Veunac si seul en sa Cité…

Veunac si seul en sa Cité

Le petit bâtiment anodin annoncé en 2004 à 8 millions d’euros est en train de dépasser allègrement les 100 millions d’euros. Tout ça pour ça ?

Les repas de famille se déroulent presque toujours ainsi. On mange trop, on s’étouffe, on s’agace, et à mi-repas les vieilles rancœurs ressortent. Ce ne sont pas les conseillers municipaux qui ont participé au marathon du mercredi 30 septembre (quatre heures de délibérations et un programme dense jusqu’à l’indécence) qui vous diront le contraire.

À l’apéritif, tout le monde est consensuel, et les votes sur l’aménagement  d’une piste cyclable (enfin!) ou le réaménagement de la Côte des basques ne suscitent pas de discussion. Mais quand les plats de résistance, mitonnés par la ménagère Veunac, arrivent, La Cité de l’Océan, mais aussi l’Hôtel du Palais et l’extension du stationnement payant (Bisque, bisque, Basque! reviendra plus tard sur ces deux derniers sujets), le moins que l’on puisse dire est que le maire se retrouve bien seul dans ses convictions et que les godillots de la majorité se contentent de regarder leurs pompes et de voter en silence, pendant que l’opposition s’escrime.

Un dépressif face à son bandit manchot

Pour toutes ces raisons, ce conseil municipal de fort bonne facture, autrement plus palpitant qu’un Nouvelle-Zélande-Géorgie de Coupe du monde de rugby, mérite d’être regardé.

http://ville.biarritz.fr/mairie-pratique/le-conseil-municipal/videos-deliberations/

En effet, lorsque notre bon maire a une idée, ce qui heureusement est fort rare, il s’y accroche. Comme un dépressif campé face à son bandit manchot au casino municipal, Veunac est visiblement persuadé que plus on perd, plus il faut miser. Son plan de relance de la Cité de l’Océan passe donc par un nouvel investissement de 6 millions d’euros pour racheter de la quincaillerie ludo-scientifique, alors que les faits montrent que ce type d’équipement n’intéresse personne. Comme notre maire aime les plaisanteries qui durent, il demande donc « simplement » au conseil municipal de voter une subvention de deux millions d’euros pour les premiers investissements… en attendant la suite.

Mais une surprise de taille, que Bisque, bisque, Basque! est en mesure de vous révéler, attend pendant ce banquet la médiocre cuisinière Veunac. Avant le repas, les convives se sont concertés pour évoquer les sujets qui fâchent. Jean-Benoît Saint-Cricq, Bénédicte Darrigade, Pierrette Echevarria et… Max Brisson se sont souvenus qu’il n’était pas interdit de préparer ensemble le conseil municipal quand on est dans l’opposition, et vont donc lancer quelques salves intéressantes sur le pauvre assiégé, si seul en sa Cité.

Un tir groupé de l’opposition

À tout seigneur tout honneur, c’est l’opposant de tout temps à la Cité de l’océan, Jean-Benoît Saint-Cricq, au bout d’une heure de conseil, qui renverse les premières assiettes dans une intervention remarquable (à lire ci-dessous) où il rappelle l’histoire de ce petit bâtiment anodin, annoncé par Didier Borotra pour un coût de 8 millions d’euros et qui va finir autour de cent millions d’euros, ce qui constitue une sorte de record dans la gabegie publique. Avant de refuser « d’approuver ce carnage financier pour soutenir un flop commercial qui se poursuit allègrement depuis trop longtemps« .

Bénédicte Darrigade détaille ensuite « le besoin financier colossal que représente votre plan de relance » avec l’attraction « La plongée dans les abysses » qui coûtera aux contribuables « 1million 250 000 euros en 2017 et le sauvetage dans la tempête pour 1million 200 000 euros en 2018 » et annonce qu’elle s’opposera à la subvention. Précision pour les profanes, la « plongée dans les abysses » et le « sauvetage dans la tempête » sont les noms prémonitoires, choisis par les grands humoristes qui président aux destinées de la Cité de l’Océan. On ne saurait être plus réaliste!

Peut-être piqué au vif par les critiques lui reprochant son opposition inexistante au sein du conseil, Max Brisson (1h11 sur la vidéo) lance l’idée qui fâche et qui pourtant tombe sous le sens : « Votre orientation, c’est de « muscler » ce qui existait. On aurait pu être en rupture, considérer que l’on s’était planté et tourner la page. Vous avez fait un choix différent (…) Vous ne pouvez pas échouer. Si vous échouez, nous allons plomber définitivement les finances de la Ville« . Il faut parfois savoir tourner la page, ce que Veunac ne sait visiblement pas faire. Et on connaît un « Gros Poupon » qui n’a pas fini d’être pensif jusqu’en 2020, le matin en se rasant.

Frédéric Domège se veut plus nuancé, mais remarque qu’on n’a pas vu « dans la liste d’aujourd’hui de sociétés privées« , alors que le maire les avait annoncées avec emphase.  Pour les Biarrots, malgré ses doutes personnels, il souhaite la réussite de ce plan de relance et s’abstient donc.

Maïder Arostéguy enfin (1h17 sur la vidéo) finit de nettoyer la table, en estimant que « l’économie de la mer est l’avenir de notre territoire » et en s’étonnant «  de la disparition des partenaires privés dans la Cité de l’Océan » avant de conclure face à l’utilisation de l’argent public « Pourquoi est-ce la puissance publique au lieu du privé qui joue ainsi à la roulette russe? »

Veunac, à l’image de ses mères de famille qui ne veulent pas voir les haines familiales pour se persuader que leur repas se déroule au mieux, botte en touche en annonçant qu’il « ne peut en dire plus, mais que des partenaires privés se déclareront avant la fin de l’année », avant de fustiger avec arrogance tous ceux qui traînent des pieds : « Plus j’avance vers la réussite, plus vous devenez amers et agressifs ».

Pauvre homme, il n’a pas vu les convives rire sous cape autour de la table en se répétant que, décidément, « Veunac est en cécité sur sa Cité« ?

 

Jean-Benoît Saint-Cricq décrypte les enjeux

Monsieur le Maire, mes chers Collègues,

Personne ne sera surpris que ce plan de relance ne suscite pas notre approbation. Déjà le 24 septembre 2004, lors du lancement de cette opération en maîtrise d’ouvrage publique, nous avions émis des réserves sur ce projet.

Je rappelle qu’à l’époque, il s’agissait d’engager seulement 8,380 M€ pour la construction et la réalisation de la Cité du Surf, scénographie incluse. Puis, au fur à mesure, nous avons vu le projet enfler jusqu’à la démesure.

Dès 2005 avec le choix de Steven Holl contre l’avis du jury, le projet est monté à 15 M€. Puis, en 2007, votre prédécesseur à qui nous avions dit que l’urgence était de rénover le Musée de la Mer, a sorti de son chapeau de prestidigitateur le PPP, partenariat Public Privé pour nous dire qu’il allait tout faire. Le coût a bien sûr enflé.

Pendant la campagne 2008, nous avions estimé à 64 M d’Euros le coût pour le contribuable. Votre prédécesseur jurait quant à lui dans ses documents de propagande que le coût serait de 30 M€. Bien sûr, nous ne parlions pas de la même chose. Il parlait du coût pour l’opérateur Vinci et nous du coût pour le contribuable.

Au résultat sitôt la campagne passée, nous avons su que nous nous étions trompés… en sous estimant encore le coût de l’opération. Ce n’était pas 64 M€ mais 80 M€. Et encore, sans compter avec les suppléments, 5 M€ pour chacune des structures. Il a fallu payer la nouvelle entrée du Musée sous dimensionnée puis aménager l’Atalaye, et à la Cité du Surf, il a fallu payer le rond point, les abords et la salle supplémentaire. Total : 90 M€ pour une ville de 25.000 habitants.

J’évoquerai à peine les démêlés juridiques de ce dossier. Nous avions dit que ce montage financier choisi pour tenter de planquer l’endettement sous le tapis était strictement illégal et coûteux. Le Conseil d’Etat m’a donné raison et a censuré ce montage ruineux. Vous avez donc choisi de résilier le PPP, pour des raisons qui vous regardent alors que rien ne vous y obligeait. De fait, vous auriez pu résoudre le contrat et remettre le dossier sur la table en renégociant sur la base du vrai coût de la construction car rien ne dit que ces bâtiments que nous aurons payé 42,5 M€ à leur constructeur et qui nous reviennent au double avec les prêts bancaires aient vraiment la valeur qui nous a été facturée.

Nous savons que cette affaire s’est avérée spécialement ruineuse à la réalisation et parfaitement illégale.

Qu’en a-t-il été de l’exploitation ? Hélas comme nous l’avions prévu ce fut une véritable catastrophe.

Dès la première année 2011 vous affichiez 25.000 € de pertes malgré 388.000 € de subventions d’exploitation officielles et 600.000 € de subventions indirectes sous forme de loyer Vinci non répercuté sur la SEM et payé par la Ville, soit un coût pour les Biarrots de 1.013.000 € aux quels il faut ajouter les 500.000 € de l’inauguration, soit 1.513.000 €.

Pour 2012 vous affichiez 297.000 € de pertes malgré 400.000 € de subventions d’exploitation officielles et 600.000 € de subventions indirectes sous forme de loyer Vinci non répercuté. La facture s’élevait à 1.297.000 €.

Pour 2013 vous affichiez 610.000 € de pertes malgré 300.000 € de subventions d’exploitation officielles et 600.000 € de subventions indirectes sous forme de loyer Vinci non répercuté. La facture s’élevait à 1.510.000 € auxquels il faut ajouter les 500.000 € de l’exposition sur les pôles, soit un coût de 2.000.000 € !

Pour 2014 vous affichez encore 549.000 € de pertes malgré 300.000 € de subventions d’exploitation officielles et 600.000 € de subventions indirectes sous forme de loyer Vinci non répercuté. La facture s’élevait à 1.449.000 €, sans parler du coût des animations 167.000 € autour de la Cité pendant l’été qui, bien sûr, n’ont fait entrer personne dedans !

Pour 2015 nous avons vu le loyer versé annuellement à la ville encore allégé de 400.000 € ce qui signifie que pour les 25 ans restant à courir pendant lesquels Biarritz remboursera (désormais à DEXIA puisque Vinci a rendu les clefs) 1.800.000 € par an, la SEM ne paiera que 800.000 € et nous 1.000.000 €, soit 25 M€ au total !

Ainsi, depuis le début de cette exploitation, en 4 ans seulement ce gouffre Biarrot aura englouti 90 M€ à la construction et accumulé des pertes pour un montant de 6.426.000 €.

Aussi, lorsque nous voyons que tout ce que vous nous proposez ce soir, consiste à engager un programme de relance de 5.301.000 € supplémentaires pour la Cité de l’Océan répartis sur les quatre prochaines années, nous ne pouvons que nous insurger. Ce que vous allez mettre dans ce bâtiment n’est pas nouveau, ce ne sont que quelques attractions semblables à celles déjà en place.

Monsieur le Maire, il serait temps de voir les réalités en face. Ce projet d’un autre temps ne peut pas attirer suffisamment de visiteurs pour trouver un équilibre d’exploitation. Vos amis politiques vous ont peut-être fait plaisir en souscrivant au capital de votre joujou, mais personne ne vous soutiendra longtemps dans cette voie.

Cette gabegie de dépenses est une insulte faite à ceux qui travaillent durement pour gagner leur vie. Ne voyez vous pas que la société française et européenne souffre ? Ne voyez vous pas que nos citoyens ploient sous l’impôt ? Ne voyez vous pas que les dotations de l’Etat aux collectivités locales sont en train de fondre comme neige au soleil ? Ne regardez vous pas l’actualité et ne voyez vous pas toutes ces personnes en détresse qui frappent aux portes de l’Europe et que nous serons amenés à accueillir à grand frais ? Pensez vous sincèrement que les familles qui ont à nourrir leurs enfants vont aller gaspiller 50 € pour entrer dans votre mini parc d’attraction et regarder des animations 3D ? Croyez vous que les surfeurs vont perdre leur temps dans votre bâtiment alors qu’ils ont de vraies vagues à surfer ?

Cessez de rêver Monsieur le Maire. Vous allez une fois de plus dans le mur en ne changeant pas de projet. « L’espèce de Musée » qui était soutenu lors des dernières élections par près de la moitié de la population biarrotte aurait été une bonne idée, à en juger par les 450.000 visiteurs qui se sont déplacés pour voir l’exposition Jeff Koons à Bilbao. Si vous aviez porté un projet culturel fiable, nous vous aurions soutenu. Ne comptez pas sur nous pour approuver ce carnage financier, pour soutenir un flop commercial qui se poursuit allègrement depuis trop longtemps.

L’argent public est trop précieux.

 

5 réflexions sur “Veunac si seul en sa Cité…

  1. Veunac, le Edward Smith biarrot. A la tête du navire Biarritz, l’iceberg Cité de l’Océan sera son naufrage. Rigolo non, un naufrage pour une Cité de l’Océan ? Je ne sais pas si il se rend bien compte qu’en cas d’échec (plus qu’évident, les avis sont unanimes) des comptes il devra en rendre, et pas qu’aux biarrots…
    Audiard aurait dit que Veunac il ose tout, c’est à ça qu’on le reconnait…

  2. En cécité sur sa Cité… quelle belle phrase pleine de sens.
    Je suis allé samedi 3/10 après midi avec mon fils de 13 ans (dont c’était son anniversaire) à la cité de l’océan car je voulais voir de mes yeux ce dont tout le monde parle et pourquoi il y a autant de monde (nous étions une bonne dizaine…). En fait, mon fiston n’a voulu faire que le simulateur de surf qui n’est pas si mal que ça. Quant au reste, il est évident que de rester planté debout à lire ou écouter les explications sur les différents aspects de l’océan et ce aussi intéressant que cela peut bien être, est inapproprié au dynamisme, à l’envie d’interactivité, de participer, de bouger, etc…d’un môme de 13 ans par exemple (moi inclus, j’en ai 50). Finalité, j’ai payé 18.50 € et nous sommes restés 18 mn.

  3. Que de pognon gaspillé! Voilà presque 10 ans qu’on avait dit que la Cité de l océan serait un gouffre pour nos impôts. Il faut stopper ce carnage. Faisons un vote utile pour montrer a Monsieur le maire qui il est à côté de ses pompes.

    • Est-ce que cela va encore durer longtemps?
      Les biarrots ne sont pas la vache à lait de la ville.
      Réflechissez donc un peu avant de décider.
      Merci.

  4. Le bilan de Jean-Benoit Saint Cricq est certes intéressant mais son entêtement à défendre un projet muséal (dont je doute qu’il intéresse une grande partie de notre population) n’est pas très réaliste lorsque l’on se penche sur les pré-requis indispensable à un tel projet : surface totale, surface d’exposition, surface des réserves, espaces extérieurs …etc… pour en rester au bâtiment lui-même sans évoquer l’environnement culturel et historique de la ville candidate . Vouloir positionner notre petite ville de pêcheurs (notre histoire baleinière mais pas notre actualité….) de golfeurs et de surfeurs comme une place culturelle susceptible de concurrencer un Guggenheim et son environnement socio culturel (Museo de Belles Artes, Alhondiga, vieille université de Deusto …etc.. relève du fantasme politicien . Pour en rester au bâtiment, quelques chiffres : Cité de l’Océan 3800 mètres carrés au total, Guggenheim 24000 mètres carrés dont 11000 d’exposition, Tabakalera San Sebastian 26000 mètres carrés, Louvre Lens 28000 mètres carrés dont 7000 d’exposition et hauteur sous plafond entre 7 et 8 mètres car l’art contemporain prend de la place et de l’espace …etc… Benoit Saint Cricq est précis et rigoureux dans ses bilans il serait souhaitable qu’il le soit également dans ses « projets » …

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