Dimanche piéton ou dimanche pitié?

Dimanche piéton 006Réjouissons-nous, Biarrots! Treize mois après son avènement, le grand communicant qui nous dirige a enfin eu une idée. Pas une idée personnelle -n’allons pas trop vite en besogne!-, mais une idée empruntée à de grandes métropoles comme Paris ou Bordeaux. Le premier dimanche de chaque mois, la Ville sera réservée aux piétons et aux vélos, de 9 heures à 14 heures, et les policiers municipaux, au lieu d’aller à la messe, seront priés de faire la circulation. Sur le papier, une idée magnifique et presque du même niveau que celle qui a consistée à peindre des pictogrammes de cyclistes sur la chaussée pour faire croire que Biarritz est devenu une ville du vélo.

Mais copier est un art et notre grand-maire-visionnaire-qui-pense-à-tout a juste oublié un détail. Quand des vacanciers viennent à Biarritz, ils ont envie de marcher le long du front de mer et non pas dans les rues du centre-ville, qui sont de surcroit équipées de trottoirs fort larges. Michel Veunac, dans ses rêves les plus fous, devait imaginer que les foules en délire allaient se masser devant la marie pour acclamer son initiative, surtout que la météo était fort clémente en ce dimanche 3 mai et incitait à la promenade. Au lieu de cela, les restaurateurs du centre-ville se sont retrouvés sans pain, les livreurs n’ayant pas été autorisés à franchir l’enceinte déserte et sévèrement gardée et les clients des hôtels se sont trimballés leurs valises jusqu’aux octrois municipaux, puisque les taxis étaient eux aussi tenus à distance.

Reportage en images de ce nouveau fiasco municipal.

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Dimanche 9h30 : Les foules en délire sont déjà agglutinées devant la mairie tandis que les cyclistes et les enfants à trottinettes zigzaguent joyeusement sur l’avenue Édouard VII.

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Dimanche 11h30 : La pression populaire s’est encore accrue. Tout le monde attend la bénédiction urbi et orbi du maître des lieux. Scoop : On a même vu Guillaume Barucq passer en vélo.

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Dimanche 12h20 : Les forces de l’ordre sont débordées par la liesse populaire et on se demande vraiment comment il peut encore y avoir autant de monde sur le promenoir de la grande plage. Encore un triomphe populaire pour le très créatif Michel Veunac et une opération à renouveler d’urgence!

 

Quand Pétain cajolait le XV et écartait le XIII

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Croix basque et croix nazie cohabitent sur le même billet, qui était déchiré à l’entrée du stade.

Passionné de politique, ce que tout le monde sait à Biarritz, Frank Perrin est aussi un mordu de ballon ovale et en particulier de rugby à XIII. Alors que des milliers de spectateurs se préparent à assister à l’affrontement opposant Clermont à Toulon, en finale de la Coupe d’Europe, il nous adresse ces images d’un passé qui interpelle.  Pendant que le rugby à XV coulait des jours (relativement) heureux sous l’occupation, la pratique du  rugby à XIII était rayée d’un trait de plume par le maréchal Pétain, le 19 décembre 1941. Une décision incroyable que L’Équipe magazine qualifiera, en 2013, de « plus grand scandale du sport français ».

 

Avec ces billets de rugby aux visuels impressionnants, le passé ressurgit et les heures noires de l’occupation aussi…  D’après mes sources, ces billets dateraient de 1941 ou de 1942. Faut-il parler de “collaboration” ou est-ce que le régime nazi imposait la croix gammée sur les billets ? Difficile de répondre, car les instances dirigeantes du rugby à XV préfèrent botter en touche sur le sujet. On peut voir aussi en filigrane des chistéras. Sous l’occupation la pelote basque professionnelle avait obtenu un sursis de trois ans octroyé par Vichy et ses collaborateurs, au même titre que le football, la boxe et le cyclisme. Le Président de la FFPB était un certain Jean Ybarnegaray …Le rugby à XIII avait été supprimé d’un trait de plume via le décret n°5285 du 19 décembre 1941.  Le rapport sur la situation du rugby en France, rédigé par le docteur Voivenel à la demande de Monsieur Jean Borotra alors Commissaires aux Sports, fut fatal au XIII,  qu’il soit professionnel ou amateur, alors que les enveloppes circulaient tout autant à XV, avec des amateurs marrons, qui n’étaient pas appelés ainsi pour les coups de poing qu’ils distribuaient!

Un Biarrot relance le XIII

Rugby 07Par ailleurs et contrairement à ce qui a été écrit par des historiens sur le XIII, celui-ci a bel et bien redémarré le 5 novembre 1944 en tant que  Ligue Française de Rugby à XIII et non Jeu à XIII . La Ligue était donc de nouveau reconnue. (ci-joint l’article de L’Athlète Moderne et sa Une qui le prouve). C’est entre autre grâce à Monsieur Paul Barrière (ex-directeur du Casino Municipal de Biarritz dans les années 60/70/80) ex plus jeune Président de Fédération Sportive (Président en 1947 à 27 ans!) que le XIII put repartir, aidé en cela par son oncle Jean Bourel, grand mécène audois qui fit de Quillan Espéraza XV un champion de France en 1929, et son beau-père, très grand chapelier de l’Aude également, Jean Peille.

 De fait,  le XIII aurait dû récupérer ses biens et ses stades faisant suite à l’ordonnance du Général de Gaulle en date du 7 octobre 1943. D’après certaines sources, les archives de la Ligue Française de Rugby à XIII d’avant-guerre (spoliées en partie par Vichy via le décret précité ) seraient classées dans un “musée externalisé” à Fontainebleau…dans des cartons pleins de poussières. (sources rapport MG Buffet 1997-2000) dont le décret fut abrogé par Jean-François Lamour le 25 juin 2005 afin qu’il ne soit pas rendu public.

 J’ajoute que le XIII n’était pas un sport professionnel, contrairement à ce qui a été dit mais semi-professionnel, car les joueurs rémunérés devaient avoir un autre travail à côté (Le Président Laborde l’a écrit dans le numéro 2 de Rugby Treize de juillet 1938) . Joints également en deux parties un extrait de Match Sports 1936 avec l’équipe “pro” de Villeneuve où l’on distingue les joueurs dont le fameux Max Rousié. Tous avaient un autre travail que le seul rugby à XIII…

Indépendamment des billets quinzistes joints qui méritent réflexion, j’estime, comme beaucoup de passionnés, que le XIII devrait être réhabilité définitivement et recouvrer sa mémoire volée. Est-ce un signe positif ?  Monsieur François Hollande aura été le seul Président de la Ve République à amener en voyage officiel avec lui en septembre dernier la délégation française de Rugby à XIII et son Président Carlos Zalduendo en Australie. En cela nous ne devons lui en être plus que reconnaissants.

Frank Perrin, Biarritz

 

Vous pouvez aussi consulter le mémoire de Robert Fassolette historien du 13 :http://grenet.free.fr/fjtreize/Entraineurs/Documents/La_modernite_sportive_assassinee.pdf

Extraits de Miroir des Sports, l’Equipe, Midi olympique, Journal Minute, Rugby Treize 1938 n°2. (archives personnelles)

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