Ganesh Pedurand, le champion qui n’a pas peur des vagues

Ganesch 01Avec la plus totale courtoisie, il a fait boire la tasse à Nadine Morano, après ses propos sur la France de race blanche. Les réseaux sociaux se sont enflammés pour la lettre ouverte publiée sur son blog (http://journaldunageur.blogspot.fr/), avant que Libération 1 puis Le petit Journal de Canal+2 ne prennent le relais.

(http://www.liberation.fr/sports/2015/11/22/nager-apres-les-attentats-c-est-presque-etre-hors-du-temps_1415310?xtor=rss-450)

http://www.canalplus.fr/c-emissions/c-le-petit-journal/pid6515-le-petit-journal.html?vid=1324388

Mais Ganesh Pedurand est bien plus que cela : trois fois champion de France de natation, il vient aussi de terminer ses études à l’École de Journalisme de Toulouse et incarne tout ce qui fait la richesse et la noblesse de ce pays. Rencontre avec un ancien élève, côtoyé en 2012, lors de sa première année d’étudiant.

Ganesh, tu as choisi comme mémoire de fin d’étude  » Le système médiatique occidental favorise-t-il la communication de Daesch« . Tu n’as pas hésité avant de t’attaquer à un sujet aussi difficile?

– Non, c’était une évidence. Avec le raid meurtrier de Mohamed Merah, perpétré à Toulouse en mars 2012, on a énormément évoqué le sujet. Début 2015, les attentats de Charlie Hebdo m’ont ancré dans ma décision. Charb était venu l’année avant mon arrivée pour parler du dessin de presse et un de ses dessins était affiché à l’entrée de l’école. Avant les attentats de Charlie, je savais déjà que le journalisme n’est pas une activité anodine, mais voir des journalistes mourir au nom de la liberté d’expression m’a scandalisé. Paradoxalement, ça m’a encore plus ancré dans ma conviction de faire ce métier et donné encore plus envie, d’analyser, de comprendre et d’expliquer aux autres…

Qu’as-tu appris sur Daesch avec ce mémoire?

– J’ai découvert que ce ne sont pas des idéologues coupés du monde ou des arriérés, mais des gens qui ont su recruter des experts hyper-pointus pour profiter de notre système d’information continue et donner un retentissement mondial à des événements hyper-ciblés.

– Vois-tu une différence entre les attentats de janvier et ceux de novembre?

– Très nette. En janvier, les Français, ont cru qu’ils n’étaient pas directement concernés,  et se sont persuadés qu’on s’attaquait à l’autorité de l’État ou à des gens qui s’en étaient pris à l’Islam. En novembre, ils ont compris que toutes les strates de notre société sont visées. Avec ces gens morts aux terrasses des cafés, les terroristes sont arrivés à créer une sorte d’unité nationale. J’ai encore besoin d’étoffer mon bagage historique sur ce conflit, mais je sais qu’on ne règle pas ses divergences de vues à coups de kalachnikov…

 Sur les mots, en revanche, tu n’hésites pas. Voici ce que tu as écrit dans ton blog :  » Vous ne nous diviserez pas par vos actes infâmes. Vous n’empêcherez pas nos femmes d’être nos égales. Vous ne nous empêcherez pas de danser, de chanter, de nous exprimer. Vous ne nous enchaînerez pas à votre discours fataliste et réducteur

Envoyer au suicide des jeunes en manque de repères ne vous honore d’aucune gloire.

Votre folie n’a d’égale que votre étroitesse d’esprit. Et l’infime trou par lequel vous voyez notre monde ne vous autorise pas à assassiner des innocents dont le seul tort a été de vouloir profiter de la vie.

Sachez Messieurs que jamais, vous ne mettrez fin à notre culture, à nos mœurs, à notre conception de la vie. Vous pouvez toujours essayer de nous abattre, nos valeurs, elles, ne cesseront jamais d’exister. Nous ne tremblerons pas. Et nous continuerons de brandir notre amour et notre liberté pour mettre à mort votre ignoble combat. »

– (Rires) Quand je pense que mon intention sur ce blog était de parler de natation!

Quelles ont été les réactions à ce buzz médiatique soudain?

– Mon président (Les dauphins du TOEC) était super content. Mes potes, eux, m’ont bien charrié. Ma famille guadeloupéenne était ravie que j’affirme ainsi mon amour de mon pays. Le sport n’est pas raciste, mais, beaucoup de profanes ont du mal à imaginer qu’un sportif de haut niveau puisse aussi avoir une réflexion personnelle. L’écriture journalistique m’est pourtant indispensable. Quand je rentre après un entraînement, je suis content de retrouver ce plaisir d’écrire. Je fais des articles pour La Dépêche du Midi, je m’occupe de la communication audiovisuelle de mon club et, en fonction de ma qualification, en avril prochain,  aux Jeux Olympiques de Rio, j’aviserai.

Tu as une chance de te qualifier?

– Je ne suis pas un nageur de première catégorie internationale (D’une modestie totale, Ganesh Pedurand oublie de préciser qu’il a été trois fois champion de France en 200 mètres quatre nages en 2011,2014 et 2015) Pour le moment je fais une modeste carrière internationale, mais j’espère bien être à Rio.

– Terminons avec l’ânerie proférée par Nadine Morano.

– Je me suis efforcé d’écrire avec un peu de recul, de ne pas être dans la véhémence. Pourquoi diviser les gens? Je crois que c’est ce qui a plu, cette réponse réfléchie à des propos très clivants.

– Et tu as eu des réactions de politiques?

– Pas beaucoup. An niveau national, seuls Valérie Fourneyron et Benoït Hamon se sont manifestés.

Une nation sans couleur – Lettre ouverte à Nadine Morano

« La France est un pays judéo-chrétien de race blanche ».

Une phrase prétendument empruntée au Général de Gaulle pour justifier la perpétuation d’un racisme quotidien anodin. Une phrase qui entretient cette idée qu’un français qui n’est pas blanc et judéo-chrétien n’est pas tout à fait un français.

Entendre ceci de la bouche d’une ancienne Secrétaire d’État de la famille et de la solidarité me consterne profondément.

Je me permets Madame la députée européenne de vous conseiller d’allumer votre télévision ou simplement de vous rendre au bord d’un bassin, dans un stade ou le long d’un tatami.

Vous vous rendrez compte Madame, que la France n’a ni couleur ni religion.

Lorsqu’un sportif aborde une compétition internationale, il vient sublimer l’art qu’il pratique au quotidien. Il vient avec l’intention de gagner, de se dépasser, de livrer corps et âme dans une âpre bataille.

Mais il vient surtout représenter son pays, sa patrie, sa nation. Il est fier. Fier de porter haut les couleurs du drapeau tricolore.

Croyez vous Mme Morano que Teddy Riner s’est demandé s’il n’était pas trop noir pour être français lorsqu’il a conquis chacun de ses huit titres mondiaux en judo ? Croyez-vous Madame Morano que Zinedine Zidane s’est demandé s’il convenait au standard que vous définissez lorsqu’il a marqué deux buts en finale de la Coupe du Monde de football 1998 ?

Avez-vous souvenir d’un tel rassemblement populaire depuis cette victoire emblématique ?

Qu’en est-il de Brahim Asloum ? Laura Flessel ? Paul Pogba ? Karim Benzema ? Coralie Balmy ? Mehdy Metella ?

Pour ma part, le long de ma modeste carrière internationale, j’ai eu l’occasion de représenter la France lors de plusieurs compétitions à travers le monde. Et à chaque fois, l’exaltation était la même. Le plaisir démesuré. Certes, avoir une couleur de peau différente de celle de la plupart de mes adversaires m’a convaincu que j’avais peut-être plus de choses à prouver. Et cela m’a parfois permis de réaliser des performances dont je ne me pensais pas capable.

Néanmoins, lorsque j’étais sur le plot de départ, dans l’eau en train de me battre ou sur un podium, le drapeau tricolore ondulait dans mon esprit autant que dans mon âme. Chaque fois que j’ai eu l’opportunité d’entendre une Marseillaise, elle a résonné jusqu’au fond de mes entrailles, me rappelant comment, à leur époque, d’autres hommes se sont battus pour bâtir la France.

Alors non Mme Morano, je me refuse à accepter ce genre de déclaration venant de personnalités politiques comme vous. Que le buzz vous fasse exister ou non, vous ne pouvez vous permettre ce genre d’égarement qui rend crédible le discours du Front National. La France d’aujourd’hui n’est plus un pays judéo-chrétien de race blanche mais un pays laïque d’origine multi-culturelle dont le sport est la meilleure preuve que les successions d’immigrés et d’anciens colonisés ne sont pas des envahisseurs, mais un apport bénéfique à notre société.

La France n’est pas que blanche. Elle est aussi bleue et rouge. Souvenez vous du perron de l’Elysée. Le drapeau tricolore figurait en bonne place.

Vous pouvez aussi retrouver l’interview de Ganesh Pedurand dans La Semaine du pays basque.

 

 

2 réflexions sur “Ganesh Pedurand, le champion qui n’a pas peur des vagues

  1. Si vous avez un doute sur votre santé mentale, écoutez Nadine Morano et vous verrez que vous allez bien !


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