Le lehendakari se garde l’UDI !

Peyico le Pirate

Dessin Pierre George

Ma Toute douce,

Comme vous le savez les jeux sont faits en ce qui concerne le fameux EPCI du Pays Basque. Et d’un score que l’on croyait – ou imaginait – serré, on va vers une assez large victoire du « Oui ».

Cela va, bien entendu, faire le bonheur des partisans du « Oui », camp dans lequel on compte notamment la sénatrice Espagnac et les députées Capdevielle et Alaux. Et puis, évidemment, notre élégant Jean-René, maire de Bayonne et futur roi du Pays Basque. D’où cette formule déjà célèbre qu’il a prononcée l’autre soir (à une heure peu catholique comme dirait Monseigneur Aillet qui  n’arriverait pas à dormir du sommeil du brave après avoir bu une bouteille de Château de l’Hacienda et qui dirait au vicaire général : « Vous avez beau dire, y’a pas seulement que de la pommey’a aut’chose.« ) dans un bar du Petit-Bayonne devant un échantillon de son futur peuple basque :

– L’EPCI c’est MOI !

Dans les partisans du « Non », il reste évidemment notre bien gras d’Ostia, qui digère bien mal l’échec du « Non », vu qu’il risque de le payer le prix fort aux prochaines sénatoriales. Il est vrai que sa position de resplendissant buté reste incompréhensible aux yeux de beaucoup de maires basques, même si cela ne surprend guère le futur lehendakari Jean-René, qui commenta ainsi, entre deux irrintzina, la chose à un observateur qui évoquait ces faits dans ce Petit-Bayonne nocturne où il fait bon fêter les victoires :

– L’attitude du Ostia ? Oh cela ne me surprend pas et me fait penser à un proverbe russe que m’a, un jour dernier, rapporté à son retour de Vichy, en passant par Laval, un vieux consul épuisé de ce pays de neige et de deuils : « Mets un paysan à table, il mettra les pieds dessus« .

Mais au-delà de ces réjouissances et de l’esprit taquin de notre futur lehendakari, il faut toutefois se poser des questions quant à l’avenir des rapports entre les « Nonistes » et les « Oui-ouistes », car on a peur que cela laisse des traces sanglantes. Pour ce faire, il fallait donc une bonne volonté et un homme de paix. Et voilà que ce corsaire de Peyuco Duhart, maire de Saint-Jean-de-Luz, avec sa légendaire et diplomatique bonhommie, a décidé de jouer un coup qui peut être méditer comme une grande leçon, par ceux qui mangent des chips à pleine main en racontant des fadaises au lieu d’agir dans l’intérêt général. Ainsi le bon Peyuco a proposé la chose suivante :

– Le temps de l’apaisement et du travailler ensemble est revenu. Je propose donc de réunir les 10 présidents d’intercommunalité actuels du Pays Basque autour d’une bonne table pour réapprendre à se parler, à travailler ensemble, le plus uni possible, au sujet de l’avenir de notre petit coin de France, de notre cher Pays Basque.

Les dix (dont lui) ont donc dit oui, y compris le Parrain de la Côte, pourtant « Noniste » convaincu, notre Cher Claude Olive, ci-devant maire d’Anglet qui, s’il possède caractère et  tempérament, est tout le contraire d’un buté. Et cet accord facilement obtenu, le Peyuco a lancé, l’air de rien, avec ce grand sourire qui séduit tant les Luziennes sexagénaires aux halles :

– Eh bien il ne me reste plus qu’à choisir un bon restaurant pour vous y inviter tous ! Mais à une condition… C’est que le Président du Conseil des élus (c’est à dire, Ma Chère Thérèse-Marie, le futur Lehendakari  Etchégaray ) soit des nôtres !

Coup de maître ! Et tout le monde a accepté y compris le Parrain de la Côte qui a dit en se marrant, beau joueur :

 – Moi, Tchi-Tchi, je ne fais pas de politiqueu… c’est bien connu. Mais je fais bien volontiers de bons repas, Tchi-Tchi…

Ainsi, la semaine dernière, ce déjeuner a eu lieu. Le bon Peyuco, l’âme joyeuse, avait ainsi annoncé aux dix concernés :

– Nous mangerons des mets exquis, je vous le promets. Pour preuve, il n’y aura ni chips ni Château l’Hacienda à cette table !

Et de cette rencontre apaisée, est sorti un bilan optimiste, ainsi traduit par un convive : « Ce fut franc et loyal. On s’est dit les choses. C’était viril comme ambiance, mais on arrivera à s’entendre. » Et un autre de commenter : « Ce déjeuner marque une nouvelle époque. Celle où nous allons faire désormais de la politique en Pays Basque sans Brisson ni Lasserre. Le Pays Basque n’est plus à eux, nous leur avons repris les clés. Et là-dessus, nous sommes tous d’accord ! Comme une grande respiration dans la vie démocratique. »

 Ce dossier réglé, le lehendakari, de retour dans sa mairie, a fait venir en fin de journée  l’élégant Marco Amestoy, éminence grise et prestigieux  directeur de cabinet dans son bureau-à-la-moquette-toujours-pas-changée :

– Mon Marco, maintenant il est temps de me préoccuper des élections départementales de l’UDI du 4 juin prochain !

– Ah oui, évidemment, Sublime et Sublimissime penseur du Pays des Basques ! Toi qui en es le Président intérimaire par la volonté de Lagarde, à qui vas-tu laisser la place alors à la présidence de l’UDI ?

– A qui ? Eh bien à un homme que j’estime grandement. Un homme de projets et de progrès, un esprit lumineux, une belle et grande intelligence, un juste. Un Saint-Just même !

– Oh mais sublime échauguette des confluences du génie et de la stratégie, ce portrait correspond trait pour trait à toi !

– Eh bien, Mon Marco… Tu as trouvé !

– Oh j’en tremble de bonheur, en frémis d’émotion, en éclate de volupté et de joie.

– N’en fais pas trop quand même ! On dirait du Chipstarrak à qui l’on proposerait une nouvelle indemnité d’élu !

– Es-tu taquin Mon Maître !! Regarde mes menottes, elles ne sont point huileuses !

 Certes oui. Tiens je ne te connaissais pas cette cravate aux couleurs si chipsiennes…

– Je l’ai acquise chez Charvet pour célébrer la victoire du « Oui ». Mais dis-moi, Ponts du Génie et de Saint-Esprit réunis, pourquoi te présenter à cette présidence ?

 Eh bien pour quatre raisons. La première, c’est que  je suis le meilleur !

 Oui, je l’avoue.

 La seconde Bayrou ne doit plus avoir le monopole du centre dans ce département. J’aime bien François, mais cette situation n’a que trop duré…

– Oui et puis avec Ostia comme seul métayer, cela fait trop artisanal.

– On est bien d’accord ! Troisièmement parce que je serai le seul candidat, et que cela évitera des guerres fratricides dans la famille.

 Oui, on n’a pas besoin de cela ! Déjà la Durruty me donne assez de boutons avec ses malices.

– Enfin, le Président de l’UDI dans ce département, sera l’homme fort des législatives et des sénatoriales pour le centre et la droite en 2017. Il donnera les investitures !

– Voilà une stratégie que j’approuve. Tu me fais penser à mes belles années auprès d’Ostia, où j’appliquais MES stratégies de cet acabit, ce qui lui donnait la mine agricole et ravie. Oui, Glorieux Lehendakari, tout recommence ! Nous allons connaître, une fois encore, l’ivresse du vrai pouvoir. Tout recommence… Oh grande est ma joie ! TOUT RECOMMENCE ! je vais aller m’acheter une nouvelle cravate.

Et le Lehendakari, brusquement songeur et regardant par la fenêtre au-dessus de l’Adour la citadelle de Vauban, de murmurer :

 Vois-tu Mon Marco, dans cette affaire, il y a des moments où j’ai été bien seul… Le combat fut rude, ce qui rend la victoire plus belle. Moi, je savais le chemin. Je n’ai pas d’amertume, mais je garde dans la poche de ma veste une liste précieuse où j’ai inscrit, jour après jour, le nom de tous ceux qui ont voulu me tuer. J’ai du respect pour l’adversaire loyal et même brutal. Mais les fourbes, les traitres, les lâches me le paieront, si tel est mon bon plaisir. Certains, les mêmes évidemment, dès demain me parleront de mon triomphe et de ma gloire. Je ne les connais que trop bien ! Alors, je leur dirai ces mots de Sébastien le Preste de Vauban qui a bâti cette citadelle qui est là, intacte : « La véritable gloire ne vole pas comme le papillon ; elle ne s’acquiert que par des actions réelles et solides. Elle veut toujours remplir ses devoirs à la lettre. Son premier et véritable principe est la vérité…« 

Alors sans bruit, tel Louvois sachant s’éclipser quand Louis XIV demeurait solitaire dans ses songes, Marco quitta le cabinet de travail du futur Lehendakari, refermant avec mille précautions, et sans le moindre bruit  la porte capitonnée. Ainsi, Ma Chère, s’écrit aussi l’histoire politique et celles des hommes…

Je vous laisse, Ma toute Douce, et à la semaine prochaine. Comptez sur moi.
Marie, votre Marie, Marquise de Vérité.

Pour protester contre les censeurs, « Bisque, bisque, Basque ! » accueille, comme chaque semaine, l’impertinente Marquise de Vérité de Jean-Philippe Ségot. Manifestez votre esprit citoyen, luttez contre les esprits chagrins qui ont délogé la Marquise de Vérité de La Semaine du Pays basque, en écrivant à herculepoirot@hotmail.fr. Comme plusieurs milliers d’entre vous, vous recevrez ainsi chaque semaine, par mail, les lettres de la Marquise. Et n’hésitez pas à lui écrire, à la féliciter ou à lui raconter vos petits secrets. Comme vous avez pu le constater, elle adore ça…

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