Le livre de chevet du contestataire créatif

Créer, c’est résister, résister, c’est créer…

Joyeux bordel 02Vous avez peut-être en mémoire la réflexion de l’humoriste Alphonse Allais, « La forme même des pyramides nous apprend que, dès la plus haute antiquité, les ouvriers avaient déjà tendance à en faire de moins en moins », mais saviez-vous que le premier conflit social connu date de la construction de ces mêmes pyramides, il y a plus de trois mille ans? Lassés de ne jamais voir arriver pour leurs ouvriers des provisions suffisantes, promises par Ramsès III, les contremaîtres incitent leurs équipes à occuper les temples. paralysent la vie religieuse et obtiennent très vite satisfaction.

« Le salut des hommes repose entre les mains de ceux qui font preuve de créativité dans leur non-conformisme » se plaisait à répéter Martin Luther King. Avec « Joyeux bordel, tactiques, principes et théories pour faire la révolution », publié aux éditions LLL (Les liens qui libèrent), l’amoureux du désordre créatif n’aura désormais plus aucune excuse pour défiler tristement dans la rue, au lieu d’inventer des actions adaptées aux causes qu’il défend. Les deux auteurs, très connus dans le monde des activistes américains, ont eu l’excellente idée de recenser toutes les actions revendicatives les plus insolites dans le monde. Canulars, perturbation créative, non-violence stratégique ou théâtre invisible, la liste est longue des coups d’éclats qui permettent de sensibiliser la population à un problème, à l’image de ce que vient de réussir Bizi! en piquant quelques chaises à la banque HSBC.

Parfois, les idées les plus simples sont les plus efficaces. Les pique-nique dans les supermarchés, organisés par l’association française L’appel et la pioche toutes les « faim » de mois pour protester contre le gaspillage des denrées et la pauvreté dont souffrent nombre de Français, ont le mérite de mettre les vigiles des grands magasins dans une situation impossible. Des médias amis ont été prévenus pour filmer, les badauds s’attroupent et parfois même participent aux agapes autour de la grande table dressée par les militants au rayon fruits et légumes et le plus souvent les organisateurs de ce rassemblement protestataire repartent sous les applaudissements des consommateurs tandis que la direction, impuissante, ronge son frein.

En 1996, en Angleterre, trois femmes, scandalisées par les bombardements infligés par l’aviation anglaise au Timor-Oriental, pénètrent dans une usine de la British Aérospace, démantèlent un avion Hawk ZH955, lui infligeant deux millions d’euros de dégâts, tout en laissant en évidence dans le cockpit des documents et des vidéos revendiquant leur acte. Six mois après leur arrestation, elles seront acquittées, ayant convaincu le jury que leur crime avait permis d’en éviter un autre bien plus grand.

« Le rôle des militants ressemble souvent à celui de l’enfant dans le conte d’Andersen : même si tout le monde sait que l’Empereur est nu, le déclarer publiquement peut avoir des conséquences révolutionnaires. Exposer des problèmes cachés jusque-là peut être le premier pas, voire le plus important, afin de les résoudre. »

Donner aux médias ce qu’ils attendent

eau en feu 02Parfois, une simple image spectaculaire à fournir aux médias, va totalement modifier la donne. Les Américains étaient assez indifférents à l’exploitation des gaz de schiste par fracturation hydraulique dans leur pays. Jusqu’au jour où des militants, épaulés par des scientifiques garantissant l’honnêteté de l’expérience, ont mis le feu devant les caméras des journalistes. à l’eau du robinet d’une zone concernée. Une démonstration limpide, si l’on peut dire, qui a considérablement bouleversé la donne. (l’expérience est visible sur youtube https://www.youtube.com/watch?v=9qQVBFgNEyY).

L’humour doit être omniprésent dans l’esprit du manifestant. Mettre les rieurs de son côté, c’est déjà faire la moitié du chemin. Le 5 juin 2013, à Paris, alors que se prépare l’assemblée générale des actionnaires de Bolloré, des Camerounais et des Ivoiriens, munis de pelles, de bêches et de râteaux, commencent à biner la pelouse de la multinationale qui accapare les terres de leurs pays avec des plantations gigantesques d’hévéas et de palmiers à huile : «  On n’a plus de terres disponibles dans notre pays, alors on vient planter le manioc dans votre pelouse! » Allez-vous défendre après une action aussi spectaculaire!

« Joyeux bordel » interpelle aussi les artistes, en leur demandant de ne pas se contenter de dessiner des affiches ou des flyers, mais de mettre leur vision décalée du monde au service des causes qu’ils défendent. Pendant la Commune de Paris, tandis que les Manet, Cézanne ou Monet avaient fui la capitale pour continuer à peindre des natures mortes, Gustave Courbet mettait sur pied la fête destinée à faire tomber la colonne Vendôme, symbole de l’oppression napoléonienne.

Pour Milan Kundera, le contestataire est celui qui sait « unir l’extrême gravité de la question et l’extrême légèreté de la forme ». Avec ce « Joyeux bordel », créatif et jubilatoire en diable, vous n’avez vraiment plus aucune excuse pour continuer à marcher au pas!

  « Joyeux bordel, tactiques, principes et théories pour faire la révolution», Andrew Boyd et Dave Oswald Mitchell, éditions LLL, les liens qui libèrent – 250 pages, 16 €.

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