« Causette » et le Thénardier de Bidache…

Carmen La Marquise

Dessin Pierre George

Ma Toute douce,

Chez Ostia et Ostiette, les Thénardier de Bidache à la boîte de fer, on semble avoir très peu le moral ces temps derniers au vu de l’évolution des votes en faveur de l’EPCI :

 Mon pauvre Papa, j’ai peur que tu fasses tchoufa l’année prochaine au Sénat, vu comme ça tourne pour toi ! Et c’est pas ce que te dit ta Chips, ce tchoupon, qui peut te sauver. Va falloir te remuer le tafanar, parce que cet EPCI, nous a foutu la scoumoune, comme on dit là-bas, dis !

(Ce langage rural de la Ostiette, Ma Douce Thérèse-Marie pouvant se traduire ainsi dans nos cercles :  » J’ai peur que tu échoues l’année prochaine au Sénat, vu comme ça tourne pour toi ! Et c’est pas ce que dit ton Brisson, ce lèche-cul, qui peut nous sauver le pognon. Va falloir remuer ton gros cul, parce que cette EPCI, nous a foutu le malheur, dis! »)

De quoi donner des insomnies à notre ami Ostia qui, à la maison chaque nuit, se retourne la viande dans le torchon tout dégoulinant de sueur, et qui sait qu’il doit se tenir à carreau devant la Ostiette pour qui, dans la vie, l’important c’est avant tout la galette. Le Jean-Jacques Lasserre essaie donc de voir les choses en positivant :

– Mais bon, qu’avec mon salaire au conseil au Conseil départemental M’mam, nous rest’rait quand même pas mal de pognon à mettre dans la boîte en fer, non ?

– Eh bien ! Si c’est comme ça, dis ! Tu risques d’avoir des biblis plusieurs fois par semaine à l’avenir !

 Ostia, les biblis, ça me fout la cagate !

 Et il faut dire que le Ostia peut effectivement se poser quelques questions quant à son avenir de sénateur, vu qu’il a plus d’ennemis au pays désormais que d’eau dans le lait de la Noiraude pendant l’Occupation, comme l’expliquait cette semaine encore le futur Lehendakari à quelques visiteurs venus lui prêter allégeance dans son bureau :

– L’attitude d’Ostia, que voulez-vous, est celle d’un homme d’un autre temps, d’un autre âge. Lui qui pouvait finir sa carrière sur ce symbole fort d’un Pays Basque uni, réuni et enfin reconnu, se vautre complètement. Il est passé à côté de sa chance, de la grande histoire de sa vie. Cet EPCI qui se fait et qui annonce, un jour prochain, vous le verrez, une collectivité spécifique, aurait pu avoir Lasserre comme père. Il serait resté dans l’Histoire comme un homme remarquable. Or, désormais, il apparaitra comme le type dépassé et buté. Comme l’affreux cumulard. Triste fin dans les poubelles de l’histoire basque…

Et de rajouter à ses visiteurs amusés :

– Evidemment l’UDI que je préside, et les 75% de grands électeurs du Pays Basque qui ont voté oui avec enthousiasme à l’EPCI, ne pourront se reconnaître dans Ostia et sa liste pour les prochaines élections sénatoriales. Il ne pourra compter que sur très peu de voix venant des grands électeurs basques. Quelques-unes dans le voisinage de Bidache, mais ça fera court ! Et il n’est pas dit que les voix centristes du Béarn lui suffisent pour espérer retrouver son confortable matelas au Sénat. Surtout que l’UDI, cette autre sensibilité centriste du département, qui prend de l’élan, aura sa liste et des candidats qui ressembleront au visage d’Iparralde et qui, eux, rassembleront. Ostia peut commencer à mettre des cartons de côté dans sa grange pour son futur déménagement Paris-Bidache !

 Mais les angoisses nocturnes d’Ostia ne sont pas dues qu’aux plans du futur Lehendakari qui saura tuer le cochon comme il se doit. Ostia, en effet, dès qu’il rencontre un élu à qui il pense pouvoir venir en aide, poursuit ainsi son couplet :

– C’est affreux ce que devient ce Pays Basque. De mon temps, le Basque était un type moins rusé que le Charnégou. Il était chrétien et centriste et votait comme un seul homme pour moi et mes amis, sans poser de questions. On lui promettait l’entrecôte et on lui donnait des lasagnes et il était content ! Maintenant, tout cela se radicalise et se gauchise. Et il y a l’épouvantable Espagnac, la Frédérique, LA CAUSETTE (je respecte ici l’orthographe admis par le cerveau de notre ami Jean-Jacques), cette sorcière qu’a dû oublier de brûler le Conseiller Pierre de Rosteguy  de Lancre !

Et l’interlocuteur de lui demander :

– Un de la famille de la petite Maïder Rosteguy ?

– Mais non ostia ! T’as qu’à demander à Campa, c’est lui l’instructionné dans mes cabinets de Pau et de Paris qui me raconte ces histoires. J’ai pas le cœur à plaisanter quand je vois maman, le regard mauvais qu’elle me lance, en regardant la boîte à l’élastique qui va se vider. Mais la petite Arostéguy, celle-là aussi je m’en méfie ! Elle me doit TOUT, elle doit TOUT à la Chips. On en a fait une conseillère départementale et aujourd’hui, elle est une UDIste épouvantable, qui avait déjà pris la place de ma petite Marie-Claude Emballe-colis-du-Senat-en-2017 qui aurait dû être l’associée à la Chips aux départementales. Et voilà la Maïder me regarde avec des yeux moqueurs comme si j’avais de la paille au cul ! Tout cela est insupportable ! Ma vie est un enfer !

– Oui, alors et la Cosette ?

– Ah celle-là ! Personne ne la connaissait ici au Pays Basque ! Elle a été élue grâce au Béarn, la dernière fois. Et voilà qu’elle vient se mêler de ce qui la regarde pas et qui donne l’INDEPENDANCE aux Basques. En plus à ma Ostiette, l’indépendance ça lui donne des cauchemars ! Tu vois à quoi ressemblent mes nuits, ostia de ostia ! Et le Hollande qui n’a fait qu’un seul truc en quatre ans, il fallait que ce soit donner l’indépendance aux Basques ! Putain de ostia de ostia, c’est bien ma chance ! Alors cette sorcière, cette Causette, elle est devenue la Madone des Basques. Tu vas voir qu’ils vont lui élever une chapelle de Notre-Dame-de-la-Espagnac-de-la-Causette ! Et on lui mettra des cierges bientôt ! Oui, la Espagnac elle m’énerve à jouer tout le temps à la Causette qui fait pleurer son monde et moi, du coup, je passe pour le père Té- l’Merdier comme me l’a expliqué Copie-Colle qui a lu Hector Hugo en BD dans Spirou-Junior.

Il faut dire, Ma Toute Douce, que la petite Espagnac est redoutable et qu’un esprit éclairé du PS de Boucau  me disait l’autre jour: « En plus Frédérique sait merveilleusement  faire d’un ennemi d’aujourd’hui, un allié de demain ! »

 Enfin, je ne saurais terminer cette missive, Ma toute Douce, sans vous donner des nouvelles de notre bolchévique préféré, milliardaire de la BD, et de son complice notre ami Pierre George, qui viennent de sortir chez l’éditeur Atlantica, le tome 3 des aventures de Manzana et Patxaran (meilleures ventes toute catégorie des éditions Atlantica pour les tomes 1 & 2 !), nos flics biarrot et bayonnais, intitulé « Opération jambon » ! Un grand régal, où j’ai trouvé non sans surprise un nouveau personnage de fiction, un escroc à la petite semaine comme on les aime et les connait chez nous, dénommé Hubert Vindemess. Comme c’est curieux, cet affreux personnage me rappelle quelqu’un, mais qui ? Vous, Thérèse-Marie, dont l’esprit est aiguisé comme le rasoir d’Henri Etcheto au moment des campagnes électorales, vous trouverez peut-être la réponse à mon interrogation. Cet Hubert est ainsi décrit par notre auteur : « Autrefois arrêté pour trafic d’hosties frelatées, cet ancien légionnaire et premier lieutenant de Gaiztoa est prêt à tout pour s’enrichir. Les faux en tous genres sont sa spécialité et même lui n’est plus très sûr de son identité réelle. »  N’hésitez pas à m’aider à résoudre ce mystère. En tout cas nos deux auteurs sont en dédicace aux lieux et dates suivantes : Ce samedi 28 mai, à la librairie Darrigade à Biarritz de 10h30 à 12h30, le samedi 4 juin, centre Leclerc Anglet de 14h à 17 h, le samedi 11 juin, librairie Louis XIV à Saint-Jean-de-Luz de 11h à 13h et le dimanche 12 juin, à la maison de la presse d’Ascain, de 10h à 12 h.

Je vous laisse, Ma toute Douce, et à la semaine prochaine. Comptez sur moi.
Marie, votre Marie, Marquise de Vérité

Que voulez-vous que l’on refuse à une Marquise, qui a le bon goût d’aimer les bandes dessinées ? Pour protester contre les censeurs, « Bisque, bisque, Basque ! » accueille, comme chaque semaine, l’impertinente Marquise de Vérité de Jean-Philippe Ségot. Manifestez votre esprit citoyen, luttez contre les esprits chagrins qui ont délogé la Marquise de Vérité de La Semaine du Pays basque, en écrivant à herculepoirot@hotmail.fr. Comme plusieurs milliers d’entre vous, vous recevrez ainsi chaque semaine, par mail, les lettres de la Marquise.

Manzana et Patxaran sans le GIGN

page 45 Opération jambonReprenant la grande tradition des étapes pyrénéennes, Manzana et Patxaran n’hésitent pas à dévaler à vélo le col d’Ispéguy, à la poursuite de l’infâme Gaiztoa et de l’escroc à la petite semaine Hubert Vindemess. Mais contrairement aux coureurs du Tour de France, ils n’auront pas besoin au cours de cette « Opération jambon » du secours du GIGN et vont très bien se débrouiller seuls. Il est vrai aussi, que lorsqu’on compte au nombre de ses amis Géronimo, Pottoka et l’ancien rugbyman Soso Puleoto, on n’a vraiment pas grand-chose à craindre !

Et dès samedi prochain, les deux policiers entament leur tournée basque et se feront un plaisir de vous offrir un dessin personnalisé et une dédicace de ce tome 3 de leurs aventures.

 

Les prochaines signatures :Scan amis Patxaran

 Samedi 28 mai, librairie Darrigade à Biarritz de 10h30 à 12h30

 Samedi 4 juin, centre Leclerc Anglet de 14h à 17 h.

 Samedi 11 juin, librairie Louis XIV à Saint-Jean-de-luz de 11h à 13h

 Dimanche 12 juin, maison de la presse à Ascain, de 10h à 12 h.

 

La mornifle pour tous

non à l'homophobie, au sexismeLes insultes n’étaient pas « méritées ». Encore moins les taloches en pleine gueule distribuées avec fureur ce samedi 14 septembre 2014, à 1h30 du matin, en plein centre de Biarritz. La victime, que nous appellerons François, un jeune enseignant de 30 ans résidant à Bayonne, a commis le double affront d’être homosexuel et de ne pas conduire assez vite, aux yeux de son agresseur, Pierre-Henri Michel, un entrepreneur basque âgé de 45 ans. Passablement énervé – et carrément éméché – ce dernier avait délivré sa sentence en boxant sa victime : « Sale Pédé, c’est tout ce que tu mérites ! ». Un an et demi après les faits, la justice a finalement fait tomber de son ring ce robuste militant de la mornifle pour tous.

Accompagné de trois amis, François s’apprête à rentrer à Bayonne quand il croise la route du quadra rompu aux rixes de rue. Après une balade nocturne en bord de mer, le groupe regagne sa voiture, garée à deux pas de la rue Gambetta. Pierre-Henri Michel, automobiliste aussi bourrin que bourré, lorgne sur la place de parking qui va se libérer. Il klaxonne pour avancer, fait signe de se grouiller puis invective les quatre amis qui restent interloqués. L’automobiliste pressé sort soudain de sa caisse, tape sur la voiture encore stationnée, avant de cogner François. Bilan de la manœuvre : une Clio cabossée et huit jours d’arrêt de travail prescrits par le médecin qui relève « un traumatisme facial avec excoriations et hématome au malaire gauche » et des « érosions cutanées thoraciques superficielles ».

Des mandales à 6000 balles

Alertée, la police n’aura aucun mal à cueillir, quelques minutes plus tard, l’agresseur qui s’est réfugié dans un bar voisin pour prendre un dernier canon avant d’aller au ballon. Ce mardi 10 mai, le tribunal d’instance finit de le faire décuver en le condamnant à verser 6163,25 euros à sa victime. La CPAM, qui s’est constituée partie civile, empoche pour sa part 446,06 euros.

Sévère même si, regrette François, le caractère homophobe de l’agression n’a pas été retenu par le ministère public comme circonstance aggravante. « Cette agression illustre malheureusement le climat délétère qui s’est installé dans le pays depuis plusieurs mois et qui conduit à l’expression d’une homophobie désormais décomplexée voire violente » avait pourtant dénoncé, Bernard Gachen, président de l’association LGBT les Bascos, dans Sud-Ouest au lendemain de l’agression (http://www.sudouest.fr/2014/09/16/une-agression-homophobe-denoncee-1672466-4037.php). Déjà condamné à trois reprises pour des faits de violences, Pierre-Henri Michel a joué sur un autre registre. Face au tribunal, l’agresseur a réclamé la clémence des juges en rappelant qu’il est le père d’un jeune garçon. L’avocate de François. s’est sentie obligée de rappeler que son client a lui aussi une famille qui préfère nettement voir le petit dernier intact plutôt que cabossé.

Antton Rouget

Décidément, il y prend goût, ce petit garnement ! Jeune journaliste indépendant, ayant déjà déjà collaboré avec plusieurs titres de presse locale et nationale : Le Canard enchaîné, Mediapart, l’Agence France-Presse ou encore la nouvelle revue d’enquête judiciaire Sang-Froid, Antton Rouget offre ce nouveau papier au blog Bisque, Bisque, Basque ! Un très grand merci.

Pour le contacter : @AnttonRouget ou anttonrouget@hotmail.com

 

Le lehendakari se garde l’UDI !

Peyico le Pirate

Dessin Pierre George

Ma Toute douce,

Comme vous le savez les jeux sont faits en ce qui concerne le fameux EPCI du Pays Basque. Et d’un score que l’on croyait – ou imaginait – serré, on va vers une assez large victoire du « Oui ».

Cela va, bien entendu, faire le bonheur des partisans du « Oui », camp dans lequel on compte notamment la sénatrice Espagnac et les députées Capdevielle et Alaux. Et puis, évidemment, notre élégant Jean-René, maire de Bayonne et futur roi du Pays Basque. D’où cette formule déjà célèbre qu’il a prononcée l’autre soir (à une heure peu catholique comme dirait Monseigneur Aillet qui  n’arriverait pas à dormir du sommeil du brave après avoir bu une bouteille de Château de l’Hacienda et qui dirait au vicaire général : « Vous avez beau dire, y’a pas seulement que de la pommey’a aut’chose.« ) dans un bar du Petit-Bayonne devant un échantillon de son futur peuple basque :

– L’EPCI c’est MOI !

Dans les partisans du « Non », il reste évidemment notre bien gras d’Ostia, qui digère bien mal l’échec du « Non », vu qu’il risque de le payer le prix fort aux prochaines sénatoriales. Il est vrai que sa position de resplendissant buté reste incompréhensible aux yeux de beaucoup de maires basques, même si cela ne surprend guère le futur lehendakari Jean-René, qui commenta ainsi, entre deux irrintzina, la chose à un observateur qui évoquait ces faits dans ce Petit-Bayonne nocturne où il fait bon fêter les victoires :

– L’attitude du Ostia ? Oh cela ne me surprend pas et me fait penser à un proverbe russe que m’a, un jour dernier, rapporté à son retour de Vichy, en passant par Laval, un vieux consul épuisé de ce pays de neige et de deuils : « Mets un paysan à table, il mettra les pieds dessus« .

Mais au-delà de ces réjouissances et de l’esprit taquin de notre futur lehendakari, il faut toutefois se poser des questions quant à l’avenir des rapports entre les « Nonistes » et les « Oui-ouistes », car on a peur que cela laisse des traces sanglantes. Pour ce faire, il fallait donc une bonne volonté et un homme de paix. Et voilà que ce corsaire de Peyuco Duhart, maire de Saint-Jean-de-Luz, avec sa légendaire et diplomatique bonhommie, a décidé de jouer un coup qui peut être méditer comme une grande leçon, par ceux qui mangent des chips à pleine main en racontant des fadaises au lieu d’agir dans l’intérêt général. Ainsi le bon Peyuco a proposé la chose suivante :

– Le temps de l’apaisement et du travailler ensemble est revenu. Je propose donc de réunir les 10 présidents d’intercommunalité actuels du Pays Basque autour d’une bonne table pour réapprendre à se parler, à travailler ensemble, le plus uni possible, au sujet de l’avenir de notre petit coin de France, de notre cher Pays Basque.

Les dix (dont lui) ont donc dit oui, y compris le Parrain de la Côte, pourtant « Noniste » convaincu, notre Cher Claude Olive, ci-devant maire d’Anglet qui, s’il possède caractère et  tempérament, est tout le contraire d’un buté. Et cet accord facilement obtenu, le Peyuco a lancé, l’air de rien, avec ce grand sourire qui séduit tant les Luziennes sexagénaires aux halles :

– Eh bien il ne me reste plus qu’à choisir un bon restaurant pour vous y inviter tous ! Mais à une condition… C’est que le Président du Conseil des élus (c’est à dire, Ma Chère Thérèse-Marie, le futur Lehendakari  Etchégaray ) soit des nôtres !

Coup de maître ! Et tout le monde a accepté y compris le Parrain de la Côte qui a dit en se marrant, beau joueur :

 – Moi, Tchi-Tchi, je ne fais pas de politiqueu… c’est bien connu. Mais je fais bien volontiers de bons repas, Tchi-Tchi…

Ainsi, la semaine dernière, ce déjeuner a eu lieu. Le bon Peyuco, l’âme joyeuse, avait ainsi annoncé aux dix concernés :

– Nous mangerons des mets exquis, je vous le promets. Pour preuve, il n’y aura ni chips ni Château l’Hacienda à cette table !

Et de cette rencontre apaisée, est sorti un bilan optimiste, ainsi traduit par un convive : « Ce fut franc et loyal. On s’est dit les choses. C’était viril comme ambiance, mais on arrivera à s’entendre. » Et un autre de commenter : « Ce déjeuner marque une nouvelle époque. Celle où nous allons faire désormais de la politique en Pays Basque sans Brisson ni Lasserre. Le Pays Basque n’est plus à eux, nous leur avons repris les clés. Et là-dessus, nous sommes tous d’accord ! Comme une grande respiration dans la vie démocratique. »

 Ce dossier réglé, le lehendakari, de retour dans sa mairie, a fait venir en fin de journée  l’élégant Marco Amestoy, éminence grise et prestigieux  directeur de cabinet dans son bureau-à-la-moquette-toujours-pas-changée :

– Mon Marco, maintenant il est temps de me préoccuper des élections départementales de l’UDI du 4 juin prochain !

– Ah oui, évidemment, Sublime et Sublimissime penseur du Pays des Basques ! Toi qui en es le Président intérimaire par la volonté de Lagarde, à qui vas-tu laisser la place alors à la présidence de l’UDI ?

– A qui ? Eh bien à un homme que j’estime grandement. Un homme de projets et de progrès, un esprit lumineux, une belle et grande intelligence, un juste. Un Saint-Just même !

– Oh mais sublime échauguette des confluences du génie et de la stratégie, ce portrait correspond trait pour trait à toi !

– Eh bien, Mon Marco… Tu as trouvé !

– Oh j’en tremble de bonheur, en frémis d’émotion, en éclate de volupté et de joie.

– N’en fais pas trop quand même ! On dirait du Chipstarrak à qui l’on proposerait une nouvelle indemnité d’élu !

– Es-tu taquin Mon Maître !! Regarde mes menottes, elles ne sont point huileuses !

 Certes oui. Tiens je ne te connaissais pas cette cravate aux couleurs si chipsiennes…

– Je l’ai acquise chez Charvet pour célébrer la victoire du « Oui ». Mais dis-moi, Ponts du Génie et de Saint-Esprit réunis, pourquoi te présenter à cette présidence ?

 Eh bien pour quatre raisons. La première, c’est que  je suis le meilleur !

 Oui, je l’avoue.

 La seconde Bayrou ne doit plus avoir le monopole du centre dans ce département. J’aime bien François, mais cette situation n’a que trop duré…

– Oui et puis avec Ostia comme seul métayer, cela fait trop artisanal.

– On est bien d’accord ! Troisièmement parce que je serai le seul candidat, et que cela évitera des guerres fratricides dans la famille.

 Oui, on n’a pas besoin de cela ! Déjà la Durruty me donne assez de boutons avec ses malices.

– Enfin, le Président de l’UDI dans ce département, sera l’homme fort des législatives et des sénatoriales pour le centre et la droite en 2017. Il donnera les investitures !

– Voilà une stratégie que j’approuve. Tu me fais penser à mes belles années auprès d’Ostia, où j’appliquais MES stratégies de cet acabit, ce qui lui donnait la mine agricole et ravie. Oui, Glorieux Lehendakari, tout recommence ! Nous allons connaître, une fois encore, l’ivresse du vrai pouvoir. Tout recommence… Oh grande est ma joie ! TOUT RECOMMENCE ! je vais aller m’acheter une nouvelle cravate.

Et le Lehendakari, brusquement songeur et regardant par la fenêtre au-dessus de l’Adour la citadelle de Vauban, de murmurer :

 Vois-tu Mon Marco, dans cette affaire, il y a des moments où j’ai été bien seul… Le combat fut rude, ce qui rend la victoire plus belle. Moi, je savais le chemin. Je n’ai pas d’amertume, mais je garde dans la poche de ma veste une liste précieuse où j’ai inscrit, jour après jour, le nom de tous ceux qui ont voulu me tuer. J’ai du respect pour l’adversaire loyal et même brutal. Mais les fourbes, les traitres, les lâches me le paieront, si tel est mon bon plaisir. Certains, les mêmes évidemment, dès demain me parleront de mon triomphe et de ma gloire. Je ne les connais que trop bien ! Alors, je leur dirai ces mots de Sébastien le Preste de Vauban qui a bâti cette citadelle qui est là, intacte : « La véritable gloire ne vole pas comme le papillon ; elle ne s’acquiert que par des actions réelles et solides. Elle veut toujours remplir ses devoirs à la lettre. Son premier et véritable principe est la vérité…« 

Alors sans bruit, tel Louvois sachant s’éclipser quand Louis XIV demeurait solitaire dans ses songes, Marco quitta le cabinet de travail du futur Lehendakari, refermant avec mille précautions, et sans le moindre bruit  la porte capitonnée. Ainsi, Ma Chère, s’écrit aussi l’histoire politique et celles des hommes…

Je vous laisse, Ma toute Douce, et à la semaine prochaine. Comptez sur moi.
Marie, votre Marie, Marquise de Vérité.

Pour protester contre les censeurs, « Bisque, bisque, Basque ! » accueille, comme chaque semaine, l’impertinente Marquise de Vérité de Jean-Philippe Ségot. Manifestez votre esprit citoyen, luttez contre les esprits chagrins qui ont délogé la Marquise de Vérité de La Semaine du Pays basque, en écrivant à herculepoirot@hotmail.fr. Comme plusieurs milliers d’entre vous, vous recevrez ainsi chaque semaine, par mail, les lettres de la Marquise. Et n’hésitez pas à lui écrire, à la féliciter ou à lui raconter vos petits secrets. Comme vous avez pu le constater, elle adore ça…

La police demande le respect ? Qu’elle soit respectable !

Violences policières 2

La police a raison de demander le respect. mais elle doit aussi se remettre en cause et gommer ses excès.

C’est comme s’il existait des blessés dignes d’intérêt et d’autres non… Ah ça, ils s’en sont donnés à cœur joie tout mercredi, les TF1, RMC, BFMTV et autres médias spécialisés dans le relais de la bonne parole gouvernementale pour prendre la défense des malheureux policiers obligés de manifester Place de la République pour qu’on les respecte. Et comme une voiture de police a eu la bonne idée de brûler quai Valmy, merveilleux hasard, juste devant les caméras de nombre de journalistes, tous ont pu nous offrir de magnifiques images d’insécurité aux heures de grande écoute.

Surtout qu’on ne s’y trompe pas. Je trouve inadmissible que des policiers soient blessés dans l’exercice de leurs fonctions de maintien de l’ordre, comme je trouve inadmissible que des manifestants qui viennent paisiblement exprimer leurs convictions le soient, mais, pour avoir arpenté le pavé des centaines et des centaines de fois en quarante ans de manifestations, je m’étonne un peu du manque flagrant de curiosité de certains de mes confrères journalistes, face à une situation autrement plus compliquée que ce qu’ils veulent bien nous raconter.

Une tradition dépassée

Les violences dans les manifestations ne datent pas d’hier. Elles remontent aux années 68, quand les policiers en pèlerine qui se tenaient par les coudes pour empêcher les manifestants de passer ont été très vite remplacés par des CRS casqués et armés de matraques. Inévitablement les manifestants ont commencé à adopter le casque de moto et le blouson en cuir pour se protéger, couplés aux baskets pour mieux courir. Et la « tradition » voulant que les anarchistes et les « autonomes » se retrouvent en tête ou en queue de cortège pour s’offrir une belle bagarre avec les forces de l’ordre, va petit à petit se créer. Et, tacitement, tout le monde trouve normal que trois abribus ou cabines téléphoniques soient cassés, histoire de signer le passage de la manifestation, estimant que « ça fait partie du folklore ». De la même façon que les bizutages dans les grandes écoles ne doivent plus être tolérés, cette tradition de casse, qui va désormais souvent de pair avec des pillages délibérés de magasins, doit être réprimée durement avant que des participants, qu’ils soient en uniforme ou en civil, n’y laissent la vie, car le suréquipement des forces de l’ordre entraîne « mécaniquement » le suréquipement de ceux qui veulent en découdre, au lieu de se contenter d’exprimer leur point de vue.

Un commandement défaillant

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Quand des gens qui venaient défiler pour exprimer leur opinion, se font matraquer, des haines durables s’installent.

Quand un joueur de rugby perd son sang-froid sur le terrain, c’est le rôle de son entraîneur de le calmer. Tout le monde peut comprendre qu’un CRS qui s’est fait injurier pendant des heures et bombarder de projectiles ait envie d’en découdre quand il reçoit l’ordre de charger. Mais, toutes les vidéos qui ont été prises du côté des manifestants (Frileusement, la majorité des journalistes suivent la manifestation à l’abri derrière les forces de l’ordre) montrent une tendance des officiers à fermer les yeux sur les excès de leurs hommes et à les couvrir s’ils sont pris en flagrant délit. Quand un lycéen de 15 ans, les mains menottées dans le dos, se fait casser le nez froidement par un CRS, est-ce vraiment nécessaire ?

http://www.konbini.com/fr/tendances-2/video-lyceen-frappe-au-visage-par-crs-en-marge-dune-manifestation/

Quand des consommateurs attablés à une terrasse et regardant passer une manifestation contre la réforme du code du Travail se prennent une grenade lacrymogène et que l’une des intéressées qui proteste reçoit un coup de pied dans le ventre, est-on vraiment dans le rôle du « maintien de l’ordre ? »

https://www.youtube.com/watch?v=d5Xifqv6C0w

Et on ne parlera pas des manifestants ayant perdu un œil ou ayant eu une main arrachée, voire y ayant laissé la vie. Télérama, qui s’appuie dans son numéro du 23 mars sur ce rapport de l’ONG Action des chrétiens pour l’abolition de la peine de mort, rappelle que 26 personnes sont mortes sous les coups de la police, entre 2005 et 2010, essentiellement “des jeunes issus de minorités visibles”. Et que dire de la mort du militant Rémi Fraisse, opposant à la construction du barrage de Sivens dans le Tarn, tué, en octobre 2014, par une grenade offensive, alors qu’il avait les mains en l’air selon tous les témoins ?

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/03/25/sivens-remi-fraisse-avait-les-mains-en-l-air-lorsqu-il-a-ete-tue-selon-de-nouveaux-temoignages_4890382_1653578.html

À chaque fois les médias annoncent l’ouverture d’une enquête par la police des polices et à chaque fois, on a le sentiment que le rôle de l’IGS (Inspection Générale des Services) consiste simplement à endormir l’opinion avant de disculper en douce le fonctionnaire mis en cause. Comment voulez-vous dans ces conditions que la haine ne se développe pas entre policiers et manifestants ?

D’autant plus que cette faillite du commandement se retrouve au sommet de l’État. Est-ce le rôle du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, d’annoncer, comme un chasseur présentant fièrement son tableau de chasse, le nombre d’interpellations après chaque manifestation et n’est-ce pas une incitation directe donnée à la police de « gonfler » à tout prix son tableau de chasse, quitte à ce que quelques paisibles badauds se retrouvent encabanés avec les autres ? On aimerait que ce ministre, fort efficace par ailleurs, se souvienne que son rôle consiste à maintenir l’ordre et non à faire dans la surenchère ? Au lieu de cela, comme en témoignent des vidéos de passants, des commandants de CRS lancent à leurs troupes « Instruction : violence maximum »

http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/03/violences-policieres-les-videos-nourrissent-colere-263939

Une culture de la provocation

Reste enfin, cette détestable habitude policière française de provoquer pour mieux discréditer. Que des policiers en civil se glissent au milieu des manifestants pour mieux repérer les casseurs, passe encore ! Mais que des policiers agissent et commettent des exactions pour retourner l’opinion publique contre les manifestants, voilà qui est inacceptable et qui se répète depuis cinquante ans! Manifestation de la sidérurgie lorraine à Paris, en 1979 : je n’ai jamais vu les grands boulevards aussi remplis. Une foule grave et digne s’est jointe aux ouvriers qui vont perdre leurs emplois. À deux mètres de moi, à hauteur du Boulevard Poissonnière, une automobiliste, sans doute venue d’une rue adjacente, se retrouve coincée au volant de son véhicule. Soudain un manifestant au visage caché par un capuchon sort un manche de pioche et lui explose son pare-brise. Nous sommes tellement surpris, alors que le cortège manifeste une dignité à toute épreuve, que nous nous lançons à deux ou trois à la poursuite du casseur. L’automobiliste court derrière nous en hurlant. Le fauteur de trouble parcourt quelques centaines de mètres avant de s’engouffrer dans la rue du faubourg Montmartre et de trouver refuge… dans un fourgon de police. Nous comprenons immédiatement, mais pas la femme qui nous a rattrapé et qui hurle « Il s’est trompé… Il s’est trompé… Arrêtez-le ! » et tambourine à la porte du véhicule, tandis que les policiers présents derrière les grilles du véhicule prennent l’air absent et regardent le ciel. Nous raccompagnons la femme à sa voiture et l’aidons à évacuer le verre brisé. Elle n’en revient pas et répète inlassablement qu’on lui aurait raconté cela, elle n’y aurait pas cru.

Les donneurs de leçons des grands médias défenseurs de la police ne sont pas sans savoir qu’une provocation du même ordre a eu lieu, le 1er mai dernier, place de la République. Des riverains, des journalistes, dans des messages privés, ont témoigné sur l’étrange attitude des forces de l’ordre ce soir-là… Mais c’est tellement plus simple de détourner le regard quand les faits ne correspondent pas aux postures que vous souhaitez adopter ! Résumons-nous pour ceux qui auraient raté l’épisode. Tous les soirs, les policiers contrôlaient les arrivants qui venaient rejoindre le collectif « Nuit Debout » et leur faisaient ouvrir leurs sacs pour vérifier qu’ils ne contenaient rien de dangereux. Le 1er mai, pas le moindre contrôle ! Et comme par hasard deux heures après, des jeunes casseurs commencent à dévaster la place de la République. La police charge particulièrement brutalement et s’en prend aux paisibles militants de « Nuit debout ». Résultat : dès le lendemain, les participants sont moitié moins nombreux, les tièdes ayant préféré rester chez eux.

http://www.20minutes.fr/insolite/1838331-20160503-manifestation-1er-mai-militants-nuitdebout-denoncent-violences-policieres-twitter

Et c’est sans doute à cause de mon mauvais esprit légendaire que je ne peux m’empêcher d’exprimer un certain scepticisme sur la voiture de police qui a opportunément brûlé, mercredi après-midi, devant  nombre de caméras. A priori l’identification des coupables devrait être simple, mais, curieusement, personne n’a encore été arrêté.

Alors oui, je comprends la fatigue et la colère des fonctionnaires de police. Mais pourquoi un travail objectif sur ce qui se passe réellement dans les manifestations n’est-il pas fait ? Pourquoi annonce-t-on systématiquement le nombre de fonctionnaires de police blessés et pas celui des manifestants ? Pourquoi les plaintes de victimes finissent-elles toujours par un non-lieu, même quand la vidéo prise par des témoins neutres est édifiante? La police veut être respectée et elle a raison, car elle est indispensable dans un état de droit. Mais qu’elle soit respectable et ne couvre pas systématiquement d’un voile pudique les excès que certains de ses membres commettent, avec la bienveillante complicité de leur hiérarchie.

 

L’heureuse exception biarrote

Pour quelqu’un qui habite le Pays basque et n’a jamais vécu de manifestation parisienne, il est sans doute difficile d’imaginer ce qui se passe dans la capitale. À Biarritz, plusieurs fois, la police, qu’elle soit nationale ou municipale, m’a beaucoup impressionné par sa façon de maintenir l’ordre avec fermeté et pragmatisme. L’anecdote qui me vient à l’esprit remonte au mois d’août 2015, rue du Helder, vers 5 heures du matin. Alors que je pars à la pêche, un adolescent d’une quinzaine d’années zigzague dans la rue au point d’empêcher une voiture de la police municipale de poursuivre son chemin. Après un appel de phares, le jeune homme se retourne et se met à insulter très violemment les deux fonctionnaires de police. La jeune femme qui était au volant descend, suivie par un géant, modèle Jérôme Thion ou David Couzinet. Réflexe de Parisien, je me dis que le môme va passer un très sale quart d’heure.  Au lieu de cela, je vais assister à une leçon de vertu républicaine. La jeune femme : « Monsieur, vous nous insultez, alors que nous faisons notre travail. Vous n’avez pas l’air bien et on s’inquiète pour vous ». Le gamin continue à marmonner, mais baisse d’un ton. « Vous étiez avec des amis ? Comment se fait-il qu’ils vous aient laissé seul dans cet état ? » Avant de conclure : « Où habitez-vous ? On va vous raccompagner, car vous allez provoquer un accident ».

Voilà une police respectable, loin, très loin, des contrôles au faciès et autres brutalités inutiles qui provoquent les haines durables…

Encore eux !

Couv_Manzana3 (2)« Opération jambon« , tel est le nom de code de cette nouvelle aventure. L’infâme Gaiztoa, après avoir raté son trafic de drogue à grande échelle, après avoir échoué à bétonner la Côte basque, va tout faire pour gagner un maximum d’argent en écoulant un jambon chimique et grossièrement imité. Ceux qui le goûtent tombent malades et ils sont suffisamment nombreux pour qu’un début de panique ébranle le Pays basque français.

Voilà donc nos deux policiers Patxaran et Manzana à nouveau mobilisés, prêts à tout pour défendre ce joyau de la gastronomie basque. Au cours de cette enquête, qui les conduira à Biarritz, Bayonne, Anglet, mais aussi aux Aldudes, à Baigorri et à Pasaia, ils pourront compter sur l’aide décisive de Géronimo, de Pottoka, et aussi de l’ancien pilier du BO Soso Puleoto.

Ce troisième tome des aventures de Manzana et Patxaran sera en vente dès la semaine prochaine… Et les dessins sont toujours de Pierre George.

 

p023

Comme c’est curieux, Pasaia, avec ses drapeaux basques à toutes les fenêtres, semble beaucoup plus plaire à Patxaran qu’à Manzana…

p056

Non, vous ne rêvez pas : Patxaran a accepté d’enfiler le maillot rouge et blanc des anciens du BO pour jouer aux côtés de Soso Puleoto.

Panama papers : des familles concernées dans le 64

Adresses 64

Extraites des 11,5 millions d’adresses qui ont fuité, voici les huit adresses de ce département où à un moment ou un autre a été domicilié un compte panaméen… Ce qui ne prouve pas que l’actuel occupant du domicile soit pour autant le titulaire du compte, même si des recoupements simples vont vous permettre de vous faire une idée.

Si pour la majorité des habitants de ce département, le Panama reste une lointaine réalité géographique, pour d’autres, qui ont le feu aux moteurs en ce moment, c’est encore beaucoup trop près. Rendons d’abord hommage à tous ces journalistes qui ont eu l’intelligence de s’associer pour dépouiller les 11,5 millions de données qui ont fuité du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca. Dans un métier où l’ego n’est pas mince, et où souvent la réputation tient à un article basé sur une photocopie aimablement fournie par un avocat, il fallait de la foi, de la ténacité et de l’humilité pour s’attaquer ainsi à la finance internationale, dans ce qu’on appelle désormais les Panama papers.

Merci ensuite à tous les petits génies de l’informatique, et en particulier à mon copain Michel, qui a su patiemment extraire les 876 adresses françaises et les 962 donneurs d’ordres passés en France, pour ne conserver que les huit qui nous intéressent au plus haut point.

Avant de regarder d’un peu plus près ces adresses et les détails qui y sont attachés, plusieurs remarques s’imposent. Si l’identification de l’ancien ministre Jérôme Cahuzac ne fait guère de doute, car on se demande vraiment quel est le pays du globe où il n’avait pas planqué un compte, d’autres s’avèrent plus complexes, entre les fautes de saisie des employés panaméens, les adresses volontairement elliptiques et la présence de comptes anciens, clôturés depuis.

Mais vous allez voir qu’avec un peu d’habitude, l’écheveau n’est pas si complexe que cela, si vous allez sur le site (en anglais) du consortium des journalistes.

https://panamapapers.icij.org/

Cliquez sur la rubrique « Panama papers companies revealed », tapez le nom propre ou le nom de ville qui vous intéresse et un magnifique graphique, révélant toutes les éventuelles sociétés écrans apparaîtra.

Par exemple si vous tapez successivement LESCAR, puis BAYONNE, CAMBO, HASPARREN et OLORON, vous obtenez ceci :

Lescar

LESCAR

BAYONNE

Cambo

CAMBO

HASPARREN

HASPARREN

Oloron Sainte-Marie

OLORON SAINTE-MARIE

Et surtout, si vous cliquez sur le nom mentionné ou sur les intermédiaires bancaires, vous obtenez tout le montage capitalistique qui a été réalisé, puisque certains se sont contentés de verser directement de l’argent, tandis que d’autres ont monté des sociétés écran.

Les sereins et les paniqués

Internet étant un outil merveilleux, il est très facile grâce aux pages blanches de retrouver les numéros de téléphone des intéressés, qui restent parfois sans voix quand vous leur demandez des nouvelles de leurs comptes au Panama, ou qui vous implorent de ne pas les citer car ils s’attendent d’un instant à l’autre à voir débarquer le fisc (qui doit se frotter les mains de voir ainsi leur travail facilité !)

D’autres ignoraient visiblement leur présence sur les listings de Panama papers et ne perdent en rien leur bonne humeur, demandant même au journaliste de leur communiquer le lien Internet, pour qu’ils vérifient par eux-mêmes avant de reconnaître les faits sans la moindre hésitation.

Ainsi le très affable Philippe Aubert, habitant à Urrugne, ne s’échappe pas. « J’étais à Hong Kong, dans les années 80 où je dirigeais la banque Paribas.  Aussi des amis asiatiques m’ont demandé de les conseiller quand j’ai crée ma société de conseils début 90. Latinate a donc signé avec ma société un mandat d’assistance dans la gestion de ses avoirs. Ma société recevait annuellement une commission, naturellement intégralement déclarée. L’activité a diminué et j’ai cessé définitivement en 2011. Je suis maintenant retraité, j’ai quitté la banque Paribas il y a vingt-cinq ans et je n’ai rien à cacher. »

Si on clique sur le nom de l’intéressé, de nombreux détails apparaissent, confirmant les propos de Philippe Aubert.

Philippe Aubert détails 01

Et l’on voit bien, quand on clique sur  LATINATE INVESTISSEMENTS LTD, que l’argent des clients du conseiller financier est passé par un certain nombre de sociétés intermédiaires comme THE BEARER ou BDO COMPAGNIE FIDUCIAIRE, avant d’atterrir à LATINATE INVESTISSEMENTS LTD.

Philippe Aubert détails 02

Mais l’ancien financier qui n’est pas dupe reconnait que dans la liste  mise à jour par les journalistes se cache presque autant de cas d’espèces que de noms.

Quand on vous disait que ce listing des Panama Papers était passionnant….

Allez les curieux, en chasse !

 

PAYS BASQUE SUD

L’ex boss de Yahoo! Europe rentre au bercail

Résidant à Bilbao, Javier Etxebeste boostait ses activités aux Îles vierges britanniques pendant qu’il dirigeait Yahoo! Europe. Il a fini par quitter le géant du web avant de rapatrier sa société off-shore au Pays Basque, fin 2013.

Son flair pour les bonnes affaires l’a propulsé à la direction générale de Yahoo! en Europe. Pendant plus de dix ans, Javier Etxebeste Otegi, entrepreneur basque passé par la présidence Yahoo! Iberia avant de prendre la tête du groupe sur le continent, a multiplié les coups dans le web et l’immobilier à Bilbao et à Londres. Mais, la success story de ce globe-trotter qui, parti de rien, a gravi les échelons du géant américain, était incomplète : en lien avec le cabinet Mossack Fonseca, Etxebeste a détenu une société off-shore dans le paradis fiscal des Îles vierges britanniques de 2002 à fin 2013, a découvert Bisque, Bisque, Basque! en se plongeant dans les Panama Papers.

C’est le 7 mars 2002 que l’ancien étudiant en économie de l’université de Deusto, issu de la première génération d’élèves de l’ikastola (école immersive en langue basque) San Fermin de Pampelune, découvre Mossack Fonseca, le Panama et l’hospitalité reconnue des Îles vierges britanniques. À l’époque président de Yahoo! Iberia après en avoir été directeur général pendant trois ans, il créée la société off-shore Weaver Associates LTD par l’intermédiaire de Thomas Short, un noble anglais qui gère aussi, au passage, les affaires de deux arrière petits-enfants du dictateur Franco, Francisco et Juan José Franco Suelves.

Weaver Associates gère les activités immobilières et de conseil d’Etxebeste, pendant que celui poursuit son ascension en accédant, en novembre 2002, à la direction générale de Yahoo! Europe, en charge notamment de la gestion des marchés (sic). Il quittera ce poste deux ans plus tard pour se concentrer sur ses affaires personnelles à travers le monde (Bilbao, Londres, mais aussi l’Australie, l’Inde et le Brésil) : les sociétés Nestoria et Lokku (vente de biens immobiliers en ligne), revendues au groupe australien Mitula en septembre 2015, et Daybat (conseil en entreprise).

En décembre 2013, Javier Etxebeste rapatrie finalement Weaver Associates LTD, qui deviendra Dida Investments au Pays basque. Pour quelles raisons ? Sollicité pour s’expliquer sur ses investissements, l’entrepreneur a refusé de répondre à nos questions. « Je construis l’avenir à travers le monde mais, malheureusement, regrettait-il dans une interview en mai 2013, dans notre société, si tu veux développer tes affaires, tu te transformes en esclave ». C’est sans doute pour échapper à cette terrible épreuve, qu’Etxebeste a planqué son business dans les paradis fiscaux.

Antton Rouget