Sans démocratie, l’EPCI n’a pas de sens

EPCI 02

Un vote à bulletin secret qui a été suivi attentivement par tout le conseil municipal…

 « Je veux bien me faire traiter d’énarque, de comptable, Je m’en fiche. On n’a pas été élus pour faire des paris, mais pour défendre les Biarrots! » Jeudi soir, à l’image d’un Lionel Jospin du temps où il était Premier ministre, le Premier adjoint Guy Lafite a fendu l’armure et a parlé avec ses tripes. Et comme nombre de conseillers municipaux en ont fait autant, qu’ils soient favorables ou non à l’EPCI (Établissement Public de Coopération Intercommunale, qui regrouperait les 158 communes du Pays basque), le public a pu assister à un conseil municipal de très haute volée. Pour tous ceux qui ont encore du mal à saisir ce que sera l’EPCI, il suffit d’écouter les 207 minutes du débat, marqué par 19 interventions aussi riches que différentes, pour comprendre l’enjeu qui anime tout le Pays basque.

http://ville.biarritz.fr/mairie-pratique/le-conseil-municipal/videos-deliberations/

Un fossé plus large que l’Adour entre les pour et les contre

Il est évident dans ce débat qu’aucun procès d’intention ne peut être fait à quiconque, car tous les conseillers présents souhaitent une mise en valeur du Pays basque. Mais entre ceux qui voient une opportunité à saisir quels que soient les risques, et ceux qui pensent que la copie préparée par le préfet est plutôt médiocre, le fossé est actuellement bien plus large que l’Adour. C’est ainsi que dans la même coalition des pour, on retrouve les oui convaincus de Max Brisson, Peio Claverie et Édouard Chazouillères, épaulés par Michel Poueyts, Régine Daguerre, Maialen Etcheverry ou Laurent Ortiz et les oui mais de Maïder Arostéguy ou Ghislaine Haye.

Max Brisson (minute 53 sur la vidéo) : « Il faut dire chiche au préfet car la situation de morcellement du Pays basque n’est plus tenable. Pour certains, le moment n’est pas venu. Le problème, c’est que pour le Pays basque, le moment n’est jamais venu ».

EPCI Chazouillères

Edouard Chazouillères en compagnie de Ghislaine Haye. Pour tous les deux.

Édouard Chazouillères (1h37′), excellent, laisse parler ses tripes, lui qui n’est pas né au Pays basque : « Est-ce qu’on la joue petit bras? Il faut saisir cette occasion unique de rassembler tout le territoire. »  Et l’adjoint chargé du commerce de rejeter l’argument de la précipitation : « Si on nous donnait trente ans pour  faire l’EPCI, nous commencerions la trentième année« .

Peio Claverie (2h16′), sans surprise, prévient son auditoire : « Le lyrisme dans le débat public, c’est le sel de la soupe. Mon avis sera favorable même si l’EPCI n’est pas un projet abertzale. L’heure est au réalisme afin de saisir ce que le destin et les hommes nous proposent au Pays basque. La future région aura la taille de l’Autriche, alors, si nous voulons peser, regroupons-nous! »

Maïder Artosteguy (2h32′), se montre plus nuancée et regrette « un timing très précipité« . Malgré cela, elle a envie de croire en cette EPCI, car « l’innovation comporte des risques, mais ils sont moindres que l’immobilisme« . Avant de conclure avec cette citation de Nelson Mandela : « Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse! »

Des textes ciselés

On l’aura compris, chacun a soigneusement travaillé son intervention et le camp des opposants au projet actuel d’EPCI, a lui aussi des arguments à faire valoir. Les lecteurs assidus de ce blog ne vont pas manquer de sourire de ce compliment, mais Michel Veunac, Guy Lafite et François Amigorena, entre autres, vont avoir des interventions remarquables. Michel Veunac est décidément une énigme : ce maire a une capacité étonnante à conduire un débat apaisé et à accepter que ses colistiers ne soient pas d’accord avec lui. Quel dommage qu’il n’élargisse pas son sens de la démocratie jusqu’aux citoyens biarrots, lors de grandes décisions à prendre comme la relance de la Cité de l’océan! Jeudi soir, son intervention a été limpide (33′). Après avoir rappelé à quel point, il souhaite connaître un jour une entité basque, il a tenu à s’expliquer : « Le graal est à portée de la main, mais nous ne rendrons pas service au Pays basque avec une solution aussi précipitée et mal préparée« , avant d’annoncer qu’il allait proposer au préfet un scénario fédératif qui pourrait constituer une étape intermédiaire. Frédéric Domège s’est retrouvé sur la même position (1h08′) : « Il s’agit d’engager tout le Pays basque dans un nouveau mode de gouvernance. La méthode et l’agenda donnent l’impression d’un passage en force du gouvernement. Je ne vois pas où est l’intérêt des Biarrots dans cette proposition d’EPCI« .

Jean-Benoît Saint-Cricq, pour une fois, approuve totalement le maire (1h12′) : « Seule une consultation des citoyens aurait du sens. Il s’agit de saborder le navire ACBA. Ce machin sera ingouvernable et les villages de l’intérieur seront rattrapés par la fiscalité de la côte ».

EPCI Amigorena

François Amigorena. Contre.

François Amigorena, (1h18′) après avoir évoqué son père Jean et son militantisme basque à la fin des années 30, se fait lyrique : « Quel principe plus fondateur de la République que « Un homme, une voix ». Le projet d’intercommunalité proposé par le préfet bafoue sans vergogne ce principe puisque notre agglomération qui représente 42% de la population n’aura que 24% de conseillers dans la nouvelle assemblée »

Hervé Boissier (1h21′) est du même avis que son collègue et voit dans cette consultation « un piège, volontaire ou non, qui nous est tendu par monsieur le préfet »

Guillaume Barucq (2h48′) a constaté que les petites communes de l’intérieur étaient favorables à ce projet. Le surfeur convaincu s’est amusé de « cette grande vague qui, pour une fois, vient de l’intérieur. Biarritz ne peut pas être sourde à cette volonté. » Bien qu’il n’ait pas envie « de dire non à une communauté unique« , il décide de s’abstenir, car «  nous rêvions d’un pays et on nous propose un EPCI« .

Guy Lafite, enfin, en bon argentier (2h04′) estime que « l’intercommunalité n’a jamais été faite pour résoudre des problèmes d’identité. »  Il sourit quand on lui parle d’économies d’échelle. En effet, avec une EPCI organisant la vie de 195 000 habitants, «  le niveau d’indemnité des 232 conseillers sera beaucoup plus élevé et ça intéresse beaucoup certains »

À quoi tient l’enthousiasme en politique!

Après un vote à bulletin secret, 20 conseillers se prononceront contre le projet d’EPCI, 12 pour et 3 s’abstiendront.

Un déni de démocratie

EPCI Vial

Hervé Boissier, Louis Vial. Contre.

Mais c’est peut-être Louis Vial, opposé à ce projet, qui a eu la comparaison la plus heureuse de la soirée, même s’il affirme « ne pas être orateur » : « Nous avons l’Europe que nous avons. En sommes-nous vraiment fiers. Je ne suis pas sûr ».  L’ancien policier tape juste quand il compare la future EPCI à l’actuelle Europe : « On est dans un chantage et je ne l’accepte pas. J’ai un mandat et je n’ai pas été élu pour ça ». La nécessité de grandir, l’opportunité, tous ces arguments peuvent faire sens, s’il n’y avait ce curieux calendrier choisi. Rappelons que le vote de jeudi n’était que consultatif, et qu’un prochain vote aura lieu au printemps 2016, définitif celui-là, avant que le préfet ne prenne une décision début 2017. Et que se passe-t-il en 2017? Il y a une élection présidentielle avec un certain François Hollande qui rêve de se représenter et qui va utiliser comme argument de campagne sa simplification du mille-feuilles français. Voilà pourquoi on avance à marche forcée!

Lorsque nous avons voté en 2014 pour nos conseillers municipaux, il n’était nullement question d’intercommunalité. Pourquoi un Biarrot va-t-il valoir dans cet EPCI la moitié d’un habitant de Mauléon? Pourquoi une décision aussi importante n’est-elle pas prise au suffrage universel? Voilà où le bât blesse! L’EPCI, pourquoi pas, mais à condition qu’il n’y ait pas hold-up sur la démocratie, à condition qu’on ne nous refasse pas le coup de l’Europe, avec cette Constitution incompréhensible, rejetée par les Français et validée en douce par les politiques, au mépris du verdict des urnes.

L’EPCI peut être une chance pour le Pays basque. L’excellent débat que nous ont proposé nos élus jeudi soir, montre à quel point la décision à prendre est complexe. Mais, c’est peut-être le moment de jouer groupé.  Alors que le préfet observe les réactions et les hostilités, avant de s’efforcer de rendre une copie présentable, tout en ne mécontentant pas le pouvoir en place, les élus biarrots doivent profiter de cette période et de leur poids dans la future EPCI pour obtenir beaucoup plus. Car comment peut-on demander à des électeurs dont on n’a pas sollicité l’avis d’accepter les réussites et les échecs de ce gros machin, qui ne sera qu’une baudruche dénuée de sens, si tout le monde ne se sent pas concerné?

 

 

 

Une réflexion sur “Sans démocratie, l’EPCI n’a pas de sens

  1.  » Pas .. faire des paris  » dit Guy Lafite. C’est pourtant ce que nous faisons chaque que nous votons pour un programme non entièrement chiffré. C’est à dire à chaque élection. C’est la démocratie chèque en blanc.

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