand partout en ville en grommelant. « Arrêtez de me faire passer pour un mec de gauche ». Élu depuis 1995 dans des conseils municipaux comme Bidart, où il n’a jamais réussi à émerger, le très ambitieux François Amigorena pensait enfin, en jetant son dévolu sur Biarritz,  avoir trouvé une ville à la hauteur de l’immense estime qu’il se porte. Il n’a donc pas hésité une seconde à devenir le directeur de campagne de Guy Lafite, sans même s’apercevoir –quel étourdi !- qu’il concourait sous les couleurs de la gauche. Conscient que cette orientation politique n’est guère porteuse à Biarritz, il la joue désormais furieusement chef d’entreprise et membre apolitique de la société civile pour tenter de limiter la casse. Cocufié deux fois dans cette campagne électorale, par Bénédicte Darrigade tout d’abord, puis par son mentor en politique Guy Lafite, François Amigorena est conscient qu’il n’a aucune chance en liant son destin à celui de Martine Vals, mais espère entraîner dans sa chute les deux listes de ceux qui se sont moqués de lui… Pour, enfin, avoir le sentiment d’exister.

Ne pas sous-estimer Jean Zay

franck-perrin-chef-de-file-du-front-national_1671613_800x400Sympathique et discret, Franck Perrin, à l’image de Florian Philippot, incarne à merveille ce nouveau Front national, tellement plus redoutable que celui de Jean-Marie Le Pen qui se disqualifiait par ces excès verbaux. Lors du débat politique organisé par TVPI, pendant les élections municipales, l’ancien salarié de l’office du Tourisme avait sidéré tout le monde en évoquant son homme politique favori, Jean Zay, ce ministre radical-socialiste assassiné par les miliciens en 1944. En binôme avec Peggy Lepretre, peu connue sur Biarritz, Frank Perrin doit se frotter les mains en voyant le spectacle pitoyable offert par la majorité comme par l’opposition, à l’occasion de ces élections départementales. Et si, porté par la vague de mécontentement qui agite le pays, par ce ras-le-bol de l’UMPS, dénoncé par Marine Le Pen, il était la surprise du deuxième tour ?

Trois binômes cohérents

Ils ne représentent qu’un tiers des candidats mais, contrairement aux autres, leur candidature est cohérente au regard de leur parcours politique. On connait les convictions communistes de Bernard Ithurbide et de Sophie Raffy et il est donc logique de les voir défendre les couleurs de leur parti. Élue de la majorité après un mandat passé dans l’opposition, le médecin Régine Daguerre, qui continue à exercer à plein temps, effectue aussi un travail remarquable dans le domaine qu’elle affectionne, le social, sans trop se soucier des petits jeux politiques municipaux. Abertzale jusqu’au bout des ongles, il est logique qu’elle se présente avec Serge Istèque. Même chose pour Samantha Goicoetchea et Jordan Lavignasse qui défendront le minuscule parti de Dupont-Aignan « Debout la France ». Ces trois binômes ne s’offusqueront sans doute pas si on estime que leurs chances de figurer au second tour sont faibles.

Une fois de plus, c’est Biarritz qui perd !

les_bronzes_1978_portrait_w858Toutes ces manœuvres, ces passages dans le camp adverse et ces chamailleries de cour d’école, pourraient prêter à sourire si, une fois de plus, le perdant n’était le contribuable biarrot. Il devient de plus en plus visible que Michel Veunac ne dirige plus rien ni personne, comme en témoignent les coups de gueule récurrents entre alliés d’hier, qui réveillent régulièrement les employés municipaux. Il ne serait vraiment pas surprenant qu’à un moment ou l’autre Michel Veunac, à l’image d’un Bernard Marie en son temps, soit mis en minorité par son propre camp au moment du vote du budget. Car le temps presse et le maire démontre chaque jour son incapacité à agir et à décider, se contentant de solutions désastreuses comme de réinvestir dans la Cité de l’Océan. Si l’opposition n’était pas elle-même totalement divisée, elle pourrait se frotter les mains d’une telle situation. Mais, à l’exception de Richard Tardits et de Jean-Benoît Saint-Cricq, opposants fermes, intelligents et constructifs, qui ne sont pas du genre à pactiser en douce, entre ceux qui ont changé de camp en cours de mandat et ceux qui ont dealé discrètement, plus personne ne s’y retrouve. Frédéric Domège semble décidé à combattre les décisions du maire et à incarner une opposition digne de ce nom. Mais quel poids politique aura-t-il au soir du premier tour ?

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