La police demande le respect ? Qu’elle soit respectable !

Violences policières 2

La police a raison de demander le respect. mais elle doit aussi se remettre en cause et gommer ses excès.

C’est comme s’il existait des blessés dignes d’intérêt et d’autres non… Ah ça, ils s’en sont donnés à cœur joie tout mercredi, les TF1, RMC, BFMTV et autres médias spécialisés dans le relais de la bonne parole gouvernementale pour prendre la défense des malheureux policiers obligés de manifester Place de la République pour qu’on les respecte. Et comme une voiture de police a eu la bonne idée de brûler quai Valmy, merveilleux hasard, juste devant les caméras de nombre de journalistes, tous ont pu nous offrir de magnifiques images d’insécurité aux heures de grande écoute.

Surtout qu’on ne s’y trompe pas. Je trouve inadmissible que des policiers soient blessés dans l’exercice de leurs fonctions de maintien de l’ordre, comme je trouve inadmissible que des manifestants qui viennent paisiblement exprimer leurs convictions le soient, mais, pour avoir arpenté le pavé des centaines et des centaines de fois en quarante ans de manifestations, je m’étonne un peu du manque flagrant de curiosité de certains de mes confrères journalistes, face à une situation autrement plus compliquée que ce qu’ils veulent bien nous raconter.

Une tradition dépassée

Les violences dans les manifestations ne datent pas d’hier. Elles remontent aux années 68, quand les policiers en pèlerine qui se tenaient par les coudes pour empêcher les manifestants de passer ont été très vite remplacés par des CRS casqués et armés de matraques. Inévitablement les manifestants ont commencé à adopter le casque de moto et le blouson en cuir pour se protéger, couplés aux baskets pour mieux courir. Et la « tradition » voulant que les anarchistes et les « autonomes » se retrouvent en tête ou en queue de cortège pour s’offrir une belle bagarre avec les forces de l’ordre, va petit à petit se créer. Et, tacitement, tout le monde trouve normal que trois abribus ou cabines téléphoniques soient cassés, histoire de signer le passage de la manifestation, estimant que « ça fait partie du folklore ». De la même façon que les bizutages dans les grandes écoles ne doivent plus être tolérés, cette tradition de casse, qui va désormais souvent de pair avec des pillages délibérés de magasins, doit être réprimée durement avant que des participants, qu’ils soient en uniforme ou en civil, n’y laissent la vie, car le suréquipement des forces de l’ordre entraîne « mécaniquement » le suréquipement de ceux qui veulent en découdre, au lieu de se contenter d’exprimer leur point de vue.

Un commandement défaillant

violences-policieres-810x455

Quand des gens qui venaient défiler pour exprimer leur opinion, se font matraquer, des haines durables s’installent.

Quand un joueur de rugby perd son sang-froid sur le terrain, c’est le rôle de son entraîneur de le calmer. Tout le monde peut comprendre qu’un CRS qui s’est fait injurier pendant des heures et bombarder de projectiles ait envie d’en découdre quand il reçoit l’ordre de charger. Mais, toutes les vidéos qui ont été prises du côté des manifestants (Frileusement, la majorité des journalistes suivent la manifestation à l’abri derrière les forces de l’ordre) montrent une tendance des officiers à fermer les yeux sur les excès de leurs hommes et à les couvrir s’ils sont pris en flagrant délit. Quand un lycéen de 15 ans, les mains menottées dans le dos, se fait casser le nez froidement par un CRS, est-ce vraiment nécessaire ?

http://www.konbini.com/fr/tendances-2/video-lyceen-frappe-au-visage-par-crs-en-marge-dune-manifestation/

Quand des consommateurs attablés à une terrasse et regardant passer une manifestation contre la réforme du code du Travail se prennent une grenade lacrymogène et que l’une des intéressées qui proteste reçoit un coup de pied dans le ventre, est-on vraiment dans le rôle du « maintien de l’ordre ? »

https://www.youtube.com/watch?v=d5Xifqv6C0w

Et on ne parlera pas des manifestants ayant perdu un œil ou ayant eu une main arrachée, voire y ayant laissé la vie. Télérama, qui s’appuie dans son numéro du 23 mars sur ce rapport de l’ONG Action des chrétiens pour l’abolition de la peine de mort, rappelle que 26 personnes sont mortes sous les coups de la police, entre 2005 et 2010, essentiellement “des jeunes issus de minorités visibles”. Et que dire de la mort du militant Rémi Fraisse, opposant à la construction du barrage de Sivens dans le Tarn, tué, en octobre 2014, par une grenade offensive, alors qu’il avait les mains en l’air selon tous les témoins ?

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/03/25/sivens-remi-fraisse-avait-les-mains-en-l-air-lorsqu-il-a-ete-tue-selon-de-nouveaux-temoignages_4890382_1653578.html

À chaque fois les médias annoncent l’ouverture d’une enquête par la police des polices et à chaque fois, on a le sentiment que le rôle de l’IGS (Inspection Générale des Services) consiste simplement à endormir l’opinion avant de disculper en douce le fonctionnaire mis en cause. Comment voulez-vous dans ces conditions que la haine ne se développe pas entre policiers et manifestants ?

D’autant plus que cette faillite du commandement se retrouve au sommet de l’État. Est-ce le rôle du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, d’annoncer, comme un chasseur présentant fièrement son tableau de chasse, le nombre d’interpellations après chaque manifestation et n’est-ce pas une incitation directe donnée à la police de « gonfler » à tout prix son tableau de chasse, quitte à ce que quelques paisibles badauds se retrouvent encabanés avec les autres ? On aimerait que ce ministre, fort efficace par ailleurs, se souvienne que son rôle consiste à maintenir l’ordre et non à faire dans la surenchère ? Au lieu de cela, comme en témoignent des vidéos de passants, des commandants de CRS lancent à leurs troupes « Instruction : violence maximum »

http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/03/violences-policieres-les-videos-nourrissent-colere-263939

Une culture de la provocation

Reste enfin, cette détestable habitude policière française de provoquer pour mieux discréditer. Que des policiers en civil se glissent au milieu des manifestants pour mieux repérer les casseurs, passe encore ! Mais que des policiers agissent et commettent des exactions pour retourner l’opinion publique contre les manifestants, voilà qui est inacceptable et qui se répète depuis cinquante ans! Manifestation de la sidérurgie lorraine à Paris, en 1979 : je n’ai jamais vu les grands boulevards aussi remplis. Une foule grave et digne s’est jointe aux ouvriers qui vont perdre leurs emplois. À deux mètres de moi, à hauteur du Boulevard Poissonnière, une automobiliste, sans doute venue d’une rue adjacente, se retrouve coincée au volant de son véhicule. Soudain un manifestant au visage caché par un capuchon sort un manche de pioche et lui explose son pare-brise. Nous sommes tellement surpris, alors que le cortège manifeste une dignité à toute épreuve, que nous nous lançons à deux ou trois à la poursuite du casseur. L’automobiliste court derrière nous en hurlant. Le fauteur de trouble parcourt quelques centaines de mètres avant de s’engouffrer dans la rue du faubourg Montmartre et de trouver refuge… dans un fourgon de police. Nous comprenons immédiatement, mais pas la femme qui nous a rattrapé et qui hurle « Il s’est trompé… Il s’est trompé… Arrêtez-le ! » et tambourine à la porte du véhicule, tandis que les policiers présents derrière les grilles du véhicule prennent l’air absent et regardent le ciel. Nous raccompagnons la femme à sa voiture et l’aidons à évacuer le verre brisé. Elle n’en revient pas et répète inlassablement qu’on lui aurait raconté cela, elle n’y aurait pas cru.

Les donneurs de leçons des grands médias défenseurs de la police ne sont pas sans savoir qu’une provocation du même ordre a eu lieu, le 1er mai dernier, place de la République. Des riverains, des journalistes, dans des messages privés, ont témoigné sur l’étrange attitude des forces de l’ordre ce soir-là… Mais c’est tellement plus simple de détourner le regard quand les faits ne correspondent pas aux postures que vous souhaitez adopter ! Résumons-nous pour ceux qui auraient raté l’épisode. Tous les soirs, les policiers contrôlaient les arrivants qui venaient rejoindre le collectif « Nuit Debout » et leur faisaient ouvrir leurs sacs pour vérifier qu’ils ne contenaient rien de dangereux. Le 1er mai, pas le moindre contrôle ! Et comme par hasard deux heures après, des jeunes casseurs commencent à dévaster la place de la République. La police charge particulièrement brutalement et s’en prend aux paisibles militants de « Nuit debout ». Résultat : dès le lendemain, les participants sont moitié moins nombreux, les tièdes ayant préféré rester chez eux.

http://www.20minutes.fr/insolite/1838331-20160503-manifestation-1er-mai-militants-nuitdebout-denoncent-violences-policieres-twitter

Et c’est sans doute à cause de mon mauvais esprit légendaire que je ne peux m’empêcher d’exprimer un certain scepticisme sur la voiture de police qui a opportunément brûlé, mercredi après-midi, devant  nombre de caméras. A priori l’identification des coupables devrait être simple, mais, curieusement, personne n’a encore été arrêté.

Alors oui, je comprends la fatigue et la colère des fonctionnaires de police. Mais pourquoi un travail objectif sur ce qui se passe réellement dans les manifestations n’est-il pas fait ? Pourquoi annonce-t-on systématiquement le nombre de fonctionnaires de police blessés et pas celui des manifestants ? Pourquoi les plaintes de victimes finissent-elles toujours par un non-lieu, même quand la vidéo prise par des témoins neutres est édifiante? La police veut être respectée et elle a raison, car elle est indispensable dans un état de droit. Mais qu’elle soit respectable et ne couvre pas systématiquement d’un voile pudique les excès que certains de ses membres commettent, avec la bienveillante complicité de leur hiérarchie.

 

L’heureuse exception biarrote

Pour quelqu’un qui habite le Pays basque et n’a jamais vécu de manifestation parisienne, il est sans doute difficile d’imaginer ce qui se passe dans la capitale. À Biarritz, plusieurs fois, la police, qu’elle soit nationale ou municipale, m’a beaucoup impressionné par sa façon de maintenir l’ordre avec fermeté et pragmatisme. L’anecdote qui me vient à l’esprit remonte au mois d’août 2015, rue du Helder, vers 5 heures du matin. Alors que je pars à la pêche, un adolescent d’une quinzaine d’années zigzague dans la rue au point d’empêcher une voiture de la police municipale de poursuivre son chemin. Après un appel de phares, le jeune homme se retourne et se met à insulter très violemment les deux fonctionnaires de police. La jeune femme qui était au volant descend, suivie par un géant, modèle Jérôme Thion ou David Couzinet. Réflexe de Parisien, je me dis que le môme va passer un très sale quart d’heure.  Au lieu de cela, je vais assister à une leçon de vertu républicaine. La jeune femme : « Monsieur, vous nous insultez, alors que nous faisons notre travail. Vous n’avez pas l’air bien et on s’inquiète pour vous ». Le gamin continue à marmonner, mais baisse d’un ton. « Vous étiez avec des amis ? Comment se fait-il qu’ils vous aient laissé seul dans cet état ? » Avant de conclure : « Où habitez-vous ? On va vous raccompagner, car vous allez provoquer un accident ».

Voilà une police respectable, loin, très loin, des contrôles au faciès et autres brutalités inutiles qui provoquent les haines durables…

6 réflexions sur “La police demande le respect ? Qu’elle soit respectable !

  1. Entièrement d’accord avec vous M. Viollier : le respect ne se décrète pas il se mérite.

    Depuis trop longtemps en France les politiques instrumentalise la Police (que j’écris à dessein avec une majuscule) pour des fins politiciennes et (sur) jouent sur le sentiment de peur et de soumission à une autorité fantasmée.

    Tout ceci est dépassé ! en 2016 la France n’est pas celle de 1962. La Police doit évoluer et faire le ménage parmi ses rangs, refuser la politique du chiffre et la démagogie.

    Je vous invite tous à visionner l’excellent débat sur le sujet qui a eu lieu récemment sur Médiapart

  2. Oui bien sur , mais il y a des policiers qui ont de l’éthique, et d’autres qui n’en ont pas . Et du coté des casseurs, y en a t il ? Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’empathie ni de cervelle de ce coté là . Sans doute le chaos est distillé à des fins politiciennes. Mais le carburant de tout ça n’est il pas le peu de risques juridiques que prennent les casseurs, j’imagine que pas un seul ne paiera un centime des dégâts qu’il cause, et qu’ils ne feront même pas 24 heures de prison. Pour un jeune qui aime bien se dépenser , c’est tellement mieux que les jeux vidéos !

  3. Je me permets ce commentaire, connaissant des policiers. Et des manifestants. :)
    Je signale qu’entre la rédaction de cet article et sa publication, il y a eu 4 ou 5 interpellations pour cette histoire de voiture de police brûlée. Cazeneuve a décidé de vous embêter aujourd’hui Jean-Yves ;)
    Nous sommes les champions du monde des contradictions, l’exception française certainement. Alors que les policiers demandent du respect, 82 % des français ont une bonne opinion de leur police http://tempsreel.nouvelobs.com/en-direct/a-chaud/22861-police-sondage-francais-bonne-opinion-police.html
    Bien que toujours méfiant sur ce genre de sondage (selon qu’il ait été fait dans les quartiers Nord de Marseille, à Biarritz ou dans le 16ème arrondissement, les résultats peuvent changer…) on va dire à la louche, qu’une majorité de français aime leur police. Et les pays étrangers aussi d’ailleurs puisque la France forme de nombreuses polices étrangères. Le RAID fait jalouser les américains, il faut le signaler.
    Mais comme tous corps de métiers, il y a des brebis galeuses. Les journalistes ont leur Robert Ménard, les avocats leur Gilbert Collard ou Marine Le Pen. J’ai également quelques noms de mauvais électriciens, maires ou plombiers, mais vous voyez l’idée…
    Les violences gratuites policières sont inacceptables. Elles doivent être punies. Malheureusement les violences policières existent, elles sont mêmes encadrées. Elle réponde à un rapport de force. Parce que notre monde sait être violent. On appelle ça pudiquement la « force nécessaire », ou « les forces de l’ordre. » Avouons qu’associer force et ordre peut prêter à sourire ou à réfléchir.
    Police et Politique ont la même racine éthymologique grecque, « le gouvernement de la cité ». Nos politiques s’abritent derrière cette ambiguïté. On se sert de la police mais on la snobe quand elle manque de discernement ou n’a pas été assez « discrète ».
    En aucun cas je n’excuse les violences de gens qui n’ont rien à faire dans la police. J’essaie de comprendre les dérapages. Je pense, que vu le nombre d’interventions sur une année, elles restent minoritaires, et heureusement ! Je condamne les manoeuvres politiques qui se servent de la police pour décrédibiliser tel ou tel mouvement. Mais comme citoyen je condamne aussi les casseurs, qui ne sont pas des policiers. Aucun policier à mon avis n’irait dans une telle haine envers ses propres collègues, juste pour faire plaisir à sa hiérarchie. Hiérarchie fort peur reconnaissante visiblement avec sa base, si l’on en croit certains syndicats et reportages.
    Contrairement à ce que vous dites, les policiers sont condamnés, et plus que les autres (c’est inscrit dans la loi). Quand la faute est avérée. L’IGS cache des choses ? Possible. Elle est cependant bien perçue par les magistrats qui reconnaissent son travail. Ce service est mal vu des policiers, ce qui finalement pourrait confirmer sa probité.
    Tous les cas de policiers condamnés ne sont pas médiatisés. On parle de vidéos laissées lettres mortes. Les vidéos, c’est comme les chiffres, tout dépend de ce qu’il y a avant et après. Je vous renvoie à ce fait datant de quelques jours: http://www.huffingtonpost.fr/2016/05/10/controle-police-handicape-paris-gare-de-lyon-video_n_9883514.html
    Encore une fois, je ne veux ici disculper personne, les mauvais policiers doivent être exclus mais il faut essayer, à mon sens, d’en connaître le maximum sur les « affaires ». J’ai du mal à imaginer qu’une police qui est filmé ou photographier en permanence puisse échapper à la Justice, aux centaines d’associations, etc… On parle souvent de droits, mais jamais de devoirs. On devient un pays de droits mais plus de devoirs. La police française est une des plus surveillées, et elle reçoit moins de rappel à l’ordre de la part des ONG que la Justice avec sa surpopulation carcérale.
    Vous parlez, cher Jean-Yves, de l’exception biarrote. Si j’ai rencontré des policiers pas très avenants dans ma vie, j’en ai rencontré des très sympas. Et pas seulement à Biarritz ou en France. Les policiers anglais restent sur le haut de mon podium. Mais en face ils ont une autre population, moins râleuse peut-être, plus respectueuse sûrement. Du coup, c’est un cercle vertueux qui se met en place.
    Oui le respect ça se mérite, mais de chaque côté. Des droits, d’accord. Mais en face, des devoirs. Donnant-donnant. Je me rappelle les applaudissements de ces policiers lors des attentats. Ils étaient eux-mêmes surpris et disaient que ça ne durerait pas longtemps. Dont acte.
    La police a changé, malgré ce qu’on pense. Elle n’est plus ni alphabète ni alcoolique (humour hein). De nombreux diplômés fournissent maintenant ses rangs et l’engouement des jeunes lors des derniers concours de ce début d’année laissent à penser que ce (lent ?) travail sur elle-même sera bénéfique à tous. J’aimerais dire qu’il n’y aura plus jamais des Malik Oussekine, des Rémi Fraisse… Mais malheureusement…
    L’honnêteté, la confiance et l’intelligence de tous restent à mon avis la meilleure solution pour éviter de nouveaux drames.

    • Totalement d’accord avec l’idée d’un cercle vertueux entre policiers et manifestants qui serait bénéfique à tous. Si des casseurs ont été identifiés et arrêtés sur l’incident qui s’est produit hier, c’est une très bonne nouvelle. Et merci pour ce long développement qui alimente le débat exactement dans le sens où je le souhaite. Il est clair que je ne suis pas anti-police, mais il est certains excès -d’un côté et de l’autre! – que je ne souhaite vraiment plus voir.

  4. Les violences policières à l’encontre des contestataires sont au moins aussi anciennes que la contestation. A Fourmies, les fusils Lebel étaient testés grandeur nature sur les grévistes quand même. On peut aussi citer la révolte des esclaves menés par Spartacus…
    Les provocateurs officiels, que l’on remarque rapidement (ils ont toujours un signe distinctif sur eux) dans les manifs, on les connaît aussi.
    La question se pose également, de la manière dont ont été traités les jeunes manifestants pacifiques.
    Mais une question se pose quant au traitement de l’information autour de cette voiture de police qui fait l’objet d’un véritable assaut avant d’être incendiée : comment se fait-il que l’on dispose d’autant de magnifiques images (y compris de gens filmant avec leurs téléphones améliorés) et d’une seule personne qui ait tenté de s’interposer ? Ce que je me demande c’est comment un tel acte, qui peut être filmé sous tous les angles, puisse ne faire l’objet d’aucune intervention de la part de l’ensemble des spectateurs ? C’est vraiment une manie également, dans ce pays, de laisser se dérouler les exactions sans bouger le petit doigt, du moment qu’on puisse filmer et revendre son film au plus offrant.
    Assez curieusement, alors que je discutais avec des ami-e-s, des voisin-e-s, tout le monde s’est fixé sur le spectacle, personne ne s’est interrogé sur l’absence de réaction des gens alors que la femme policier était encore dans la voiture et risquait d’y rester.
    Voilà une source d’interrogation sur l’état de notre société également. La violence n’est plus qu’une sorte de virtualité, comme la mort, comme la souffrance… comme l’agonie de la petite Moira Sanchez… La fascination de l’humain pour ce genre de spectacle est tout simplement écoeurante.
    A titre personnel, ce n’est pas le fait que des casseurs s’en soient pris à un symbole de l’Etat (l’Etat n’a qu’à déjà arrêter de se décrédibiliser et protéger les plus faibles, comme c’est son devoir) qui me dérange le plus dans ce cas précis. Ce qui me dérange vraiment, c’est le fait que la société du spectacle l’ait emporté sur la simple humanité, celle qui veut qu’on ne frappe pas un ennemi à terre et qu’on l’aide à s’éloigner des sources de danger pour sa vie. Il y a eu bien plus d’humanité dans les charniers de 1914-1918 que dans ces prises de vue spectaculaires et dénuées du moindre geste salvateur.
    Ce qui n’excuse en rien l’ensemble des exactions policières.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s