Brisson concède avoir un peu merdé

Brisson 22

Max Brisson, malgré sa défaite aux élections régionales, semble reverdir ces derniers temps. Il affirme avoir à nouveau « très envie de Biarritz ». Après presque deux ans de transparence, il était temps.

C’est sans doute la saison qui veut ça : les feuilles des arbres tombent et les hommes politiques se repentent. Jean-François Copé l’assure, il n’est plus le même depuis l’affaire Bygmalion. Nicolas Sarkozy, dont l’ego et la capacité à l’autosatisfaction sont loin d’être négligeables, n’hésite pas lui aussi à reconnaître quelques erreurs dans son livre, « La France pour la vie« . Retrouvailles un peu tendues, au Bar des Colonnes à Biarritz, avec le secrétaire départemental des Républicains, Max Brisson. Chacun tient à réaffirmer à l’autre, les yeux dans les yeux, ses positions, « Vous êtes un journaliste populiste « , « Votre communication est catastrophique « , avant un entretien-vérité de plus d’une heure, où le candidat malheureux aux municipales de Biarritz semble fendre l’armure avec soulagement. Évolution d’un homme politique intelligent et cultivé, malmené par son échec, ou nouvelle stratégie de communication pour tenter de se repositionner? Å vous de juger *.

« Après un an et demi de tergiversations,

je vais désormais jouer mon rôle « 

Comprenez-vous que les électeurs qui ont voté pour vous en 2014, aux élections municipales, soient un peu déroutés par ce qui ressemble à des atermoiements?

–   En 1995, j’ai déjà été candidat aux municipales, je savais que je serai battu et que je siègerai dans l’opposition. Pendant six ans, j’ai pleinement rempli, je crois, le rôle de leader de l’opposition à Didier Borotra. En 2014, la situation était différente. Je n’ai jamais été candidat pour me retrouver dans l’opposition mais pour exercer les fonctions de maire. Je n’avais pas imaginé la défaite et c’est vrai que je l’ai mal vécue. J’aurais dû immédiatement démissionner de mon poste de conseiller municipal et j’accepte la critique. Après un an et demi de tergiversations certainement regrettables, beaucoup de Biarrots les jugent en tous les cas ainsi, je vais désormais jouer mon rôle d’opposant, puisque c’est la tâche que m’ont confiée les électeurs.

Avant d’évoquer le mandat de Michel Veunac, revenons sur ces élections départementales. Était-ce votre rôle de vous présenter ?

– J’étais sortant ! Comme Michel Veunac aux régionales, à qui personne n’a d’ailleurs jamais posé la question alors qu’il avait dit, en 2014 pendant les municipales, qu’il se consacrerait à son seul mandat de maire et qu’il démissionnerait du Conseil régional en cas de victoire aux municipales. En ce qui me concerne, il était très difficile pour moi de poursuivre sans une nouvelle marque de confiance des Biarrots. Je ne pouvais rester sur un échec et cette victoire électorale m’a redonné le moral. En plus, je suis passionné par ce que je fais au conseil départemental et je m’entends très bien avec Jean-Jacques Lasserre. Je me félicite d’avoir pris cette décision, même si mon leadership sur Biarritz, à ce moment-là, a été durement secoué par un certain nombre de personnes qui m’étaient très proches.  Les Biarrots ont remis les pendules à l’heure. Cette victoire, un an après ma défaite des municipales, m’a donné une nouvelle légitimité et montré que certains m’avaient peut être enterré un peu vite

« Le coup de pied au cul reçu aux moment des régionales

m’a redonné envie de Biarritz »

– En vous présentant ensuite aux élections régionales dans la même liste que Michel Veunac, vous avez pris le risque de donner l’image d’un  candidat-à-tout. Et en plus, trois jours après la défaite, vous dites partout dans la presse que la candidate Virginie Calmels n’était pas à la hauteur. ça ne fait pas un peu mauvais joueur?

– D’être candidat aux régionales, ce n’est certainement pas ce que j’ai fait de mieux au cours de ces derniers mois, je vous l’accorde. Les derniers arbitrages sur la liste Calmels dans le département m’ont été imposés et je n’étais donc pas très convaincu par cette liste. Mais je n’ai pas voulu trahir mon camp, j’ai fermé ma gueule pendant la campagne où j’ai fait contre mauvaise fortune bon cœur. Je doute que la présence d’autant de centristes dans les six premiers – dont Veunac et Aguerre – était une bonne chose. Je pense qu’une liste Jean Lassalle-Max Brisson aurait connu plus de succès dans le département. Je me suis incliné mais le « coup de pied au cul » reçu m’a fait du bien, car il m’a fait prendre conscience à quel point le seul endroit où j’avais ma propre légitimité, sans rien avoir à demander aux états-majors parisien et bordelais, c’était Biarritz. J’espérais être élu conseiller régional et j’aurais démissionné du Conseil municipal. J’aurais travaillé différemment les dossiers biarrots à Pau et Bordeaux. En définitive, je suis ravi de ne pas avoir à partir du conseil, car cela aurait été un déchirement, et je pense que je vais y être beaucoup plus présent. J’ai en effet à nouveau grande envie de Biarritz, car je sais que le lien avec les Biarrots est le plus fort, en tous les cas bien plus solide que les « fidélités » politiques partisanes. J’espère que vous ne me trouvez pas populiste lorsque je dis cela (sourire).

Est-ce à dire que vous allez enfin devenir combattif lors des prochains conseils municipaux ?

– Dans mon esprit, je n’ai jamais cessé de l’être, mais j’ai été dérouté de me retrouver sur un siège de l’opposition. Mon attitude a sans doute été le reflet de mon propre désappointement. Je ne vais pas me lancer dans une opposition permanente et systématique, d’autant plus que le groupe d’opposition, issu de ma liste, est aujourd’hui très divers. Mais on va se retrouver sur des dossiers comme celui d’Aguilera et nous montrer fermes et déterminés dans notre opposition. De la même façon, en ce qui concerne la Cité de l’Océan, j’aurais plutôt fait le choix de réorienter le bâtiment. Mais c’est Michel Veunac qui est aux manettes et, pour les finances des Biarrots, je souhaite que les idées qu’il préconise soient les bonnes.

« EPCI : on ne va pas laisser

des bouts de Navarre ou de Soule abandonnés »

Votre principale divergence de vues avec Michel Veunac, concerne l’EPCI, cette communauté d’agglomérations qui va regrouper les 158 communes du Pays basque. Vous demeurez très favorable à ce regroupement?

– J’ai toujours été gaulliste et je fus longtemps centralisateur et jacobin, mais j’ai beaucoup évolué en trente ans de vie publique. Je suis aujourd’hui très girondin, très décentralisateur. Le parti socialiste était, depuis le non brutal de Manuel Valls à une collectivité à statut particulier, dans une impasse au Pays basque. Il a tendu un piège à la droite et au centre. Le PS était persuadé que les élus de droite refuseraient ce projet et que les Abertzale allaient à nouveau se jeter dans ses bras. Il n’en a rien été puisque qu’avec moi, d’autres élus de la droite et du centre sont restés fidèles à leur engagement pour une reconnaissance institutionnelle du Pays basque et militent aujourd’hui pour un EPCI unique. Mais au-delà du piège socialiste, se dessine surtout une occasion unique de réconcilier la République et le Pays basque, et se pose aussi une question majeure de solidarité territoriale. On pourrait bien sûr se contenter de fédérer le Pays basque utile en rejetant les parties les plus pauvres du territoire et ainsi laisser à son destin une partie de la Navarre ou de la Soule. Cela je ne peux l’accepter. De toute façon, il faut bouger. Les intercommunalités à cinq, comme  l’ACBA, sont totalement obsolètes, mais si on commence à tronçonner le Pays basque, on ouvre la boîte de Pandore. J’aimerais d’ailleurs que les adversaires de l’EPCI, comme Michel Veunac, aient un découpage alternatif à présenter. Quel morcellement du Pays basque proposent-ils ? Ils se gardent bien de le dire. Le point où je donne raison à mon ami Claude Olive, c’est lorsqu’il réclame l’élection des conseillers communautaires au suffrage universel,  ce qui aurait permis de régler la question de la représentativité de chaque territoire et à chaque citoyen de prendre ses responsabilités.

« Je déteste le Sarkobashing

et la Juppémania »

Sur votre page Facebook et votre compte Twitter, j’ai le sentiment que vous vous affichez de plus en plus sarkoziste…

– … Ce n’est pas tout à fait exact. Je me refuse simplement à participer à l’actuel Sarkobashing qui m’insupporte. Je ne succombe pas plus à la Juppémania, ce qui ne veut pas dire qu’Alain Juppé n’a aucune chance de devenir président de la République.

Je vais essayer d’être un des pivots de mon parti dans l’organisation de primaires exemplaires.

Michèle Alliot-Marie vient d’être élue présidente départementale des Républicains avec 83% des suffrages. On dit que vous n’êtes pas les meilleurs amis du monde. Pensez-vous que vous allez conserver votre poste de secrétaire départemental?

– Tout le monde sait qu’un fort contentieux, lié à Didier Borotra, m’a opposé à Michèle Alliot-Marie. Tout cela est de l’histoire très ancienne. Depuis 2010, nous avons trouvé un modus vivendi.  Je me réjouis de sa belle réélection. C’est d’ailleurs moi qui le lui ai annoncée et qui l’ai félicitée le premier. La fonction de secrétaire départemental, elle, n’a rien à voir avec le processus électoral que nous venons de connaitre et qui s’est d’ailleurs traduit par un fort renouvellement de nos cadres. Aujourd’hui, quatre des six délégués de circonscription sont des trentenaires comme mes deux adjoints. Le secrétaire départemental dépend directement du président national du parti qui le désigne. À ce poste, on sait quand on est nommé, mais on ne sait jamais quand on s’arrête. Beaucoup, c’est vrai, essaient de m’opposer à Michèle Alliot-Marie et ont dit qu’elle n’était pas étrangère à ma rétrogradation à la huitième place non éligible sur la liste aux élections des régionales. Ils perdent leur temps, moi je sais comment cela s’est passé et donc que c’est faux. »

À quand la machine

à mesurer la sincérité des politiques?

Max Brisson reconnaissant ses erreurs, voilà qui n’est pas banal! Bien sûr, à certains moments de l’entretien, j’ai eu envie de rire sous cape. Les hommes politiques, adeptes des sincérités successives, cèdent toujours « à la pression affectueuse de leurs amis » lorsqu’ils annoncent leur candidature et se résignent à rester sur des listes qui ne leur conviennent pas, uniquement pour ne pas faire de tort à leur parti. Mais derrière ces postures de politiques, assez semblables aux postures que peuvent prendre des journalistes ou des avocats dans l’exercice de leurs métiers, il y a aussi le talent indéniable de l’homme et ses convictions. La reconquête de Biarritz et de ses électeurs ne va pas être simple pour Max Brisson, après ses absences et son pas de deux avec Michel Veunac. Mais l’agrégé d’histoire qu’est Max sait bien qu’en sport comme en politique, les rebondissements les plus extraordinaires sont toujours possibles. Et que, sans forfanterie, il dispose d’une dimension intellectuelle bien supérieure à celle du maire actuel, Michel Veunac, espèce de gendre idéal sans charisme ni idées. Sur l’EPCI, où il y a plus de coups à prendre que de mandats à récolter, l’animal politique qu’est Max Brisson m’a semblé totalement sincère et convaincu. Je l’ai aussi trouvé très « cash », et inhabituellement lucide, dans sa façon de reconnaître ses erreurs. Il faut dire aussi que l’horizon électoral est totalement dégagé jusqu’à la présidentielle et les législatives de 2017 et qu’il sera désormais plus facile de s’opposer. Les prochains débats au conseil municipal seront donc à suivre avec attention.

Malheureusement, Michel Veunac reste le roi des coups en douce. La date du débat sur les orientations budgétaires, l’un des plus importants conseils municipaux de l’année, vient d’être successivement modifiée deux fois, interdisant à Max Brisson et à Maïder Arostéguy d’être présents, du fait de leurs obligations professionnelles. À Anglet, la date des conseils municipaux est connue un an à l’avance et ne change jamais. Pourquoi Michel Veunac ne s’impose-t-il pas la même règle au lieu de se livrer à ces coups de vice d’un autre âge?

* Cet entretien s’est déroulé le dimanche 24 janvier, à Biarritz. Lorsque j’ai perçu la véritable envie de s’expliquer de Max Brisson, (Un politique qui reconnait des erreurs, c’est tellement rare!), je lui ai proposé d’amender l’entretien, c’est à dire de le relire et de me proposer des corrections, pratique plutôt inhabituelle entre journalistes et politiques, mais qui me paraissait adaptée aux circonstances. Max a reçu une première ébauche de ce papier, dimanche 31 janvier, vers 16 heures. À 18 heures, il me renvoyait quelques précisions dans son interview, sans chercher à modifier tout ce qui correspond à mon propre regard, à savoir les titres, l’entame et la fin du papier, n’hésitant pas à préciser dans son mail : « Je crois sur mes propos n’avoir rien retiré sur le fond par rapport à ce que je vous avais dit aux Colonnes. J’ai juste précisé certains points et même cogné un peu plus. « 

2 réflexions sur “Brisson concède avoir un peu merdé

  1. « Je me réjouis de sa belle réélection. C’est d’ailleurs moi qui le lui ai annoncée et qui l’ai félicitée le premier.  » L’annonce faite à Alliot -Marie ? Niveau bac à sable, Monsieur l’Inspecteur Général d’Académie

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