Facéties immobilières sur la Côte basque (2)

Désinvolture ou escroquerie ?

Facéties 04

Un vrai petit bijou. Quelques travaux à prévoir

Juillet 2015 : « Elle a l’air sympa votre maison, mais c’est bizarre, elle n’a pas de cuisine ». Les contraintes professionnelles de mon épouse, nous ont amené à signer une procuration, deux jours avant la date prévue pour la signature officielle, mais nous ne nous attendions pas à cette réflexion de notre notaire parisienne. Depuis quelques semaines, nous savons que nous allons habiter dans le quartier d’Espagne, celui que nous préférons à Biarritz. Nous nous apprêtons donc à acheter une ancienne boucherie désaffectée, ce qu’en langage immobilier, on appelle, un « bien atypique avec gros travaux à prévoir« . Nos copains rénovateurs, qui font des miracles partout où ils passent, ont déjà échafaudé des plans et nous nous préparons à quelques semaines difficiles pour notre carnet de chèques. Mais la confiance est là.

La question de notre notaire nous cueille donc complètement à froid. « Bien sûr que si, qu’il y a une cuisine. Elle fait même vingt-cinq mètres carrés avec un superbe toit terrasse« … Notre notaire s’attendait à notre réponse : « Relisez bien votre compromis de vente. On parle d’un jardin avec une crampotte« . Et les propos du propriétaire de me revenir en mémoire. Il est très fier de cette cuisine qu’il a fait construire dans son jardin, il y a une dizaine d’années, et qui lui permet de jouir d’un beau toit-terrasse terrasse plein ouest. « À tous les coups, votre vendeur a fait ses travaux sans les déclarer, a transformé un cabanon en cuisine et n’a pas négocié les servitudes de vues. Surtout vous ne signez rien pour l’instant« .

Retour à Biarritz, où une rapide enquête me montre un couple en guerre avec tout son voisinage. L’homme prétend avoir fait une déclaration de travaux à l’époque, mais -quelle malchance!- assure ne pas la retrouver. Quant aux servitudes de vue, qui consistent à obtenir un accord écrit de son voisinage, quand on élève un édifice  qui vous permet d’avoir une vue plongeante sur votre entourage, le vendeur affirme n’en avoir jamais entendu parler. Pas de chance, les voisins ont trente ans pour faire un recours et nous ne pouvons pas prendre le risque de jouer à la roulette basque avec ce bien. Nous reprenons donc notre bâton de pèlerins immobiliers, mais ne sommes pas pour autant au bout de nos surprises.

Enveloppes bienvenues

Facéties 03

Superbe cuisine aménagée.

Oui, décidément, être agent immobilier au Pays basque relève de l’apostolat. « L’été, les jours de pluie, nous savons que nous allons être très occupés, raconte cet agent immobilier, car les gens s’ennuient et ils décident de visiter des biens pour rêver à bon compte. » Ce même agent reconnait aussi avoir souvent des problèmes avec les propriétaires : « Pour nombre d’entre eux, c’est la première fois de leur vie qu’ils vendent un bien et ils ne connaissent pas beaucoup les codes en vigueur. Alors, au lieu de nous laisser faire, ils s’immiscent dans la visite, noient l’acquéreur potentiel sous les détails et ne réussissent qu’à le faire fuir« . Affirmation totalement confirmée pour notre part. Sur une soixantaine de biens visités, tous par agence, nous en avons eu plus de la moitié où les propriétaires étaient là, racontant par le menu le moindre bouton de porte, et n’ayant pas la moindre conscience de la médiocrité du bien proposé. Quant à l’inexpérience de ces vendeurs d’un jour, elle est sérieusement à nuancer, si l’on se fie à tous ceux qui ont profité d’ un moment où l’agent immobilier tournait le dos pour me demander vingt ou trente mille euros en liquide, ce qui a le don de m’exaspérer.

Rajoutez à cela les désinvoltes, qui vous expliquent que le petit studio de vingt-cinq mètres carrés attenant à la maison, ne peut pas être visité, « car il est loué à un saisonnier, mais que ce n’est pas grave car il est exactement fait comme le salon« . Encore un propriétaire qui ne doit pas savoir qu’entre une maison et un sachet de bonbons, il doit y avoir comme un léger écart de prix!

Trahi par ses pétitions

Facéties 06

Un grand séjour au charme fou.

Vous avez aussi le propriétaire maladroit, qui vous présente un bel appartement rue Gambetta, en vous montrant ses doubles vitrages et en jurant, la main sur le cœur, qu’il n’y a aucun bruit le soir malgré la présence de nombreux restaurants dans la rue. Pas de chance pour lui, une recherche de quelques secondes sur Internet, vous apprend que votre interlocuteur est le président des « Riverains en colère« , qui adresse d’incessantes pétitions à la mairie, car personne dans son immeuble ne peut dormir en raison du tapage nocturne. Cette fois encore, le coup n’est pas passé loin!

Et puis vous avez le charmeur qui vous propose une maison étonnamment pimpante à l’extérieur et délabrée à l’intérieur. Il doit déménager professionnellement, mais regrettera éternellement ce sweet home qu’il aime tant. Négligemment, alors que vous trouvez beaucoup de charme à son petit jardin bien clos, il vous explique qu’il est en copropriété avec la voisine, « à cause de l’avant-toit », ce qui vous paraît bizarre. Heureusement Biarritz est une toute petite ville et vous avez la chance de connaître du monde : alors que vous vous apprêtez à faire une offre, un de vos copains pêcheurs vous met en garde. Il connaît le « loulou »  qui cherche à nous vendre son bien  et nous donne un conseil définitif. À part raser la maison et en reconstruire une neuve, sur ce terrain, effectivement fort joli, vous n’avez aucune solution. La façade a été repeinte, car rongée par les termites. La fosse septique a été cassée par les racines dans le jardin et il a bricolé une dérivation chez sa belle-mère de voisine, ce qui explique cette « copropriété » un peu insolite.

L’architecte ne sait pas compter…

Après plusieurs mois de recherches infructueuses, vous commencez à vous demander si acheter un bien sur Biarritz ne relève pas du même exploit que trouver une place de stationnement dans cette ville le 15 août. Et puis vous croisez une star de la profession, une jeune architecte d’intérieur qui a souvent les honneurs des télévisions régionales ou des magazines de décoration. Certes, son curriculum vitae, abondamment diffusé sur Internet aurait dû vous alerter, car il affiche une habileté rare à parler des études… que l’on aurait pu faire. Notre très fine Delphine, qui a son atelier à Biarritz, se présente comme « architecte d’intérieur au parcours peu académique : « Après une maîtrise de droit elle s’aperçoit qu’elle s’est trompée de voie. Trop tard pour de longues études d’architecte, c’est donc avec un BTS d’architecture intérieure qu’elle crée son atelier.« . Ce qui est sûr en tout cas, comme nous le constaterons sous peu, c’est qu’elle n’a pas fait d’études de mathématiques. La maison qu’elle nous présente par l’intermédiaire d’un agent immobilier, vient d’être entièrement rénovée et se situe à quelques encablures du domicile du maire de Biarritz. L’idée de le saluer tous les matins à l’heure du laitier  nous fait sourire. Le bien est pimpant et ne nécessite pas de travaux. Certes quelques détails nous étonnent comme une bibliothèque cloison entre la cuisine et le séjour où tous les rayonnages sont fixes. Mais, à la réflexion, tout le monde ne peut savoir que les livres affichent parfois des hauteurs variables. Le jardin est superbe, le hamac nous fait déjà signe, mais mon épouse, qui a mené à peu près autant de campagnes immobilières que Max Brisson de campagnes électorales, reste perplexe. « C’est petit, c’est vraiment petit!« .

L’agent immobilier nous a certifié que le bien fait 137 m2 habitables et je m’agace des réticences conjugales. Nous attribuons au fait qu’il y ait une douche dans chaque chambre, le sentiment de manque d’espace. Comme tous les acquéreurs, nous divisons aussi mentalement le prix demandé par le nombre de mètres carrés annoncé et constatons que notre ambitieuse architecte nous vend sa maison de centre ville au prix d’une vue mer. Malgré tout, après avoir un peu marchandé, nous signons une offre pour « une maison d’environ 130 m2« , selon les termes de l’agence, (elle a dû rétrécir au lavage!), offre qui est immédiatement contresignée par l’architecte et son époux. Il ne reste donc que la signature chez le notaire à effectuer.

Fort heureusement, sous cette maison, se trouvent des garages loués aux voisins, ce qui en fait une copropriété et il faut donc soumettre le bien à un métrage, comme le veut la loi Carrez. Léger embarras de l’agent immobilier qui me téléphone deux jours plus tard. « En fait, la maison ne fait que 106 m2 , mais vous avez un grand garage et une grande buanderie et ça c’est très important à la revente »… Stupeur de ma part : « Vous n’allez tout de même pas me vendre une maison de cent mètres carrés pour le prix d’une de cent trente? » Eh bien, si, justement! Une architecte professionnelle qui se trompe de plus de 20% dans son métrage, voilà qui laisse rêveur. Nous pourrions nous lancer dans une procédure, comme le prévoit la loi, mais nous préférons nous désister et laisser ce bien, devenu hors de prix, à d’autres pigeons. Quant à un mail d’excuse ou un simple coup de téléphone de l’indélicate, nous l’attendons toujours.

Heureusement, après presque six mois de recherches, nous allons enfin trouver un bien qui nous correspond, avec le sentiment d’avoir beaucoup appris, lors de cette aventure immobilière. Nous sommes loin, très loin, des pratiques immobilières parisiennes et nous plaignons sincèrement les agents immobiliers (Merci Sandra, Karine, Alexandra, Évelyne ou Benoît) pour les numéros d’équilibrisme auxquels les propriétaires les contraignent, alors que, pour la plupart, ils  sont vraiment à l’écoute de leurs clients et font bien leur métier. Mais après tout, dans une région où les élus municipaux s’exonèrent avec une telle désinvolture des règles de comptabilité publique (lire le rapport de la Cour des comptes régionale sur la gestion Borotra), est-ce si surprenant que les propriétaires soient tentés d’en faire de même à leur modeste niveau?

4 réflexions sur “Facéties immobilières sur la Côte basque (2)

  1. Je me suis bien marré et ne peut que confirmer votre feedback. Lorsque mon épouse et moi avons voulu acheter notre pied à terre à Biarritz quel folklore et parcours semé d’embuches toutes plus vicieusement cachées les unes que les autres.
    Toutefois nous avons fini par trouver LE bien que nous cherchions et surtout nous avons eu la chance de travailler avec un architecte super sérieux, appliqué et … COMPETENT doté d’un très bon réseaux d’artisans qui nous ont fait un travail de grande qualité alors que nous étions à 1400 kms de BTZ.
    Résultat quand nous avons pris possession des lieux c’est chez nous, exactement ce que nous voulions.
    Cette perle rare c’est Jean-François Lamerenx à Arcangues, présentés par amis qui connaissait la qualité de son travail (tel 06 26 47 66 52), un enfant du pays qui a fait ses classes à Paris et dispose d’une palette de compétences très vastes ce qui rend son expertise vraiment précieuse.
    A présent nous ne changerions pour rien au monde notre « home-sweet-home ». On attend l’invitation a votre crémaillère Jean Yves ;o)

      • En fait JYV c’est un nom d’emprunt mon vrai nom …. n’est pas Nicolas Sarkozy ;o)
        Biarrot de coeur et d’adoption mais comme on dit : les racines sont la ou l’arbre se trouve donc Biarrot tout court !
        vous souhaitant de trouver (on fini toujours si on n’est pas pressé) le bien qui vous plaise et vous inspire de nouveaux billets de bonnes factures dont vous avez le secret

  2. Bonjour Jean Yves,
    J’ai adoré les 2 articles sur ces « farces » et autres « galéjades » immobilières d’autant plus qu’avec un frangin impliqué la dedans et une chérie se débattant corps et âmes pour faire de son mieux dans cet univers impitoyable, je comprends presque tout…
    Bravo, j’adore vous lire.
    Patrice

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