Le journaliste, ce facteur d’intranquillité

Informer n'est pas un délitPetite piqûre de rappel à destination des confrères bien décidés à ronronner tranquilles, sans troubler la sieste des notables qui les entourent :  » Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie « , affirmait Albert Londres en 1929.

Alors que ce propos semble plus que jamais d’actualité, Fabrice Arfi de Mediapart et Paul Moreira de l’agence Premières Lignes, ont eu l’idée de s’adresser à la fine fleur des journalistes d’investigation pour raconter leurs enquêtes les plus sensibles et les obstacles que l’on a sciemment dressés sur leurs routes. Fabrice Lhomme, Gérard Davet, Caroline Monnot, Denis Robert ou Martine Orange, même si certains d’entre eux se détestent cordialement, ont tous accepté de jouer le jeu, conscients que le grand public doit comprendre les enjeux de la liberté de la presse, à l’heure où le droit d’informer est trop souvent attaqué.

Fabrice Arfi, qui a réussi à démontrer les mensonges de Cahuzac, se voit en chien de garde de la démocratie : «  Et un bon chien de garde, il aboie, il réveille les voisins la nuit. Rarement, il se laisse caresser dans le sens du poil« . Tout devrait être fait pour faciliter le travail d’investigation, ce qui est loin d’être le cas : « L’esprit de la démocratie, précisément, consiste à garantir la possibilité de la questionner, de la déranger, de la provoquer même. Dans cet écosystème compliqué, les journalistes ont pour mission d’être des facteurs de grande intranquillité, non pas en ayant le monopole des opinions, mais, au contraire, en considérant que ce sont avant tout les faits, toutes ces petites vérités accumulées, qui font le grand jeu de la conversation publique. » Dans la réalité, des pressions, des menaces, des chantages et un législateur qui n’est pas très cohérent sur la protection des sources du journaliste.

Tous les exemples choisis sont passionnants et le lecteur comprendra vite pourquoi la profession de journaliste est classée dans les dix métiers les plus stressants du monde.

Paul Moreira insiste pour sa part sur le retard de la France en matière de transparence et raconte l’expérience, menée en 2005 par la journaliste de Canal +, Virginie Roëls : «  En France, elle frappa à la porte de plusieurs ministères et demanda à consulter les notes de frais d’un ministre ou d’un maire. Ses demandes incongrues ont été accueillies avec stupéfaction, voire avec un rire des hôtesses d’accueil. On la traita en excentrique, une semi-folle venue encombrer les guichets. On la pria de déguerpir avec une amabilité variable.

Elle tenta la même expérience en Suède, accompagnée d’un professeur de droit spécialiste de l’accès aux documents administratifs. Celui-ci lui proposa d’aller réviser les notes de frais et le salaire de janvier 2005 du ministre de la Justice Thomas Bodstrom, au ministère à Stockholm. Ils furent invités à rejoindre une salle prévue à cet effet, avec des ordinateurs en accès libre. Ils n’eurent même pas à décliner leur identité. Chaque citoyen désirant vérifier la juste utilisation de l’argent public, a le droit de le faire en tout anonymat. ».

Voilà qui laisse rêveur, surtout dans une ville comme Biarritz, où le maire refuse de répondre à des questions aussi simples que le coût des fêtes d’Halloween, tandis que son grand copain Blanco, interrogé sur les subventions versées au B0, vous regarde droit dans les yeux avec un sourire narquois : « On n’est pas là pour vous faciliter la vie« . Estimant ne pas avoir de comptes à rendre, même pour l’argent public versé à son club de cœur.

Seule consolation pour les citoyens qui ont un tempérament de lanceurs d’alerte : les hommes publics qui finissent en prison sont nettement plus nombreux en France qu’en Suède.

« Informer n’est pas un délit« , sous la direction de Fabrice Arfi et Paul Moreira, éditions Calmann-Levy, 240 pages, 17 €.

Une réflexion sur “Le journaliste, ce facteur d’intranquillité

  1. m’enfin vous ne savez pas que les journalistes sont des chiens qui harcèlent Mr Balkany, Sarkozy, Tapie, Mme Alliot Marie….
    c’est marrant tous leurs noms se terminent en i ;o)
    Merci de nous avoir fait découvrir ce bon conseil de lecture que je vais me procurer en libraire dare dare.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s