Peur sur le lac Marion

Peur 01

Une belle brochette d’élus chargés de montrer toute leur dévotion pendant que Michel Veunac monopolise la parole…

C’est une pimpante septuagénaire, qui a visiblement fait refaire son brushing avant de rencontrer Michel Veunac. L’émotion lui noue la voix : « Je veux voir grandir mes petits-enfants!« . Le maire de Biarritz fait tout pour la mettre en confiance : « Expliquez-vous, chère Madame« . L’intéressée n’attend que cela, alors que la bonne centaine de personnes présentes à l’occasion de cette réunion publique des quartiers Larrepunte, Saint-Matin, Chelitz et Lahouze, fait silence. « Chaque matin, je fais le tour du lac Marion de 9 heures à 10h30… » « Ah, vous courez? » « Non monsieur le maire, je marche. Mais à chaque fois, je rencontre des chiens en liberté et j’ai peur de me faire mordre« .

On voit mal comment un chihuahua ou un épagneul pourraient confondre la fluette Biarrote avec un sac de croquettes ou avec le gigot dominical, mais on admire au passage la maîtrise des hommes et femmes politiques présents sur l’estrade, qui réussissent à ne pas rire et répondent comme s’ils passaient le grand oral de Sciences Po. À ce petit jeu, le gendre idéal Michel Veunac est imbattable. Il assène, il pérore, hausse le sourcil et hoche la tête pour montrer qu’il comprend, se tourne vers son directeur général des services en lui demandant de noter, fait mine de s’indigner quand ses adjoints n’ont pas répondu et, pour récolter des applaudissements, ne recule devant aucune facilité : « En principe, la réunion se termine à vingt heures, mais si vous voulez qu’on passe la nuit ensemble… » Et toutes les mémés émoustillées de se pâmer devant « le beau Michel« , tellement drôle, tellement Biarrot!

Le prisme du pas-de-porte

Et le festival continue! L’un déplore le gendarme couché devant sa maison et souhaite qu’on le déplace. L’autre s’offusque de la vitesse des véhicules et demande justement un gendarme couché devant chez lui. Veunac disserte doctement sur les avantages et les inconvénients du gendarme couché par rapport au coussin berlinois. À chaque fois, il annonce qu’il va envoyer la police municipale pour verbaliser et se fait applaudir.

Évidemment, avec cette réunion qui se tient à 18 heures, les actifs sont rares et l’assistance, plutôt âgée, visiblement adepte du tout répressif. Propriétaires de chiens fréquentant le lac Marion, automobilistes circulant Cité de fleurs ou rue des acacias, planquez-vous la semaine prochaine, car les prunes vont tomber dur!

C’est ensuite l’ancien conseiller municipal Galery Gourret-Houssein qui déplore avoir entendu un avion à 5h40 le 12 février. Veunac explique que c’est probablement un avion militaire et qu’il ne peut les interdire. On passe ensuite aux vélos, au désherbage des cimetières et à l’élagage des arbres.

Bel exercice de démocratie que ces réunions publiques de quartier où il faut rassurer et expliquer à des citoyens qui ne s’intéressent souvent à leur ville que par le prisme de leur pas-de-porte.

L’inefficacité faite verbe…

Heureusement quelques habitants ont fait le déplacement pour poser des questions plus conséquentes comme les antennes-relais et l’installation des compteurs Linky d’ERDF. Une femme demande pourquoi ces compteurs ont été posés avant même la délibération du conseil municipal. Bien évidemment Veunac botte en touche, omet de dire que de nombreuses communes en France les ont refusés, et fait appel au médecin Guillaume Barucq pour insister sur l’innocuité de ces compteurs qui émettent pourtant des ondes électromagnétiques et sont de précieux instruments de flicage.

Un riverain du nouveau quartier Kleber vient ensuite raconter sa vie de sinistré. Trottoirs défoncés, pelleteuses à longueur de jour et des réparations sans cesse remises au lendemain. C’est l’adjointe à l’urbanisme, Nathalie Motsch qui est chargée de répondre et d’amadouer le contribuable en colère. À l’en croire tout est sous contrôle et les services de l’urbanisme savent parfaitement ce qu’ils font. Mais peut-on vraiment faire confiance à quelqu’un qui trouve ce nouveau quartier Kleber d’une beauté renversante comme elle l’écrivait, dans Biarritz magazine, il y a quelques mois, :  » Biarritz est une ville jardin et Kléber devait s’inscrire dans cette continuité »… « Le projet défend l’idée d’une architecture non pastiche avec des formes innovantes »?

Monsieur Planplan

Innovant, Michel Veunac, l’est tout autant que le quartier Kleber. À chaque question soulevée, il promet une étude, voire un plan, comme ceux annoncés sur le vélo ou la propreté de la Ville ( Appelez-le Monsieur Planplan!), mais ne remarque pas à dessein, que presque chaque citoyen qui prend la parole se plaint d’avoir écrit à la mairie et de n’avoir jamais eu de réponse.  Michel Veunac assure que cela ne se passera plus comme cela et qu’il veillera PERSONNELLEMENT à ce que l’intéressé reçoive une réponse, avant de s’envoler dans de grandes phrases toutes faites comme « La principale façon de lutter contre les insécurités, c’est le civisme« … Mais où va-t-il chercher tout cela, lui qui n’hésitait pas, il y a peu encore à garer sa voiture sur le trottoir en plein virage, devant son domicile?

Oui, décidément, depuis le premier jour de son élection, Michel Veunac incarne l’inefficacité faite verbe…

Facéties immobilières sur la Côte basque (2)

Désinvolture ou escroquerie ?

Facéties 04

Un vrai petit bijou. Quelques travaux à prévoir

Juillet 2015 : « Elle a l’air sympa votre maison, mais c’est bizarre, elle n’a pas de cuisine ». Les contraintes professionnelles de mon épouse, nous ont amené à signer une procuration, deux jours avant la date prévue pour la signature officielle, mais nous ne nous attendions pas à cette réflexion de notre notaire parisienne. Depuis quelques semaines, nous savons que nous allons habiter dans le quartier d’Espagne, celui que nous préférons à Biarritz. Nous nous apprêtons donc à acheter une ancienne boucherie désaffectée, ce qu’en langage immobilier, on appelle, un « bien atypique avec gros travaux à prévoir« . Nos copains rénovateurs, qui font des miracles partout où ils passent, ont déjà échafaudé des plans et nous nous préparons à quelques semaines difficiles pour notre carnet de chèques. Mais la confiance est là.

La question de notre notaire nous cueille donc complètement à froid. « Bien sûr que si, qu’il y a une cuisine. Elle fait même vingt-cinq mètres carrés avec un superbe toit terrasse« … Notre notaire s’attendait à notre réponse : « Relisez bien votre compromis de vente. On parle d’un jardin avec une crampotte« . Et les propos du propriétaire de me revenir en mémoire. Il est très fier de cette cuisine qu’il a fait construire dans son jardin, il y a une dizaine d’années, et qui lui permet de jouir d’un beau toit-terrasse terrasse plein ouest. « À tous les coups, votre vendeur a fait ses travaux sans les déclarer, a transformé un cabanon en cuisine et n’a pas négocié les servitudes de vues. Surtout vous ne signez rien pour l’instant« .

Retour à Biarritz, où une rapide enquête me montre un couple en guerre avec tout son voisinage. L’homme prétend avoir fait une déclaration de travaux à l’époque, mais -quelle malchance!- assure ne pas la retrouver. Quant aux servitudes de vue, qui consistent à obtenir un accord écrit de son voisinage, quand on élève un édifice  qui vous permet d’avoir une vue plongeante sur votre entourage, le vendeur affirme n’en avoir jamais entendu parler. Pas de chance, les voisins ont trente ans pour faire un recours et nous ne pouvons pas prendre le risque de jouer à la roulette basque avec ce bien. Nous reprenons donc notre bâton de pèlerins immobiliers, mais ne sommes pas pour autant au bout de nos surprises.

Enveloppes bienvenues

Facéties 03

Superbe cuisine aménagée.

Oui, décidément, être agent immobilier au Pays basque relève de l’apostolat. « L’été, les jours de pluie, nous savons que nous allons être très occupés, raconte cet agent immobilier, car les gens s’ennuient et ils décident de visiter des biens pour rêver à bon compte. » Ce même agent reconnait aussi avoir souvent des problèmes avec les propriétaires : « Pour nombre d’entre eux, c’est la première fois de leur vie qu’ils vendent un bien et ils ne connaissent pas beaucoup les codes en vigueur. Alors, au lieu de nous laisser faire, ils s’immiscent dans la visite, noient l’acquéreur potentiel sous les détails et ne réussissent qu’à le faire fuir« . Affirmation totalement confirmée pour notre part. Sur une soixantaine de biens visités, tous par agence, nous en avons eu plus de la moitié où les propriétaires étaient là, racontant par le menu le moindre bouton de porte, et n’ayant pas la moindre conscience de la médiocrité du bien proposé. Quant à l’inexpérience de ces vendeurs d’un jour, elle est sérieusement à nuancer, si l’on se fie à tous ceux qui ont profité d’ un moment où l’agent immobilier tournait le dos pour me demander vingt ou trente mille euros en liquide, ce qui a le don de m’exaspérer.

Rajoutez à cela les désinvoltes, qui vous expliquent que le petit studio de vingt-cinq mètres carrés attenant à la maison, ne peut pas être visité, « car il est loué à un saisonnier, mais que ce n’est pas grave car il est exactement fait comme le salon« . Encore un propriétaire qui ne doit pas savoir qu’entre une maison et un sachet de bonbons, il doit y avoir comme un léger écart de prix!

Trahi par ses pétitions

Facéties 06

Un grand séjour au charme fou.

Vous avez aussi le propriétaire maladroit, qui vous présente un bel appartement rue Gambetta, en vous montrant ses doubles vitrages et en jurant, la main sur le cœur, qu’il n’y a aucun bruit le soir malgré la présence de nombreux restaurants dans la rue. Pas de chance pour lui, une recherche de quelques secondes sur Internet, vous apprend que votre interlocuteur est le président des « Riverains en colère« , qui adresse d’incessantes pétitions à la mairie, car personne dans son immeuble ne peut dormir en raison du tapage nocturne. Cette fois encore, le coup n’est pas passé loin!

Et puis vous avez le charmeur qui vous propose une maison étonnamment pimpante à l’extérieur et délabrée à l’intérieur. Il doit déménager professionnellement, mais regrettera éternellement ce sweet home qu’il aime tant. Négligemment, alors que vous trouvez beaucoup de charme à son petit jardin bien clos, il vous explique qu’il est en copropriété avec la voisine, « à cause de l’avant-toit », ce qui vous paraît bizarre. Heureusement Biarritz est une toute petite ville et vous avez la chance de connaître du monde : alors que vous vous apprêtez à faire une offre, un de vos copains pêcheurs vous met en garde. Il connaît le « loulou »  qui cherche à nous vendre son bien  et nous donne un conseil définitif. À part raser la maison et en reconstruire une neuve, sur ce terrain, effectivement fort joli, vous n’avez aucune solution. La façade a été repeinte, car rongée par les termites. La fosse septique a été cassée par les racines dans le jardin et il a bricolé une dérivation chez sa belle-mère de voisine, ce qui explique cette « copropriété » un peu insolite.

L’architecte ne sait pas compter…

Après plusieurs mois de recherches infructueuses, vous commencez à vous demander si acheter un bien sur Biarritz ne relève pas du même exploit que trouver une place de stationnement dans cette ville le 15 août. Et puis vous croisez une star de la profession, une jeune architecte d’intérieur qui a souvent les honneurs des télévisions régionales ou des magazines de décoration. Certes, son curriculum vitae, abondamment diffusé sur Internet aurait dû vous alerter, car il affiche une habileté rare à parler des études… que l’on aurait pu faire. Notre très fine Delphine, qui a son atelier à Biarritz, se présente comme « architecte d’intérieur au parcours peu académique : « Après une maîtrise de droit elle s’aperçoit qu’elle s’est trompée de voie. Trop tard pour de longues études d’architecte, c’est donc avec un BTS d’architecture intérieure qu’elle crée son atelier.« . Ce qui est sûr en tout cas, comme nous le constaterons sous peu, c’est qu’elle n’a pas fait d’études de mathématiques. La maison qu’elle nous présente par l’intermédiaire d’un agent immobilier, vient d’être entièrement rénovée et se situe à quelques encablures du domicile du maire de Biarritz. L’idée de le saluer tous les matins à l’heure du laitier  nous fait sourire. Le bien est pimpant et ne nécessite pas de travaux. Certes quelques détails nous étonnent comme une bibliothèque cloison entre la cuisine et le séjour où tous les rayonnages sont fixes. Mais, à la réflexion, tout le monde ne peut savoir que les livres affichent parfois des hauteurs variables. Le jardin est superbe, le hamac nous fait déjà signe, mais mon épouse, qui a mené à peu près autant de campagnes immobilières que Max Brisson de campagnes électorales, reste perplexe. « C’est petit, c’est vraiment petit!« .

L’agent immobilier nous a certifié que le bien fait 137 m2 habitables et je m’agace des réticences conjugales. Nous attribuons au fait qu’il y ait une douche dans chaque chambre, le sentiment de manque d’espace. Comme tous les acquéreurs, nous divisons aussi mentalement le prix demandé par le nombre de mètres carrés annoncé et constatons que notre ambitieuse architecte nous vend sa maison de centre ville au prix d’une vue mer. Malgré tout, après avoir un peu marchandé, nous signons une offre pour « une maison d’environ 130 m2« , selon les termes de l’agence, (elle a dû rétrécir au lavage!), offre qui est immédiatement contresignée par l’architecte et son époux. Il ne reste donc que la signature chez le notaire à effectuer.

Fort heureusement, sous cette maison, se trouvent des garages loués aux voisins, ce qui en fait une copropriété et il faut donc soumettre le bien à un métrage, comme le veut la loi Carrez. Léger embarras de l’agent immobilier qui me téléphone deux jours plus tard. « En fait, la maison ne fait que 106 m2 , mais vous avez un grand garage et une grande buanderie et ça c’est très important à la revente »… Stupeur de ma part : « Vous n’allez tout de même pas me vendre une maison de cent mètres carrés pour le prix d’une de cent trente? » Eh bien, si, justement! Une architecte professionnelle qui se trompe de plus de 20% dans son métrage, voilà qui laisse rêveur. Nous pourrions nous lancer dans une procédure, comme le prévoit la loi, mais nous préférons nous désister et laisser ce bien, devenu hors de prix, à d’autres pigeons. Quant à un mail d’excuse ou un simple coup de téléphone de l’indélicate, nous l’attendons toujours.

Heureusement, après presque six mois de recherches, nous allons enfin trouver un bien qui nous correspond, avec le sentiment d’avoir beaucoup appris, lors de cette aventure immobilière. Nous sommes loin, très loin, des pratiques immobilières parisiennes et nous plaignons sincèrement les agents immobiliers (Merci Sandra, Karine, Alexandra, Évelyne ou Benoît) pour les numéros d’équilibrisme auxquels les propriétaires les contraignent, alors que, pour la plupart, ils  sont vraiment à l’écoute de leurs clients et font bien leur métier. Mais après tout, dans une région où les élus municipaux s’exonèrent avec une telle désinvolture des règles de comptabilité publique (lire le rapport de la Cour des comptes régionale sur la gestion Borotra), est-ce si surprenant que les propriétaires soient tentés d’en faire de même à leur modeste niveau?

Facéties immobilières sur la Côte Basque (1)

Parlez-vous l’immobilier?

Maison atypique 01

À vendre : bien atypique, avec très belle vue mer. Grosse plus-value possible.

Par leurs nerfs d’acier, par leur façon de ne rien laisser paraître de leur jeu, les agents immobiliers sont des personnages presque aussi fascinants que les joueurs de poker. Pour comprendre ce que veut une famille, pour naviguer entre les désirs contradictoires de Monsieur et Madame,  pour jouer les intermédiaires entre des vendeurs persuadés de détenir un joyau et des acquéreurs pour qui le bien convoité est toujours trop cher, l’agent immobilier va encaisser toutes les tensions et mener des négociations que ne désavoueraient pas les diplomates du Quai d’Orsay. Bien sûr, comme dans toutes les professions, il y a des professionnels d’une grande subtilité et des bourrins qui s’imaginent qu’en tentant d’arnaquer une centaine de clients, ils finiront bien par trouver un pigeon. Un constat qui vaut pour les agents immobiliers, comme pour les médecins, les policiers, les journalistes ou les énarques.

Revue de détail de la câlinothérapie verbale ou écrite qui vous accompagnera si vous souhaitez acquérir un bien immobilier. L’essentiel étant de ne pas être dupe, de trouver des personnes compétentes pour vous accompagner dans cet achat d’un montant quelque peu supérieur à vos courses hebdomadaires au supermarché du coin, et de comprendre les règles du jeu et le vocabulaire en usage dans la profession. Après six mois de recherches et la visite de plus de soixante biens à Biarritz et Anglet, voici le décodeur que nous proposons au profane.

 

Bien atypique : Euphémisme pour définir un bien totalement mal fichu et bricolé. À Biarritz, nous avons déjà croisé dans un appartement, une petite cuisine avec… un WC ouvert au beau milieu. C’est sympa, maman cuisine et papa trône (ou l’inverse, car on n’est pas machiste dans la famille!)

Idéal pour jeune couple : C’est un bien tellement petit (c’est connu, les jeunes couples aiment vivre serrés!) qu’il n’y aura que des gogos débutant dans la jungle immobilière pour tomber dans le piège.

Un charme fou : Immeuble ancien et tarabiscoté au possible. L’expression est la même que celle que l’on utilise pour une femme à la beauté… atypique.

Adresse recherchée: Vous vivrez au dessus d’une boîte de nuit très prisée des touristes, comme vous pourrez le constater, chaque fin de semaine, vers deux heures du matin.

Belles prestations : L’immeuble croule sous les charges et tout le monde vend en catastrophe.

Appartement entièrement rénové : Les propriétaires, n’arrivant pas à vendre depuis six mois,  viennent de mettre un coup de peinture en urgence pour cacher la misère.

Kitchenette : Cuisine tellement petite que vous pouvez tout juste envisager de préparer un poisson pané dans une poêle pour enfant. Pour l’entrecôte, ça devient très compliqué et pour la côte de bœuf, installez-vous chez vos voisins.

Cuisine ouverte sur le séjour : Dite aussi « cuisine à l’américaine », c’est la trouvaille des architectes pour donner le sentiment de respirer quand l’espace est minuscule. Quand on visite, ça va, mais le jour où on cuisine du poisson, l’ambiance familiale se gâte…

Combles aménageables : Comme dans toute maison digne de ce nom, vous avez un grenier et si vous êtes prêts à faire vingt mille euros de travaux, vous aurez des chambres mansardées adaptées à des enfants de moins de 1,20 mètre. Autre hypothèse, si vous faites la même taille que Sarkozy, vous aurez soudain le sentiment d’être devenu grand avec votre tête qui touche le plafond.

Vue dominante : Vous êtes au dernier étage d’une tour et avez un sentiment de vertige dès que vous regardez en bas qui vous empêche de profiter de la moitié de votre salon.

Petit jardinet privatif : Vous êtes au rez-de-chaussée d’une tour et pour vous faire oublier l’absence de lumière et la vue plongeante de tous les voisins, on vous a concédé un minuscule carré d’herbe.

« Le propriétaire sera là » : Le cauchemar des acquéreurs et des professionnels de l’immobilier. Persuadé qu’il détient la huitième merveille du monde, le propriétaire ne vous lâche pas d’une seconde et vous fait l’article pour le moindre bouton de porte acquis chez Leroy-Merlin, ne vous donnant qu’une envie : fuir! C’est le bon réflexe, fuyez!

Quartier en devenir : Une façon élégante de vous annoncer que vous vous apprêtez à acheter dans le quartier le plus pourri de la Ville. Bien sûr, si la famille Rotschild décide de construire là, la valeur du quartier va changer du tout au tout. Mais jouez plutôt au Loto. Vous avez beaucoup plus de chances de gagner.

maison atypique 02

À vendre : environnement paisible en rez-de-jardin, dix minutes à pied du centre-ville.

Très calme : Vous êtes tellement loin de tout que vous ne pouvez qu’être au calme absolu. Les cambrioleurs sont tranquilles, la police est à plus de vingt minutes.

Dix minutes à pied du centre-ville : Les agents immobiliers sont tous d’anciens champions olympiques de course à pied et considèrent qu’une moyenne horaire de vingt kilomètres parcourus dans l’heure est à la portée de n’importe quel piéton.

À rafraîchir : Le dernier coup de pinceau remonte à cinquante ans.

Travaux à prévoir : La toiture fuit, la charpente est vermoulue et le dernier coup de pinceau remonte au XIXe siècle.

Prix : nous consulter : La nouvelle tendance des agences pour vous faire croire que vous vous apprêtez à acquérir un bien d’exception (par le prix s’entend). En fait, en version feutrée, ces agences, qui se veulent luxueuses, pratiquent la technique des marchands du souk de Marrakech qui consiste à ne surtout plus vous lâcher, si vous avez eu le malheur de franchir la porte d’entrée pour demander un renseignement.

Petite copropriété bénévole : Vous avez un retraité qui a une revanche à prendre sur sa carrière ratée et qui va casser les pieds à tous les copropriétaires comme syndic bénévole. Ne connaissant rien à rien et se mêlant de tout, il finira par vous coûter plus cher qu’un syndic professionnel, qui, lui au moins, vous voit le moins possible tout en vous piquant le maximum de fric.

Bon rapport locatif : Ce bien est trop médiocre pour que vous l’occupiez, mais compte tenu de la fiscalité confiscatoire pratiquée par l’État sur les résidences secondaires, si vous réussissez à louer au black à des gogos, vous pouvez envisager un petit bénéfice. En attendant que le fisc vous tombe dessus.

Aperçu mer : C’est simple, vous montez dans le grenier, vous ouvrez le velux et si vous avez la capacité de vous hisser à la force des bras vous apercevrez un minuscule bout d’océan.

Petite vue mer : Lorsque vous montez sur votre escabeau pour changer l’ampoule de la cuisine, vous devinez l’océan. Il y a du mieux!

Vue mer : La vue mer relève parfois de la vision de l’esprit. Alors qu’un couple de copains se trouve sur une petite terrasse à chercher dans un fouillis de toitures l’océan promis, l’agent immobilier, agacé par leur cécité, tend le bras en direction de ce qui semble être le ciel : « Vous voyez les mouettes, là-bas? »  Ils les ont remarquées. L’agent en profite pour poursuivre sa démonstration : « S’il y a des mouettes, il y a quoi en dessous? L’océan! »  Un océan totalement invisible, mais qu’est-ce qu’ils pinaillent, ces Parisiens!

Vue mer première ligne : Non ce n’est pas un appartement conçu pour un ancien pilier ayant joué au rugby. Juste un appartement offrant une véritable vue mer. Le hic, c’est que la vue mer, comme le caviar d’Aquitaine ou le saumon sauvage de l’Adour se vend à prix d’or. Même si le bien est archinul, vous passez immédiatement sur Biarritz de cinq mille euros le mètre carré à dix mille. Pour vivre heureux, vivons serrés… en contemplant la mer?

Viager occupé avec bouquet : Le bouquet est la somme destinée à  l’octogénaire dolent qui vous fait visiter son bien sans quitter son fauteuil, avant que vous n’appreniez, que grâce à votre rente mensuelle, il fait de la randonnée en montagne tous les jours et espère battre le record de longévité de Jeanne Calment. Si vous n’aviez jamais eu d’envie de meurtre auparavant, vous pourriez vous surprendre désagréablement…

La langue française, décidément fascinante par sa richesse et les multiples possibilités qu’elle offre, est en évolution constante comme en témoignent les trouvailles verbales de nos ados dans les cours d’école, ou des agents immobiliers presque aussi créatifs que les lycéens. Encore une fois, comme dans toute profession, certains travaillent très bien quand d’autres sont particulièrement désinvoltes, comme vous pourrez le lire dans la deuxième partie de ce récit. Sans compter des nouvelles façons de concevoir l’immobilier, comme le site www.kubakub.com où l’acquéreur comme le vendeur peuvent décider des règles du jeu. Même si l’essentiel, dans l’immobilier d’hier comme dans celui de demain,  consiste à  bien acheter ou à bien vendre, sans s’emballer ni se faire rouler.

Demain :

Facéties immobilières sur la Côte basque (2)

Désinvolture ou escroquerie?