Le rugby redevient enfin un jeu

Pour son dernier match international, Nonu a montré à Bastareaud, et autres camionneurs déguisés en attaquants, que le rugby était un sport d’évitement et pas seulement de percussions stériles..

Avec une prescience qui l’honore, L’Équipe magazine, au matin de la finale, titrait à propos du rugby proposé à la Coupe du Monde « Le sacre du jeu ».  Quelques heures plus tard, tous les commentateurs étaient unanimes pour décerner le titre de plus belle finale de l’histoire à la confrontation ayant opposé la Nouvelle-Zélande à l’Australie, tant l’enjeu n’a jamais tué le jeu.

Et pour tous ceux qui n’ont pas loupé un match depuis la première édition en 1987, voilà une sacrée bonne nouvelle. Le rugby est un sport où il faut marquer un essai de plus que l’adversaire pour gagner et les batailles de tranchées où l’on se cantonne à attendre la faute de l’adversaire sont désormais aussi périmées que les charges de cavalerie face aux blindés. Outre les finalistes déjà cités, l’Argentine, l’Irlande, l’Écosse, le Pays de Galles, mais aussi des « petites » nations, comme le Canada, la Géorgie ou le Japon, nous ont démontré que l’offensive restait la vertu cardinale du rugby.

Du côté des passionnés du jeu d’avants, les paquets cadeaux se sont aussi multipliés pendant cette Coupe du Monde : on disait la mêlée moribonde et vouée à disparaître. Contrairement au grand n’importe quoi du Top 14, on a vu des mêlées propres et inventives, dûment surveillées par des arbitres qui restent seulement beaucoup trop tolérants sur les introductions en deuxième ligne. Et surtout des cinq de devant qui jouent désormais comme des troisièmes lignes et n’ont aucun problème pour faire une passe sur un pas.

Une guerre de retard pour les Français

Quel dommage que la guerre de retard demeure une spécialité française!. En 1914, nos soldats affichaient le pantalon rouge garance, modèle 1887, absolument parfait pour se faire tirer dessus par un ennemi. En 1940, les brillantes têtes pensantes de notre armée, dont l’inénarrable Maginot, s’imaginaient qu’un mur allait arrêter l’ennemi, n’ayant pas prévu qu’il pouvait passer par la Belgique, sans demander la permission. En 2015, notre bon Philippe Saint-André, s’est convaincu que la bicyclette en altitude, la musculation trente-cinq heures par jour et quelques expéditions commando en montagne allaient suffire à expédier le XV tricolore au sommet du monde. On connait la suite, quand nos Bleus sont arrivés avec leurs pelles et leurs seaux pour faire des petits tas et qu’ils ont eu droit à la marée verte puis à la marée noire.

Quand les adversaires cherchaient à franchir à tout prix, les Français, avant même de recevoir le ballon, montraient qu’ils allaient passer par le sol. Savea, l’ailier black, a certainement consacré, tout cet été, moins de temps au culturisme et plus au jeu que les Français, et ça ne l’a pas empêché de marquer un essai d’anthologie après avoir mis trois tricolores sur les fesses.  Et pour le jeu, on ne peut que se réjouir, à l’instar des commentateurs anglo-saxons de l’élimination de la France. Les joueurs retenus par PSA ne sont pas coupables et ont fait le job. Il est juste regrettable que ceux qui possédaient une étincelle de créativité aient été invités à rester à la maison, pendant que les camionneurs étaient conviés à la fête.

Un sport vraiment unique

Malgré la tristesse de voir nos couleurs tombées si bas, on ne peut donc que se réjouir des sept merveilleuses semaines que nous venons de vivre. Même si l’organisation, qui date de 1987, mériterait d’être revue (voir l’encadré ci-dessous), le rugby proposé, aussi bien par le jeu, que par les tactiques mises en place ou la personnalité de ses acteurs a été enthousiasmant. Ce sport doit rester insolite, créatif et iconoclaste et ne jamais s’aseptiser comme le football. C’est Cudmore venant espionner l’annonce de touche du pack français avant de se faire gentiment reconduire dans son camp. Mais c’est aussi le deuxième ligne roumain Johan Van Heerden, écopant d’un carton jaune pour avoir retardé la sortie du ballon adverse, et revenant, dix minutes plus tard, serrer la main de Romain Poite avec un sonore et sincère « Sorry Mister!« . Et bien entendu, c’est le geste de Sonny Bill Williams, donnant à un jeune supporter de quatorze ans, un peu malmené par la sécurité, sa médaille fraîchement conquise. «  Mais, Sonny, elle est en or » lui crie, horrifié, son entraîneur. Et le joueur, hilare, et conquis par le sourire du gamin : « Ce n’est pas grave, elle restera à jamais gravée dans mon cœur »

Tant que le rugby sera capable d’engendrer des humains de cette trempe, il n’aura vraiment rien à craindre des autres sports!

Un dépoussiérage s’impose

Depuis 1987, date où le rugby était totalement amateur, l’organisation de la Coupe du Monde n’a pratiquement pas changé, passant simplement de 16 à 20 clubs, avec toujours le même principe de quatre poules où les deux premières équipes sont qualifiées. À une époque où les joueurs devaient quitter leur emploi pour revêtir le maillot international, les rencontres contre de petites nations permettaient aux favoris de se mettre en place. Mais le rugby ne vaut que lorsque les rencontres sont intenses et qu’un « supplément d’âme » va faire basculer la partie. Le match tous les quatre jours, est une hérésie pour la santé des joueurs et on a bien vu qu’un Louis Picamoles, malgré ses immenses qualités, n’arrivait pas à enchaîner la Roumanie quatre jours après l’Italie. Et par ailleurs, avec sept semaines de compétition, le spectateur est tenté de « zapper », lors des matches de poule, tellement les résultats sont prévisibles (Qui pouvait imaginer la Nouvelle-Zélande battue par la Namibie?) et s’ennuie un peu les trois dernières semaines entre les quarts, les demies et la finale.

Pourquoi donc ne pas imaginer une compétition beaucoup plus resserrée et beaucoup plus plaisante pour les joueurs et les spectateurs qui s’étalerait sur six semaines seulement? L’idée serait de faire une Coupe du monde A et une Coupe du Monde B, avec, comme actuellement des poules de cinq équipes. Les dix nations majeures, réparties en deux poules, disputeraient leurs matches les vendredis, samedis et dimanches et chaque équipe jouerait 4 matches de classement puis une éventuelle demi-finale et une finale pour les deux premiers de chaque poule. Le troisième de la poule A s’opposerait au troisième de la poule B, le quatrième au quatrième et les deux derniers lutteraient dans un ultime match où le vaincu serait relégué en Coupe du Monde B.

Pendant ce temps, les équipes classées de 11 à 20 disputeraient leurs matches les mardis, mercredis  et jeudis avec le même système. Et, à l’image du très beau Namibie-Georgie (16-17), les joueurs n’auraient pas le sentiment d’être des faire-valoir. Le vainqueur de cette Coupe du monde B se retrouverait automatiquement invité dans la cour des grands dans l’édition suivante tandis que le dernier disparaitrait, au moins pour quatre ans, des tablettes internationales. Le spectateur aurait ainsi des matches tous les jours avec des duels serrés entre nations très proches.

Et, cerise sur le gâteau,une date serait libérée, ce qui n’est pas négligeable au vu des cadences infernales imposées aux joueurs.

 

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