Jean-Marie, Marine, Florian, Louis : l’aviez-vous lu comme cela?

???????????????????????????????Quel dommage que l’université française, pour aiguiser le sens critique des citoyens, ne propose pas des cours de journalisme comparé, comme il existe des cours de littérature comparée! Prenez par exemple la querelle très médiatique qui oppose le fondateur du Front national, Jean-Marie Le Pen à sa fille Marine, avec dans les seconds rôles, Florian Philippot, le conseiller, et Louis Aliot, le compagnon. Dans vos kiosques favoris, vous pouvez trouver deux excellents papiers sur le sujet. L’un dans Le Canard enchaîné intitulé « Le Front vire à l’extrême foire » et l’autre dans L’Express sous le titre  « Les dessous d’un meurtre ». Seul petit hiatus, sur le rôle de chacun des protagonistes, le récit fait par les deux hebdomadaires est… totalement contradictoire.

Aliot, l’instigateur pour L’Express

Christophe Nobili, de loin la plus belle plume du Canard, nous raconte en compagnie d’Anne-Sophie Mercier, comment le mouvement qui se voulait « le premier parti de France », le 22 mars est devenu, trois semaines plus tard, « le premier merdier de France »  et détaille le bureau exécutif houleux qui s’est tenu après l’interview du patriarche, donné à Rivarol : « Les divisions éclatent au grand jour. Marine Le Pen écoute, Louis Aliot est opposé à l’exclusion du père« .

La musique est toute autre dans L’Express, sous la plume de Denis Tuqdal : Louis Aliot n’y va pas par quatre chemins : « L’entretien de Jean-Marie Le Pen dans ce torchon antisémite est parfaitement scandaleux et nos désaccords politiques désormais irréconciliables« . Et le journaliste de préciser : « Tonton Louis, comme certains le surnomment dans la famille, a toujours eu du mal avec celui qui ne l’a jamais officiellement considéré comme son gendre ».  (Anecdote amusante que les journalistes se sont bien gardés de raconter : Jean-Marie Le Pen avait retrouvé un de ses anciens gendres dans les bras… d’un garde-républicain).

Florian Philippot, en revanche, l’autre figure marquante du Front national, n’apparait quasiment pas dans le récit de Denis Tuqdal. Tout juste est-il cité pour un tweet écrit au moment de la plus forte tension entre le père et sa fille : « La rupture politique avec Jean-Marie Le Pen est désormais totale et définitive. Sous l’impulsion de Marine Le Pen, des décisions seront prises rapidement ».

Philippot le cerveau, pour Le Canard

Pour Le Canard, en revanche, le maître d’œuvre de toute cette comédie n’est autre que Florian Philippot, qui aurait malmené Marine lors du fameux bureau exécutif : « Si tu ne vires pas Le Pen, ta présidentielle est plantée aussi! Tu dois annoncer ce soir, au journal de TF1, qu’il est exclu! Et Anne-Sophie Mercier de préciser qu’un membre de la direction, sous couvert d’anonymat, lui a confié : « La virulence de Philippot en a mis plus d’un mal à l’aise » avant de conclure dans le portrait consacré au numéro deux du Front national : « Marine Le Pen a son Patrick Buisson. Cet autre marionnettiste politique s’appelle Florian Philippot. Il a été à la manœuvre toute la semaine pour faire virer le vieux. »

Non, ça ne coule pas toujours de source…

Surtout, ne tombez pas dans le mépris définitif des journalistes, après cet exemple de violons visiblement désaccordés entre les deux hebdomadaires, qui ont pourtant, l’un et l’autre, publié un excellent papier. Vous touchez là du doigt toute la difficulté du métier, et en particulier en matière de journalisme politique, avec des « sources » rompues à la communication et championnes du billard à trois bandes. Il est clair, au sein d’un Front national soucieux de dédiabolisation, que tout le monde souhaite que le patriarche prenne de la distance et garde pour lui ses éructations racistes. Comme personne ne veut prendre la responsabilité du « meurtre », il est évident que Le Canard a été informé par un membre du clan Aliot, qui s’est chargé de savonner la planche à Florian Philippot, tandis que l’entourage du numéro deux du Front donnait des tuyaux à L’Express, tout en chargeant le camp rival. Et si on se pose la question de savoir à qui profite le crime, on notera au passage que dans les deux papiers, Marion Maréchal Le Pen apparait fort peu, alors qu’elle est visiblement la grand gagnante de cette opération, avec l’adoubement de son grand-père pour aller conquérir la région PACA.

Finalement, la parole des journalistes, même si ils sont d’une totale honnêteté intellectuelle dans l’exercice de leur métier, c’est comme la parole d’évangile : elle peut être sujette à caution.

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