Et les perdants sont…

biarritz score

(Photo Corine Martineau)

L’histoire remonte à presque deux mille trois cents ans, mais semble toujours d’actualité à Biarritz. En 280 avant Jésus-Christ, à Héraclée la bien nommée, Pyrrhus, le roi d’Epire, mit une sévère… raclée aux légions romaines. Mais, dans le combat, il perdit tellement d’hommes qu’il devint dans les semaines qui suivirent une proie facile pour les envahisseurs. À Biarritz, les politiques, à l’occasion de ces élections départementales nous ont offert un tel spectacle, que l’on peut sans risque pronostiquer une victoire… à la Pyrrhus pour celui qui décrochera la timbale, dimanche 29 mars. À l’exception des candidatures militantes qui ont réalisé des scores prévisibles et qui peuvent quitter l’enclos électoral la tête haute, les trahisons, les alliances improbables et les incessantes parties de billard à douze bandes, lors de cette campagne électorale, ont agacé les Biarrots au plus haut point et auront fatalement des conséquences à l’avenir sur la vie politique locale. Revue de détail d’un champ de ruines.

cinq de trèfle

5,52%, septième.

Il est du genre à affirmer « Même pas mal! »  et, à le lire sur Facebook, on pourrait presque croire qu’il triomphe : « Merci aux 537 Biarrot(e)s qui ont voté pour nous. ». La réalité est cruelle. malgré le soutien, sans nul doute décisif de Jean-Philippe Viaud, le repenti de gauche François Amigorena, qui avait décidé, après avoir piqué le compte Twitter de son ancien mentor,  de se présenter sans étiquette, va désormais se trimballer avec une magnifique… étiquette dans le dos. Celle d’un perdant, même pas magnifique, qui ne pèse rien dans la Ville, avec ses 5,52% de suffrages et sa septième place. On le disait discrètement soutenu par Didier Borotra. On mesure ainsi  l’influence de l’ancien maire. Quant à notre sémillant adjoint au tourisme, on lui souhaite bien du plaisir au sein de la majorité municipale quand il devra traiter avec Lafite ou Veunac. Il ne lui reste qu’une solution, s’il est cohérent : démissionner.

6-coeur

6,14%, sixième.

 Frédéric Domège avait promis qu’il se consacrerait à la pêche à la ligne en cas de défaite et fort de ses 6,14% et de sa sixième place, nul doute qu’il doit être en train de préparer ses plombs et ses hameçons. Pourtant, quand il aura digéré sa désillusion, un intéressant rôle politique l’attend. Celui d’opposant efficace à Michel Veunac, lui qui ne s’est pas compromis dans des négociations d’arrière-boutique ou des alliances improbables.

10-carreau

10,97%, quatrième.

 La trahison a ses limites. On imagine mal pour le second tour Louis Vial appeler à voter pour Max Brisson ou Bénédicte Darrigade pour Guy Lafite. Bénédicte Darrigade, comme Frédéric Domège, contestait l’omnipotence de Max Brisson sur Biarritz et sa boulimie de candidat à tout. Il est dommage qu’elle ait manqué de patience, car en se fourvoyant dans cette élection où elle n’avait rien à faire, elle a gâché la sympathie que les Biarrots éprouvaient pour sa personne et pour son nom. Elle était prédestinée à jouer un rôle important au sein de la Ville.  Il va être difficile pour elle de faire oublier désormais sa désinvolture d’élue, qui dix mois après son arrivée comme opposante au sein du conseil municipal, change de casaque et va pactiser avec la majorité. Avec 10,97% de suffrages, elle se retrouve très loin derrière Max. Ce sont ses électeurs qui vont détenir les clés du deuxième tour. Ont-ils voté pour le ticket Darrigade-Vial par détestation du leader de l’UMP, ou, après s’être offert un petit frisson de dissidence, vont-ils sagement regagner les rangs de l’UMP? On le saura dimanche.

valet de pique

13,85%, troisième.

 Frank Perrin a le sourire. Le candidat du Front national sait très bien que son parti est le grand vainqueur au niveau national de ces élections départementales, quoiqu’en disent les commentateurs qui comparent un parti qui s’est présenté seul avec des entités de gauche ou de droite, ce qui n’a aucun sens. Le très policé Frontiste biarrot la joue comme ces pères de famille qui choisissent les placements sans risques. Pas de bruit, pas de vague, mais d’élections en élections, son petit magot fructifie et avec 13,85% de suffrages obtenus, son parti progresse nettement par rapport aux cantonales de 2011. Plutôt clair dans ses choix, il affirme qu’il votera blanc au second tour et raconte que, lors d’un pot qui a réuni les militants dimanche soir, beaucoup affichaient la même intention. Frank Perrin juge que son parti est devenu républicain et que les quelques réflexions racistes de candidats relevées par les médias ne sont que des épiphénomènes. Un avis que semble partager l’opportuniste Sarkozy, avec son « ni-ni » qui met sur le même plan le PS ou le Front national. Un avis que ne cautionnent ni le patron de l’UDI Jean-Christophe Lagarde ni Emmanuel Valls, qui a eu le mérite d’être très clair sur le sujet, en appelant à voter pour la droite républicaine, en cas de duel UMP-FN.

roi de carreau

21,97%, deuxième.

 Avec 21% de voix obtenues, l’agglomérat de gauche, qui regroupait le PS, mais aussi dans certains départements le Front de gauche, le PC et les Verts, a pris une rouste monumentale. Parce qu’il est si peu de gauche, parce que son côté bobo plait, parce qu’il n’a jamais un mot plus haut que l’autre et qu’il enrobe à merveille ses contrevérités et ses approximations, Guy Lafite réussit une très belle performance avec 21,97% de votes en sa faveur dans une ville très à droite comme Biarritz. Et l’on se demande s’il n’est pas capable de créer la surprise, comme Michel Veunac l’avait fait au second tour des municipales. Quoiqu’il arrive, il est évident que cette élection laissera  des traces au sein de la majorité municipale, puisque Michel Veunac, ligoté par les engagements pris avec le MoDem, appelle à voter pour Brisson et non pour son Premier adjoint. Comment voulez-vous ensuite que les Veunac, Lafite, Amigorena, prennent des décisions sereines et favorables à la Ville, après un tel salmigondis?

roi de trèfle

27,21%, premier.

 L’échéance du 29 mars est capitale pour Max Brisson. Avec 27,21% de suffrages, Max et Maïder Arosteguy  se situent dans la moyenne nationale, ce qui n’est pas si mal quand on se retrouve confronté à deux listes dissidentes. Mais la grande inconnue reste la façon dont va s’opérer le report de voix. Déjà les patrons de l’UDI et de l’UMP ne sont absolument pas d’accord sur la façon de gérer l’épineuse question du Front national. Et force est de constater qu’au niveau local, Max Brisson, dont l’intelligence et les qualités ont souvent été soulignées dans ce blog, a multiplié les maladresses, ces derniers temps. En n’anticipant pas la fronde de ses lieutenants, Max s’est retrouvé à manger son chapeau publiquement pour tenter d’annihiler les dissidences et empêcher Corine Martineau de faire une liste. Mais surtout, comme Bénédicte Darrigade, Max n’a guère respecté le mandat pour lequel il a été élu. On peut très bien comprendre qu’un ancien premier adjoint, qui s’est imaginé maire, se complaise difficilement dans le rôle de premier opposant. Max a fait le job avec un manque d’allant total, multipliant les absences ou les excuses bidons. Et au final, au nom d’une alliance avec le MoDem, il s’est trouvé à négocier en douce avec Veunac, tout en jurant ses grands dieux du contraire. C’est Biarritz qui pâtit de ces petits jeux politiques! La moindre des dignités, quand on ne se sent plus l’âme d’un opposant et que l’on se retrouve coincé par des logiques d’appareil, c’est de démissionner de son poste de conseiller municipal pour laisser la place à quelqu’un qui a envie de faire le job. Ce que Max fera certainement s’il est élu dimanche, mais ce qui sera perçu comme une nouvelle manœuvre pas très respectable.

 Pour toutes ces raisons, parce que Guy Lafite est pour moi de gauche comme je suis bonne sœur, parce que Max Brisson a privilégié ses intérêts personnels avant ceux de la Ville, parce que presque tous les candidats de cette élection départementale se sont souciés comme d’une guigne des mandats que les électeurs leur avaient confiés et n’ont pas compris qu’en se ridiculisant, ils ridiculisaient aussi les Biarrots, pour la première fois de ma vie, dimanche, je vais voter blanc. À la réflexion, c’est une belle couleur le blanc.

Une réflexion sur “Et les perdants sont…

  1. C’est à dire que c’est bien rémunéré vous comprenez…
    Dans le Sud-Ouest du jour, Veunac explique « j’ai prévenu mon 1er adjoint Guy Lafite du soutien à son adversaire. » Doit être sympa l’ambiance à la mairie. On comprend pourquoi cette ville fait du surplace…

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